240 Histoire de Gît Blas

Je ne métois point trompé dans mes con­jectures. Le loir je trouvai don Bernard oc­cupé de la figure du capitaine, & très difpoié à croire toutes les belles choies que je lui en aurois pu dire, fi jeufle ofé parler. Gil Blas, me dit-il, qui eft ce grand efcogrife que jai vu tantôt avec toi ? Je répondis que c'etoit un alguazil, & je mimaginai que la- tisfait de cette répcnfe, il en demeuroit- ; mais il me fit bien dautres quellions ; & comme je lui parus embarraftë, parce que je me fouvenois des menaces de Rolando, il rompit tout à coup la converfation & fe coucha. Le lendemain matin, lorfque ie lui eus rendu mes fervices ordinaires, il me compta fix ducats au lieu de fix réaux, & me dit : Tiens, mon ami, voilà ce que je te donne pour mavoir fervi jufquà ce jour. Va chercher une autre maifon. Je ne puis maccommoder dun valet qui a de fi belles connoiflances. Je mavifai de lui repréfen­te r pour ma junification, que je connoifîbis cet alguazil, pour lui avoir fourni certains remèdes à Valladolid dans le tems que jy ex- erçois la médecine. Fort bien, reprit mon maître, la défaite eft ingénieufe. Tu de- vois me répondre cela hier au foir, & non pas te troubler. Monfieur, lui repartis-je, en vérité, je nofois vous le dire par diferé- tion. Ceft ce qui a caufé mon embarras. Certes, repliqua-t-il, en me frappant dou--> cernent fur lépaule, ceft être bien diferet. Je-ne te croyoïs pas fi rufé. Va, mon en­fant,