S. O H I S T O I R E de G I L B L A S
3e dépit, je m’enfermai dans ma chambre, & me mis au lit : mais je ne pus dormir, & je n’avois pas encore fermé l’œil, lorsque le muletier me vint avertir qu’il n’attendoit plus que moi pour partir. Je me levai auliitôt; & pendant cjue je m’habillois, Corcuélo arriva avec un mémoire de la dépenfe, dans lequel la truite n’étoit pas oubliée ; & non feulement il m’en fallut palier par où il voulut, mais j’eus encore le chagrin, en lui livrant mon argent, de m’ap- percevoir que le bourreau fe reffouvenoit de mon aventure. Après avoir bien payé un fouper dont j’avois fait iî défagréablement la digellion, je me rendis chez le muletier avec ma valife, en donnant à tous les diables le pa- ralite, l’hôte & l’hôtellerie.
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CHAPITRE III.
De la tentation qu'eut le muletier fur la route, quelle en fut la fuite ; 13 comment Gil Bios tomba dans Carybde en moulant imiter Scylla.
J E ne me trouvai pas feul-avec le muletier.
Il y avoit deux enfans de famille de Pen- nafloj-, un petit chantre de Mondonédo qui couroit le pays, & un jeune bourgeois d’Aüorga qui s’en retournoit chez lui avec une jeune per- fonne qu’il venoit d’époufer à Verco. Nous fîmes tous connoiffance en peu de tems, & chacun eut bientôt dit d’où il venoit, & où il allait. E a nouvelle mariée, quoique jeune, itoit fi

