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Trente-deuxième Année«
Si ?fm i
Supplément fiebdomadaSe illustré« LA CROIX 'OE LORRAIN
Directeur politique : H.-D. COLLIN
ABONNEMENTS
Ville de «letzt
Trait mois 3,30 M.
AIsacc-Lorraloe, Ailemagnet
Troie mole ••••.<••••• 8,32 BL
_ Francet
Un «a . ï ,ï;, sa (r.
Sis noie. «••••«••••• 18»
Troie moi» •••••••««•• 10»
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A I» Librairie A Uacimne-Lorraine, 4 , rue de ilidieü.
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Le» annoncée »ent reçue» aux bureaux du journal
14, rue de» Clercs, à Metz
Saverne au Sénat
Ilj_a .guelflues jour3, le Dur'8 Elsass (ton¬
nait, à sa première page,“une 'ATsaciènno souf¬
fletée sur chaque joue. Samedi prochain, i l
P*o^nTpmidr^queiqiJ’un-d!AiJtfë-4Kmr-eepcé.-
eenler notre gouvernement '.une .Germania, par
exemple, qui vient (je reçeypiC-Ji,„son, tour un
double soulflet, le premier*très.largement ap¬
pliqué par ta seconde Chambre lâ'sèmaine
de rnière, le second, plus court, aussi sec et
noîi moins sigmiicalif, envoyé avant-liier parla
Cliambce.baote, Car on avaif presqfae'eftôtîîpté
que le vénérable Sénat, composé d’éléments
plus calmes et d’ordinaire ennemis de toute
opposition sérieuse, ne clamerait pas très fort
à propos de Saverne, et même ne clamerai!
pas du tout. On s’est trompé, heureusement.
Comme l’expliquait hier notre correspondant,
la .cance s'était préparée très rapidement, et
les Alsaciens seuls ont pu signer la motidn.
mais elle a été votée par 33 membres sur 38
présents : c’est un résultat considérable, étant
donnée la composition du Sénat et la bonne
vo'onté de quelques-uns des signataires et des
volants vis-à-vis de tout ce qui est allemand.
Quoiqu’on ait voulu ostensiblement ménager le
gouvernement, Je soniflet qu’il vient de rece¬
voir de ses soutiens et de ses protecteurs les
plus avérés, n’en retentira pas moins d’une
manière très sonore dans tous les échos de
l’opinion.
Il uous faut noter d’abord que les générau x
vo n. Arnim , .et von Mossner. _iûutIen..soüLgiiant
le ‘poi nt de vîia militaire, ont ■ blâmé- l'attitude
du trop iaaiâux4ieaten&»t, et que le premier,
après avoir lait l’éloge des Alsaciens comme
soldats, a engagé les Alsaciens-Lorrains à taire
entrer leurs (ils dans le corps des officiers;
mais il n’a pas dit qu’on serait plus commode
désormais pour les recevoir qu’on ne l’a été
ces temps derniers vis-à-vis de certains jeunes
Lorrains qui voulaient devenir officiers de ré¬
serve. Noua sflvona .ggé & ces très honor ables
aénntpnra H'nvnir aingbparß l^mTrip'*mîTrtnîrflq~
et dans leur situation personnelle vis-à-vis de
l’armée et de l’Empereur, on ne pouvait guère
leur demander davantage. Ii est sig nificatifp ussi j ^
r’ilfl r ,a{ iT' plnff élé là ^unpnl du vnlfi
quel l-»» ghsAnna, l’heure
tardive ou autre chose, on peut encore l’inter¬
préter comme une diminution de leur discours
et, par conséquent, comme une adhésion par
ricochet nu blâme que recevait le gouverne¬
ment par le vote de la motion.
