124 LE JEUNE CANETON CONTREFAIT.
pouvait pénétrer dans l'intérieur, il s’empressa de s’y glisser.
Cette chaumière était habitée par une vieille femme qui avait un chat et une poule. Le chat qu’elle appelait son fils chéri, savait si bien faire le gros dos et des ron ron, qu’on eût cru entendre un rouet; et de plus, quand on le caressait à rebrousse-poil, on voyait jaillir des étincelles de sa robe. Quant à la poule, elle était un peu basse sur pattes, ce qui la faisait nommer courtaude; elle pondait de bons oeufs, et la vieille l’aimait comme sa propre fille.
Le lendemain, le nouveau venu ne tarda pas à être aperçu; le chat se mit à faire ses ron ron, et la poule à glousser. «Qu’y a-t-il donc de nouveau ici?» dit la vieille femme qui se mit immédiatement à fureter dans tous les coins de sa maison; comme elle n’y voyait pas bien, elle prit notre caneton pour quelque gras canard du voisinage, qui s’était fourvoyé. «Voilà une bonne capture, se dit-elle à elle-même, maintenant j’aurai peut-être des oeufs de cane. Pourvu que ce ne soit pas un mâle au moins ! Nous verrons. »
On attendit trois semaines, mais d’oeufs point du tout. Or comme messire matou agissait en maître de la maison et la poule en maîtresse, ils avaient l’habitude de dire: «Nous et le monde;» car ils croyaient en former la moitié, ét la meilleure moitié encore. Le caneton se

