UnfversitötsbiblioJhefc
Frankfurt aM
Trenïc-deusième Année.
Directeur politique : H.-D. COLLIN
ABONNEMENTS
Trait «ait
Ville de Metzi
3.30 H.
Alsace-LoiTfllao, Allemagne :
Troie noie
8,32 U.
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80 fr.
18 a
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Ba rente A PARIS
A la tArairi* A Uacienno-terraint, i, rue de Ifédidi,
Supplément hebdomadaire iJlufetré 3 LA CROIX DE LORRAINE
/
!
" ST*- Lundi 9 IKars 1914
Rédacfion e! Àdmlnisiralion :
14, RUE DES CLERCS, METZ - Tôiéphcno N* 31
ANNONCES
La petite ligne ...... • < l’L
RÉCT/AMEa
ta ligne • #•••<•*<•*>» 60 PL
Le* annonça tont reçue* aux bureaux iu journal
14, rue des Clerc«, à Metz
el don* toute* la Aacnea 4 l'itvanacr.
Les Images d’Epinal
Le goût très vif de nos enfants pour les his¬
toires et les images; notre désir de leur pro*
curer une distraction légitime et paisible, nos
propres souvenirs eux-mêmes, voilà plus qu’il
n’en faut pour nous inspirer une profonde sym¬
pathie envers ces naïves et charmantes pro¬
ductions d'un art rudimentaire, au moment
surtout où leur disparition est annoncée.
Imagerie d’Epinal 1 Joli nom, sonnant clair,
sur de jolies choses. Nous les avons bien ai¬
mées, ces bonnes vieilles images !
Je revois la petite boutique où nous nous
les procurions ; elle ne désemplissait pas à
l’heure bruyante de la sortie des classes.
Une habile commerçante y avait réuni tout
ce qui pouvait nous tenter. Quel encombrement
des dentées les p'us disparates, les plus hété¬
roclites ! Des poires sucrées, montées sur un
bâton, voisinaient avec des toupies, des billes
et des boîtes d’amorces roses ; des enveloppes
à surprises côtoyaient des bétons de sucre
d'orge, de réglisse, et des cerfs-volants.
Nos regards, nos idées, nos désirs allaient et
revenaient du bonbon au jouet, du jouet à l'ob¬
jet utile : cela faisait dans notre ûme je plus
beau, le plus délicieux des désordres. Que
d'heures passées à contempler ce fouillis, à y
rechercher l’objet inconnu et nouveau auquel
nous allions sacrifier notre petit sou ! Que
d'heures passées surtout, le nez aplati sur la
vitre, ù lire les images d’Epinal y accolées à
l'aide de pains à cacheter, ces images aux cou¬
leurs vives, placées de façon à ce que l’une
cachât le dénouement de l’histoire racontée sur
l’autre I...
* *
Maurice Barrés n’a pas dédaigné ce sujet. A
propos d’un livre que René Perrout a consacré
à ces feuillets légers, l’éminent écrivain vient
•le leur rendre un bel hommage. Il s’adresse à
toutes les imaginations de France. Il aurait pu
s’adresser aux nôtres, qui lurent amusées, se¬
couées ou émerveillées par ces récits de farces,
d’aventures ou de légendes féeriques.
« Songez, dit Barrés, à la prodigieuse in¬
fluence qu’ont eue ces ouvriers — les imagiers
— sur l’imagination, sur la sensibilité enfantine
et populaire... De très grands artistes ont essayé
de faire des images d’Epinal. Ils ont pitoyable¬
ment échoué... Il y a là une sorte de génie,
un génie grossier, barbare, si l’on veut, mais
du génie... »
Il avoue ses préférences pour les images guer¬
rières. S’il en était autrement, Barrés ne serait
plus Barrés. Quant à nous, les alignements d’u¬
niformes français nous paraissaient, cela se con¬
çoit, les plus beaux ; mais nous avionsaussi lo goût
des costumes brillants, chamarrés, mais exo¬
tiques ou fantaisistes. En fait d’histoires belli¬
queuses, nous ne nous rappelons que celle du
prince Mirliton. Il allait à la guerre sans ca¬
nons ni fusils, sans tambours ni trompettes.