Nous devons remercier aussi MM. Sclnvander
et Ungemach de ce qu’ils ont protesté contre
la réputation fausse et imméritée qu’on fait
à l’Alsace-Lorraine : ceia nous cause du pré¬
judice au point de vue économique et au point
de vue politique. Il n’existe point pour nous
de tribunal supérieur où nous puissions appeler
contre les calomnies que l’on fait ou qu’on laisse
débiter contre nous dans tout l’Empire : au
contraire, pour prouver que nous avons tort,
on prépare des lois d’exception. Il est établi
clair comme Je jour que les officiers n’ont pas
eu raison et c’est nous qui allons être punis l
Et on appelle cela de la civilisation et de la
justice ( il parait que cela doit être ainsi en
Allemagne puisque, d’après ce que l’on an¬
nonce, nos députés n’auraient pas trouvé au
Reichstag les signatures nécessaires pour re¬
faire à leur compte au Parlement allemand
l’interpellation nouvelle qui s’imposait. S’il en
ét ait aînsi T _Ja-4<wi»ftml’année dérnlerë
no»r ja nppmphgmrnt 1 d— ^tirmEr*"
i nd i gènes s e rü t rflyri OQVeau • perd».- -Tant-pial
Est.™ pftWT. fi»*' Pfilir no us ? L avenir le
dira. —
Mais pourquoi continuer cette glose sur les
discussions du Sénat ? Un fait nouveau couvre
tout ce qui vient de se passer: l’Empereur a
AA^nri |n i»<%innoi vnn RentiftgJ J e ne relèverai
pas ici la verve cinglante avec laquelle M. Blu¬
menthal a brillamment traité toute l'aflaire di
Saverne, et en particulier les deux épées de ii
décoration; mais personne ne pourrait dissi
muler l’étonnement causé à tous par la dis-
tinction conférée à rpmhrnyaii» qffiqier. El b
est interprétée par toute l'Aisace-Lorrame commi
une approbation de la conduite du colonel et
comme une sorte de mise en demeure de noui
incliner purement et simplement devant l’om-*
nipotence militaire en laissant de côté tout cç
qui est civil, lois, citoyens, administrations e(
I« reste. Ce fait nouveau cause dans tout le
pays une impression de mécontentement, dé
dépression et de défiance dont on ne saurait
dire d’avance la mesure, la durée et tous les
effets. Nous avons l’assurance, témoin toutes
ses déclarations antérieures, que l’Empereur
est rempli des meilleures internions vis-à-vis
de l’Alsace-Lorraine, mais comme l’a dit M.
Blumentbal, il faut, pe demander si l’Empereur
est exactement informé. Là est pour nous Iç
plus grand mal, là Bft-r»nrnntrq pqup ppiia _lp
preuy.e_dfia_d ( ?y ; L. gouvernements fit...dea.jlfiUK
infl iiftncftg ncniiile s rlà p H une des cau ses prit -
pîpilfl« fia la- «ulnatinn inBÎMflurS~Ân^ 1 «iqii<»l| fl p ^
nous jnaiaiiept .fit.de , JAplupaildejPfigjgisèrei.
Tant que nous n’aurons pas une CôüsfifÏÏtîo i
complète et un gouvernement indépendant, pou
serons.des victimes, et nous devrons, puis gut
nous L'avons pas d’autres reaflourofig, en gppr
1er à l’His toire. .. . II. CT
I^et Jour née
L’empereur Guillaume a reçu hier le Chan¬
celier. Les bruits répandus à l’étranger d'après les¬
quels l’Empereur serait tombé malade sont absolu¬
ment dénués de fondement. L’Empereur jouit de It
meilleure saDté.
a
Presque Ionie la séance du Reichstag a été os-
cupée hier par un grand discours de M. Delbrück,
secrétaire d'Etat à l'Office de l'intérieur, qui a tait un
exposé détaillé de la politique économique et sociale
e l’Empire.
$
Des débats assez vifs ont eu lieu & la Chambre
française et au Sénat, où le ministre de la guerre
a demandé un crédit de 20.000 francs pour que les
funérailles du général lMcqaart aient lieu
aux frais de l'Etat. Le crédit a été voté, mais la fa
mille a décliné l’offre du gouvernement comme n’é¬
tant pas conforme avec les dernières volontés du dé¬
funt.
$
La Chambre adopte par 424 voix contre 131 l’en¬
semble de la loi sur la fréquentation sco
faire et la défense de l’école laïque.
Le Sénat a commencé hier après-midi la discussion
du projet de loi relatif à l’impôt sur le revenu.
