Page
8 ANTISÉMITISME ET PANGERMANISME
une valeur inférieure à celle des citoyens prussiens.
Lorsqu’ils commettaient un crime ou un délit, ils étaient
punis plus sévèrement que les chrétiens, et lorsque le
coupable se trouvait insolvable ou hors d’atteinte, sa
famille et la communauté auxquelles il appartenait
étaient tenues pour responsables.
Les Juifs étaient divisés en deux catégories, les ordi¬
naires et les extraordinaires . Les premiers, en nombre
limité, étaient privilégiés ; car ils pouvaient se marier.
Depuis 1788, ils n’étaient plus forcés, pour exercer ce
droit, d’acheter une certaine quantité de porcelaines dans
les manufactures royales et de la vendre à l’étranger ;
mais ils avaient dû payer 4.000 thalers l’affranchissement
de cette obligation. Avant 1763, seul l’aîné de chaque
famille héritait du privilège paternel ; à cette date, les
Israélites du royaume en obtinrent l’extension au deuxiè¬
me enfant, en payant une contribution collective de
70.000 thalers. Les autres enfants étaient rejetés parmi
les Juifs extraordinaires.
A ceux qui appartenaient à cette catégorie, le mariage
était interdit. Ils ne pouvaient être patrons et n’acqué¬
raient le droit de séjour qu’à la condition d’être au ser¬
vice d’un de leurs coreligionnaires privilégiés (1).
Outre les impôts frappant tous les citoyens, les Juifs
étaient soumis au Schutzgeld, taxe collective de protec¬
tion qui s’élevait, en 1768, à 25.000 thalers. Dans plu¬
sieurs villes, ils étaient obligés solidairement de livrer
chaque année à la monnaie une certaine quantité de
métal argent, à un prix inférieur au cours (2).
Les Juifs de la Silésie prussienne étaient soumis à un
régime spécial. La résidence dans les campagnes leur
était interdite. Dans les villes, trois communautés seule-
(1) Freund, t. I, p. 17.
(2) Freund, t. I, p. 22.