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Trenie-deiixieme Aimée«
Supplément hebdomadaire iUustré i LA CROIX PE LOHRAWE, _1" II.- Mercredi 14 Janvier 1914
Directeur politique s H.-D. COLLIN
ABONNEMENTS
Villo do MoUt
Trois mots..
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Alsace-Lorraine, Allemagne:
Trois mois •••••••••••
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Les InlerpelliiliODS sur l unaire de Saverne devanl la ~ " aie Gbambre d’Alsace-Loiraiae
Strasbourg, 13 janvier.
Il faut remonter à l'interpellation sur l’af¬
faire de Grafenstaden pour trouver l'exemple
d'une affluence pareille à celle qui se pressait
roijomd'hni dans les tribunes. On attendait avec
In p'us vive impatience ces débats sur cette si
émotionnante histoire de Saverne, surtout aprè?
l’acquittement du colonel von Reutter. On se
demandait en particulier de quelle manière elle
allait être traitée par nos députés. Nous voici à la
lin de cette première journée ; car il y en aura
une seconde demain. Si nous résumons notre
impression, non?, pouvons dire que les o rateurs
des quatre groupes,'gin ävaiebtJaJ^Öue de mo¬
tiver les interpellations respectives, se sont ren-
contrés.sur une ligne moyenne, correspondant
chacune au caractère du parti, mais lormulant
des réclamations collectives tant au sujet de
l'inaction ctdel’aoathie du gouvernement, qu’au
sujet des procédés des militaires, des empié'e-
ments qu’ils ont commis et des circonstances
singulières dans lesquelles a été prononcé l’ac¬
quittement du colonel.
A M. Knœpfler, maire de Saverne, revenait
l’honneur d'ouvrir le .(eu. Il était particulière¬
ment qualifié pour parler au nom du Centre.
Nul mieux que lui ne connaissait le fond des
choses et ne pouvait mieux en tirer les ensei¬
gnements ; il a mis en évidence les responsa¬
bilités et a montré ce qu’était en réalité le
procès de Rentier.
Le Croupe lorrain avait chargé M. Weber
de la mission d’exposer le point de vue de son
parti. Sous une forme modérée, mais ferme
dans le fond, telle qu’elle convient au tempé¬
rament du Lorrain, M. Weber a montré com¬
ment Messieurs les militaires n’ont pas su faire
fa moindre concession et comment le gouver¬
nement a laissé iairc. Si les choses se sont en¬
venimées, ce n’est pas à la population qu’il
laut s’en prendre, a» fnpfl, alin n’cr't rim mnin?
qa’antimilitariste. Le discours de M. Weber a
été écoulé avec une attention soutenue et a
recueilli de fréquentes marques d’approbation.
Les socialistes avaient envoyé en tirailleur
un de leurs plus bruyants compagnons. On
craignait qu’il no cassât les vitres ; il les a sim¬
plement fait trembler. Pour lui, le système mi-
jjfoiste, dont je jlgutj^RfcPflH||n S£t
L’argument, dans la bouche d’un socialiste, pa¬
rait assez naturel.
De tous los discours, celuijla Ji^üurger, le
icadéf'progrcssisfi?, nous, a paru le plus sub¬
stantiel, le plus 'autorisé. Avec son éloquence
native, M. Durger a disséqué' le jugement du
Conseil de guerre et en a étale tous les côtés
faibles. Le colonel von Reutter a passé là un
bien vilain quart d’heure. L’orateur progres¬
siste a vigoureusement pris la délense dp
M Mahl. Que compte (aire le gouvernement ?
Comment parviendra-t-il à assurer ses compé¬
tences, sa liberté d’action ?
_ La réponse du gouvernement avait le carac¬
tère d’un de ces harangues s’adressant h deux
partis ennemis dont chacun doit avoir satisfac¬
tion. M. le baron Zom. de Bulach paraissait
fairiLmentir le vieux dicton : ,.Qn nejeut pas
contenter tout le.monde et son père. Il Taisait
une inclination tantôt du côié de la Chambre,
tantôt du côté des militaires, la seconde natu¬
rellement plus accentuée que la première, il
distribuait aussi le blâme, aux autorité« mili¬
taires très discrètement, aux habitants de Sa¬
verne très sévèrement ; finalement il justifiait
le silence du gouvernement, se conformant à
l’antique adage que parler èst d’argent et que
le silence est d’or.
Cette déclaration a soulevé passablement
d’exclamations, mais peu d’acclamations, jfrn
s £SiyiP^he.tfétait _pas trop -mauvaise .'-eLauré
peuUêire-iourolun acheminement vers, quelque
transaction.