La Grande-duchesse de Luxembourg est
arrivée hier à La Haye où elle rend visite à la Reine
des Pays-Bas. I! lui a été fait un accueil très em¬
pressé. Au diner de gala, le soir, les deux souverai¬
nes ont échangé des toasts en français.
*
M. Venizelos, président du Conseil hellénique,
est arrivé & Londres hier soir A 11 heures. Il aura
aujourd’hui une entrevue avec sir Edward Grey.
Une communication de M. Churchill déclare dénuées
de fondement les nouvelles publiées par certains jour¬
naux relativement à une crise qui se serait produite
au sein du cablnot anglais. M. Churchill aioute
qu’il faut accueillir avec défiance de telles assertions.
*
Les renseignements parvenus à Athènes assurent
que dans huit ou dix tours les puissances remettront
à là Grèce une note relative à la solution de la
question des fies et de l’évacuation de
l’Epire septentrionale, fixant le délai dans le¬
quel la Grèce devra évacuer les régions occupées par
les troupes grecque^^
On signale l'arriver) Constantinople de trois
représentants d’un groupe financier venus pour négo¬
cier avec la Porte de grandes concessions de
mines, de forêts et d’exploitations agricoles dans la
plaine d’Adana, moyennant une forte avance au mi¬
nistère des finances.
Le prince héritier Ferdinand de Roumanie
est parti pour Berlin avec le priDce Carol.
La grève de» cheminq
Delaware et Hudson,
suite du consentement de
tion des deux employés cor
hemins de fer
miner à la
a réintégra-
Chronique Générale
ALLEMAGNE
La Prusse et la Bavicre.
Comme il (allait s’y attendre, Us paroles dépour¬
vues de tact du général von Kracht et ses comparai¬
sons déplacées sur la valeur des troupes prussiennes
et le courage des troupes bavaroises, qui est subor¬
donné & celte valeur, ont provoqué à Munich un très
vif mécontentement. On les déclare ridicules et offen¬
santes. Le gouvernement bavarois lui-mème inter
vient dans la question sous une (orme modérée, mai?
qui trahit cependant l’amertume d’une fierté oflensée:
a L’erreur d’un seul individu, écrit la Gazette de
VEtat bavarois, ne parviendra pas à gâter la joie que
nous ressenlons à la pensée de l'œuvre accomplie en
commun par les armées alliées en 1870-71. Mais cette
erreur n’en est pas moins regrettable, nu plus lmui
point. »
En mémo temps, le baron von Pechmann, un con¬
servateur bavarois, se.. p!aû& d’une falsification de
texte que le congrès fhls&ii'Q commise & son détri¬
ment.
Le baron Pechmann avait écrit:
« Je 6uis Prussien, non de naissance, mais depuis
longtemps par le libre choix de mon cœur. » Cette
phrase de David Muller, ïamais, au grand jamais, je
ne pourrai y souscrire. Au contraire, c’est par toutes
les fibres de mon cœur que je reste attaché à ma
patrie bavaroise, ù la maison de mon roi, aux Wil-
telsbach. a
Le président du congrès avait interrompu la lecture
de cette phrase après les mots t de mon cœur s, et
il en a conclu qu’il y avait de bons Prussiens en
Bavière.
Ce procédé incorrect, joint aux attaques grossières
du général von Wrochem contre le Reichstag, pro¬
voquent à Munich une très vive indignation.
La Vossùche Zeitung écrit :
a Nous devons déplorer les attaques haineuses di¬
rigées [nu Congrès prussien contre les Allemands du
Sud ainsi que celle méthodo nouvelle qui consiste à
prétendre, par une exagération sans mesure, que b
Prusse court le danger d’ùtre a démolie » par l’Empire
allemand. La conséquence de ces discours sera une
augmentation do ia méfiance contre la Prusse dans le
reste da l’Empire, méfiance parmi les masses, mé¬
fiance parmi les gouvernements, et môme parmi les
cours. vS'L-
* Nous croyons savoir qu’A la Wilhcimsirasse, on
aurait toutes les raisons du monde de se demander
où va conduire lo mouvement qui vient d'ôtre dé¬
chaîné. Croit-on que l’Empire allemand en sortira
fortifié ? A l’Etranger on va dresser les oreilles et se
trotter les mains.