Tous ses soldats étaient armés d’une longue
flûte à l’oignon. Ils entamaient la bataille par
un concert monstre. Les ennemis, bientôt stu¬
péfiés, tombaient à la renverse et demandaient
grâce. Alors le prince vainqueur bornait ses
exigences à les obliger à jouer... du mirliton...
Mais ce que nous préférions à tout, c’étaient
les chevaux volants, les bottes de sept lieues,
les transformations à vue dans des palais en¬
chantés, toute la férié — rendue accessible à
nos yeux et à nos esprits — des contes de
Perrault et des Mille et une Nuits.
Ayant donc appris la fin prochaine de l’Ima¬
gerie d’Epinal, nous avons voulu retrouver
quelques-unes des véritables et primitives sé¬
ries de la firme Pellerin.
Après avoir beaucoup erré, nous en avr-m
découvert chez un libraire nui cherchait pré¬
cisément à se débarrasser d’articles non de¬
mandés ou hors d’usage.
Il nous en a cédé tout un lot, au rabais,
pour quelques sous. Au rabais ! ces pages pré¬
cieuses, toutes palpitantes de merveilleuses lé¬
gendes! Notre àme d’enfant, un instant reve¬
nue, en fut offusquée.
L’heureuse emplette ! La famille entière dé¬
laissa ce soir-là les actualités sportives, litté¬
raires, scientifiques, et nous retrouvâmes les
chères impressions d’antan.
Qui n’a rêvé, étant gamin, de posséder le
pantin magique, d’enfourcher le cheval plus lé¬
ger que le vent? Où est la petite fille qui n'a
pas envié la sagesse de Lucie * ou la bonne
petite ménagère », et de Julie pour goûter a les
fruits de la persévérance ï ?
Mais voici les histoires gaies. Une parodie
de l’école au village, par exemple. Les types
d’instituteur martyr, d’écoliers fripons, de can¬
cres ou de benêts sont croqués à merveille, et
sous les dessins les légendes sont brèves et
narquoises.
,« Messieurs, le concours va commencer. (C’est
le maire qui parle.) Nous allons interroger le
fils de M. l’aajoint. Approchez, monsieur ' Isi¬
dore Caillou. Cet élève a une mémoire éton¬
nante. Récilez-nous une fable de La Fontaine?
— Oui, m’sicu : Un agneau... se... dé... désal...
lcrait. — Otez donc voire chapeau I — Merci,
m’sieu, çà ne me gêne pas. — Très bien ! En
avant, la musique. Premier prix de mémoire à
M. Isidore Caillou. »
Sur ce, le maire, gros et gras, ceint de son
écharpe, couronne le lauréat, mais que dans
un coin, deux musiciens se gonflent démesu¬
rément les joues à souffler l’un dans un piston
et l’autre dans un Irombonne à coulisse.
Ce n’est pas d’un esprit transcendant, mais
quelle gaieté franche et innocente dans la sa¬
tire ! 11 faut voir les faces, les nez, les mains,
les accoutrements. Tout cela suppose, chez le
conteur et le graveur, un instinct averti de ce
qui peut faire rire les enfants et nnc absence
totale de recherche orgueilleuse telle que celle
où se complaisent trop souvent nos humoristes
contemporains.
* * ¥
Les boutiques à l’usage exclusif des écoliers
ne foisonnent plus et la plupart se sont trans¬
formées, modernisées. De grandes vitrines éclai¬
rent un éiaiage savamment ordonné ; il m’ap
paraît froid et sévère. C’est une demoiselle de
magasin, de mise élégante qui en fait les hon¬
neurs à nos bambins un peu intimidés.
11 s’y vend des bonbons qui n’ent rien d’ori¬
ginal dans la iorme ; on est honteux de s'y
présenter avec do la monnaie de cuivre.
Dans les papeteries, abondent des illustrés
dont les parents et les maîtres disent beaucoup
de mal.