Dès ce soir, à t'issue de la séance, les chefs
des partis se sont en effet réunis et ont arrêté
les termes d’un ordre du jour dont le gouver¬
nement n'aura san9 doute pas trop h se plain¬
dre.
LA SÉANCE
I.c public des tribunes se compose surtout de re¬
présentants de la bourgeoisie ; on rornarquo quelques
membres du clergé, des dames. M. Mahl, directeur
d’.irrondisseincntrle Saverne.se trouve parmi les spec¬
tateurs, ainsi que M. van Calker, député du Reichs¬
tag, MM. to comte d'Andiau et Ungemach, membres
de lu première Chambre.
Dans les couloirs, avant la séance, les députés s'en¬
tretiennent avec animation, envisageant les différentes
tirenioaiilé< qui peuvent se produire.
A U h. 20 les députés entrent dans la salle. 11 n’y
a que très peu (je places vides. Le gouvernement est
au grand complet.
M. le Dr Ricktin préside ayant à ses côlcs MM. Im¬
mer et Wolfor, secrétaires.
Uno question sur les mines de potasse.
Au milieu de l'inattention générale, M. Pcirotes
pose nu gouvernement une question sur l'interruption
de l'exploitation des mines de potasse.
M. Mandel, sous-secrétaire d'Etat, répond qu’il
s'agit d’une mesure destinée à prévenir la surproduc¬
tion.
On aborde
Les interpellations sur Saverne«
La parole est à M. Kncvpfler.
DISCOURS DF. M. KNŒPFLEll
Si le peuple allemand s’est subitement trouvé au
mois de novembre de l’année du jnbité de 1813 de¬
vant les ruines do son travail do quarante années en
Alsace-Lorraine, la tante n'éa incombe pas au peuple
«Isarien-lorrain. mais au parti qui sans cesse u pot»é.
une main brutale sur nos destinées pourempêcher le
développement calme du pays et son contentement par
l’octroi d'une autonomie complète. De celte façon il
veut contrecarrer le ralliement intérieur à l’Empire,
qui parait contraire à ses intérêts. C’est ce parti qui,
depuis trente années, était continuellement en guerre
avec rios Statthalters pour empêcher toute prévenance
vis-à-vis du peuple ah-aciec-lorrain. Par les excitations
qui se répètent sans cesse dans ea presse de Patidours,
ce parti empêche l’Alsa^e-Lorraine de devenir un pays
tranquille et satisfait. (Applaudissements.) Car ce parti
sait fort bien qu’uno Alsace-Lorraine tranquille et
contente est la meilleure garantie pour la paix euro¬
péenne et c’est précisément cette paix qu’il déleste le
plus. Ce parti militaire qui, à différentes reprises déjà,
a rendu l’Empire ridicule aux yeux du monde entier,
qui, par son idolitrie .de l'uniforme, contraire à tout
bon sens, a sur la conscience les exploits du capitaine
de Köpenick et la revue du Mercredi des Cendres, a
fourni à Saverne un fait d'armes qui ne peut plus
être dépassé. (Très bien*)
Ce que cet exploit a dit provoquer dans l’Ame de
tout honnête Allemand, nous l'avon9 appris par MM.
Fehrenhach et van Calker au Reichstag. Iis ont dé-
peinl-l’eftet désastreux que cet exploit a produit & l'in¬
térieur et i'eflet humiliant qu’il a provoqué A l'exté¬
rieur. En vain tous les supérieurs se sont-ils cflorcés
d’embellir la cho&. Malgré les discours' dû minjstre
de la guerre et du Chancelier d’Empire, le.Reichstag,
dans sa grande majorité, a reconnu les agissement*
pernicieux de ce parti et l’a condamné comme jamais
encore ce Parlement n'avait pu le faire. C'est en vain
que le ministre de la guerre et le Chancelier, s'ap¬
puyant sur des rapports mensongers, ont essayé de
faire retomber la faute sur la population do Saverne.
