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Trente-deuxième Année*
Supplément taebdomadaire illustré i LA CROIX DE lÖBBflIWrr
M° 26. — Lundi 2 Février 5914
Dkedeur politique: H.-D. COLLIN
ABONNEMENTS
_ Ville de Uelsi
Troll mcli ........ , i ; 9.30 U.
Alsaco-Lorralne, Allemagne:
Troll moli »••». 3,32 H.
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Bq vente A PARIS
4 ls [Arafrit A tiae im n t-Lorratne, 4, ru « d* Midtett,
Rédaction g! Administration:
14, RUE DES CLERCS, METZ - Téléphone H° 31
ANNONCES
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Im tmumeet •ont rwtue» nu éu /eurnml
14, rae des Clercs, à Metz
et dan» toute» U» Aaeneu 4 l'itvanacr.
/
Marine française
Marine allemande
Le Bulletin de la c Ligue maritime française»
publie uh très intéressant tableau sur la sitqrf-
don comparée des flottes française et allematldé
à présent et dans l’avenir. Cette publication né
peut manquer de taire sensation dans les deux
pays et nous devons en prendre note à tout le
moins à litre documentaire.
Jusqu’en 1000 les Français avaient l’avance
comme nombre ef nuisance de navires; do
1900 à 1905, l’Allemagne prend la tète comme
nombre, mais reste intérieure comme valeur ;
elle continue son avance et augmente la force
de ses bâtiments dans les cinq années qui sui¬
vant et pins encore dans la période de 1910 à
1915; voi'i maintenant te double tableau des
deux flottes pour l’année prochaine :
' LES FLOTTES FRANÇAISE ET ALLEMANDE
EN 1915 ET 1920
Toutes les marines estiment que la vie d’un grand
navire de ligue, cuirassé ou croiseur, ne dépasse pas
vingt ans.
Dans ces conditions, en 191.', les flottes de ligne
de la Franco et de l'Allemagne se composeront uni*
quement des bâtiments figurant sur le tableau.
La flotte française comprendra donc: 8 + ö 4
,-t- 7, soit 27 bâtiments de ligne.
La flotte allemande comprendra donc : 5 4- 10
9 -+- 17, soit 41 bâtiments de ligne.
En 1915, la flotte de ligne française aura par suite
une puissance égale aux deux tien de la puissance de
la flotte allemande.
En 1920, lo groupe 1895-1900 sera remplacé par
Jo groupe 1915-1920, et, de ca fait, la flotte de ligne
jrançrise aura 28 bâtiments, et la flotte allemande en
«lira 50. — L’intériorité do la flotte française sera
donc encore sensiblement accentuée.
LES FLOITES FRANÇAISE ET ALLEMANDE
It’APR&S J.EURS PROGRAMM ILS
I.o programme naval français prévoit 28 cuirassés
de ligne.
Le programmo raral allemand prévoit 41 cuirassés
de ligne et 20 croiseurs cuirassés dont les nouveaux
sont tous du type du croiseur de ligne.
Donc dans quelques années (vers 1925). conformé¬
ment aux programmes en vigueur, la flotte française
'de ligne aura 28 bâtiments et la flotte allemande 01.
Si l’on examine d’autre part les prévisions des pro
grammes pour les flottes d’éclaireurs et de torpilleurs
on constate ce qui suit :
La flotte française future aura 10 éclaireurs et 150
torpilleurs.
La /lotie allemande future aura 40 éclaireurs et 210
'torpilleurs.
II n'est donc pas exagéré de dire que le programme
naval français prévoit une (lotie qui n’est pas môme
égale à la moitié de ia flotte allemande.
Qu’esUce que cela peut bien promettre pour
jravenîfeFçonime.'I'on'volt fri,.réalisée par les
chiffres de la plus poignarde i loijiici.ce, l'in-
tluencg-des' pankèrtwaiis et', de, toux ceux dont
le rêve est toujours t la plus grande Allemagne» !
