LA BELLE AU BOIS DORMANT.29

sur un lit en broderie dor et dargent. On eût dit un ange, tant elle était belle; car son évanouissement navait point ôté les couleurs vives de son teint : ses joues étaient incarnates, et ses lèvres comme du co­rail; elle avait seulement les yeux fermés, mais on lentendait respirer doucement, ce qui faisait voir quelle nétait pas morte.

Le roi ordonna quon la laissât dormir en repos, jusquà ce que son heure de se réveiller fût venue. La bonne fée qui lui avait sauvé la vie, en la condam­nant à dormir cent ans, était dans le royaume de Ma- taquin, à douze mille lieues de, lorsque laccident arriva à la princesse; mais elle en fut avertie en un instant, par un petit nain qui avait des bottes de sept lieues (cétaient des bottes avec lesquelles on faisait sept lieues dune seule enjambée). La fée partit aus­sitôt, et on la vit, au bout dune heure, arriver dans un chariot tout de feu, traîné par des dragons. Leroi lui alla présenter la main à la descente du chariot. Elle approuva tout ce quil avait fait; mais comme elle était grandement prévoyante, elle pensa que quand la princesse viendrait à se réveiller, elle serait bien em­barrassée toute seule dans ce grand château : voici ce quelle lit. Elle toucha, de sa baguette, tout ce qui était dans le château ( hors le roi et la reine), gouvernantes, tilles dhonneurs, femmes de chambre, gentilshom­mes, officiers, maîtres dhôtel, cuisiniers, marmitons, galopins, gardes, suisses, pages, valets de pied; elle