«VSantillane. 3 J
lent maître pour un enfant de famille ! Il aimoit les femmes, le jeu & le cabaret ; je ne pouvois être en meilleure main. Il s’attacha d’abord à gagner mon efprit par la douceur. Il y réuflit, & par-là fe fit aimer de mes parens.fjui m’aban- donnerent à fa conduite. Ils n’eurent pas fujet de s’en repentir. Il me perfectionna de bonne heure dans la fcience du monde. A force de me mener avec lui dans tous les lieux qu’il aimoit, il m’en infpira fi bien le goût, qu’au Latin près je devins un garçon univerfel. Dès- qu’il vit que je n’avois plus befoin de fes préceptes, il alla les offrir ailleurs.
Si dans mon enfance j’avois vécu au logis fort librement, ce fut bien autre chofe, quand je commençai à devenir maître de mes actions. Ce fut dans ma famille que je fis l’effai de mon. impertinence. Je me moquois à tous momens de mon père & de ma mère. Ils ne faifoient que rire de mes faillies, & plus elles étoicnt vives, plus ils les trouvoient agréables. Cependant je faifois toutes fortes de débauches avec de jeunes gens de mon humeur; & comme nos parens ne nous donnoient point affez d’argent pour continuer une vie fi délicicufe, chacun déroboit chez lui ce qu’il pouvoit prendre, & cela ne fuffifant point encore, nous commençâmes à voler la nuit, ce qui n’étoit pas bu petit fupplément. Malheureufement le corré- gidor apprit de nos nouvelles. Il voulut nous faire arrêter, mais on nous avertir de fon mauvais deffein. Nous eûmes recours à la fuite, & nous nous mîmes à exploiter fur les grands
chemins.