Car ce n’est pas pour ' défendre-nu loin leurs
‘colonies présentes et futures que-les Allemands
st donnèht un outillage m aritime si formidable;
c'est bien piuftl pour cortquéfff dSris lès mers
c uropéemes TitèaiB-Ttrault' leur'faut dè terri-
loireclan? Jcs pavsanciens ou nouveaux pour
• déverser le et (es
prcduUs.iiûJeui'-Vtehe-mdustriff. Tout «ela jus¬
tifie singulièrement .la parolejJs J’£mpereur :
< Noire. Jtvemr.ôitew^ésü. »
Ce gigantesque effort explique aussi la sen¬
sation qu’a le peuple allemand d’ôtre exposé
un jour à so défendre seul ou presque seul
‘contre plusieurs, et on ne peut point dire qu’il
n’y a pas là un grand exemple d’énergie, de
.prévoyance et de patriotisme.
Mais il y a là aussi une haute leçon pour les
pays voisins, qui en auraient besoin, cl pour
dous tin avertissement. Un pareil accroissement
de puissance militaire» maritime, une appli¬
cation si intense de la foi { *»* nubtique aux
choses de la guerre, ne peu « pas durer in
déûniment sans changer à fond j tempé rumen
et là vie^nn peuple, et le plus grand dange
du tpUifarisrae me parait être dans ce cuit
ewtgéré de la force et dans le recul de la ci
vilisation dont H sera, logiquement et pratiqu
ment, la conséquence inévitable. H. C.
La Journée
Depuis samedi soir l’Alsnce- Lorrai ne a un
nouveau secrétaire d’Etat, M. le comte de
Reedern, conseiller supérieur à la présidence, de
Potsdam, et un nouveau sons-secrétairo d’E¬
tat pour l’agriculture, M. le baron de Stcln.
Le premier appartenait jusqu’ici i l’administration
prussienne, le second, qui est Bavarois, était conseil¬
ler rapporteur à l’Office de l’intérieur. C’est bien la
prussifleation du gouvernement de notre pays.
On assure que puisque le Statthafter actuel
reste provisoirement à son poste, c’est une preuve que
la politique en Alsace-Lorraine ne sera pas modifiée;
il n’y a aucune raison non plus pour les Alsaciens-
Lorrains do varier ; ils resteront ce qu’ils ont été,
malgré toutes les mesures qu’on pourra prendre.
Ht
Afin d'arriver à une entente dans la question de?
syndicats chrétiens, le cardinal Kopp s’est abou¬
ché directement avec l’Evêque de Paderborn.
M. Poincaré a présidé hier A la Sorbonne, la
cérémonie de clôture de la souscription pu¬
blique pour l’aviation militaire. M. Poincaré
a fait l’éloge de l'œuvre entreprise par la France en¬
tière, ardente et enthousiaste. U n ajouté que la na¬
tion restera ce qu’elle atoujours été: saine et robuste,
joyeuse et forte, consciente du grand rôle qui lui es!
dévolu dans l'hiçloire de la civilisation, glorieuse de
son passé et sûre de son avenir.
*
M. Cailloux, ministre des finances, a exposé scs
vues â ses électeurs à Mamers. Ses projets, a-l-it dit,
ne contiennent aucune attaque contre une classe quel
conque de citoyens; ils veulent seulement réaliser h
justice fiscale.
«St
paru et sont probablement ensevelis sous les •décom¬
bres. 25 personnes oat été victimes de :la catastrophe.
L’inspecteur et les ingénieurs des mines tveient vi¬
sité le puits et l’avaient trouvé en bon état*
La surveillance des étudiants A Berlin.
‘ L’étroite surveillance exercée en matière politique
sur la jeunesse des universités d’Allemagne se mani¬
feste une fois de plus de façon significative. Los étu¬
diants de rumversité de Berlin ayant, dans un but
purement désintéressé, emprunté à la Bibliothèque
royale des ouvrages traitant de l’anarchie, te recteur
fit immédiatement expulser de Prusse deux de ces
étudiants, dont l’an était Hongrois, l'autre Hambour-
goois, et réclama contre les autres une enquête mi¬
nutieuse.
Arrestation de la femme
d’un procureur Impérial.
La femme d'un procureur impérial deKotlbus a été
arrêtée sous l'inculpation de complicité avec un agent
d’aflaires véreux actuellement incarcéré et dont alie
fut longtemps la collaboratrice insoupçonnée.
Le Reichslag et la
propagande malthusienne.