Mais le Reichstag — qu’il agrée ici l'expression de
notre gratitude — a reconnu cette manœuvre et ne
s’est pas laissé tromper. Si tout ce que ces doux per¬
sonnages ont affirmé était conforme A la vérité —• et
[e le coutcste de la façon la plus énergique — cela
n’cH jamais suffi pour diminuer le moins du monde
la culpabilité de ce parti militaire. Car qu’a fait la
population savernoise? Elle a fait comprendre ù celui
qui avait insulté ses fils, elle-même et toute la popu¬
lation d’Alsnce-Lorraine, qu’il devait disparaître du
théâtre de ses exploits. (Très bien.) Tout le monde a
compris ce geste, lui, probablement mieux que per¬
sonne, mais alors se produisit l'action du parti mili¬
taire. Le colonel von ReuUer survient et s'écrie :
« Non, surtout pas maintenant! • Devant les démar¬
ches du Directeur d’arrondissement il donne la même
réponse et ajoute 1 a J’ai mes instructions ! « Et tous
les supérieurs, répètent ce mot et noue arrivons fina¬
lement A voir le colonel qui avait offert sa démission,
. _uiv~.^ui>uNiat « osTcrnt)' aur i onrre- impe¬
ria! pour couronner le ebef-d’eouvre commencé d’une
façon brillante pur des violations de domicile, l'arres¬
tation illégal« de 30 personnes et les coups sur le cor¬
donnier bancal de Dctlwiller.
C'est alors seulement quand le scandale éclqta
bruyamment qu'on se rendit compte en haut lieu de
la prouesse formidable qui venait d'être accomplie et
l’on reconnut que, par un jeu criminel, on avait non
seulement impliqué dans le scandale les plus hautes
autorités de l'Empire, mais qu’en obtenant cet ordre
qui rendit possible le développement du scandale, on
avait déchargé sur eux l’entière responsabilité. El
alors, A ta dernière heure, on fit encore mie tentative
désespérée do sauver ce qui restait à sauver. C’est
pour cette raison que dans la séance du Reichstag du
3 décembre le Chancelier ne trouva pas un mot de
blâme pour le parti militaire. Pour la même raison
M. Mandel, commissaire du gouvernement au Conseil
fédéral, se drapa dans un farouche silence.
Ils le font parce que chaque mot de blâme retom¬
berait sur celui qui a donné l’ordre. Pour celle rai¬
son encore on fait des efforts désespérés pour décou¬
vrir partout des coupables hormis chez les militaires.
Pour les besoins de la cause on transforme la popu¬
lation de Saverne en apachcs et en une populace avide
do sang, contre laquelle la mobilisation de tout un
régiment nvcc les mitrailleuses parait A peine suffi-
saute. Puis c'est le tour de la police de Saverne qui
n’a pas fourni une diversion opportune parce qu’elle
n’a pas sabré les Savernois. Ensuite le Directeur d’ar¬
rondissement I Après lui le gouvernement d’Alsace-,
Lorraine, le Statthalter en tête parce qu’il no s’eri
pas présenté volontairement pour accepter toute la
responsabilité de ce scandale.
Pendant ces journées douloureuses la population de
Saverne a gardé une attitude ai digne et si calmo
qu'aucune autre population d’Allemagne no pourrait
égaler. (Très bien 1) Et si, malgré l’ardent désir du
colonel von Reutter, il n’y a pas ou d’effusion de
*ang, nous devons en remercier cette population.
Quant A la police de Saverno elle aurait très facile¬
ment pu cueillir les lauriers du colonel, si, comme
lui, elle avait arrêté ù tort et à travers de paisibles
citoyens. Je ne sais pas si elle eût pu dans ce cas sc
décharger de sa responsabilité aussi facilement que
ce fut lo cas pour lo colonel von ReuUer et ses com¬
pagnons. En tout cas elle a obtenu une chose: c’esl
que pas un seul cheveu n’a été courltéà un officior ou
à un soldat. Et cela sans employer de moyen vio¬
lent.
Le président de police do Berlin M. von Jagovv a
prolérc contre le peuple alsacien-lorrain uno iosultc
tans nom quand il a affirmé que les olfichrs vivaient
ici presquo en pays ennemi. Jo repousse du pied
celte injure et je souhaite à M. von Jagow que dans
ses commissariats do Berlin les officiers et les soldat*
puissent se mouvoir aussi librement que chez nous,
sans être molestés. (Très bien I) Je proteste que dans
lonto cette affaire on s’écrie A nouveau : la police au¬
rait JA faire cesser ce scandale. Mois à qui incombe
donc la responsabilité de toute cette «flaire? Aux mi¬
litaires et au lieuteuunt von Forstner. Le devoir des
dos militaires était donc de contribuer à rétablir l’or¬
dre et cela sans effusion do sang. Il eut suffi d’en¬
voyer lo lieutenant von Forstner au 3» bataillon à
Phalsbourg ou de communiquer A la presse ses excu¬
ses ou la punition dont il avait été frappé. L’adrni-
nistration militaire n’a même pas songé A ce moyen
très simple pourtant et c’est avec raison que nous
pouvons l'affirmer, c’est à elle seule qu’incombe toute
ta responsabilité. Celui qui a mis le feu à sa maison
n’a pas le droit do so plaindre do la façon dont in¬
terviennent les pompiers. (Très bien I)
On alfirme encore que le manque de collaboration
entre les autorités civiles et militaires de Saverne est
cause de tous les incidents. Mais ici encore la faute
..retombe sur le colonel qui, deputssnn arrivée, a abso¬
lument ignoré lo représentant do la (topulalion de Sa¬
verno el qui, en d'autres (pension?, a reproché A t’ad-
minif!ia*ion municipale d avoir gravement manqué à
ses devoirs. Il y aurait beaucoup ù dire encore sur les
incidents'de Saverne, mais je nè me sons pas encore
assez dégagé des impressions si triâtes des deux der¬
niers mois pour en parier. J’ai l’impression d’avoir
assisté a une bataille sanglante et je crois que je gar¬
derai celte impression pendant toute ma vie.
