30 Histoire <&GilBlas je paroiffbis né pour être leur échanfon, que je valois cent fois mieux que mon prédécefleur. Et comme depuis fa mort c’étoit la fegnora Léonarda qui avoit l’honneur de préfenter le neélar à ces dieux infernaux, ils la privèrent de ce glorieux emploi pour m’en revêtir. Ainfi, nouveau Ganymède, je fuccédai à cette vieille Hébé.
Un grand plat de rôt, fervi peu. de tems après les ragoûts, vint achever de raffafier les voleurs ; qui buvant à proportion qu’ils man- geoient, furent bientôt de belle humeur, & firent un beau bruit. Les voilà qui parlent tous à la fois. L’un commence une hiftoire, l’autre rapporte un bon-mot, un autre crie, un autre chante, ils ne s’entendent point. Enfin Rolando, fatigué d’une fcèné, où il mettoit inutilement beaucoup du fien, le prit fur un ton fi haut, qo’il impofa filence à la compagnie. Meffieurs, leur dit-il, d’un ton de maître, écoutez ce que j’ai à vous propofer. Au lieu de nous étourdir les uns les autres en parlant tous enfemble, ne ferions nous pas mieux de nous entretenir en perfonnes raifon- nables ? Il me vient une penfée. Depuis que nous fommes affociés, nous n’avons pas eu la curiofité de nous demander quelles font nos familles, & par quel enchaînement d’aventures nous avons embraffé notre profeflion. Cela me paroit toutefois digne d’être fu. Faifons- nous cette confidence pour nous divertir. Le lieutenant & les autres, comme s’ils avoient eu quelque chofe de beau à raconter, acceptèrent
avec