Iléfas ! les images d’Epinal sont délaissées
ou introuvables. Auraient-elles fait leur temps?
Nous le regrettons pour la génération qui nous
suit. Elles nous avaient donné des impressions
qui perdurent chez nous et que les productions
actuelles similaires ne remplaceront pas. Elles
avaient orienté nos imaginations vers l’opti¬
misme.
Est-il possible que ce qui nous émut jadis
ne touchera point nos enfants? que leurs sou¬
venirs seront un jour différents des nôtres ?
C’est presque croire qu’il aura manqué
quelque chose au bonheur de leur jeune âge,
et que plus tard ceux qui nous suivront,
n’ayant pas eu nos rêves, nos plaisirs et nos
enchantements, ne nous ressembleront pas.
I>a Journée
L’nnibussndenr de Russie ù Berlin n de¬
mandé, sous une forme amicale, à M. de Jagow si
('article de la Gazelle de Cologne correspond à une
intention officieuse.-La réponse de M. de Jagow n’est
pas encore connue. En attendant la campagne anti-
russe continue dans la presse allemande.
&
En France, le ministre de la guerre a décidé que
les fils d’étrangers nés en 1R92 et les fils de Fran¬
çais omis sur les tableau* de recensement de la classe
1λ12 et portés sur les listes de recrutement de la
classe en formation ne seront astreints qu’à deux ans
de service.
fc
I.es grniides 'manoeuvres navales fran¬
çaises sont fixées à la seconde quinzaine de mai.
&
La Chambre italienne, votant au scrutin se¬
cret, a adopté par 231 > voix contre 47 le projet relatif
aux dépenses de la Lybie.
«
Une crise ministérielle est probable en Italie.
Les radicaux abandonnent M. Giolilti. La démission
du cabinet est imminente.
«
Une grève générale de 24 heures a été
proclamée à Koinc pour appuyer les réclamations
élevées par les infirmiers laïques des hôpitaux.
$
Les élections législatives ont commencé en Es¬
pagne. Quelques troubles ont eu lieu à Bilbao et à
Gijon.
#
M. Tom Mann, l’orateur anglais bien connu,
l’organisateur de nombreuses grèves, est parti pour
l’Afrique du sud afin d’y organiser la campagne de
protestation contre la déportation des chefs de
la dernière grève.
$
Les souverains albanais ont pris possession
de leur palais de Durazzo. Ils ont clé reçus dans lo
capitale du nouveau royaume par les autorités locales,
les membres do l’ancien gouvernement provisoire de
Valions, E-s-ail pacha, les consuls et la commission
internationale de contrôle. La population avait pris
une allure de ftHe, et des feux d’artifice ont été tirés
le soir.
&
Dos élections léglsiativesmit eu lieu en Bul¬
garie. Un ordre parlait régnait partout. On a cons¬
taté uoe grande affluence d’électeurs dans tous les
collèges électoraux.
En Epire, le moumnent révolutionnaire s’étend
de plus en plus. Les autorités grecques sont impuis*
santés à l’enrayer. On signale de nombreuses déser¬
tions dans l’armée régulière grecque.
*
Le Sénat el la Chambre des Efals-Unis, sur la
proposition du président "Wilson, étudient l’abrogation
de l’exemption des droits de péage précédemment volée
en faveur des navires américains traversant le canal
de Panam».
*
Au Brésil, l’agitation n’est pas encore calmée;on
signale de nouvelles arrestations d’otficiers.
Chronique Générale
ALLEMAGNE
Reichstag.
CONTRE LE M’EI.
L'interpellation sur le scandaleux duel de Metz où
l'oflensetir a tué l'offensé est à l'ordre du jour de
mercredi prochain. En attendant, les partis du Centre
et national-liberal sc sont mis d’accord sur le projet
de loi sur le due). Ce nouveau projet substitue à l'in¬
ternement des duellistes et de leurs témoins dans une
forteresse, la prison ordinaire. Le dépôt et la discus¬
sion des motifs de ce projet auront lieu au cours de
l'interpellalicn même.
Les cardinaux allemands.