Mais le parti mililaire tout puissant no. sVwl pas
contenté de (aire retomber la fautc’Mir nous, il a en¬
core' fallu innocenter ses membres compromis. C'est
ainsi qu’on organisa .cette parodié indigne d’une au¬
dience de tribunal, où l’on renverra toutes les notions
du droit et de la loi et où le président, le directeur
des débats et 1c commissaire du gouvernement seront
transformés en défenseurs et'où l’accusé se dresse
comme accusateur.'Il est évident que M. von Forstner
devait être acquitté. C’est le cordonnier boiteux qui
avait commencé et le lieutenant avait encore la for¬
midable punission de six jours d’arrêts, non pas parce
qu’il avait insulté le peuple alsacien-lorrain, mais
parce qu’il n'avait pas respecté un ordre du régiment.
Combien fut différente l’audience où furent jugées le=
trois recrues, qui,- A la caserne depuis quinze jours,
étaient supposées être an courant de toutes les sub¬
tilités du Gode pénal - mililaire,' Là on n’a pas tenu
compte de la jeunesse des accusés cl toute cette affaire
de Saver. e s’est terminée par une négation complète
du droit et de U loi.
Le parti militaire a triomphé sur toute la ligne;
mais il n’a pas considéré que cette victoire équivalait
A une défaite complète du peuple allemand, dont il
prétend être te seul gardien. Cei-endnnl une vie nou¬
velle jaillit des ruines qu’a faites le parti militaire.
Nous avons eu dans celte lutte ùn allié dans la per¬
sonne de nos concitoyens vieux-allemnmls. I.c fossé
qui pendant ces dernières années s'était creusé entre
les indigènes et immigrés a disparu tout à coup. Et
nous avons encore rencontré un autre allié et c’est le
peuple allemand tout entier. Ses représentants an
Reichstag ont reconnu le danger que courait tout l'Em¬
pire et par leur vote ils ont rappelé les autorités à
leur devoir.
Notre dernier allié, c’est le gouvernement alsacien-
lorrain. (Applaudissements et hilarité.) Nous espérons
qu’il a reconnu que toute son existence est en jeu,
car si le Statthalter ne doit être que l’organe oxécutil
des quatre généraux commandants, npus pourrons
économiser tout l’appareil de l’administration civile.
Qu’a fait Dotre gouvernement dans celle heure si
grevé? (M. Orumrn Rien 1) Nous pouvons affirmer
tranquillement que te- autorités inférieures ont lait
tout leur devoir. La meilleure preuve que M. Mahl ;
a fait tout son devoir, ce-sont les attaques inouïe-
dont il est en hotte de ta part div-parti militaire et
do-la pressa de r«odort»**. '♦f’HfiK-rtq.ÄfiÖltms' pas.«Kp&*
Ter-que 1e - gouvernement coïtera au parti mililaire
Mais les faits des autorités supérieures demeurent
jusqu’à présent dans l'ombre. Nous demandons en;
conséquence que le gouvernement nous indique:
1* .Si et A quelle date il a fait des démarches au¬
près des autorités compétentes pour procurer au peu¬
ple alsacien-lorrain la satisfaction pour i'iniurc qui
avait été faite « ses fits servant au 99* régiment d'in¬
fanterie ?
2* Quelles démarches il a faites pour empêcher des
excès analogues de la part des militaires?
3-> Quelle est l'altitude du gouvernement en face
des violations de la loi commises par les militaires à
Saverno ?
4* Que compte faire le gouvernement d’Alsace-
Lorraine pour cmfiêcherà l’avenir unaccaparement du
pouvoir civil par b s mi'ilaires au mépris du droit et
de la justicn? (Applaudissements.)
