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LE COMPAGNON DE VOYAGE.
pleurer, mais je ne veux pas attrister la dernière soirée que nous avons peut-être à passer ensemble. Soyons gais, bien gais! Demain quand tu seras parti, je pourrai pleurer.
Toute la ville savait déjà qu’un nouveau prétendant à la main de la princesse s’était présenté, et pour cette raison tout le monde était dans la tristesse et le deuil. Le théâtre resta fermé, toutes les marchandes de bons hommes en sucre prirent le deuil; le roi et les prêtres étaient agenouillés dans les églises; enfin c’était une désolation générale à cause du sort funeste dont tout le monde s’attendait à voir Jean devenir la victime comme ses prédécesseurs.
Vers le soir, le compagnon de voyage prépara un grand bowl de punch, et il dit à Jean : « Eh bien ! nous
allons nous amuser et boire à la santé de la princesse ! » Mais à peine Jean eut-il bu deux verres, qu’il se sentit un engourdissement dans tous les membres, et une telle envie de dormir, que ne pouvant tenir les yeux ouverts, il finit par s’endormir profondément. Le compagnon de voyage l’enleva tout doucement de sa chaise, et le mit au lit. Puis, lorsqu’il fit complètement nuit, il prit les deux grandes ailes qu’il avait coupées du cygne, et se les attacha fortement à chaque épaule; ensuite il mit dans sa poche la plus grande des verges qu’il avait reçues de la vieille femme qui s’était cassé la jambe, ouvrit la fenêtre et vola, par-dessus la ville, droit au château où

