T.F. COMPAGNON DE VOYAGE.
.323
mort de son père. En la voyant si belle, il ne put s’empêcher d’en être vivement épris. « Ce n’était certainement pas vrai, pensa-t-il, qu’elle fût une méchante sorcière qui fît pendre ou décapiter tous ceux qui ne pouvaient deviner ce qu’elle leur demandait. Chacun a la permission de demander sa main, même le plus pauvre mendiant. J’irai donc au château, car je sens qu’il m’est impossible d’y renoncer. » Tout le monde le déconseilla fortement d’exécuter son projet, parce que cette entreprise téméraire ne lui réussirait certainement pas mieux qu’à tous les autres prétendants. Le compagnon de voyage l’en déconseilla aussi, mais Jean lui répondit qu’il avait la conviction de réussir. Il brossa ses souliers et son habit, se lava le visage et les mains, peigna ses blonds cheveux, et alors il alla tout seul dans la ville, puis au château.
«Entrez! » dit le vieux roi, lorsque Jean frappa à la porte. Jean ouvrit et le roi vint au-devant de lui en robe de chambre et en pantoufles brodées; il avait la couronne d’or sur la tête, tenait le sceptre d’une main et le globe impérial de l’autre. « Attendez un peu ! » dit - il, et il mit le globe sous le bras, afin de pouvoir tendre la main à Jean. Mais en apprenant que c’était un nouvel aspirant à la main de sa fille, le globe et le sceptre lui tombèrent des mains, et il se prit à répandre des larmes si abondantes, qu’il dut s’essuyer les yeux avec sa robe de chambre, le bon vieux roi!
21 *