Dans les milieux ecclésiastiques allemandsde Rome,
on fait remarquer qu’après le décès des cardinaux
Kalsclitlialer el Kopp, il n’y a plus dans le Sacré-
Collège itn seul cardinal allemand. Les quatre cardi¬
naux d’Autriclie-Uongrie ne sont pas de race alle¬
mande ; en effet, 1rs cardinaux Wzary et de Hornig
sont Hongrois, lo cardinal Skrbensky est Tchèque, le
cardinal Bauer est Moravo.
Le rédacteur religieux de Vltalic rappelle à ce pro¬
pos que depuis quelque temps déjà les souverains el
les gouvernements d’Aulriche cl d'Allemagne et avec
eus les catholiques des divers pays allemands deman¬
dent avec instance au pape la nomination de p'usîeurs
cardinaux allemands.
Dans les milieux religieux de Rome, on envisage
comme possible la nomination des archevêques de Co¬
logne et de Vienne, sièges dont les titulaires sont
pour ainsi dire prédestinés à recevoir le chapeau.
Le journal romain entend aussi parler, comme car¬
dinal probable, "de Mgr Frùhwirlb, actuellement nonce
à Munich, qui n'est, il est vrai, qu’une nonciature de
seconde classe.
MgrGotti, ancien général des carmes, ajoute Vltalic,
nelait qu’internonco su Brésil lorsqu’il fut créé car¬
dinal en 1805. Mgr Frühwirth, ancien général des
dominicains, a les mêmes titres que Mgr Golli, et en
ou*re on donnerait ainsi satisfaction à l’ordre des frè¬
res prêcheurs qui, depuis 1005, n’est plus représenté
dans le Sacré-Collège ; de plus, l'élément allemand se¬
rait ainsi représenté parmi les cardinaux de la curie
romaine.
Lo rédacteur en chef du « Vorwärts t
condamné ù trois mois de prison pour
offenses envers le Kronprinz.
[.a 4° Chambre correctionnelle du tribunal régional
de Berlin a condamné samedi le rédacteur du Vor-
wêrts, M. le D r Ernest Meyer, à trois mois de pri¬
son pour ollenses envers le Kronprinz.
L'offenses était contenue dans un article publié par
le Vorudr/s, où on parodiait les adieux du Kronprinz
à scs hussards de Dantzig et dans lequel les juges vi¬
rent une grave injnreà l'adresse de l'héritier du trône.
Lo fait que le Vcme/irfs possède un Irèsgrand nom¬
bre do lecteurs a été considéré commo circonstance
aggravante. Le prévenu n’avait pas encore de con¬
damnation jusqu'ici.
Une loi sur les cinématographes.
Depuis quelques années que les cinématographes,
sont en grande vogue on a déjà, dans tous les pays
cl dans la presse do tous les partis, beaucoup écrit
sur les dangers qu'ils peuvent présenter au point de
vue de l’éducation et de la moralité publiques. Au
Wurtemberg, on re s’est pas contenté de faire des
phrases là dessus: In seconde Chambre vient de voter,
après la Chambre haute, une loi faite en vue de parer
à ces dangers. C’est, croyons-nous, la première de
l’espèce. Il est donc intéressant d’en connaître les gran¬
des ligne®.
Elfe est foit sévère. L’accès des cinématographes ou
des séances avec projections lumineuses sera interdit,
dans tout le Wurtemberg, aux jeunes gens de moins
de 17 an?, à mois qu'il ne s’agisse de séances spé¬
cialement organisées pour la jeunesse. En outre, la
loi établit un système rigoureux de censure préalable
à organiser par le ministère de l'intérirur. Celui-ci
désignera, dans chaque région, les autorités chargées
de celte censure. Aucun film ne pourra être produit
sans l'autorisation préalable de le censure.
Exceptionnellement, si des raisons d’ordre local
justifient son intervention, la police locale pourra, à
son tour, exerçant une seconde censure, interdire un
film ou certaines des projections lumineuses. Cepen¬
dant le ministère de l’intérieur pourra déclarer sous¬
traits aux obligations ordinaires prescrites par la loi
fis films, les représentations ayant en vue un but
scientifique ou d'enseignement: c’est le Centre qui a
tait voter l’article prévoyant res exceptions.
