quitté le royaume de son père pour avoir le plaisir de la voir et de lui parler. Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il l’aborda avec tout le respect et toute la politesse imaginables. Ayant remarqué, après lui avoir fait les compliments ordinaires, qu’elle était fort mélancolique, il lui dit :
« Je ne comprends pas, madame, comment une personne aussi belle que vous l’êtes peut être aussi triste que vous me paraissez: car, quoique je puisse me vanter d’avoir vu une infinité de belles personnes, je puis dire que je n’en ai jamais vu dont la beauté approche de la vôtre.
— Cela vous plaît à dire, monsieur, » lui répondit la princesse. Et elle en demeura là.
« La beauté, reprit Riquet à la Houppe, est un si grand avantage, qu’elle doit tenir lieu de tout le reste; et, quand on la possède, je ne vois rien qui puisse vous affliger beaucoup.
— J’aimerais mieux, dit la princesse, être aussi laide que vous, et avoir de l’esprit, que d’avoir de la beauté comme j’en ai, et être bête autant que je le suis.
— Il n’y a rien, madame, qui marque davantage qu’on a de l’esprit que de croire n’en pas avoir; et