Hier soir le Conseil municipal-dn Saverne a adopté
à l'unanimité un ordre du jour qui se rapporte à ce*
faits. Le voici :
Dans sa séance extraordinaire du 12 janvier 191 i,
le Conseil municipal exprime A M. Mahl, directeur
d'arrondissement, les remerciements de la population
de Saverne pour non attitude modérée, répondant ab¬
solument A le situation pendant les événement: du
mois de novembre.
Il établit expressément que la population do Sa
verno était dans une agitation Justifiée parce que
l’autorité vnilitaive n’avait pas pris soin de donuei
satisfaction à la population alsacienne pour l’iusiiltc
qui lui avait été faite par le lieutenant von Forstner.
Ainsi que fous le? membres du Conseil municipal
ont pu s’en rendre compte par eux-mêmes, il n*y
avait pas le moindre prétexte entre le 7 et le 11 no¬
vembre pour réquisitionner la troupe; du 12 nu 3tV
novembre c-t plus particulièrement lo 28 il n’y a eu
aucun rassemblement sur la place du Château avant
l’intervention de la troupe.
Cette intervention n’était pas justifiée et elle était
inutile; la réquisition des troupes aurait été insensée
après que lo colonel von ReuUer eut tait préparer le-
mitrailleuses et que très sérieusement U avait Finten-
lion de faire feu sur la population de Saverne.
Grâce seulement à l’attitude circonspecte des auto¬
rités civiles et grâce au calme remarquable de la po¬
pulation de Saverne on a évité les fusillades et des
malheurs sans nom. (Longs applaudissements sur tous
les lianes.)
(M. le l) r Ricklin relève le terme de a parodie de
la justice» employé par M. Knrepfier.)
DISCOURS DK M. WKBHR (Groupe lorrain.)
Messieurs,
Les très intéressants-délaits que vous venez d’en¬
tendre du collègue Kncepßer, qui est maire de Sa¬
verne, vous auront édifiés sur tous les faits regretta¬
bles dont sa municipalité a été témoin, et qui ont
donné A Saverne une certaine célébrité. Cela nous dis¬
pense d’entrer dans beaucoup de détails, et nouspourrons
taire notre exposé bien plus court que nous l’avions
projeté. Saverno nous a prouvé que de petites causes
peuvent produire de grands effets. L’administration
militaire aurait pu parer A tout ce qui s’est produit.
C’est le besoin d’avoir toujours raison, documenté par
Ic3 militaires, qui a donné à celte affaire l’extension
très imprévue que nous connaissons et déplorons. Le-
militaires ne voulaient faire aucune concession, ni
avoir l’air d’eu faire, sans quoi ils n’auraient pas hé¬
sité de faire connaître au public que lo jeune lieute¬
nant von Forstner avait eu 0 jours d’arrêts do cham¬
bre; et cela aurait-certainement contribué ù calmer
les esprits. Malheureusement les militaires sont d’avis
que do pareilles divulgations seraient de nature à en¬
tacher la considération due aux officiers, de préjudi¬
cier la discipline. Nous ne sommes pas d’avis que la
considération duo A un officier no serait aucunement
entachée par une peine de 6 jours. Mais il s’agit In
do choses militaires pour lesquelles notre compréhen¬
sion, à nous civils, ne sulfU pas.
Certes nous ne sommes pas desantimililnrîstes.lanl
s’eu faut. Mais nous sommes les adversaires irréduc¬
tibles (l’tm militarisme rude, sans égards et étranger
nu monde, tel qu’il s’est montré à Saverne. Notre
critique est dirigée contre les abus de ce genre. Notre
critique n’a pas pour but de généraliser, elle ne s'oc¬
cupe que de faits à la Saverne! Notre population a
toujours eu de la considération pour l’état militaire ;
aujourd'hui encore nous en avons pour les militaires
que nous en jugeons dignes. Nous n’avons pas besoin
de chciclier bien loin pour penser à des noms d’offi¬
ciers allemands dignes de notre considération, par
> xempîè des généraux von llmseler, Slœtzer, von
.Mossuer, von Arnim, et autres. (Bravos.)
Personne ne pourrait songer à nous demander d'a¬
voir la moindre considération pour un jeune lieute¬
nant qui est devenu la risée des enfants. (Marques
d'oppiolulion.) Si dans le jugement d'acquitteinentdu
Conseil do guerre il est dit que le jeune lieutenant a
été poussé à bout et voyait du danger où il n’y avait
pas trace, pourquoi donc lui a-t-on confié le com¬
mandement d’un détachement pour aller à Detlwiller?
Un congé d’une certaine durée aurait beaucoup mieux
contribué A calmer les nerfs de ce jeune homme. En¬
core le colonel avait perdu la conscience des choses ;
il n’a pas lait preuve d’une trace do sang-froid. Lui
aussi était énervé par la crainte de périls imaginai¬
res, et c’est là ce qu’il’y a de pire dans l’affaire.
