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Directeur politique < H.-D. COLLIN
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A 36. — Vendredi 13 Février 1914
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SECONDE CHAMBRE
Strasbourg, 12 février.
Une longue séance a été consacrée aujour¬
d'hui au budget de l’administration des forêts,
et la Chambre n’a même pas pu terminer la
discussion, il était à prévoir que le mémoire
annexé à ce budget et qui expose un nouveau
programme d'aménagement des forêts permet¬
tant de retirer de celles-ci des recettes nota¬
blement plus élevées que par le passé, dans
l'intérêt des finances du p.ïys, soulèverait un
débat sur la question de principe. Deux spé¬
cialistes en la malière, MM. Knocpffler, de Sa-
verne, et Meyer, de Lülzelstcin, ont formulé
au sujet de ce programme des réserves qui
paraissent très (ondées. Le premier a, eu outre,
critiqué les errements observés lors de la venté
des coupes.
On s’est occupé ensuite et fort longuement
do deux résolutions presque identiques du Centre
et des socialistes, sur l’amélioration du salaire
et des conditions de travail des ouvriers lores-
liers. Aucun de ces parlis ne veut se laisser
distancer par l’autre dans la sollicitude pour
la classe ouvrière. C’est, parfois, de la sur¬
enchère sociale qui dégénère en surenchère
électorale. Nous ne voûtons pas contester pat
là la raison d'étre des réformes qu’ont suggérées
ces deux groupes ; mais il faut rendre celte
justice au gouvernement que, durant les der¬
nières année?, il a notablement augmenté les
salaires des bûcherons. Exprimant, l’avis du
Groupe lorrain, M. Zimmer a lait ressortir que
le sort de ces ouvriers n’est pas aussi lamen¬
table que le disent les orateurs socialistes cl
qu’on peut s’en rapporter nu gouvernement
quand il y a des améliorations à réaliser. L’ad¬
ministration a eu beau objecter que la plupart
des revendications formulés dans les lésolulions
sont pratiquement impossibles, les deux réso¬
lutions ont été adoptées.
Revenant au budget proprement dit, la Cham¬
bre a entendu enduite les doléances de M. le
D r liront au sujet d’une commune du Ilaul-
Rhin que l’administration empêche de défricher
une forêt improductive, et plusieurs discours
sur la réglementation de la cueillette des fruits
et baies dans les forêts communales.
Vers 7 heures, la Chambre, visiblement fa¬
tiguée, s’est ajournée à mardi.
Il* A. SÉANCE
est ouverte à h. 25. Présidence M. le D r Riclriin ;
secrétaires, MM. Wolfer et Immer.
Au banc du gouvernement, MM. le comte Rœdern,
secrétaire d’Elal, Kœliler, baron de Stein, sous-secré¬
taires d’Elnl.
Avant d'aborder l’ordre du jour M. le Président
donne la parole à M. 7, immer, rapporteur de la com¬
mission à laquelle avait été renvoyé l'amendement du
Centre relatif aux crédits pour les secours aux fonc¬
tionnaires.
M. Wolf dit que la question n’est pas à l'ordre du
jour. H se produit à ce sujet un échange d'observa¬
tions auquel prennent part le Président, MM. Hause,
Emme! et AVolf.
Finalement l'objet est abandonné.
On aborde le
Budget de l'administration
des forêts.
AL Kwpf/lcr prend d'abord la parole au sujet du
nouveau programme do l'exploitation des forêts. Il
rappelle le système des coupes rationnelles qui avait
été suivi par l’administration française. Celui que l’on
envisage actuellement pourrait constituer un danger
pour l’avenir.
-Ne va-l-on pas trop loin et nos forêts sont-elles en
état de supporter des coupes plus importantes? L'a¬
venir ne nous apportera-t-il pas de cruelles décep¬
tions sur ce point? L’orateur émet ensuite une série
de considérations techniques qu'il nous est impossible
de relater, dont la plus importante porte sur la no¬
mination d’une commission qui, d'accord ave: les
agents forestiers,' ßxera la taxe du bois mis en vente.
Il réclame la vente au rabais pour les grandes coupes
et la vente au remont pour les coupes de moindre
importance.
AL AIeyer-Lûl:el»tein. — Nous éprouvons une
réelle satisfaction quand on nous donne 4 espérer une
plus forte recette; celle qu’on nous promet pour l’ad¬
ministration dos forêts est de 700.000 M. Il faut se
demander à quelle cause celle augmentation doit être
attribuée. Elle est due uniquement aux plus lortes
coupes de l’avenir. L’orateur considère que celle aug¬
mentation ne peut provoquer qu'une joie très limitée.