La commission du Reichstag peur le commerce et
les métiers s’est occupée vendredi malin d’une motion
du Centre relative à des mesures destinées û arrêter
ia vente de tous Ie3 moyens matériels de propagande
malthusienne. Au cours de la discussion, plusieurs
orateurs signalèrent avec insistance les alarmants
progrès de là- diminution des naissances. Les socia¬
listes Tarent les seuls à se prononcer contre Ta prohi¬
bition de celte vente.
Le président de l’Office d'hygiène de l'Empire assura
qu’il était nécessaire d’intervenir par des moyens ra¬
dicaux. <r Ce serait un impardonnable péché, dit-il,
que d'assister impassible aux progrès du mal. »
Un représentant du ministère do l’intérieur se pro¬
nonça dans un sens analogue, s La limitation du
nombre des enfants, dit-il, est la mort d’une nation.
La réclame organisée autour des procédés malthusiens
est un scandale publie en Allemagne. »
La séance fut ensuite levée sans avoir donné lieu
ù un vole.
FRANCE
Paul Déroulède.
Complétons par les détails qui suivent les notes
iogrnpliiques que nous avons publiées samedi sur
'nul Déroulède:
M. Vcnlzciûs a été reçu â Vienne par l’empe¬
reur François-Joseph. Un dîner de Cour lui a été of¬
fert à Schœnbrunn. 1! est en roule pour Saint-Péters¬
bourg.
Les Bulgares et les Turcs applanissent leurs
difficultés en Tlirace. -
JJ
Il est question d’une alliance gréco serbo
roumaine opposée à une éventuelle coalition lurco-
bulgare.
*
AI. Dclrassè, ambassadeur de France, a quillé
Saint-Pélerslourg pour Paris. Son dopait a été salué
par de chaleureux souhaits de bon voyage.
Chronique Générale
ALLEMAGNE
Catastrophe minière.
D'après une constatation officielle, 19 mineurs ont
été trouvés morts dans le puits Aschenbach. Trois mi¬
neurs sont grièvement blessés, trois autres ont dis-
ï.e soldat r.r l’écrivain
Pau! Déroulède, ainsi que nous l’avons dit, élaitr.é à
'aria le 2 septembre 18-ii». H venait de terminer ses
lludes de droit, quand la guerre de 1870 éclata. Au
F ' ramier bruit de déroule et d’invasion, il partit pour
armée. Un jour on vit andrer au camp do Cliâlotis,
où se reformait l'armée, une femme tenant par la
main un jeune hommo imberbe. C’était la mère des
Déroulède qui amenait au jeune Paul son frère cadet:
« Ton fiére veut combattre avec loi, lui dit-elle. Je
te l’amène 1 » Les vieux zouaves n’appelèrent plus dé¬
sormais les deux jeunes gens que les « enfants à la
mère ».
Le poète a rappelé lui-mêma ce touchant épisode:
C’est toi, mère, c’est toi qui leur a dit : * Parlez !
« Partez, ils sont vaincus, les soldats do la France !
c Mon cœur pour conquérir ne vous eût pas prêtés ;
c Ce n’est plus U conquête, enfants, c'est la défense.
« Le sol est envahi, je vous dounc : parlez ! >
Au combat de Beaumont, l’adolescent est blessé.
Son aîné le prend dans ses bras et Remporte hors du:
champs de bataille ; puis il le laisse seul, adosàé à
un arbre, et revient se battre.
Fait prisonnier et blessé i Sedan, il parvint & s'é¬
chapper d'Allemagne et rejoignit les armées de pro¬
vince. Le lendemain du jour de l'attaque du château
de Montbéliard, son nom fut mis â l’ordre du jour.
Et tandis quil combattait sur là frontière de Suisse,
son frère, puéri, gagnait l’armée d’Afrique. Un jour,
â i’/nstinf, lorsqu’on couronna les Chante dit Soldat,
on put voir les deux frères, l’eioé en uniforme de
sous-lieutenant, la croix sur la poitrine ; le plus jeune,
en uniformede polytechnicien et décoré de fa médaille
militaire, qu’il avait portée un an cousue sur sa tu¬
nique do lycéen, car il était rentré au collée en re¬
venant de Kabylie.
dans la prédication et l’organisation de h «Re-
^DriTnns après la guerre, il fonde sa < Ligue des
Patriote«i. En 1887, il soutient le général Boulan¬
ger. En 1889, il se fait élire député d’Angouléme et
profite de son passage au Patais-Bourbon pour lancer
— au fort des scandales dé Panama — à la face de
Clemenceau, c protecteur de Cornélius Herz », son
apostrophe qui lui vaut un duel resté fameux.