Messieurs, n'est-ce pas d’un effet grotesque quand des
témoins dignes de foi viennent déposer devanl le
Conseil de guerre que les militaires en sonnant la
générale ont fait sortir les gens dans la rue et les ont
ensuite incarcérés? (Mouvement d'approbation.) Il ne
nous vient pas n l’idée de critiquer les jugements des
Conseils de guerre; chacun de nous s'en fait sa pro¬
pre opinion. Nous nous bornerons a clamer que l’in-
-tilnlion des tribunaux militaires n’est plus en con-
cor dance avec la façon moderne d’envisager le droit.
Messieurs, le 3 décembre 1313, le ministre de la
guene a exprimé le désir de voir un autre reprit
-'implanter chez nous en A Race lorraine. Nous som¬
mes convaincus que Son Excellence von Falkenhayn
n’a pas l'atome d’une idée de noire esprit ; et pour¬
tant il a été pendant de nombreuses années attaché A
l’état-major du XVI e corps d’armée à Metz. Mais il y
a vécu étranger au monde, n’ayant aucune comnré-
licn-ion pour notre mentalité. (Longues marques d’ap¬
probation.) Notre esprit, notre mentalité, c’est la fierté
Un citoyen, c’est la liberté. (Rravo.) Et si jamais celte
msnlalité réussissait à pénétrer dans d'autres sphères,
ce serait pour le plus grand bien des destinataires,
pour leur actif comme pour leur passif, (lîravo.) Nous
ne faisons pas autrement A M. von Folkenhayn le re¬
proche de n’avoir pas appris à connaître la mentalité
• orraifte et nlsacisnne, car son éducation, sa manière
do vivre en sont couse.
Pour ce qui est du gouvernement d’Alsace-Lorraine
ou peut liaidirnent dire qu’il est la victime de notre
Constitution. Mais il est impossible de lui ménager un
reproche : il a montré trop d’hésitation, il n’y a pas
nus assez d’énergie, peut-être parce qu’il n'avait pas
onsidéré dans toute leur gravité les origines du con¬
flit. Nous sommes tous de l'avis, je pense, que le gou¬
vernement se trouvait dans une situation fort com¬
plexe. Nous supposons qu’il aura mis quelque hésita¬
tion à marcher, trouvant qu'il s’agissait d’une affaire
purement militaire, d’un tabou intangible.
Nous avons le devoir de prendre U délense des ait-
'orités savernoises,* si véhémentement critiquées par
1 î-s militaires, nous nommerons le maire, l'assesseur
le la sous-prélecture et son chef, M. Mahl. (Bravo.)
M. Kiinqifler n dit de ce dernier tant et de si bonnes
choses que nou* pouvons nous dispenser d’en dire da¬
vantage. Il est Alsacien et connaît ses Savernois; il
les savait incapables de troubles graves. Il serait pour
le moins étrange que le sous-préfet de Saverne, quoi¬
que simple conseiller de quatrième classe, fût obligé
de pâtir pour les méfaits d’un conseiller de deuxième
classe (Longue gaieté), même si ce dernier était un
colonel qui aurait voulu voirie sang coulera Saverne.
(Bravos.) (la, messieurs, serait nue interversion des
rôles et un déplacement des responsabilités, et la
preuve jndiséukildo de la justesse de la fable du loup
et de l’agneau et do sa sentence qui dit : La raison
du plus luit est toujours la meilleure. (Bravos ré¬
pétés.)
Messieurs, il est dûment établi que la plupart d*s
incarcérations savornoises ont eu lieu pour causo de
rires et de sourire®. Les procédés militaires ont été
aussi tristes qu'étranges, et ils ont prêté à rire...
Nous voudrions les qualifier do ridicule^... les mili¬
taires de Saverno n’avoirnt pas l'impression que te
proverbe: « Le ridicule lue s leur était applicable.
M. Pcirotes interrompt: Dans en cas tonte l’armée
allemande est buée, car elle se rend ridicule.
Lo président rappelle M. Pcirotes a l’ordre, ne pou¬
vant adniFttro ct-llo théorie.
R est caractéristique pour la situation clans noire
pay.® qu'j! ne soit pins permis de rire, pas même de
sourire. Cela fournirait à notre collègue Weüerlé l’oc¬
casion de s’écrier a doux payse. (Lo président prie l’o¬
rateur de ne pas s'adresser à ses collègues. On s’a¬
muse.)