Le mémoire joint au budget contient sans doute des
idées auxquelles on peut souscrire ; il y a des réserves
qu’oD aurait pu exploiter depuis des années et qui
ont diminué de valeur. On aurait dû les remplacer
par des plantations nouvelles. I/augmenlation des
coupes devrait d’abord porter sur ccsjvieilles léserves.
Mais c’est dans les plantations de hêtres et de chênes
qu’on effectuera surtout des coupes.
M. Meyer s’est renseigné sur les quantités de bois
qui doivent être fournies par les coupes. Ces quanti¬
tés sont énormes ; les forêts ne pourront pas suppor¬
ter ces coupes .à la longue; il y aura une série d’an¬
nées maigres dont les générations futures auront à
supporter les conséquences. Dans ces dernières années
déjà les coupes ont clé abondantes. Le conservateur
général des forêts ne pourra pas nier que le programme
de'son administration ne soit pas rationnel. Onn’apas
songé suffisamment à la reconstitution des forêts.
Quand on veut récolter beaucoup, H faut semer en
conséquence. Soyons prudents ; songeons que les fo¬
rêts constituent’une propriété qu’il faut conserver.
(Bravos.)
AL Bœhlc est heureux de trouver un appui chez
le préopinanl ; M. Rouble a déjà exprimé des critiques
contre le programme d’exploitation de l’administra¬
tion des forêts. Les calculs do celle-ci peuvent avoir
quelque raison d’être à première vue; niais lo parti¬
culier n’a qu'à traverser lc3 forêts pour se rendre
compte que les réserves ne sont pas aussi lionnes que
dans le pays voisin, en Rade notamment. Que le gou¬
vernement examine encore son programme, afin de
ne pas faire de tort aux générations futures. La pru¬
dence est nécessaire.
AI. Pih, conservateur général des forêts, présente
quelques explications supplémentaires sur le mémoire
de l'administration. H y a des réserves effectives. D’a¬
près la loi les forêts doivent être aménagées suivant
un pr ogramme déterminé. On doit d’abord assurer l’exis¬
tence do la foré!. Le rendement peut être évalué d’a¬
près lu superficie. El M. Pilz entre dans des détails
techniques pour montrer quelle est la quantité de bois
qu’on peut retirer d'une forêt dont les arbres sent
arrivés au terme de leur croissance, de futaies, etc.
Une enquête a établi la marche rationnelle à suivre
pour les dillérentes essences et la quantité de bois à
retirer ù des intervalles déterminés. Actuellement il
y a des réservesévidenlesqui n’ont pas été exploitées ;
l’excédent de superficie est aujourd'hui de 8000 hec¬
tares. Il s’agissait maintenant de répartir ces réserves
sur les coupes annuelles. On peut eu toute conscience
exploiter les forêts d'une manière plus intense que
par le passé, sans empiéter sur le rendement de l’a¬
venir. M. Pilz donne l’assurance à l’assemblée que
l'excédent de rendement des forêts restera dans les
limites normales. Il répond aussi aux critiques de M.
Meyer. L’adminislraliou n’a en vue que l'intérêt du
pays. M. Pilz fait valoir ensuite les avantages que
tirera le pays du nouveau programme. Il répona A
différents vœux formules par M. Knœpifler. Certains
pourront être examinés; d’autres n'ont pas de raison
d’élre.
M. Pilz ne peut pas admettre les observations de
M. Knœplflar touchant la préférence accordée par ce
dernier au système suivant lequel sont pratiqués les
ventes par l’administration française. Quant aux tra¬
verses de chemin de fer en Lois, M. Pilz répète que
dès que ie prix des traverses en bois est plus élevé
que celui des traverses en fer, l’administration des
chemins de fer donne la préférence à ces dernières.
M. Knœpffler revient sur la métbode de fixer la
taxe des prix du bois; en France on a soin de pren¬
dre une base aussi exacte que*possible; en Alsace-
Lorraine on procède sans principe déterminé. Il serait
dans l'intérêt de l’administration de rester en contact
avec les marchands de bois.