Sa démission date de quelques jours plus tard. Il
désapprouve son collègue, M. Millevoye, qui s’était
laissé mystifier par les fameux papiers Norton et, ré¬
prouvant ces manœuvres tortueuses, donne sa démis¬
sion en pleine Chambre.
Période de répit et de production littéraire.
En 1898, il rentra i la Chambre comme député de
la Charente, partisan de la République plébiscitaire.
Son premier, geste fut de réformer la Ligue des Pa¬
triotes, puis do grouper ses partisans en vue d’une
énergique action politique. Il déploya dans cette nou¬
velle campagne une extrême activité qui épuisa ses
forces, et il tomba malade. Il était dans le Midi, où
il prenait du repos, quand Félix Faure mourut. Il
revint i Paris, alla au Congrès de Versailles, où
fut élu président M. Loubet, et, acclamé à son retour
â la gare Saint-Lazare, il accompagna ses amis à la
statue de Jeanne d’Arc, et U leur donna reodex-vous
pour le surlendemain, aux funérailles de Félix Faure.
On se rappelle fa tentative place de la Nation et à
la caserne do Retully, après les funérailles de Félix
Faure, pour entraîner le général Roget et ses troupes
Eh.
i/homme politique
La carrière politique de Paul Déroulède fut sîtigu-
ièrement mouvementée. Elle se résume tout entière
vers l’Elysée, tentative qui avorta parce que l’ordre
de dislocation des troupes avait été changé au dernier
moment et que le général Roget avait remplacé le
chef militaire sur lequel comptait Déroulède. Lo pré¬
sident de ta Ligue des Patriotes et son ami Marcel
Uabert, qui n’avait pas voulu »e séparer de lui dans
cds tentatives, furent arrêtés et traduits devant la Cour
d’assises qui les acquitta.
On se souvient aussi de son arrestation à Croissy,
le 7 août 1899, et de sa comparution devant la
Haûte-Cour pour complot contre la sûreté do l’Etat,
en compagnie de Marcel Habert, d’antisémites comme
Jules Guérin, et de royalistes tels qu’André Bullet,
Godefroy, etc. Il fut condamné à dix ans de bannis¬
sement,' dont il passa la plus grande partie à Saint-
Sébastien. C’est pendant son séjour en Espagne qu’il
eut un duel ralentissant avec M. Jaurès.
En 1905, le gouvernement accorda sa grâce à l’exilé,
qui n’acepta pas cette mesure de clémence.
Rentré en Franco â la suite de l’amnistie, il fut
candidat dans la Charente aux élections législatives de
190f> et fut l>attu par M. Mulae.
Depuis, M. Déroulède s’était consacré â la Ligue
des Patriotes cl l’âge n’avait pu tempérer son ardeur.
La maladie môme n’en eut qu’à giénd’peine raison et
il fallut la mort pour le contraindre au silence*
LÉ CHRÉTIEN • -
La politique de Paul Déroulède ne fut pas ui.e po¬
litique catholique et le coup d’œil rapide que nous
veuons de. jeter sur sa vie a suffi pour rappeler que
Io. gwuid-jMlriote ne sut pas toujours soumettre ses
actes publics aux règles de ia morale catholique.
H «nulAlla..Sl»it j t [’ a (JH lut-
ême plus d’un? fois avec courage et fierté:
même plus d'un? fois avec courage
Je crois en Dieu. I.e siècle est mauvais, l’heure eat
Un souille de blasphème égare les esprits; (trouble.
L'honneur contre l'argent se joue â quitte ou double.
Le mat est sans danger et l'homme eat sans mépris.
Je crois en Dieu. Ln mode est d'insulter le prêtre
{lieu imprudent qui tait le signe de la croix!
Quiconque est un chrétien est bien prêt d'être un traître.
Des deroirs nul n’en veut, nous n'avons que des droits.
Je crois en Dieu. Qu'importe â ma prière ardente
Des criminels joyeux le triomphe apparent !
Co ccrclo de dégoût u'ost pas t’enlcr du Daole
Mon cœur n'a pas perdu l'espérance en entrant,
le crois en Dieu. La Franco attristée, abattnc
Laisse opprimer son âme et forcer son aveu.