On a aussi prévu, au profit des organisateurs de
représentations cinématographiques, des instances d’ap¬
pel contre les interdictions des autorités chargées de
la censhre.
La loi énumère les raisons de principe sur lesquels
pourra s’appuyer l’interdiction d’un film. Ce sont:
l'intérêt de la santé ou delà "moralité des spectateurs,
(irrespect des légitimes susceptibilités religieuses de
ceux-ci, le danger d’impressionner le public de façon
à exciter les instincts grossiers, à peiverlir l’imagi¬
nation, à troubler lé sens du droit ou de l'ordre public.
La raison tirée du souci de respecter le sentiment
religieux n'a pas été admise sans une vive coulio-
verse; les socialistes et les radicaux n’en voulaient
pas entendre parler; mais la plupart des nationaux-
libéraux l'ont aimise > et, grâce à ce concours, lo
Centre a pu la faire adopter.
FRANCE
Les manoeuvres <le la flotte.
Dans le conseil tenu samedi malin à l'Elysée, le
ministre de la marine a annoncé que les manœuvres
navales auront lieu du 1 i au 31 mai.
Los variations du projet Caillaux
sur la rente et le coup de bourse.
Le premier projet d’impôt sur le revenu déposé par
M. Caillaux frappait les t rentes, obligations elaulic®
effets publics émis par l'Etat français et par les Etats
étrangers ».
Le nouveau texte communiqué par M. Caillaux, le
2 mars après-midi, à la commission sénatoriale, sti¬
pule que l'impôt sur le revenu s'applique au produit
« des rentes, obligations et autres ellets publics des
colonies françaises et des gouvernements étrangers, i>
Aucune’ mention, on le voit', de la rente française.
Ces variations influèrent sur les cours du 3 p. c.
français, à la l'ourse de Taris. On parla même, dit
le Financial News, d'un syndicat qui avait l'appui,
tout au moins moral, du ministre des finances. Quand
celui-ci, pour donner satisfrclion n M. Jaurès, an¬
nonça qu’il frapperait la rente, la baisse fut immé¬
diate ; on évalue les pertes à plusieurs dizaines de
millions. Deux banquiers allemands qui passent pour
être en relations avec le ministre des finances auraient
revendu avec la hausse des quantités considérables de
3 0 0 achetées avant le relèvement des cours.
Nous avons annoncé que M. Gaudin de Villaine in¬
terpellera au Sénat sur ces manœuvres.
La grève des officiers mécaniciens
» Marseille.
Marseille, 7 mars. — Les officiers mécaniciens de
la Compagnie des Messagrics maritimes ont accepté le
principe du compromis d'arbitrage proposé par le mi¬
nistre de la marine.
La commission d'arbitrage examinera les revendi¬
cations des officiers mécaniciens ainsi que les propo¬
sitions faites et décidera dans le litige. Dès que le
compromis d'arbitrage aura été signé par les partie?
contractâmes el le préfet, c’est-à-dire demain, la re¬
prise du travail aura lieu.
ITALIE
Grève d’infirmiers laïques.
Par suite de l’agitation qui règne dans le personnel
dus hôpitaux cm prévoit pour aujourd’hui lundi une
grève à peu près générale à Home et la fermeture
pour 24 heures des maisons de commerce. Les infir¬
miers reprochent au commissaire royal chargé de *a
réorganisation des hôpitaux de vouloir réduire le per¬
sonnel sans consentir la journée de 8 heures. L’admi¬
nistration répond qu’à la suite d'abus le personnel est
trop nombreux et que le licenciement d'une intime
minorité inutile et indisciplinée n’empêchera nulle¬
ment de donner satisfaction aux légitimes desiderata
du personnel.
La situation du cabinet Giolilti.