RÉSOLUTIONS
On passe à la discussion de deux résolutions rela¬
tives aux salaires des ouvriers bûcherons. AL Collet
motive celle du Centre. Le gouvernement n’a pas
soumis encore cette année les données sur les salaires
des ouvriers bûcherons. En 1011, les salaires étaieot
très variables dans les différentes sous-inspections;
ils étaient de 1 M 60 à Fénétrange» de 4 M 20 à
Bombas. Il n’ost pas admissible qu’on donne des sa¬
laires aussi minimes que ceux de Fénétrange. On
contraint les ouvriers à travailler aux conditions des
années précédentes. La résolution a pour but de dé¬
terminer le gouvernement A s’expliquer. Elle demande
un salaire minimum de 3 M par jour pour Us hom¬
mes ; rour le travail aux pièces, l’ouvrier doit ga¬
gner 4 M au moins. Les salaires doivent être égaux
en été et en hiver; on a introduit cctlo disposition
en Bavière. Les indemnités pour le mailrc bûcheron
doivent être supportées par la caisse de l’administra¬
tion. La résolution réclame ensuite ; la suppression
des- retenues peur tes jours de fête tombant en se¬
maine, une diminution de la journée de travail le
samedi et la veille des grandes fêtes, un supplément
de 50 p. 100 pour le travail de nuit, des dimanches
et fêles, la fixation des salaires pour le travail aux
pièces d’accord avec les ouvriers et par écrit, les
paies bimensuelles le vendredi, l’introduction de bor¬
dereaux, une indemnité de SOpfpar jour pour l’usure
des outils, la fixation de la durée de la journée de
travail suivant les saisons, une caisse de relraites et
la création de délégations d’ouvriers. M. Collet montre
le bim-fondé de toutes ces revendications. 11 formule
encore d’autres vœux relatifs aux indications statis¬
tiques sur.le travail des ouvriers des forêts; le Par¬
lement a le droit d’élre exactement renseigné. Les
ouvriers ne sont pas traités comme l'avait promis l’an
dernier le gouvernement. Beaucoup sont sans occu¬
pation depuis Noël. L’orateur donne lecture d’une
lettre de plaintes de bûcherons du pays de Wissem¬
bourg. Le Centre applaudit vigoureusement l'orateur.
La résolution des socialistes est à peu de chose
près identique à celle du Centre. AL Meyer (le
Sainle-Marie-aux-Mincs) dépeint le friste sort des ou¬
vriers bûcherons qui sont obligés de rester des se¬
maines et des mois loin de leurs foyers, vivant dans
des butte?, soumis à un régime alimentaire absolu¬
ment insuffisant : des pommes de terre et du calé,
c'est le menu invariable. Le conservateur général des
forêts n'a pas d’intérêt pourcesouvriers.Celui (Ventre
eux qui aurait le courage de se plaindre risquerait
d’être renvoyé. Et c'est ainsi que les choses se pas¬
sent depuis des dizaines d'années, depuis des siècles.
L’orateur s'échauffe et exprime son indignation do
ce que l’ouvrier des forêls no soit pas l’objet do la
moindre sollicitude. Son travail est rude, plein de
dangers, les salaires sont minimes. La durée du tra¬
vail est pour ainsi dire illimitée; on a vu des bûche¬
rons obligés do travailler au clair de lune. El M.
Meyer part en guerre contre l’Etal et la société. Le
bûcheron ne gagr.o pas autant que l'Etat dépense pour
un prisonnier. L'orateur passe en revue les diiïôren-
les revendications formulées par la résolution de son
parti et adresse un appel au Parlement et au gouver¬
nement en sa faveur.
M. Zimmer. — Mon parli est d’avis que le gou¬
vernement doit avoir la latitude de fixer le salaire. 11
faut tenir compte aussi des contribuables. En Lor¬
raine les ouvriers bûcherons sont satisfaits de leurs
salaires. La fixation des salaires demandée par la ré¬
solution pourrait avoir des conséquences préjudicia¬
bles, du moins en Lorraine, ou beaucoup de commu¬
nes possèdent des forêls. Nous voterons contre les deux
résolutions.
Si. Mcijer-Lutzelslein dit que son groupe n'a pas
jugé à propos de présenter une résolution. Différents
points ues deux résolutions ne peuvent pas être ac¬
ceptés sans réserve. Il serait préférable de voter sur
chaque paragraphe en particulier. Relativement à la
durée du travail. M. Meyer rappelle que les bûche¬
rons sont obligés de faire de très longs chemins avant
d’arriver au chantier; en hiver la duréo de huit heu¬
res est trop longue. Il y aurait lieu d’abandonner aux
ouvriers les déchets pour lesquels ils sont obligés de
payer une petite redevance. Le parti progressiste est
tout disposé à contribuer à améliorer lo sort des ou¬
vriers.
