160

Labsence de linfante causa une grande rumeur. Le roi, au désespoir, qui avait fait préparer une fête magnifique, était inconsolable. Il fit partir plus de cent gendarmes et plus de mille mousquetaires pour aller à la quête de sa fille; mais la fée, qui la pro­tégeait, la rendait invisible aux plus habiles re­cherches : ainsi il fallut bien sen consoler.

Pendant ce temps linfante cheminait. Elle alla bien loin, bien loin, encore plus loin, et cherchait partout une place; mais, quoique par charité on lui donnât à manger, on la trouvait si crasseuse, que personne nen voulait. Cependant elle entra dans une belle ville, à la porte de laquelle était une mé­tairie, dont la fermière avait besoin dune souillon pour laver les torchons, nettoyer les dindons et lauge des cochons. Cette femme, voyant cette voya­geuse si malpropre, lui proposa dentrer chez elle; ce que linfante accepta de grand cœur, tant elle était lasse davoir tant marché. On la mit dans un coin reculé de la cuisine, elle fut, les premiers jours, en butte aux plaisanteries grossières de la valetaille, tant sa peau dâne la rendait sale et dé­goûtante. Enfin on sy accoutuma; dailleurs elle était si soigneuse de remplir ses devoirs, que la