Le Courrier de Bavière, organe do Centre bava¬
rois, félicite le gouvernement bavarois de son attitude
énergique. Il demande à la Gazette de VAllemagne
du Nord de ne pas prendre position en face des ex¬
cès commis par le Congrès prussien après que sa sœur
officielle de Munich, qui n'a pas épargné dans le temps
A Berlin, les compliments aimables, vient de tirer
l’épée avec tant de force :
« Ces messieurs prussiens, continue le Courrier
de Bavière, sont gâtés. Ils croient que l'on peut tout
se permettre avec ces imbéciles de Bavarois. Leur par¬
ticularisme le plus dangereux, d'après le prince de
Bismarck, fait des progrès.
a On pourrait leur citer d’ailleurs, A propos de la
bataille d’Orléans, le récit très exact fait par le gé¬
néral von Stoinæcker, où H décrit la panique des
troupes prussiennes pendant la bataille de Gmelotte.
a Le général prussien ne comprend-il pas le carac¬
tère blessant de pareilles réminiscences? Ne sait-il
nas que c'est grâce à de tels incidents que jamais la
barrière entre le Nord et le Sud, que l’on déplore si
souvent, ne disparaîtra?
« Le congrès prussien a été un jour oéfaste dans
l’histoire poljliqne de l’Allemagne.»
Les Münchener Neueste Nachrichten, organe libé¬
ral et prussophile, 6ont naturellement moins violents
que le Courrier de Bavière. Les Münchener Neueste
Nachrichten traitent cependant sévèrement les paro¬
les prononcées au congrès prussien contre le Reichstag
et disent qu'elles relèvent plus du ridicule que de
l'indignation.
Comment l'empereur Guillaume apprécie
la situation en Albunie.
La Tägliche Rundschau, de Berlin, un des jour¬
naux que l’empereur lit quotidiennement, publie d’in¬
téressants détails sur la façon dont le souverain envi¬
sage la candidature du prince Guillaume de Wied au
trône d’Albanie. A plusieurs reprises et dans les ter¬
mes les plus sérieux, l’empereur a déconseillé au
prince de Wied d’aller en Albanie.
D’accord avec les diplomate^ allemands au courant
des questions albanaises, l’empereur considère le main¬
tien de cette candidature comme une a aventure» où,
selon tou les probabilités, le prince et sa famille ris¬
queront leur vie presque inévitablement. Il existe, en
eilet, <bs groupements d’Albanais qui ne permettront
en aucun cas A un prince étranger de régner en ce
pays, et qui considéreraient comme un devoir natio¬
nal et un acte d'héroïsme patriotique d’aller jusqu'à
l’assassinat de ce prince. On possède A ce sujet des
renseignements très précis.
A ces arguments de l’empereur, qui ont été repris
rar le chancelier dans une conversation avec le prince
de Wied, celui-ci a répondu qu’il considère de son
côté comme tm devoir d’accepter la mission que l'Eu¬
rope lui a assignée dans un pays à ouvrir à la cîvi-.
lisnlion.
Cette manière de voir du prince est surtoutappuyée
par sa femme, née princesse de Schönburg-Woldcn-
hurg. qui est enthousiaste de la haute- tâche civilisa¬
trice qui l'attendrait en Albanie. C’est la tante du
prince, la reine Elisabeth de Roumanie (Carmen Syl¬
va), qui a inspiré à sa nièce cet enthousiasme pour
son futur rôle de souveraine albanaise.
Deux statistiques.
D’après une statistique officielle, qui vient d’étre
publiée, la criminalité augmente considérablement en
Allemagne.
11 y n eu, en 1912, 581.187 condamnations contre
552.500 en 1911, soit une augmentation de 5,2 0/0.
11 résulte de la môme statistique que, dans le môme
temps, la natalité a baissé dans des proportions jus¬
qu’ici inconnues. En effet, celte fois, l'augmeulalion
de la population n’est que de 1.1 0/0.