M. Alzel ne croit pas qu'on puisse invoquer les
contribuables comme l’a fait M. Zimmer pour repous¬
ser les résolutions, il s'agit des plus pauvres parmi
les ouvriers; leur sort mérite d’être amélioré; il est
des plus tristes. Comme il dit que M. Zimmer s’est
permis une Anmas&ung (arrogance) M. le Président
fait remarquer que le terme n’est pas parlementaire.
SI. Pilz, conservateur général des forêts. — Le
travail des ouvriers des forêts n’est pas un travail de
fabrique. La plupart dos ouvriers travaillent aux
pièces. L'ouvrier est absolument libre de son temps ;
il va à la forêt quand il lui platt. On lui demande
seulement de terminer à une date déterminée le tra¬
vail qu’il a entrepris. Voilà ce qu’il ne faut pas ou¬
blier. On ne peut pas fixer la durée d'une journée
de travail. Un contrite est absolument impossible.
Les ouvriers ont toute sorte de petits avxntages: ils
ont du bois, de la litière, du fourrage. M. Pilz met
la Chambre en garde contre des propositions irréali¬
sables. II n’est pas juste de parler de salaires de fa¬
mine. M. Tilz repousse le reproche que lui a fait
M. Meyer quand 11 a dit qu’il n'a pas de cœur pour
les ouvriers. Les dépenses pour les ouvriers ont aug¬
menté de 85 p. RIO. Mais, dit M. Pilz, je demande
que l’on rende justice à nos efforts; nous avons le
souci du bien-être des ouvriers.
M, Pilz s'explique sur les différentes revendications
contenues dans le* deux résolutions. On ne peut pas
dire que des ouvriers bûcherons aient été consultés
pour la rédaction de ces résolutions.
M. Zimmer. — M. Hevsch a regretté que le Groupe
lorrain ic soit prononcé contre une amélioration des
salaires des ouvriers. Nous ne sommes pas opposé? à
celte amélioration ; mais nous voulons qu'on se rap¬
porte au gouvernement pour arrêter les salaires. (Une
voix socialiste : C’est la même chose.) Non, ce n’est
pas la mémo chose. Nous sommes contre l’introduc¬
tion d’un tarif; le gouvernement est le mieux à même
de prendre des décisions quand elles s’imposent. Le
sort des ouvriers bûcherons n'est pas aussi malheu¬
reux qu’on le dit.
AI. Collet répond au discours de M. Pilz; il revient
sur les vœux exprimés dans la résolution du Centre
et s’efforce de montrer que les plaintes dont il s’est
fait l’interprète sont fondées. Il s’en prend aussi au
point de vue auquel s’est placé M. Zimmer.
M. Ko'hler , sous-secrétaire d’Elat. — Je me réjouis
qu’on s’intéresse tant aux ouvriers des forêls pour
des raisons humanitaires; l’administration des forêts
lient aussi à avoir de bons ouvriers et ceux-ci mé¬
ritent de bons salaires. (Bravos.) Nous travaillons de¬
puis plusieurs années à augmenter les salaires et nous
persisterons dans cette voie. (M. Emmel : Il faudrait
aller un peu plus vite.) Certaines revendications dé¬
fendues par M. Meyer (de Sainle-Marie-aux-Mincs)
sont absolument irréalisables.
.1/. Meyer (de Sainte-Marie-aux-Mines) déclare qu’il
a beaucoup de contact avec les ouvriers bûcherons ;
ceux-ci ne s’adressent pas aux Lorrains, aux gros in¬
dustriels. On a laissé ccs ouvriers pendant de trop
longues aimées sans s’occuper d’eux. L'orateur socia¬
liste reprend encore les revendications dont son parti
«e fait le défenseur.
SI. Brogly fait remarquer que le budget prévoit
une augmentation des salaires. Le gouvernement vou¬
dra bien s'expliquer là-dessus. Ce que veut lo Centre,
c'est line durée normale de fa journée assurant uo
salaire moyen aux ouvriers travaillant aux pièces. L’a¬
mélioration des salaires dnrant ces dernières années
n’est pas aussi grande que le dit le gouvernement.
L’orateur espère que le gouvernement tiendra compte
l’an prochain des principes exposés dans les résolu¬
tions.
M. Pih répond encore à quelques orateurs.
On passe au vole sur les résolulions.
M. Hauss propose l'adoption en bloc des deux réso¬
lutions.