Nous nous demandons si les Savernois n'auraient-
ils pas été enfouis ainsi dans In cave aux Pandours
s'ils avaient été pris d’une criro de larmes? Même le-
«ouroirs civil et militaire de Strasbourg ont été sous
e coup d’une certaine nervosité |«ur avoir jugé bon
•le mettre des hussards sur le pied do guerre A ref¬
let do les faire intervenir en ca.® d'incidents au coure
du procès î'euiter-Sehadl.'Qnel pitoyable effet de pa¬
reilles mesures produi-ent elles au dehors? Dans quel
faux jour ne met-on pas ainsi nos concitoyens si pai¬
sibles et si pacifiques!? On s'évertuerait à l’envi de
vouloir les travestir aux yeux du monde, qu’on ne
réussirait pas mieux.
Maie’nolro doyen d’àge a fort bien relevé ces jours-
ci que les événements de* Saverne ont tout auiomali-
queutent et sans le vouloir mis à nu les plaies dont
est affectée notre Constitution.
Un exemple va vous démontrer une de ces plaies :
le dualisme, la concurrence des pouvoirs civil et mi¬
litaire; quand on 1879 il s'est agi de nommer M. de
Manteuffel Statthalter d'Alsace-Lorrame il n'a accepté
qu’à la condition de réunir à son statthallerat le com¬
mandement du XV e corps d’arn.ée qui alors s'éten¬
dait à toute l'Alsace-Lorraine. Il savait quel danger il
conjurait pu là, el nous savons les effets de ce (lan¬
cer. Si, en fin de compte, les événements de Saverne
devaient avoir contribué à assainir notre situation po¬
litique, mettons I Mais tomours est-il que c'est une
pilule diablement amèto el difficile à avaler. ' Nous
sommes rendus méfiants,,.
Notre interpellation o»l le corollaire d’un document
officiel, que le gouvernement a publié lard, presque
trop tard, le G déeombre 1913. Nous nous demandons
ce qui reste-encore du contenu de ce clocutmnt offi¬
ciel. L’avenir devra le prouver; le passé et le présent
sont de nature ù favoriser le plus grand i-ceplicismo
et à auloriser un grand point d'inlerrogation en marge
dudit document.
Ce qui est arrivé, est arrivé ; il n'y a plus rien à
y changer; et non® nous bornons à poser au gouver¬
nement ces deux questions :•
Quolles garanties nous sont données pour qu’à l’a¬
venir des illégalités ne se reprodui-ent plus comme
celles résumant à notre avis du régime militaire et
qui n'oct trouvé aucune sanction pénale'
Quelles garanties nous assurent contre des infrac¬
tions aux compétences constitutionnelles? surtout
pour empêcher que les militaires, même en cas de
troubles publics véritables et évidents, ns puissent
procéder sons en être requis par l’autorité civile?
Nous sommes unanimes à regretter toute cette af¬
faire et ses suites.
Nous savons sincèrement gré au Reichstag et à ton.®
nos amis pour tout ce qu'ils ont fait en notre fa¬
veur, cl nous leur demandons encore leur concours
ultérieur,
Nous avons pleine confiance en l’équité de l'Empe¬
reur, mai3 ù la condition que scs informations soient
conformes à la vérité. L’Empereur seul peut encore
porter remède et aider, car lui n’est pas prisonnier
du dualisme des pouvoirs.
Qui donc, sans cela, pourrait venir à notre secours?
Qui donc nous protégerait contre le despotisme d’un
militarisme à outrance, imbu do préjugés?
Messieurs, tout n’est pas encore brisé... mais il y
a beaucoup de crevasses et de gerçures dans notre af¬
faire publique ; il faut éviter la casse.
La marche tranquille de notre organisation est ar¬
rêtée. Et il est indispensable quo tous, la main dans
la main, nous, la population dans toutes ses sphères,
et le gouvernement, nous tâchions de guérir ce qui
n’ast nas encore gangréné, de sauver ce que la tem¬
pête'de ces dernières semaines n'a pas encore démoli.
Nous le devons, Messieurs, nous le voulons de toute
notre àmo, de toutes nos forces, pour le plus grand
bien de notre pays et pour soigner les grands intérêts
qui sont en jeu. Car ça no peut pas continuer ainsi.
Il faut que l'apaisement indispensable revienne dans
notre pauvre Ahace-J-orraine et qu'il y prenne ra¬
cine pour toujours. (Applaudissements nourris et pro¬
noncés.)
IHSCOUUS DE m. IM!)**, socinffjte.