Les journaux de Rome se livrent à des prévisions
sur la crise ministérielle possible. On assure que le
majorité du groupe radical, qui se réunira prochaine¬
ment, se prononcera contre les nouvelles mesures fis¬
cales. Le ministère se trouverait ainsi réparé en deux
et les ministres Sacchi et Credaro et trois sous-secré-
taires d'Etat radicaux seraient obligés de démission¬
ner, do sorte que la crise ministérielle se trouverait
ainsi virtuellement ouverte. On dit que le député Sa-
landra formerait alors le ministère de concentration
libérale modérée, à l'exclusion des radicaux.
D’autre part, on fait remarquer dans les cercles
politiques que tout se passera encore celte fois comme
M. Giolilti le voudra. Le président du conseil n’est
pas homme à abandonner le pouvoir avant d’avoir
mené à bonne fin l'entreprise de Libye en obtenant
le vote immédiat des dépenses nécessaires. Une fois
ce vote obtenu et la charge qu'il s’est imposée étant
résolue, il n’est nullement impossible qu’il juge le mo-
mont opportun de se reposer. L'opposition des radi-
FEUILLETON DU LORRAIN — 35 —
BOUCHON de ClUSTilL
PAR
Maurice LBBLAJVC
... Quand nous arrivâmes à San-Remo, l'hommo
était là. J’avais bien deviné, il n'avait plus sa cas¬
quette ni sa redingote de |orticr, mais un chapeau
et un veston. Il monta dans un compartiment de se¬
conde classe. Désormais, la victoire ne faisait plus de
doute.
— Mais... comment ?... dit Clarisse, qui, malgré
les pensées qui l'obsédaient, s’intéressait au récit de
Lupin.
— Comment je suis parvenu jusqu’à vous ? Mon
Dieu, en ne lâchant plus le sieur Jacob, tout en le
laissant libre de ses actions, cctuin que j’étais qu’il
rendrait compte de sa misricn à Daubrecq. De tait,
ce matin, après une nuit passée dans un petit hôtel
de Nice, il rencontra Daubrecq sur la promenade des
Anglais. Ils causèrent assez longtemps. Je les suis.
Daubrecq regagne son hôtel, installe Jacob dans un
des couloirs du rez-de-chaussée, en tace du bureau
téléphonique, el prend l’ascenseur. Dix minutes plus
lard, je savais le numéro de sa chambre, et je savais
qu'une dame habitait, depuis la veille la chambre voi¬
sine, le numéro 130. aJe crois que nous y sommes»,
dis-jc à Lo Grognard et à Le Ballu. Je frappe légère-
in. nl à votre porte. Aucune réponse. Et la porte était
fermée à clef.
— Eh bien, dit Clarisse ?
— Eli bien, nous l’avons ouverte. Dansez-vous
donc qu'il n'y ait qu’une seule clef au _ mondp qui
puisse faire fonctionner une serrure? J'entra donc.
Dans votre chambre, personne. M,ais la porte de com¬
munication est cntie-bàillée. Je me glisse par là. Dès
lors un simple rideau me séparait de vous, de Dau¬
brecq... et du paquet de tabac que j’apercevais sur
le marbre de la cheminée.
— Vous connaissiez donc la cachette !
— Une perquisition dans le cabinet de travail de
Daubrecq à Taris m’avait fait constater la disparition
de ce piquet de tabac. Eu outre...
— En outre v
— Je savais, par certains aveux arrachés à Dau¬
brecq dans la Tour Fatale, que le mot de Marie dé¬
tenait la clef de l'énigme. Or, ce n'était que le dé¬
but d’un autre mot, que je devinai, pour ainsi dire,
ati moment même où me frappait l’absence du paquet
de tabac.
— Quel mot ?
— Maryland... du Ubac marylnnd, le seul que
fume Daubrecq.
Et Lupin se mit à rire.
— E't-ce assez hèle, hein? Et, en même temps,
comme c'est malin de la part de Daubrecq ! On cher¬
che partout, on fouille parfont ! N'ai-je pas dévissé
les douilles de cuivre des ampoules électriques pour
voir si elfes n'abritaient pas un Itouchon do cristal !