M. I'eiroles croit qu'il suffirait de voler à part sur
les points au sujet desquels M. Meyer(de Lützelstein)
a formulé des réserves.
La résolution Collet est adoptée dans toutes ses par¬
ties contre les votes des Lorrains et de quelques libé¬
raux.
La résolution Bœlila est également adoptée dans
toutes ses parties.
On reprend
la discussion du huget des forêts.
M. le D r UachspUl se plaint de ce que la taxe des
permis délivrés pour l’enlèvement des feuilles mortes
doit être versée longtemps à l'avance, quand les in¬
téressés ne savent pas encore à quel moment ils pour¬
ront effectivement prendre des feuilles mortes. Quant
les permis leur sont accordés, il arrive que les che¬
mins sont détrempés et impraticables; la taxe est
souvent payée ainri en pure perle.
M. Pih , conservateur général des forêfs, reconnaît
que cette réclamation est fondée et qu’elle sera l'objet
d’un examen.
Si. Fuchs se fait l'interprète d’un désir de la com¬
mune de Geuilertheim concernant les feuilles mortes.
Ai. Wchrung parie aussi de !a niiêre defeuitlçsmorles ;
la répartition se fait d’une manière inégale. 11 cite le
cas de trois habitants auxquels on ainflige une amende
de 40 M parce qu'ils ne se sont pas strictement con¬
formés aux instructions d'un garde forestier. Le délit
était minime ; l’amende était disproportionnée.
AI. Kæhler, sous-secrélaire d’Etat, répond que celle
affaire dépend de l'administration de la justice.
Al. Wehrung. — La première faute a été faite par
le garde forestier.
Aux dépenses, Al. le IP Brom sc fait l’écho d’une
plainte dé la commune de Kemhs envers l'administra¬
tion forestière. La commune a défriché en partie une
forêt sans valeur et l’a convertie en terres cultivée«.
Quand elle a voulu continuer ie défrichement, on lui
a créé des difficultés ; l’administration veut reboiser
le terrain. La commune s’v est refusée. On a fait des
essais inutiles qui ont coûté beaucoup d’argent. Il est
urgent qu'on lai-se à celto commune la liberté d’amé¬
liorer son domaine en lui permettant de continuer le
déboisement de forêts sans aucun rapport.
AI. Pilz, conservateur général, explique qu’il s’agit
d'une forêt située sur les bords du Rhin. L'adminis¬
tration a montré tonte la prévenance nécessaire à la
commune. Celle-ci avait laissé péricliter la forêt. Il
fallait sauvegarder les intérêts des générations futures.
AI. le D’ Brom réplique que les inléiéfo des géné¬
rations futures exigent qu’on transfoi me un terrain
inculte en terrain de rapport.
Au chapitre 74 des dépenses — sous-inspecteurs
des forêts —- AI. Marlin demande quelle est l’altitude
du gouvernement au sujet des redevances à payer par
les personnes qui vont cueillir des fraises, framboises
et baies. Les socialistes no peuvent pa* admettre qu’on
prélève ces redevances. Ces fruits sont la propriété de
la collectivité. L’amateur qui ceuille des fruits par oc¬
casion risque qu’on lui dresse procès-verbal. Tout le
monde est censé connaître la loi, sauf naturellement
le colonel von lleulfcr. La manière de procéder de
l'administration des forêts est illégale; le procédé sur¬
font est blâmable. On a arrêté des personnes qui
avaient cueilli des baies sur le territoire lrançai» rt
«pli étaient revenues de ce côté de la UonU«'-re yarco
qu'elles n’avaient pas de permis.
AI. Immer. — Il n’est pas admi-rible qu’on dresse
procès-verbal à das personnes qui étant en possession
de haies, sont rencontrées à une gare par un gen¬
darme. On ne peut leur dresser procès-verbal que si
elles sont prises en flagrant délit. Quand il s’agit do.
forêls communales, on ne devrait pas empêcher le*
habitant? de l’endroit de cueillir des fraises et des¬
haies.
M. Ktt'hler, sous-scorèlaire d’Elal. — Oii r.e peut
pas contester aux communes le droit de réglementer
la cueillette des truiU de leurs forêts. Il en c^lautre¬
ment de? forêts domaniales. Des personnes du dehors
viennent rafler ces fruits quand ils ne sont pas encore
murs. Ici une protection des intérêts des communes
s’impose.
M. Martin répond à MM. Immer et Kæhler,
M. Fuchs demande au gouvernement où en est la
réglementation des irailemcnis des gardes-forestiers
communaux.
