22 Histoire <& Gil Blas tre à la gêne. Ainfi, cédant à notre frayeur, nous fortîmes de la chambre fort brusquement. Les uns gagnent la rue, les autres le jardin, chacun cherche fon falut dans la fuite ; & le jeune bourgeois d’Aftorga, auffi troublé que nous de l’idée de la question, fe fauva comme un autre Enée fans s’embarraffer de fa femme. Alors le muletier, à ce que j’appris dans la fuite, plus incontinent que fes mulets, ravi de voir que fon ftratagême produifoit l’effet qu’il en avoit attendu, alla vanter cette rufe ingé- nieufe à la bourgeoife, & tâcher de profiter de l’occafion : mais cette Lucrèce de Afluries, à qui la mauvaife mine de fon tentateur prêtoit de nouvelles forces, fit un vigoureufe réfiftance, & pouffa de grands cris. La patrouille, qui par hazard en ce moment fe trouva près de l’hôtellerie, qu’elle connoiffoit pour un lieu digne de fon attention, y entra, & demanda la caufe de ces cris. L’hôte, qui chantoit dans fa cuifine, & qui feignoit de ne rien entendre, fut obligé de conduire le commandant & fes archers à la chambre de la perfonne qui crioit. Ils arrivèrent bien à propos, l’Afturiertne n’en pouvoit plus. Le commandant, homme greffier & brutal, ne vit pas plutôt de quoi il s’agiffoit, qui! donna cinq ou fix coups du bois de fa hallebarde à l’amoureux muletier, & l’apoftrophant dans des termes dont la pudeur n’etoit guères moins bleffée, que de l’aétion même qui les lui fuggéroit. Ce ne fut pas tout. Il fe fai- fit du coupable, & le mena devant le juge avec l’accufatrice, qui, malgré le défordre oh
elle

