59

à qui tous les moyens étaient bons pour se pro­curer de largent. Un soir, nous étions avec plu­sieurs autres chefs dans une réunion, célébrant joyeusement, le verre à la main, un avantage que nous venions de remporter sur lennemi. Ce che­valier, nommé Stein, fil tomber, à dessein, je crois, la conversation sur lanneau nuptial que je portais alors à mon doigt, et que je ne quittais ni jour ni nuit. Stein me proposa la gageure que dans lespace de vingt-quatre heures il saurait me tirer la bague du doigt sans que je men aperçusse. La chose que je regardais dans ce moment comme impossible se réalisa cependant dès la nuit suivante. Stein avait probablement glissé un narcotique dans mon verre, et profita de mon sommeil pour me dérober la bague, car dès le lendemain matin je maperçus quelle avait disparu. Je payai la gageure et re­demandai ma bague; mais Stein, aussi déloyal que querelleur, me la contesta, sous prétexte quelle était comprise dans la gageure et devenue sa pro­priété. Ce gage chéri de ma bien-aimée Théolinde métait trop précieux pour y renoncer aussi facile­ment; il en résulta un combat à outrance dans lequel mon adversaire me renversa dun coup de glaive à travers le visage, et avant que ma blessure