M. Kæhler, sous-secrélaire d’Etat, répond qu’on
préparera un mémoire sur celle question.
MM. Ilcysch cl Pih prennent encore la parole ;
mais il n’est pas possible de les comprendre ù la tri¬
bune des journalistes.
La séance est levée vers 7 heures.
«
Séance mardi , 17 février, à 'J heures.
Ordre du jour: Amendement de M. Hauss concer¬
tes fonds de secours pour les fonctionnaires; budgets
du Statthalter, de la représentation près le Conseil
fédéral, du Landlag, du Ministère, dit Conseil impé¬
rial, des administraiionsde l’intérieur, de l’agriculture
et de la navigation.
*
* «
Iæs fonds de secours pour lonctiounnires.
La commission du budjet a di*-n»lé jeudi l’amende¬
ment du Centre tendant, à réduir; d* 25 pour cent
les fonds de secours pour les luuaiomiaires et de re¬
porter la somme ainsi économisée sur le crédit de
80.000 M destiné aux anciens fonctionnaires retraités.
Les progressistes se sont prononcés contre celle réduc¬
tion parce qu’elle no mettrait jai fin aux abus dans
la répartition; on lrappcrait simplement les fonclion-
naires dont il faudrait diminuer ks secours d'uc quart
en cas de répartition équitable. Il est exact qu'il con¬
viendrait de faire quelque chose pour les anciens fonc¬
tionnaires retraités et augmenter de 20.000 M le cré¬
dit de 80.000 M qui leur est destine.
FEUILLETON DU LORRAIN — 46 —
TA fl
Mnurlce LEBLANC
— Je commençais à désespérer quand, un jour, en
allant chez Daubrecq, dans sa villa d’Enghien, je ra¬
massai sous sa talile de travail, lo début d’une lettre
chiffonnée et jetée parmi le3 paperasses d’une cor¬
beille. Ccs quelques lignes étaient écrites de sa main,
en mauvais anglais :
a Kvidez le cristal à l’intérieur, de manière à laisser
uu dide qu’il soit impossible de soupçonner. »
Feut-être n’aurais-je pas attaché *u celle phrase
toute l’importance qu’elle méritait, si Daubrecq, qui
se trouvait alors dans le jardin, n’élail survenu en
courant cl ne s'était rnis à fouiller la corbeille avec
une hâte significative.
11 me regarda d’un air sou/çonneux.
— Il y avait là... une lettre...
■le fis semblant do ne pas comprendre. 11 «'insista
point, mais son agitation ne m’avait pas échappé, et
je dirigeai mes recherches dans le même sons. C’est
ainsi qu’un mois après je découvris, au milieu des
rendras do la cheminée du salon, la moitié d’une
facture anglaise, John Ilownrd, verrier à Stour-
bridge, avait fourni nu député Daubrecq un flacon de
cristal conforme au modèle. Lo mot « cristal > me
frappa. Je parlis pour Stourbridgc, je soudoyai le con¬
tremaître de la verrerie, et j’appris que le bouchon
de ce flacon, d’après la formule même de la com¬
mande, avait été èvidé inférieurement de manière ù
laisser un tiidc qu'il fût impossible de »oupçonner.
Lupin hocha la tête.
— Le renreignomcnl se laissait aucun doute. Pour¬
tant, il ne m’a pas semblé que, même sous la couche
d’or... Et puis la cachette serait bien exiguë.
—• Exiguë, mais suffisante, dit-elle.
— Comment le savez-vous?
— Par Prasville.
— Vous le voyez donc ?
— Depuis celle époque, oui. Auparavant, mon mari
et moi, nous avions cessé toutes relations avec lui, A
la suite de certains incidents assez équivoques. Pras-
ville est un homme de moralité plus que douteuse,
un ambitieux sans scrupules, et qui certainement a
joué dans l’affaire du canal des Deux-Mers un vilain rile.
A-t-il touché? C'est probable. N’importe, j’avais
besoin d’un secours. Il venait d’être nommé secrétaire
général de la préfecture. C’est donc lui que je choisis.
— Connaissait-il, interrogea Lupin, la conduite de
voire fils Gilbert?
— Non. Et j’eus la précaution, justement en rai¬
son de la situation qu'il occupe, de lui confirmer,
comme à tous nos amis, le départ et la mort de Gil¬
bert. Pour le reste, je lui dis la vérité, c’est-à-dire
les motifs qui avaient déterminé le suicide de mon
mari, et le but de vengeance que je poursuivais.