La grande Kation dort d’un sommeil qui (ne,
Mais l'heure du sursaut viendra. Je crois en Dieu.
Cette foi, parfois assoupie, la souflrance n’a pas eu
de peine à la réveiller. On se rappelle le spectacle
émouvant donné naguère aux Parisiens par Paul Dé-
roulèdc fuyant l'hiver de Paris pour chercher dans le
Midi un peu de soleil et de forces.
Un matin de janvier, un voilure d’ambulance s’ar¬
rêta devant le portail ds^olre-Dame. On en descen¬
dit Déroulède étendu sur une civière et enfoui sous
les couverlutc. On voulait lo transporter ainsi â l’é¬
glise, mais le malade se dressa et c’est debout, dans
uo sursaut d’énergie, la lôto haute comme aux meil¬
leurs jours, qu’il franchit le seuil du temple, appuyé
au bras d'amis tremblants de le voir défaillir.
Le grand patriote entendit la messe avec recueille¬
ment, communia, puis sortit pour être conduit à la
gare de Lyon.
Tout Déroulède, avec sa foi et son « panache », est
dans ce dernier gesle où il a concrétisé, peut-être à
son insu, celte évolution lente qui a conquis les meil¬
leurs esprits de France.
D'autre part, Marcel Habert écrit dans la Pairie:
c Après avoir vécu en patriote pratiquant, c’est en
catholiquo pratiquant que Déroulède vient de mourir.
Depuis plus d'un mois, il se savait condamné et, ;
avec celle fermeté de décision qui le caractérisait, il ;
avait tenu à recevoir en pleine connaissance le sacre- '
ment de l’extrème-onction des mains do Mgr Marbeau, :
évêque de Meaux.
J’assistais à cette émouvante cérémonie; c’est d’un
élan volontaire et raisonné que Déroulède a tourné
vers Dieu son âme jusqu’alors uniquement absorbée
par l’amour exclusif de la patrie.
Et c’est encore au salut de la France qu’à ce mo¬
ment suprême il offrait scs souflranccs et sa mort
prochaine, prérue et acceptée avec une héroïque rési¬
gnation.
Son pèlerinage à Cbampigny, sa visite à Notre-Dame .
avant son départ pour Nice, sa dernière apparition â '
l'église du Port, le jour de Is fête de la Conversion >
de saint Paul, ne sont que des étapes calculées et i
voulues de |l ' lg ' l çnv' ul -' ln Ama .ihy.gnldnt ftl rie
croyant vers TiTjJjgu. d». armées, pretecieuc_fU-ia
F rance."*
AinsïTn’ayan* pu mourir sur le champ do bataille,
il voulait que sa mort servit i tous ceux qui l’ont
compris et qui l’ont aimé, de modèle et'd’cxemple- * ;
Aussitôt après le décès, des (élégrammos avaient ■
été envoyés par le sculpteur Lucien l’allez, ami intime
du défunt, au Président de la République, nu Roi j
d’Espagne, â divers amis et personnalités politiques. »
M. Poincaré, président do la République, a aussitôt r
répondu par ce télégramme :
« Lucien Pallez, Nice.
Je vous prie de transmettre à Mite Déroulède et de
recevoir vous-même l’assurance de ma profonde sym¬
pathie.
Raymond Poincaré, b
M. Aristide Briand, ancien président du Consiil, a
envoyé la dépêche suivante :
a Je vous prie d’agréer et de vouloir bien trans¬
mettre & la famille de Paul Déroulède mes sincères
condoléances.
Aristide Briand. »
Voici celle qui a été adressée par le roi d’Espagne
à Mlle Déroulêdo :
g Séville, 30 janvier.
Je prends une trêâ grande parlé votre douleur,car
il m’avait été donné de connaître les belles qualités
de cœur et de culte quo votre regretté frère avait
vouées à sa belle patrie.
Alphonse xm. »
M. Louis Barthou, ancien président du conseil, était
lié avec Paul Déroulède par des relations d’étroite
amitié; il y a quinze jours, ii lui avait fait à Nico
une longue visite. M. Barthou a télégraphié ù Mlle
Déroulède :
« La mort de votre frère, dont j’admirais le patrio¬
tisme désintéressé, la haute probité et la vaillance,
m’émeut prolondément. Je vous prie de vouloir,bien
agréer mes condoléances les plus respectueuses et les
plus sympathiques.
