208 Histoire de Gu Blas Madrid? vous auriez été fur de votre fait. Jen demeure daccord, reprit lhiflrion ; mais malepefte, il neft pas permis à un petit comédien de campagne délever fa penfée jufquà ces fameufes héroïnes. Ceft tout ce que pourroit faire un afteur même de la troupe du prince. Encore y en a-t-il qui font obligés de fe pourvoir en ville; heu- reufement pour eux la ville eft bonne & lon y rencontre fouvent des fujets qui valent bien des princeffes de coulifies.

! navez-vous jamais fongé, lui dit mon compagnon, à vous introduire dans cette troupe ? Eft-il befoin dun mérite infini pour y entrer ? Bon, répondit Melchior, vous mo­quez vous avec votre mérite infini; il y a vingt aéteurs. Demandez de leurs nouvelles au public. Vous en entendrez parler dans de jolis termes. Il y en a plus de la moitié qui mériteroient de porter encore le havre- fac. Malgré tout cela, néanmoins, il nefl pas aifé dêtre reçu parmi eux. Il faut des efpèces ou de puiflans amis pour fuppléer à la médiocrité du talent. Je dois le fa voir, puifque je viens de débuter à Madrid, ou jai été hué & fifflé comme tous les diables, quoique je dulfe être fort applaudi; car jai crié : jai pris des tons extravagant & iuis forti cent fois de la nature : de plus, jai mis en déclamant le poing fous le menton de ma princefle: en un mot, jai joué dans le goût des grands afteurs de ce pays- ; & cepen­dant le même public qui trouve en eux ces

manières