PEAU-DANE.

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sera un peu étourdi de la demande que je vous con­seille de lui faire; cest la peau de cet âne quil aime si passionnément, et qui fournit à toutes ses dépenses avec tant de profusion : allez, et ne manquez pas de lui dire que vous désirez cette peau. »

Linfante, ravie de trouver encore un moyen délu­der un mariage quelle détestait, et qui pensait en même temps que son père ne pourrait jamais se ré­soudre à sacrifier son âne, vint le trouver, et lui ex­posa son désir pour la peau de ce bel animal. Quoique le roi fût étonné de cette fantaisie, il ne balança pas à la satisfaire. Le pauvre âne fut sacrifié, et la peau galamment apportée à linfante, qui, ne voyant plus aucun moyen déluder son malheur, sallait déses­pérer, lorsque sa marraine accourut.

« Que faites-vous, ma tille? dit-elle, voyant la prin­cesse déchirant ses cheveux et meurtrissant ses belles joues; voici le moment le plus heureux de votre vie. Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais, et allez tant que terre pourra vous porter : lorsquon sacrifie tout à la vertu, les dieux savent en récom­penser. Allez, jaurai soin que votre toilette vous suive partout; en quelque lieu que vous vous arrêtiez, votre cassette, seront vos habits et vos bijoux, suivra vos pas sous terre; et voici ma baguette que je vous doime : en frappant la terre, quand vous aurez besoin de cette cassette, elle paraîtra à vos yeux : mais hâtez-vous de partir, et ne tardez pas. »