Parmi ces 24 classes il s'en faut de beaucoup, que chacune renferme le même nombre de genres; bien au contraire, tandis que pour l’une ou l’autre d’entre elles on ne trouve que 2 ou 3 genres, il y en a d'autres, par ex. la troisième, la cinquième, la douzième, la treizième, la quatorzième, le quinzième, la dix- septième, la dix-neuvième, qui en embrassent un très-grand nombre. Les vingt quatrième comprend à elle seule à-peu près autant de genres, que l'ensemble des 23 autres.
Il serait peu facile de se retrouver dans un si grand nombre de genres, si on n’avait pas des sous-divisions; c'est là ce qui a engagé Linné, à diviser chacune de ses classes en divers ordres.
C’est ainsi que les fougères, les mousses, les hépatiques, les champignons, les lichen s et les algues forment autant d’ordres dans la vingt-quatrième classe. Mais dans les autres classes de pareilles sous-divisions, fondées uniquement sur la forme des plantes en général, n’étaient pas praticables, et, c’est par celle raison que Linné a choisi les pistils pour se servir du nombre, de la forme et des autres rapports, que ces organes présentent, afin d'établir des sousdivisions dans ces classes.
Dans les treize premières classes c’est le nombre des styles, qui offre un excellent caractère pour l’établissement des ordres. Ce nombre est le même pour toutes les espèces d’un genre, tandis qu’il peut varier pour les genres d’une classe. Tous les genres, par ex. de la cinquième classe, qui n’ont qu’un seul style, en forment le premier ordre; ceux à 2 styles forment le second ordre etc. etc. L’ordre qui ne présente qu'un seul style, s’appelle Monogynie; les autres se^nomment Di-, Tri-, Tetra-, Penta-, Polygynie, selon qu’ils présentent 2, 3, 4, 5 ou un grand nombre de styles. La même mode de division a été admis pour toutes les 13 classes.
Les fleurs, qui rentrent dans la 14 e et la 15 e classe, n’ont toutes qu’un style unique, voilà pourquoi on a dû rechercher un autre organe que le style, pour établir des sous-divisions: on a choisi l'ovaire, sur lequel on a établi deux groupes; dans la 14® classe ces derniers ont reçu le nom de Gymnospermes ou plantes à graines nues, et d’Angiospermes ou à graines renfermées dans une capsule. Dans la 15 e classe les deux ordres sont fondés sur la longueur du fruit, et ont reçu le nom de Sili- queuses et de Siliculeuses, selon que le fruit est long ou court.
Dans les 16e, 17 et 18 e classes, où les étamines sont soudées entre elles par les filets, les ordres se fondent sur le nombre des étamines d’une fleur, par ex. Monadelphie Heptandrie, lorsque sept étamines se trouvent soudées en une phalange, Diadelphie Décandrie, lorsque ce sont dix étamines, qui sont réunies en deux faisceaux.
Il en est de même dans les 20e, 21e et 22 e classes: ainsi, par ex. on place dans la Gynandrie Diandrie les plantes, dont les fleurs présentent deux étamines soudées au pistil; le nom de Dioecie Ennéandrie indique, que la plante présente les deux sexes sur des pieds différents, et que celui, qui porte les (leurs mâles, offre 9 étamines dans chaque envelope florale. Mais il y a aussi une Monoecie et une Dioecie Monadelphie où, comme ce dernier nom l'indique, les étamines sont réunies par leurs filets en un faisceau ou une phalange.
Les ordres de la 23» classe sont appelés Polygamie Monoecie et Dioecie. selon qu’on n’y trouve que des fleurs mâles ou des femelles ou les deux sortes réunies à des fleurs hermaphrodites. Ce sont là des distinctions , qu’un commençant ne saisit pas toujours facilement.
Les ordres de la 19® classe ou de la Syngénésie exigent également une attention particulière. Dans le premier d'entre eux, la Polygamie égale, toutes les fleurs réunies sur un| réceptacle commun sont non seulement hermaphrodites, mais elles offrent aussi la même configuration soit ligulée (le salsifis), soit tubulée (le chardon); dans le second ordre, appelé Polygamie superflue, les fleurs du disque ou de l’intérieur sont toutes fertiles, tubuleuses et hermaphrodites, celles du rayon ou de la circonférence au contraire sont ligulées, femelles et également fertiles (les marguerites etc.); dans le 3 e , appelé Polygamie fruslranée, les fleurs offrent la même organisation, à l’exception que celles du rayon sont stériles et ordinairement tout-à-fait vides (le bluel); dans le 4 e , la Polygamie necessaire, les fleurs du disque sont stériles, celles du rayon au contraire produisent des graines (le souci); dans le 5® ordre enfin, la Polygamie séparée, chacune des fleurs hermaphrodites est en outre entourée d’un calice particulier, à côté du calice général, qui enveloppe l’ensemble des fleurs d’un capitule.
Ce système offre le grand avantage, qu'il est très-simple et que les commençants le saisissent avec facilité; que les classes sont assez nettement limitées, qu’il embrasse toutes les plantes connues et qu’il permet d'y ranger toutes celles, que l'on découvre encore. En revanche cependant les organes floraux sont souvent variables; leur nombre en effet diffère quelquefois dans le même genre; par suite de l’avortement des étamines ou des pistils l’une ou l’autre des espèces devient quelquefois dioïque ou dicline; les familles naturelles sont souvent violemment déchirées et dispersées; la soudure des étamines se reconnaît à grand peine: ce sont l'a des difficultés, qui peuvent exercer une influence bien embarassante sur les commençants. Ces derniers cependant trouvèrent dans ce système une facilité bien plus grande, lorsqu’il s’agit de rechercher le nom d’une plante qui leur est inconnue, que s’ils devaient le rechercher dans quelque système dit naturel, où il importe souvent de tenir compte de caractères, qu’un oeil exercé et une main habile, manquant encore aux commençants, sont seuls à même de reconnaître.
Le principal caractère, sur le quel se fondent les divers systèmes naturels existants, est tiré de l'organisation générale des plantes et en particulier du premier développement de la graine et de l’embryon. Quelles que soient les dénominations employées ici, le trait le plus saillant dans ces systèmes est, que les plantes se divisent en trois groupes, dont le premier comprend celles qui germent avec deux cotylédons, le second celles qui en offrent un seul, et le troisième celles enfin, qui manquent de cet organe lors de leur germination. Ces dernières, appelées Acolyledonées, correspondent presque exactement à la 24 e classe de Linné; les Monocotylédonées ou plantes à un seul cotylédon, comprennent en particulier les Graminées ou Glumacées, les Liliacées et les Palmiers; le reste du règne végétal rentre dans les Dicotylédonées ou plantes à deux cotylédons. Les divisions ultérieures en classes, familles et groupes, souvent tout aussi artificielles que dans le système Iinnéen, sont peu faites, pour faciliter aux élèves l’étude des productions du règne végétal.