Louis Barthou. »
Dé-
Parmi les autres télégrammes reçus par Mlle
roulède, citons celui de M. Mauri ce Barrés :
s C’est un deuil national, f -» ping a perdu son
chevalier.. Tous Ira Français- le—pleurent, avec..spiig.
J'embrasse mon noble ami et chef sur son lit de mort.
Jo me mets à vos ordres.
Votre respectueux serviteur,
Maurice Barrés. »
Et celui de M. Cbassaignc-Goyon, président du Con¬
seil municipal :
c La mort de l’ardent patriote dont la France était
justement (1ère m’a douloureusement ému. Cette émo¬
tion est très vivement ressentie à ITlêtel-de-Ville, où
l’on rend justice à ta noblesse de caractère du glo¬
rieux disparu, i la générosité de son cœur, â son
arnour passionné de notre cher pays, auquet il con¬
sacra, avec une ferveur enthousiaste quo l’âge n’avait
pas altaibiie, son admirable talent d’orateur et d'é¬
crivain et 6on âme de soldat.
Cuassaiosc-Goyon, »
FEUILLETON DU LOMIAÎN — G -
Ll:
BOUCHON de CRISTAL
Maurice LEBLANC
Puis il sonna de nouveau.
— Clémence... dit-il à la concierge,'est-ce que vous
avez été à l’école dans votre jeune âge?
— Daine, oui, monsieur.
— Et l’on vous a enseigné le calcul ?
— Mais, monsieur...
— C’est que vous n’éfes pas très forte en soustraction.
— Pourquoi donc?
— Parce que vous ignorez que neuf moins huit
égale un, et cela, voyez-vous, c’est d’une importance
capitale. Pas d'existence possible si vous ignorez celte
vérité première.
, Tout en parlant, il s’était levé, et faisait le tour
de la pièce, les mains au do*, et en se balançant sur
ses hanches. Il le fit encore une fois. Puis s’ariètant
devant la salle ù manger, il ouvrit la porte.
— Le problème, d'ailleurs, peut s'énoncer ^autre¬
ment, dit-il. Qui de neuf ôte liait, reste un. Et celui
qui reste, le voilà, liein’/’ l'opération est juste, et mon¬
sieur, n’est-il pas vrai? nous en fournil une preuve
éclatante.
i H tapotait le rideau de velours dans les plis duquel
Lupin s’élait vivement enveloppé,
i — En vérité, monsieur, vous devez étouffer, là-
dessous! Sans conripler que j’aurais pu me divertir à
transpercer ce rideau à coups do dague... Rappelez-
jvous le délire d’Hamlel et la mort de Polonais.
.«C'est un rat, vous dis-je, un gros rat... » Allons,
!M. Polonius, sortez de votre trou.
: C’était là uno do ces postures dont I.upin n’avait
pas l’habitude et qu’il exécrait. Prendre les ouïras au
piège et se pay»r Jour tête, il l'admettait, mai» non
point qu’on !• ' " dj lui et qu’on s’esclaflàtà ses
dépens. Poim.. ...nl-il riposter?
— Un peu ) ùl«i, monsieur Polonius... Tiens, mais,
c’e.-d le bon bourgeois qui fait le pied de grue dans
le square depuis quelques jours ! De la police aussi,
monsieur Polonius? Allons, remettez-vous, je ne vous
veux aucun mal... Mais vous voyez, Clémence, la
justesse de mon calcul. Il est entré ici, selon vous,
neuf mouchard. Moi, en revenant, j'en ni compté,
de loin, sur l’avenue une bande de huit. Huit ôtés de
neuf reste un, lequel évidemment était resté ici en
observation. L'cco Homo,
— El après? dit I.upin, qui avait une envio folio
de sanier sur le personnage et de le réduire au si¬
lence.
— Après? Mais rien du tout, mon brave. Que vou¬
lez-vous do plus? La comédie est finie. Je vous de¬
manderai seulement de porter nu sieur Prnäville, votre
mailrc, celle petite missive que je viens de lui écrire.
Clémence, veuillez montrer le chemin à M. Polonius.