La criminalité augmente en môme temps que l'im¬
moralité. G'e«t fatal.
FRANCE
Mort du général Plcquart.
LES SUITES Il'UNE CHUTE DE CHEVAL. — LES DERNIERS
MOIIENTS DU GÉNÉRAL — NOTtS BIOGRAPHIQUES
Le général do division Picquart, ancien mtnistre
de la guerre, commandant le 2® corps d’armée, est
mort co malin, un peu après cinq heures, à Amiens,
des suites de la chute de cheval dont il avait victime
il y a cinq jours.
C’est mardi dernier, qu’en se promenant à cheval,
le général Picquart fut désarçonné. Le porte-fnnion
qui le suivait l'nida à se relever. Le général »'était
(ait une blessure assez grave à la tête; une poche
sanguine s'était formée, mais il ne crut pas utile de
se faire panser sur place et, remontant en selle, il
retourna A Amiens.
LA, son médecin habituel, le médecin principal
Dommartin, l’ayant examiné avec soin, lui conseilla
de s’aliter immédiatement; mais il n'en voulut rien
taire.
Samedi, dans l’après-midi, des boursouflures s’élanl
produites A la (ace, le médecin diagnostiqua une crise
d’urémie et força le malade à prendre le lit.
Une consultation eut lieu dimanche matin, entre
les docteurs Collin, médecin inspecteur, Moulonguet,
ancien directeur do l’Ecole de médecine d’Amiens et
Dommartin.
Les médecins jugèrent l’état du malade très grave.
Toutefois, dans l’après-midi, une amélioration sembla
se produire; mais, peu après, l'état empirait. A mi¬
nuit, te malade tombait dans le coma, et, ce matin,
A 5 heures, il expirait sans avoir repris connaissance.
* * »
Le général Picquart était né A Geudertheim près
Strasbourg le 6 septembre 1854. Elève de l’Ecole de
Saint-Cyr (1874), il servit aux zouaves, en Algérie,
fut nommé capitaine en 1880, fit les expéditions du
Tonkin et de i’Annam et fut décoré et nommé chef
de bataillon A 33 ans. Breveté d'état-major, il pro¬
fessa ensuite la tonogra n hie A l’Ecole de guerre.
En 1894, il était attaché au 2 S bureau de l’élat-
major, et suivait, comme délégué du ministre de la
guerre, le premier procès Dreyfus. En juillet 1895, il
remplaçait le colonel Sandherr comme chef du ser¬
vice des renseignements. C’est dans l’exercice de ces
fonctions qu’il émit des doutes sur la culpabilité de
Dreyfus et désigna Esterhazy comme étant l'auteur
probable du bordereau. A ce moment, il fut nommé
lieutenant-colonel et passa aux tirailleurs algériens.
Buis los événements se précipitèrent. En janvier
1898, on le mettait aux arrêts do (ortme-e au Mont-
Vaiérien; quinze jours après, par 4 voix contrel, un
conseil d’enquôle déclarait de le réloimer pour faute
grave contre la discipline. Enlre temps, dans une
suite de faits mouvementés, il blessait en duel le co¬
lonel Henry, mais refusait de se rencontcr avec Es¬
terhazy. Pourtant, les démêlés du lieutenant-colonel
Picquart avec l'autorité militaire n'étaient pas termi¬
nés. A propos d’une affaire de dossiers des pigeons
voyageurs, il était de nouveau enferme à la prison du
Cherche-Midi, mais il bénéficia d’un non-lieu.
Exclu de l'armée pendant sept ans, le lieutenant-
colonel Picquart consacra ses loisirs A la rédaction
d’articles sur les choses milaires. L’arrêt «le la Cour
de cassation, prononçant ia révision de l’afiaire Drey¬
fus et réhabilitant le condamné sans renvoi devant
un conseil de guerre, mit fin à la situation du lieu¬
tenant-colonel Picquart. Réintégré, en vertu d’une-loi
spéciale, le 13 juillet 1906, avec le grade de général
de brigade, le 27 novembre de la même année, il
était promu général de division. Il avait commandé
pendant quelques semaines n peine une division de
ia garnison de Paris, lorsque M. Clemenceau, chargé,
de constituer le cabinet qui remplaçait la wftatMm
Sarrien, lui confia le portefeuille de la guerre, que ls
général Picquart conserva du 25 octobre 1906 au 20
juillet 1909.