Mais comment aurais-jc eu l’idée, comment un être
quelconque, si perspicace qu’il lût, aurait-il eu l'idée
de déchirer la bnndo d'un paquet de marylnnd, bande
apposée, collée, cachetée , timbrée, datée par l’Etat,
sous le contrôle des contributions indirectes. Pensez
donc! l'Etal complice d’une telle infamiel L’adminis¬
tration des contributions indirectes sc prêtant à de
pareilles manœuvres ! Non ! Mille fois non ! La Régie
peut avoir des torts.
Elle peut fabriquer des nliumelles qui ne flambent
pas, et des cigarettes où il y a des bûches de Noël.
Mais de là à supposer qu’elle est de mèche avec Dau-
tnecq pour soustraire la liste des vingt-sept à la cu¬
riosité légitime du gouvernement, ou aux entreprises
d’Aisène Lupin, il y a un précipice! Remarquez qu’il
suffisait, pour introduire l'i-dedans le bouchon décris-
lal, de peser un peu sur la bande, comme l’a fait
Daubrecq, de la rendre plus lâche, do l’enlever, de
déplier le papier jaune, d'écarter le tabac, puis de re¬
mettre tout en ordre. Remarquez, de même, qu'il
nous eût suffi, à Taris, do prendre ro paquet dans
nos mains et de l'examiner poui'découviirlacachette.
N’importe ! Le paquet en lui-même, le bloc de marv-
land confectionné, approuvé par l’Etat et par l'admi¬
nistration des contributions indirectes, cela c’était chose
sacrée, intangible, insoupçonnable ! Et personne ne
l’ouvrit.
Et Lupin conclut:
— C’est ainsi que ce démon de Daubrecq laisse
traîner depuis des mois, sur sa table, parmi ses pipes
et parmi d’autres paquets de tabac non evéntrés, ce
paquet de tabac intact. Et quelle puissance au monde
n’eût pu susciter dans aucun esprit l’idée, même con¬
fuse, d'interroger ce petit cube inoffensif. Je vous
ferai observer, en outre...
Lupin poursuivit assez longtemps ses considérations
relatives au paquet de maryland et au bouchon de
cristal, l'ingéniosité et la clairvoyance de son adver¬
saire l'intéressant d’autant plus‘qu’il avait fini par
avoir raison de lui. Mais Clarisse, à qui ces questions
importaient beaucoup moins que lo souci des actes
qu'il fallait accomplir pour sauver son fils, l’écoutait
4 peine, tout entière à ses pensées.
— Etes-vous sûr, répétait-elle sans cesse, que vous
allez téussir?
— Absolument sûr. .
— Mais Trasville n’csl pas à Taris.
— S’il n’y est pas, c’est qu’il est au Havre. J’ai lu
cela dans un journal hier. En tout cas notre dépêche
le rappellera immédiatement à Taris.
— Et vous croyez qu’il aura assez d'influence?...
— Tour obtenir personnellement la grâce de Vau-
cberay et de Gilbert, non. Sans quoi nous l’aurions
déjà tait marcher. Mais il aura assez d'intelligence
pour comprendre la valeur de ce que nous lui ap¬
portons... el pour agir sans une minute de retard.
— Mais, précisément, vous ne vous trompez pas
sur celte valeur ?
— El Daubrecq, se trompait-il donc? Est ce que
Daubrecq n'était pas mieux placé que personne
pour savoir la toute-puissance de ce papier? N’en
a-t-il pas eu vingt preuves plus décisives les unes
que les autres? Songez à tout ce qu’il a fait, par la
seule raison qu’on le savait possesseur de la liste.
On lo savait, voilà (oui. Il ne se servait pas de
celte liste, mais il l’avait. Et, l'avant, i! tua votre
mari. 11 échafauda sa fortune sur la ruine et tur le.
déshonneur des vingt-sept. Hier encore, un des plus
intrépides, d’Albufex, se coupait la gorge dans sa
prison. Non, soyez tranquille, contre la l'émisé de
cette liste, nous pourrions demander tout ce que
nous voudrions. Or, nous demandons quoi? Presque
rien... moins que rien... la grâce d’un enfant de vingt
ans. C'est-à-dire qu’on nous prendra pour des imbé¬
ciles. Comment! nous avons entre les mains...