Et si jamais il se présente, cmvrez-Iui les portes toutes
grailles. Vous êtes ici chez vous, monsieur Polonius.
Votre serviteur...
Lupin hésita. Il eût voulu le prendre de haut, et
lancer une phrase d'adieu, un mol de U fin, comme
on en lance au théâtre, du fond de la scène, pour se
ménager une belle sortie et disparaître tout au moins
avec les honneurs de la guerre. Mais sa défaite était
si pitoyable qu’il ne trouva rien de mieux que d’en¬
foncer son chapeau sur la tête, d’un coup de poing,
et de suivre la concierge en frappant des pieds. La
revanche était maigre.
Bougre de coquin! cria-t-il une fois dehors et
en so retournant vers les fenêtres de Daubrecq. Mi¬
sérable ! Canaille ! Député! Tu me la paieras^celle-
là!... Ab! monsieur sc permet... Ah! monsieur a
le culot... Eh bién, je jure Dieu, monsieur qu’un
jourjniTnuIre...
ll'écumâiVde.rage, d’autant que, au fond de lui, il
rccon?iaissai0aJorao'(le cal ennemi nouveau, et qu’il ne
pouTnit^nicr la maîtrise déployée en cette affaire.’
Le ll^îric do* Daub recq, l’assurance avec laquelle i
Lo liegmc uo uaun rccq. i assurance avec inquone u
roulaitJes*fônctiôimaires de la préfecture, le "mépris
avec lequel il se prêtait aux visites de son apparte¬
ment, et par-dessus tout son sang-froid, admirable, sa
désinvolture et l’imperttnonco de sa conduite en face
du neuvième personnage qui l’espionnait, tout cela
dénotait un homme «ie caractère, puissant, équilibré,
lucide, audacieux, sûr de lui et des cartes qu’il avait
en mains.
Mais quelles étaient ces cartes? Quelle partie jouait-
il? Qui tenait l’enjeu? Et jusqu’à quel point se trou¬
vait-on engagé de part et d’autre? I.upin l’ignorait.
Sans rien connaître, tête baissée, il se jetait au
plus fort de la bataille, entre des adversaires violem¬
ment engagés, dont il ne savait ni la position, ni les
armes, ni les ressources, ni les plans secrets. Car,
enfin, il na pouvait admettre quo le but de tant d’ef-
(orts fût la possession d’un bouchon de cristal !
Une seule chose lo réjouissait : Daubrecq no l’avail
pas démasqué. Daubrecq le croyait inféodé à la po¬
lice. Ni Dmibrec, ni la police pir conséquent, ne
soupçonnaient l’intrusion dans l’affaire d’un troisième
larron. C’était son unique atout, atout qui lui don¬
nait une liberté d’action à laquelle il attachait une
importance extrême.
Sans plus tarder, il décacheta la IcUrc que Dsu-
hrccq lui avait remise pour le secrétaire général de
la préfecture. Elfe contenait ces quelques lignes.
«A portée de ta main, mon bon Drasvillol Tu as
touché I Un peu plus, et ça y était.. Mais tu es trop'
bête. Et dire qu’on n'a pas trouvé mieux que toi pour
me faire mordra la poussière. Pauvre France! Au re¬
voir, Prasville î Mais si je te pince sur ie fait, tant
pis pour toi, jo tire!
« Sicile : D.irimrcq. »
— A portée de la main... sa répéta Lupin après*
avoir lu. Ce drôlo écrit peut-être la vérité. Les ca¬
chettes tes plus élémentaires sont les pltissûresi Tout
de même... fout de même, il faudra que nous voyions
cela... El il faudra voir aussi pourquoi lo DatilVrecq
est l’objet d’une surveillance si élroilc et se docu¬
menter quelque peu sur l'individu.
Les renseignement* que. Lupin, avait fait prendre
dans une agence spéçiate'sc résumaient ainsi :
. «Alexis Daubrecq, .dépulé'. des Boiiclies-dû-Rliôno-
depuis’déux ans, siège parmi Jes’ imlépéndanU, .opi¬
nions assez mal définies, mais situation électorale'
très solide, grâce aux sommes énormes qu’il dépense
pour sa candidature. Aucune fortune. Cependant,
hôte! à Paris, villa à Eughien et â Nice, grosses
perles au jeu, sans qu'on sache d’où vient l’argent.