f.e 14 juillet 1909, six jours avant la retraite du
cabinet Clemenceau, le général Picquart, qui passait
sur l’hippodrome de Longchamp la revue des troupes,
fit une chute de cheval, sans gravité d’ailleurs. On
s’en amusa, et certains v virent le présage d’une
prochaine chute ministérielle. Cette prévision ne de¬
vait pas, comme on vient de le voir, tarder à se réa¬
liser.
Nommé commandant du 2« corps d’armée, A Amiens,
le général Picquart ne joua plus en ces dernières an¬
nées qu'un rôle effacé.
Il était commandeur de la Légion d’honneur.
M. Venizclos exprime à la France
la reconnaissance de la nation grecque.
Nos dépêches d’hier ont signalé le discours que M.
Venizelos, président du conseil de la Grèce, a pro¬
noncé.
Au banquet donné lundi soir en son honneur par
la colonie hellénique de Paris, M. Venizelos, en por¬
tant un toast au Président de la République, a ait :
a Soyez assurés, messieurs, que nous avons une
conscience profonde de ce que nous devons à la
France. Car, après nous avoir fait naître vous nous
avez aidés A vivre. Vous nous avez toujours éclairés,
appuyés, conseillés. En aucune occasion, depuis cent
ans, noti3 n’avons fait en vain appel à la noblesse de
vos sentiments ni à la générosité de votre cœur. Hier
encore, au moment où nous étions engagés dans une
lutte suprême, vous nou= avez prodigué les marques
FEUILLETON DU LORRAIN — 84 —
DAR
RENÉ D’ANJOU
Son pas, 1e bruit de ses clefs, la mouvante lueur
de sa lanterne, son ombre, passant fantastique sur le
mur blanc, rappelèrent Alexis à la réalité.
Il se raidit, marcha, suivit le porte-flambeau à tra¬
vers l'escalier de pierre situé derrière l’autel.
Au bas, une autre porte massive dut encore s’ou¬
vrir.
Puis, ils furent dans la chapelle souterraine.
Là encore, une lampe de sanctuaire brûlait devant
l’autel où se trouvaient enchâssées dessous, en un re¬
liquaire de cristal, les reliques de saint Rome.
De chaque côté du chœur, des pierres de marbre,
gravées de lettres d’or, marquaient la place des tom¬
beaux de tous les anciens empereurs a’Alaxa et des
impératrices.
C’était la grande nécropole.
Ainsi que d'habitude, les deux derniers morts res¬
taient exposés dans leur cercueil jusqu’au jour où un
nouvel arrivant, prenant leur place, les ferait des¬
cendre au caveau définitif.
LA était la bière d’Yvana.
Alexis passa sur son front une main tremblante. Il
se signa, très pâle.
C’était l’heure décisive. Il allait sortir de là, navré
i— irrémédiablement désespéré et déçu ou bien
jl’Allelttia du bonheur aux lèvres.
11 saisit la lanterne aux mains du sacristain, la leva
:liaut, la posa sur le dessus du cercueil d'Yvana.
Avec sou mouchoir, il essuya la glace réservée, se¬
lon la coutume, A l’endroit du visage.
La belle tête pâle était intacte sous la forêt de che-
. veux noirs, les mains jointes s’apercevaient A demi
. par la petite ouverture.
Alexis contemplait ardemment ce spectable:
— Quoil elle n’a pas changé depuis si longtemps.
Un éclair traversa son cerveau, il saisit son sabre,
enfonça la lame entre le couvercle et la botte de chêne
massif.
IL pesa... L’arme se brisa net.
— Sire I avait murmuré le sacristain scandalisé.
— Aide-moi! reprit l’empereur, tendant à l’homme
le tronçon de l’arme, dévisssc avec ceci les boulons.
L’homme hésitait, craintif. Mais Alexis, avec l’au¬
tre moitié du sabre, commençait lui-même le besogne.