L’orateur socialiste, M. Imlis, commence par établir
que c'est la troisième fois que la Chambre doit pren¬
dre, sans le concours dù gouvernement et presque
contre lui, la défense de l’honneur, du prestige et des
intérêt® du peuple alsacien. Il y n <bux ans, c’était A
propos de l’affaire de Grafensladen ; l’an dernier, à
propos des iprojots de lois d'exceptions, cette fois â
propos de l’affaire de Saverne. Que nous réservera
l’année prochaine? demande-t-il. Les dieux seuls elle
général de Deimling le savent. L’affaire do Grafen-
sta len était un jeu d’enfant à côté de celle de Sa¬
verne ; celle-ci réinléresse pas seulement l’Alsace-
Lorraine, mais louio l'Allemagne, parce que la loi et
la morale ont élé foulées aux pieds. Saverno restera
comme un monument de honte d’une soldatesque avide
de (aire la guerre.
Remontant à l'origine dos incidents, M. Imbs mon¬
tre qu'une partie de la faute dans ce qui s’est passé
retombe sur l’inaction du gouvernement, la faute prin¬
cipale incombe nu systèmo militaire. Le Heuteoant
prussien, dans la personne de M. von Forstner, est
le produit de ce système. Le colonel d’ailleurs s'il»*
pirait du même esprit.
Et l'orateur continue longuement à condamner ce '
régime militariste, à critiquer le ministre de la guerre
qui le représente. Il raille les fêtes célébrées en 1913
ù l’occasion du centenaire de la délivrance do l'Alle¬
magne. Où donc o?t la liberté et Jo droit pour le
peuple allemand ?
En passant il fait une vigoureuse sortie contre h*
Kronprinz et demande de quel dioil ce tonne homme
vient s’immiscer dans les affaires d’Akace-Lorrainc
quand il envoie une dd|«?che de félicitations au colonel
von ReuUer.
Le gouveir.eii.cr.l (l’Alsace-Lorraine, au lieu de se
mettre du côté du peuplo, tire à la même corde que
les militaires. Nous attendions les garantie’qu'on non»
a promis; elles ont élé mises en pièc 6 s par la camu-
rilla des hobereaux. Malgré tout la Chambre ne ces¬
sera pas de défendre L'honneur et le prestige du pays.
DISCOURS DE M. lU HGl'.K, (piw/j-cssis/e).
M. Burger ti-ntà montrer que dans l'affaire de Sa¬
verne on a voulu dans ces derniers dénaturer les faits :
il faut le- présenter fous leur vrai jour.
Quand ou lit les orgmes conservateurs de ces der¬
niers jours, on perd de vue le point de départ do
l’affaire. (Très Lieu.) Il n'est qnesliou que de boucan,
d'attroupements,' de sang versé, etc. Mais à qui la
taute? On ne songe plus qu’une offense grave n’a pas reçu
de sanctions jusqu’à ce jour. Tout le monde se rend
cornptede lusignificationdu terme « YVuckesY Mais on
se plateau point do vue que le propos est mie affaire
interne de caserne et ne regarde pas le public. Bans doute
une offense faite par un supérieur à un subalterne
c-t une affaire interne, quand, par exemple, un soldai
est traité de a chameau « ; mais quand on lui dit
a bicuf oldenbourgeois », cela change la situation. Un
député conservateur a prétendu que le jeune officier
n’avait pas l'intention d'offenser la population, parce
qu'il a parlé à l'intérieur do lu caserne; l'officier
croyait seulement que l’offense no serait pas connue.
l’ersonne n’a trouvé un mot d’excuso pour cetlo of¬
fense ; aucune main no s’est tendue. C'est cette alti¬
tude des autorités militaires qui a envenimé la situa¬
tion.
L’orateur rappelte avec roconnuisauucc le remar¬
quable discours prononcé au Reichstag'par M. Feli-
rcnbuch, un ami d’école du général- von Deimling cl
auquel on ne pouvait pas reprocher de vouloir porter
atteinte au prestige de l'armée.
La majorité du Reichstag a tait connaître- son sen¬
timent ; malgré cela les militaires so sont placés au
point do vue do la minorité conservatrice.
M. Bürger raille finement le ministre de la guerre
de [-'russe qui a essayé de détendre la manière d’agir
du colonel ion ReuUer.
Bien que l’ariét du conseil de guerre n’ait pas en¬
core acquis force, de chose jugée, M. Bürger estime
qu’il constituo uno sentence A part doni il faut s'oc¬
cuper. Les constatations du conseil de guerre ne sont
pas (»hjcctiics. On n’a pas entendu les témoins qu’il
fallait, ceux qui présentaient toutes les garanties d’im¬
partialité.
A ces objeclion- l’orateur en ajoute quelques autres.,'