Très influent, obtient ce qu’il veut, quoiqu’il ne fré¬
quente p&s les ministères et ne paraisse avoir ni
amitiés, ni relations dans les milieux politiques...»
Ftche commerciale, se dit Lupin en relisant
celle note. Ce qu’il me faudrait, c’est uno fiche in¬
time, une fiche policière, qui me renseigne sur ia vie
privée du monsieur, cl qui me permette do manœu¬
vrer plus à l’aiso dans ces ténèbres et do savoir si je
ne patauge pas en m’occupant du Daubrecq. Bigre!
c’est que lo temps marche !
Un des logis que Lupin habitait à celte époque, et
où il revenait io plus souvent, était situé rue Cha¬
teaubriand, près de l’Acc do Triomphe. On l’y con¬
naissait sou» le nom do Michel Beaumont. Il y avait
uiie installntion assez confortable et un domestique,
Achille, qui lui était fout dévoué, et dont la besogne
consistait surtout à centraliser les communications té¬
léphoniques adressées à Lupin par ses affidés.
— Rentre chez lui, Lupin apprit avec un grand
étonnement qu’une ouvrière l'attendait, depuis une
heure au moins.
Comment ! Mais personne ne vient jamais me
voir ici ! Elle est jeune ?
—• Non... je ne crois paa.
— Tu ne crois pas !
— Elle porte une mantille sur la tête, à la place
de chapeau, et on no voit pas sa figure... C'est plu¬
tôt... comme Une employée... uno personne d? maga¬
sin, pas élégante...
— Qui a t-elle demandé?
— M. Micbnl Beaumont, répondit le domestique.
— Bizarre. Et quel motif?
— Elle m’a ditsimplement que cela concernait l’af¬
faira d’Enghien... Alors, j’ai cru...
— Hein 1 TafTairo d’Enghien ! Elle sait donc quo je
suis mêlé â cette affaire !... Elle sait donc qu’en s’a¬
dressant ici...
— Jo n'ai, rien pu obtenir d’elle, mais j’ai cru tout
de mèfléü'qu’ib fallait la recevoir.
— Tu ns bien tait. Où est-elle?
— Au salon. J’ai allumé.
Lupin traversa vivement l'antichambre et ouvrit la
porte du salon.
— Qu’est-ce que tu chantes? dit-il à son domes¬
tique. Il n’y a personne.
— J'orsonne? fit Achille, qui s’élança.
En effet, le salon était vide.
— Oh 1 par exemple, celle-là est raide ! s’écrie le
domestique. 11 n’y a pas plus de vingt minutes que jo
suis revenu voir par précaution. Elle était assise là.
Je n’ai pourtant pas la tartue.
— Voyons, voyons, dit Lupin avec irritation. Où
étais-tu pendant que celle femme attendait?
— Dans lo vestibule, patron 1 Je n'ai pas quitté lo
vestibule une seconde! Je l'aurais bien vu sortir,
nom d'un chien [
— Cependant elle n'est plus là...
— Evidemment... évidemment... gémit le dômes-
tiquo ahuri... Elle aura perdu patience et elle s'en
o«t allée... Mais je voudrai.- hielt savoir par où, cre-
hleu !
— Par où? dit Lupin... Pas besoin d’être sorcier
pour le savoir.
— Comment?
— Par la fenêtre! Tiens, elle est encore ohlre-
bâillée... Nous sommes au rez-de-chaussée... la rue
est presque toujours déserte, le soir... il n’y a plus
de doute.
Il regardait autour de lui et s'assurait que rien n'a¬
vait été enlevé ou dérangé. D'ailleurs la pièce ne con¬
tenait aucun bibelot précieux, aucun papier important,
qui eût pu expliquer la visite, puis la disparition sou¬
daine de ia fomme. Et cependant pourquoi cette fuite
inexplicable ?...
— Il n’y a pas eu de téléphone aujourd'hui ? de¬
manda-t-il.
— Non.
— Pas do lettres ce soir?
— Si. Une lettre par le dernier courrier.
— Donne.
— Je i’ai mise, comme d’habitude, sur la cheminé«
de monsieur.
La chambre de I.upin était contiguë au salon, niais
Lupin avait condamné In porte qui faisait communi¬
quer les deux pièces. Il falluL donc repasser par I«
vestibule. (.1 suivre.)
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