VINGT-QUATRIÈME ANNÉE. -9&S8S-

I Bureau de la rédaction et de ladministration, à Paris,

ME BU CROISSANT, 16 (HOTE!, C01LBERT).

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SAMEDI 40 NOVEMBRE 4855. HBSS*-

Paris, 3 mois. 48 fr.

Départemens , 3 mois. ... 20 Les abonnemens datent des 1 er et 16 de chaque mois

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CHARIVARI.

! LE

| :

1 ON DEMANDE DES BASES.

! tÜRCULAlRE ADRESSÉE A TOUS LES DIPLOMATES

EUROPÉENS.

( Monsieur et cher confrère,

Il est temps de tirer la diplomatie du marasme depuis trop longtems elle est plongée.

! On finirait par croire que nous ne sommes pas tout à fait indispensables.

| Ne pensez-vous pas quil serait à propos denta- \ mer quelques négociations ? Profitons pour cela de

1 1a saison dhiver dans laquelle nous allons entrer et linterruption forcée des opérations militaires. Le théâtre est vide, nous pouvons paraître en scène avec quelques chances doccuper lattention, j Voilà qui est bien, direz-vous; mais sur quoi- gocier?

L C'est en effet le point de départ à trouver. Un t moment nous avons espéré que la question du péage duSund pourrait fournir matière à un congrès, mais j il ny faut plus songer dans la circonstance actuelle.

' La Russie ayant offert sa médiation entre les Etats- Unis et le Danemark, les puissances occidentales ne

! voudront pas envoyer des représentans à Copenha­gue pour cette affaire. Cest un congrès ajourné. Nous ne voyons de négociation possible que pour [ ce qui concerne les affaires dOrient. Il faut recom- ; mencer les conférences de Vienne.

! Malheureusement aucune des puissances helligé- i rantes ne veut faire le premier pas. la Russie pas 1 plus que la France. Mais ce ne serait point un ob- 1 stade si nous pouvions seulement trouver des bases I pour les négociations.

: Ah ! ils étaient favorisés du sort les plénipoten-

; i; tiaires de Vienne 1 Ils avaient des bases toutes trou-

I ! " vées et posées officiellement. Ces bases sappelaient

les quatre points de garantie. Mais elles ont sauté s en lair avec le côté sud de Sébastopol.

I Trouvons donc dautres hases, cest vers ce but * que doivent tendre tous nos efforts.

[ Inventons de nouveaux points de garantie ; pio- \ chons raide, creusons-nous la tête ; ayons des éclairs de génie 1.

| Que diable, il doit bien y avoir des bases quelque part. La question est de mettre la main dessus. | Cherchons dans les vieux traités depuis les âges fa - | buleux jusquà nos jours, depuis le traité conclu

l entre Sennachérib et lHébreu Gédéon jusquau

[ Vaité fameux dUnkiar-Skelessi, un nom bien trouvé

pour exciter létonnement et ladmiration du vul­gaire. Peut-être y découvrifons-nous quelque base, quelque point de garantie applicable à la circon­stance.

Monsieur et cher confrère, les principaux diplo­mates réunis en conseil durgence ont pensé que pour exciter la verve des jeunes attachés dambas­sade il était à propos de suivre lexemple donné par le docteur Véron, en mettant la question des bases au concours.

Le docteur Véron a produit déjà un magnifique mouvement littéraire. Nous produirons certainement un grand mouvement diplomatique, d sortira la découverte des bases et des points de garantie dont la rareté se fait si cruellement sentir.

Les mémoires des concurrens devront être adres­sés dans le délai dun mois, vu lurgence, au se-? crétariat de la société des diplomates.

Le prix sera de dix mille florins.

Il y aura un second prix et des accessits.

Les lauréats du concours-Véron, bien que non diplomates, seront admis par une faveur spéciale, à concourir pour le prix des bases. On compte sur leur imagination.

Les vainqueurs seront couronnés dans une as­semblée solennelle à laquelle le docteur Véron lui- même a promis dassister.

Le célèbre Iffïitz, premier tragédien du Théâtre- Royal de Berlin, sest engagé à lire publiquement le mémoire qui aura obtenu le prix ; ii déclamera les bases et les points de garantie à la satisfaction gé­nérale et avec accompagnement dorchestre.

Le lendemain de cette imposante cérémonie, la diplomatie européenne se mettra immédiatement à lœuvre et entamera des négociations sur les bases couronnées.

Nous osons compter, monsieur et cher qonfrère, sur votre précieux concours.

Veuillez agréer, etc.

LES ANCIENS MEMBRES DE LA CONFÉRENCE DE BAMBER&.

Traduit par

Clément Caraguel.

i « mijaw iii -

LE REGIMENT DE LA PAIX.

M. Cobden est toujours lhomme essentiellement pacifique que vous savez.

Il est en train de prodiguer à son pays si forte­

ment engagé dans la guerre dOrient les plus grands encouragemens.

Il emploie toutes les ressources de sa logique et de son style à prouver à lAngleterre que son armée nest quun composé de mirmidons, daztecs, de pe­tits bonshommes étiolés.

Vous en êtes réduits à prendre vos conscrits au biberon, dit M. Cobden à lAngleterre ; '.votre cava­lerie est si jeune quelle est obligée de se faire des moustaches avec du bouchon noirci ; Vous navez pour servir votre artillerie que de vrais fétus que les artilleurs russes ne peuvent manquer de mettre dans leurs poches.

Voilà les Marseillaises pleines dentrain que M. Cobden ne cesse de fredonner aux oreilles de lAn­gleterre.

Telle est son antipathie pour la guerre, quil ne veut même pas que lon puisse considérer un seul soldat anglais comme possible.

Il y a des citoyens qui se plaisent à gonfler les forces militaires de leur pays, qui ont une tendance perpétuelle à considérer les armées comme beau­coup plus redoutables quelles ne le sont en réalité.

M. Cobden a les illusions absolument opposées.

Sil pouvait armer ses compatriotes avec des pis­tolets de paille et des fusils en pain d'épices, il croi­rait avoir accompli un grand devoir humanitaire.

Ce patriote excentrique qui se tient en équilibre avec tant dintrépidité sur son grand dada de la paix, ne cesse de faire des vœux pour que tous les mous­quets anglais fassent long feu, pour que leurs cap­sules ne fassent pas explosion, pour que les sabres des fantassins naient pas le moindre tranchant.

Voilà qui sappelle avoir le courage de son sys­tème et ne reculer devant aucune de ses consé­quences.

M. Cobden est Anglais, mais il nest pas cepen­dant pour lAngleterre dans le conflit de la guerre dOrient. On ne peut pas dire non plus quil soit précisément pour la Russie. Il est pour la paix, qui représente son unique patrie, son unique affection sur cette terre.

Cest vers la paix que tendent incessamment tou­tes les les vibrations de ses pensées.

Ne lui parlez pas dautre chose que de la paix. Les vaisseaux russes seraient demain en rade à Ply- mouth, les cosaques de Gortschakoff bivouaqueraient sous les arbres de Saint-James-Park quon enten­drait encore la voix onctueuse de M. Cobden sé­lever pour soutenir son grand principe de la paix,