H se tnt. Clarisse, épuisée par tant d’émotions, s’en¬
dormit en faco de lui.
A huit heures du matin, ils arrivaient à Taris.
Deux télégrammes attendaient Lupin à son domicile
de la place Clichy.
L'un de Le Jîallu, envoyé d’Avignon la veille, an¬
nonçait que tout allait pour le mieux et que l’on es¬
pérait bien être exact an rendez-vous du soir. L’autre
élait de Trasville, daté du Havre, et adressé à Cla¬
risse.
a Impossible revenir demain malin lundi. Venez à
mon bureau cinq heures. Comple absolu ment sur vous. »
— Cinq heures, dit Clarisse, comme c’est tard !
— C’est une heure excellente, affirma Lupin.
— Cependant, si...
— Si l’exécution doit avoir lieu demain matin? c'est
ce que vous voulez dire?... N’ayez donc pas peur des
mois, puisque l'exécution n’aura pas lieu.
— Les journaux...
— Les journaux, vous ne les avez pas lus, et je
vous défends de les lire. Tout ce qu’ils peuvent an¬
noncer no signifie rien. Une seule chose importante:
noire entrevue avec Trasville. D’ailleurs...
il tira d’une armoiro un polit flacon cl, posant sa
main sur l'épaule do Clarisse, il lui dit:
— Etendez-vous sur ce canapé et buvez quelques
gouttes de celle potion.
— Qn’e-l-r:e que c’est?
— De quoi vous faire dormir quelques heures... cl
oublier. C’est toujours cela de moins.
— Non, non, prolesla Clarisse, je ne veux pas. Gil¬
bert ne doit pas, lui... Il n'onb'ie pas.
— Durez, dit Lupin en insistant avec douceur.
Elle céda tout d’un coup, par lâcheté, par excès do
souffrance, et docilement s'étendit sur le canapé et
ferma les yeux. Au bout de quelques minutes elle
dormait.
Lupin sonna son domestique.
— Les journaux... vile..'. Tu les as achetés?
— Voici patron.
Lupin déplia l'un d’eux et aussitôt il vit ces lignes:
Les complices (f/lrscne lupin
« Nous savons de source cerlaine que les complices
a d'Arsène Lupin, Gilbert et Vsucheray, seront exé-
k cutés demain matin mardi. M. Doihlcr a visité les
bois do justice. Tout est prêt.
Il releva la tête avec une expression de défi.
— Les complices d'Arsène l.upiii ! L’exécution des
complices d’Arsène Lupin I Quel Dean spectacle! Et
comme il y aurait foule pour voir celà ! Désolé, mes¬
sieurs, mais le rideau ne se lèvera pas. Relâche
par ordre supérieur de l’autorité. El l'autorité, c'est
moi !
U se frappa violemment la poitrine avec un geste
d'orgueil :
— L’autorité, c'est moi.
A midi, Lupin reçut une dépêche que Le Dnllu lui
avait expédiée de Lyon.
k Tout va bien, üolis arrivera sans avaries, b
. A trois heures, Clarisse se réveilla.
Sa première parole tut celle-ci :
— C'est pour demain.
Il ne répondit pas. Mais elle le vil si calme, «à
souriant, qu'elle se sentit pénétrée d'une paix i ru -
inense et qu'elle eut l’impression que tout était fini,
dénoué, arrangé selon h* volonté do ton compagnon.
A quatre heures dix, ils partirent.
Le secrétaire de Trasville, prévenu téléphonique¬
ment par son chef, les introduisit dans le bureau et
les pria d'allendre.
Il élait cinq heures moins le quart.
A cinq heures précises, Trasville entra en courant
et, tout do suite, il s'écria :
— Vous avez la liste ?
— Oui.
— Donnez.
Il tendait la main. Clarisse, qui s’éfail levée, nt,
broncha pas.
Trasvillo la regarda un moment, hésita, puis s’as¬
sit. Il comprenait.
Cl suivre.!
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