Quand je l'eus mis au courant do nies découvertes,
il sauta de joie cl je sentis que sa haine contre Dau¬
brecq n'avait point désarmé. Nous causâmes long¬
temps, et j’appris de lui que la liste était écrite sur
un bout de papier pelure, extrêmement mince, et qui,
réduit en une sorte de boulette, pouvait parfaitement
tenir dans un espace des plus restreints. Pour lui
comme pour moi, îl n’y avait pas la moindre hésita¬
tion. Nous connaissions la cachette. Il fut entendu que
nous agirions chacun de notre côté, tout en corres¬
pondant secrètement. Je le mis en rapport avec Clé¬
mence, la concierge du square Lamartine qui m’était
toute dévouée...
— Mais qui l’était moins à Prasville, dit Lupin,
car j'ai la preuve qu’elle le trahit.
— Maintenant peut-être, au début non, et les per¬
quisitions de la police furent nombreuses. C'est à ce
moment, i! y n da cela dix mois, que Gilbert reparut
dans ma vie. Une mère ce cesse pas d'aimer son fils,
quoi qu’il ait fait, quoi qu’il fasse. Et puis Gilbert a
tant de charmé l vous le connaissez. Il pleura, il em¬
brassa mon petit Jacques, son frère... Je pardonnai.
Elle prononça, la voix basse, les yeux fixés au sol :
— Plût au ciel que jo n'aie pas pardonné 1 Ah 1 si
celte heure pouvait renaître ! commo j'aurais l'affreux
courage de ic cbasserl Mon pauvre enfant... c’est moi
qui l’ai perdu...
Elle continua, pensivement :
— J'auiais eu tons les courages s’il avait été tel
que je me l’imaginais, et tel qu’il fu.t longtemps, m’a-
t-il dit, marqué par la débauche ot par le vice, gros¬
sier, déchu. Mais, s’il était méconnaissable comme ap-
parrence, ou point de vue, comment dirais-je? au
point do vue moral, sûrement il y avait une amélio¬
ration. Vous l’aviez soutenu, relevé, et quoique son
existence me fût odieuse, tout do même il gardait une
certaine tenue, quelque chose comme un fond d’hon¬
nêteté qui remontait à la surface. Il était gai, insou¬
ciant, heureux. Et il me parlait de vous avec tant
d'afleclion !
Elle cherchait scs mots, embarrassée, n’osanl trop
condamner devant Lupin le genre d’existence qu’a¬
vait choisi Gilbert, et cependant ne pouvant en faire
l’éloge.
— Après? dit Lupin.
Après, je le revis souvent. Il venait me voir, hâti¬
vement, ou bien j’allais le retrouver et nous nous
promenions dans la campagne. C’est ainsi que, peu
à peu, j’ai été amenée A lui raconter notre histoire.
Tout de suite, il s’enflamma. Lui aussi, il voulait ven¬
ger son père, et, en dérobant le bouchon do cristal,
se venger lui-même du mal que Daubrecq avait fait.
Sa première idée — et là-dessus je dois lo dire, il ne
varia jamais — fut de s’entendre avec vous.
— Eh bien I s’écria Lupin, il fallait...
— Oui, je sais... et j’étais du même avis. Par
malheur, mon pauvre Gilbert, vous savez comme il
est faible ! subissait l’influence d’un de «es cama¬
rades.
— Vaucliorav, n'est-ce pas?
— Oui, Vaùcheray, une âme trouble, pleine de
fiel et d'envie, un ambitieux sournois, un homme de
ruse et de ténèbres, et qui avait pris sur mon fils
un empire considérable. Gilbert eut le tort de se con¬
fier A lui et de lui demander consoil. Tout le mal
vient de là. Vaùcheray le convainquit, et me convain¬
quit moi aussi, qu'il valait mieux agir par nous-mêmes.
Il étudia l'affaire, en prit la direction, et finalement
organisa l'expédition d’Enghien et, sous votre con¬
duite, le cambriolage de la villa Marie-Thérèse, que
Prasville et ses agents n’avaient pu visiter à tond par
suite de la surveillance active du domestique Léonard.
