de S A N T 1 L L A N E, 269
far. Je fuis fils unique de Pilluftre don Fernand de Ribéra, qui fut tué il y a quinze ans dans une bataille qui fe donna fur les frontières de Portugal. Je vous ferois bien un détail de l’aétion, elle fut diablement vive ; mais ce feroit perdre des momens précieux que l’amour veut que j’employe plus agréablement.
Je devins preflant & pafîionnée après ce dif- cours. Ce qui ne me mena pourtant à rien. Les faveurs que ma déefl'e me laili'a prendre, ne fervirent qu’à me faire foupirer apres celles qu’elle me refufa. La cruelle regagna fon carofle, qui l’attendoit à la porte. Je ne laif- fai pas néanmoins de me retirer très-fatisfait de ma bonne fortune, bien que je ne fulfe pas encore parfaitement heureux. Si, difois- je en moi-même, je n’ai obtenu que des demi-bontés, c’eit que ma dame eft une per- fonne qualifiée, qui n’a pas cru devoir céder à mes tranfports dans une première entrevue. La fierté de fa naiffance a rétardé mon bonheur. Mais il n’eft différé que de quelques jours. Il eft bien vrai que je me repréfentai auflï que ce pouvoit être une matoife des plus rafmées. Cependant j’aimai mieux regarder la chofe du bon côté que du mauvais, & je confervai l’avantageufe opinion que j’avois conçue de ma veuve. Nous étions convenus en nous quittant de nous revoir le fur lendemain, & l’efpérance de parvenir au comble de mes vœux me donnoit un avant-goût des plaiûrs dont je me flattois.
Z 3 L’efprit

