î8z Histoire de G il Blas port. Seigneur, répondis-je au médecin, je fuis trop heureux d’avoir à fervir une dame fi charmante. Ma réponfe déplut à Mergéline, qui me dit d’un ton brufque; Voyez, donc celui-là. Il s'émancipe ‘vraiment . Oh je n' aime peint qu'on me dife des douceurs, moi. Ces paroles fortics d’une fi belle bouche me furpri- rent étrangement. Je ne pouvois concilier ces façons de parler ruftiques & groflières avec l’agrément que je voyois répandu dans toute la perfonne de ma maîtrefle. Pour fon mari, il y étoit accoutumé, & s’applaudifTant même d’av@ir une époufe d’un fi rare caraétère: Marcos, me dit-il, ma femme ell un prodige de vertu. Enfuite, comme il s’apper- çut qu’elle fe couvroit de fa mante, & fe dif- pofoit à fortir pour aller entendre la mefle, il me dit de la mener à l’églife. Nous ne fûmes pas plutôt dans la rue, que nous rencontrâmes, ce qui n’eft pas extraordinaire, des hommes, qui frappés du bon air de dona Mergelina, lui dirent en paffant des chofes flatteufes. Elle leur- répondoit ; mais vous ne fauriez vous imaginer jufqu’à quel point fes réponfes étoient fottes & ridicules. Ils en demeuraient tous étonnés, & ne pouvoient concevoir qu’il y eût au monde une femme qui trouvât mauvais qu’on la louât. Hé, madame, lui dis-je d’abord, ne faites point d’attention aux difeours qui vous font adreffés. Il vaut mieux garder le filence, que de parler avec aigreur. Non, non, me repartit- elle, je veux apprendre à ces infolens, que
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