— Seigneur Dieu ! que faisons-nous? gémissait le
pauvre gardien d'église. C’est un sacrilège, pour sûr.
Mais de ses doigts tremblants, il travaillait, obéis¬
sant quand même.
La sueur perlait au front des deux violateurs de
sépulture.
Ils avançaient cependant. D’un dernier cflort, se
servant du pommeau de son sabre comme d’un mar¬
teau, Alexis fit sauter le couvercle.
Le gardien était tombé à genoux, se frappant la
poitrine.
Sous l’œil angoissé de l’époux, apparut le corps de
l’épouse, voilé d’un fin linceul. Aucune odeur ne se
dégageait, aucune forme décharnée ne se devinait.
Alexis osa toucher... Le contact dur le surprit, il
posa sur le visage deux doigts tremblants.
Quoi I Une substance lisse, solide, que son ongle
érailloit.
Il tressaillit. D’un geste brusque, il arracha le
linceul... puis frémit des pieds A la tête...
Une poupée de son se montrait intacte 1
— Eclaire mieux ! cria-t-i! d’une voix tellement
changée, que le sacristain affolé, épouvanté, en laissa
tomber la laulerne qui s’éteignit, se brisa.
Puis A travers les tombes, le bonhomme s’enfuit,
éperdu...
Mais Alexis ne s’inquiétait plus de lui, il froügit
une allumette trouvée dans sa poche, allumait les
cierges de l’an le!, revenait au cercueil, enlevait ce si¬
mulacre de celle qu’il avait tant aimée...
— Ah I Dieu ! lit-il haletant, bouleversé, fou de
joie... Ce n'est pas elle!,.. Ce n’est pas elle!... Elle
vit I... Elle vit!...
Et, éperdu, presque inconscie nt de sa brutalité'
mémo, Alexis jetait sur les dalles celle odieuse pou¬
pée qui lui avait coûté tant de larmes...
Sa surexcitation s’accroissait, s'exaspérait...
— Ah t de quel ex-voto, de quelles prières et de
quels bienfaits pourrai-je jamais payer cette minute
suprême ?
Et il ajouta :
— Soyez maudits, Romalewsky de malheur, qui
vous êtes joués de moi 1... Je vais vous retrouver,
maintenant !
Ses yeux s’emplissaient de larmes, larmes de folle
ivresse... Son cœur battait A coups redoublés...
Et cet homme si fier et si fort, brisé, éperdu d’é¬
motion, s’écroula A genoux, près do l’autel... devant
le cercueil vide, béant...
Le flot d'adoration qui s’épancha de son Ame ar¬
dente n’avait plus de mots humains.
XV
LE REVOIR
Au petit jour, un dos yachts impériaux lovait l’an-,
cre. Il sortait du port à belle allure, par une mer
houteusc et un vent debout : mais, sous forte pres¬
sion, sa machine faisait tète seule, sans l’aide de
voiles.
A bord, l’Empereur, debout sur la passerelle, jetait
dans le vent des ordres brefs... Lo capitaine, près de
lui, regardait.
Alexis, au sortir de la jclce, se retourna vers son
officier.
— Droit sur-Kronitz, A toute vitesse! coinmanda-t-jl.
Ensuite, il descendit jusqu'à la cabine. Rorick, tout
pâle, les yeux gros de sommeil, courut A son père en
le voyant entrer.
L’enfant, enlové brusquement do son lit, habillé en
hâte, avait clé, sans plus d’explications, transporté
dans le bateau par ses gouverneurs, pendant que son
père, qui ne s’était pas couché, expliquait rapide¬
ment « ses ministres l’urgence d’un voyage et leur
donnait plein pouvoir do régir lo gouvernement en
son absence.
Celle urgence, n’était-ce point le désir fou de re¬
voir plus . vite l’ahserté — l’adçréa — dû voler à sa
rencontre, d’abréger les dernières heures de sépa¬
ration ?
Si, c’était cela...
Alexis, voyant son fils inquiet, le prit dans ses
bras, le garda sur ses genoux et, avec une tendresse
expansive auquel le petit n’était pas habitué, il lui
dit:
— Mon Rorick, mon doux trésor, je croîs que nous
allons tous deux nu-dcvanl du bonheur.