C’était do la folie. Il fallait, ou bien s'abandonner à
votre expérience, on bien vous tenir absolument
en dehors du complot, sous peine de malentendu fu¬
neste et d'hésitation dangereuse. Mais que voulez-
vous, Vaùcheray nous dominait. J’acceptai une en¬
trevue avec Daubrecq au théâtre. Pendant ce temps,
l’affaire eut lieu. Quand je rentrai chez rnoi, vers
minuit, j’ep appris le résultat effroyable, le meurtre
de Léonard, l’arrestation de mon fils... Aussitôt, j’eus
l’intuition de l’avenir. L’épouvantable prédiction de
Daubrecq se réalisait: c’étaient les assises, c’était ta
condamnation. Et cela par ma faute, par la faute de
moi, la mère, qui avait poussé mou fils vers l’abîme
d'aii rien ne pouvait plus le tirer.
Clarisse se tordait les mains et des frissons la se¬
couaient des pieds A la tête. Quelle souffrance peut se
comparer A celle d’une mère qui tremble pour ia tète
de son fils? Emu de pitié, Lupin lui dit:
—■ Nous le sauverons. Lù-dessus, il n’y a pas
l’ombre d’un doute. Mais il est nécessaire que je con¬
naisse tous les détails. Achevez, je vous prie... Com¬
ment avez-vous su, le soir-même, les événements
d’Enghien ?
Elle se domina et, le visage contracté d'angoisse et
de lièvre, elle répondit:
— Par deux de vos complices, ou plutôt par deux
complices de Vaùcheray à qui ils étaient entièrement
dévoués et qu’il avait choisis pour conduire les deux
barques.
— Ceux qui sont là dehors, Giogoard et Le Bailli ï
— Oui. A voire retour do la villa, lorsque, pour¬
suivi sur le lac par ie commis-aire de police, vous
avez abordé, vous leur avez jeté quelques mots d'ex¬
plication tout en vous dirigeant veis votre automobile.
Affolés, ils sont accourus chez moi, où ils étaient déjà
venus, et m’ont appris l'affreuse nouvelle. Gilbert
éfait en prison t Ah! l’effroyable nuit! Que taire?
Vous chercher? Certes, et implorer voire secours!
Mois où vous retrouver ? C’est alors que Grognard et
Le Ilallu, acculés par les circonstances, se décidèrent
à m'expliquer le rôle de leur ami Vaùcheray, ses am¬
bitions, son dessein, longuement mûri...
— De se débarrasser de moi, n’est-ce pas? ricana
Lupin.
— Oui, Gilbert ayant toute voire confiance, il sur¬
veillait Gilbert et, par là, il connut tous vos domi¬
cile». Quelques jours encore, une fois possesseur du
bouchon de cristal, maître de la liste des vingt-sep!,
héritier de h toute-puissance do Daubrecq, il vous
livrait à la police, sans que votre bande, désormais la
sienne, fût seulement compromise.
— Imbécile! murmura Lupin... un sous-ordre
comme lui !
Et il ajouta :
— Ainsi donc, les panneaux des portes...
— Furent découpés par se3 soins, en prévision de
!«i lutte qu'il entamait contre vous cl contre Daubrecq,
chez qui il commença la même besogne. 1! avait à
sa disposition une sorte d'acrobate, uu nain d'une
maigreur extrême auquel ces orifices suffisaient, cl
qui surprenait ainsi toute votre correspondance cl
tous vos secrets. Voilà ce que ses deux amis me ré¬
vélèrent. Tout de suite j’eus celte idée; me servir,
pour sauver mon fils aîné, de son frère, de mon peli 1
Jacques, si mince lui aussi et si intelligent, si brav«
comme vous avez pu le voir. Nous parûmes dans la
nuit. Sur les indications do mes compagnons, je trou¬
vai, au domicile personnel de Gilbert, les doubler
clefs de votre appartement de la rue Matignon, oi
vous deviez coucher, parall-il. En roule, Grognard c:
Le Ilallu me confirmèrent dans ma résolution, et ju
nensais beaucoup moins A vous demander secouri
qu’à vous reprendre le bouchon de cristal, lequel évi
dominent, s’il avait été découvert à Engbien, (levai*
être chez vous. Je ne me trompais pas. Au bout dt
quelques minutes, mon petit Jacques, qui sciait in¬
troduit dans voire chambre, me ie rapportait. Je m’er
allai frémissante d’espoir. Maîtresse à mon tour du ta
lisinan, le gardant pour moi seule sans en préveuii
Prasville, j'avais tout pouvoir sur Daubrecq. Je le fai
sais agir à ma guise et dirige par moi, esclave de ni-
volonté, il multiplierait les démarches en faveur d-
Gilbert, obtiendrait qu’on le laissât évader,ou tout u 1
moins qu’on ne lo condamnât pas. Celai t le salut.
(A suivre.)
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