,)S Histoire i Gil Blas heur d’avoir un fils tel que moi. En même tems il verfoit du vin dans mon verre, & m’ex- citoit à lui faire raifon. Je ne répondois point mal aux fantés qu’il me portoit; ce qui, avec fes flatteries, me mit infenflblement de fl belle humeur, que voyant notre fécondé omelette à -moitié mangée, je demandai à l’hôte s’il n’a- voit pas de poifîon à nous donner. Le feig- neur Corcuélo, qui félon toutes les apparences s’enlendoit avec le parafite, me répondit : j’ai une truite excellente, mais elle coûtera cher à ceux qui la mangeront, c’eft un morceau trop friand pour vous. Qu’appeUez-vous trop friand? dit alors mon flatteur d’un ton de voix élevé: vous n’y penfez pas, mon ami. Apprenez que vous n’avez rien de trop bon pour le feigneur Gil Blas de Santillane, qui mérite d’être traité comme un prince.
je fus bien-aife qu’il eût relevé les dernières paroles de l’hôte & il ne fit en cela que me prévenir. Je m’en fentois offenfé, & je dis fièrement à Corcuélo : Apportez-nous votre truite, & ne vous erabarrafiez pas du relie. L’hôte, cjui ne demandoit pas mieux, fe mit à l'apprêter, & ne tarda guères à nous la fer- vir. A la vue de ce nouveau plat, je vis bril-, 1er une grande joie dans les yeux du parafite, qui fit paraître une nouvelle complaifance, c’eft-à-dire, qu’il donna fur le poiflon comme il avoit donné fur les œufs. Il fut pourtant obligé de fe rendre, de peur d’accident, car il en avoit jusqu’à la gorge. Enfin, après avoir bu & mangé tout fon faoul, il voulut finir la
comédie.