— Oh ! père, que je suis heureux de te trouver
ainsi. C’est si rare de to voir les yeux gais. Où al¬
lons-nous?
— A une incroyable réunion, mon chéri. Il s’est
passé une chose inouïe, invraisemblable, que je ne
parviens qu’A peine à m’expliquer... et qui me rend
(ou de joie.
— Il s’agit do maman I s’écria l’enfant, illuminé.
J’en ai rêvé toute la nuit.
— Oui. Tu te souviens de tou récent voyage en
France?
— Très bien.
— Tu m’as dit avoir rencontré une dame qui t’a¬
vait profondément impressionné.
_ •— En edel, olle me regardit avec de grands yeux
si profonds, si tendres, comme le regard des por¬
traits de maman... une apparition...
— Tu la reconnaîtraisV
— Oh I oui, père, sans hésitation. C’est toujours
son visago quo je revois dans mes rêves; c’est elle en¬
core, toute cette nuit, qui était A mon chevet.
— Je crois, mon Rorick, que Dieu va enfin nous
dédommager de notre douleur passée... la douleur
due à la haine de nos mortels ennemis... Tu l’en
souviendras, Rorick... Je t'expliquerai tout cela... En
attendant, savoure l’heure qui va venir... et remercie
Dieu...
— Il nous rend maman ?
— Je l’espère, mon chéri!...
— Oh ! Mon Dieu 1 Mon Dieu !...
Rorick, éperdu, se mit à sangloller convulsivement,
scs bras noués au cou de son père. Toute sa petite
Ame, privée si longtemps des tendresses auxquelles elle
aspirait, montait à ses lèvres. Le pauvret éprouvait
une emotioü impossible à vaincre.
Doucement son pfcre ravessail ses joues, essuyait
ses yeux, en proie lui-mème A une extraordinaire im¬
pression.
Le bonheur de l’influence féminine perdue et re¬
trouvée so faisait déjà sentir... à distance.
Alexis, le dur et sévère-Alexis, était transformé.
Nerveux, ému, il ne tenait plus en place, interrogeant
sans cesse l'horizon, la lunette du bord braquée dans
les lointains d’où allait revenir l’aimée.
Il perdait son ton autoritaire et bref... Tl devenait
l>on, infiniment, tant !’altendrissement arnolissait son
cœur.
Les officiers du yacht s'en réjouissaient, sans devi¬
ner encore la cause de ce changement. Ils s'enhardis¬
saient auprès du matlre, ëourianls eux aussi.
Pourtant, on n'élait pas encore au but. Le père cl
le fils auraient voulu pousser le bateau, nager devant,
plus vile... plus loin.
Mais A quoi servait do tant se presser? Ils arrive¬
raient sans donte les premiers. EI-GoiHo ne possédait
pas l’impeccable machinerie du Brise-Lames ; il n’a¬
vait pas des ailes à ses mùls, comme l’autre yacht
impérial.
Et puis, quo do choses à craindre encore : accident';,
maladies — et enfin déceplion.
Si celle ressemblance inouïe allait les Iromper?...
Oh ! ce serait aflreux I
La mer était pariaitement calme. Une fois sorti
des cSles, plus un souille ne troublait l’Iminonie du
voyage.
Rorick, sans cesse sur la passerelle, surveillait l'ho¬
rizon.
• A’chaque fumée qui s'estompait dans l'horizon, il
avait des sursauts du cœur.
— Tapa, allons au-devant de maman, snpplinil-il.
— C'est ce quo nous faisons, mon enfant, pour la
revoir plus vile notre aimée... Pourvu que le bateau
qui la ramène ne soit pas déjà passé!
— Puis l’Empereur réfléchit que, vu la date de la
dépêche, il ne pouvait êlro possible au navire d’avoir
gagné si vile l’escale de Kronilz.
En conséquence, il donna l’ordre de remonter nu
peu au noril, afin dé croiser dans les environs des iles
■Siamos et do voir où en était le blocus qui encerclait
le domaine des Romalcwsky.
(A suivre.)
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