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LB GRELOT
LE GRELOT
ÉDITION DE LUXE
prix d’abonnement pour parts et les départements
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Prix du numéro :
25 cent.
Adresser les demandes à M.
Madré,
directeur-gérant, 20, rue du Croissant, à
Pari*.
Encore dent qui n’ l’auront pas;
Pauvre M. de Résumât!
Infortuné colonel Stoffel 1
Avoir dépensé tant d’encre, d’affiches, d’ar¬
ticles et d’arguments pour en aboutir à un
aussi piètre résultat!
Vraiment, c’est navrant!
Cette fois-ci, il n’y a plus à s’y méprendre.
Puisque l’Assemblée s’obstine à ne pas vou¬
loir proclamer la République, proclamons-la
nous-même, a dit le peuple.
Et ma foi, il l’a proclamée, et de cette façon
qu’il faudrait être un des plus sérieux pen¬
sionnaires des Quinze-Vingt, pour ne pas s’en
apercevoir.
*
* *
Car il n’y a pas à dire, si l’on ajoute aux
180,000 voix de M. Barodet, celles des républi¬
cains nuance Grévy qui ont voté pour le can¬
didat de M. Thiers, cela fait un joli total de
gens qui ne veulent :
Ni d’Henri V,
Ni du comte de Paris,
Ni du petit Napoléon,
Ni de rien de ce qui rappelle le régime si
cher aux gâteux de la Gazette de France.
*
* *
Aussiilfautvoirla figure des monarchistes!
Jamais Grévin ou Cbam n’ont trouvé de
types plus grotesques.
L’infortuné Villemessant n’a rien imaginé
de mieux à faire, en présence de cet immence
désastre, que de mettre en vente sa part du
Figaro.
Ï1 se retire du journalisme et se décide à
habiter l’opulent fromage qu’il s’est taillé.
Et d’un!
Quant au jeune Paul de Cassagnac, je re¬
nonce à peindre sa douleur.
Il a, dit-on, télégraphié à la Grande-Char¬
treuse, pour s’y faire réserver la plus sinistre
cellule.
Et de deux!
*
* *
Pour le fretin, c’est l’abomination de la
désolation.
Au compte de ces honnêtes gens, l’élection
de dimanche signifie :
Ruine,
Incendie,
Pillage en grand,
Retour de l’invasion allemande.
Cataclysme général, démembrement, faillite
du Trésor, etc., etc.
Pauvres gens 1
Et ne voyez-vous donc pas que c’est l’incu¬
rable obstination de vos députés de Versailles
qui nous mènerait plus sûrement que toutes
les élections du monde à ce résultat final î
Comment 1 voilà des farceurs qui ne veulent
pas que ce qui est fait soit fait ; qui nient le
droit à trente-six millions d’hommes de choi¬
sir leur forme de gouvernement, et qui pré¬
tendent nous imposer l’un des trois manne¬
quins qu’ils offrent à nos admirations?
*
* *
Et lequel, encore? lequel?
Est-ce Chambord et son droit divin?
Le comte de Paris et sa bourgeoisie pourrie?
Le petit Louis et son grand sabre ébréché ?
Ils seraient bien embarrassés de nous le
dire et plus embarrassés encore pour s’enten¬
dre, une fois cette infâme République écrasée.
Mais que leur fait l’effroyable guerre civile
qui suivrait leur coup d’Etat?
Ils en ont vu bien d’autres !
Eux d’abord, nous ensuite.
Périsse la société plutôt qu’un principe!
ont-ils toujours dit.
Oh ! les aimables pasquins !
*
* *
Mais maintenant, c’est fini et bien fini, n’est-
ce pas, messeigneurs?
Comprenez au moins que votre règne est
passé et qu’il faut laisser votre place à d’au¬
tres.
Rentrez dans la coulisse et faites-y raccom¬
moder vos habits d’arlequin, avant de repa¬
raître sur la scène.
On vous a trop sifflés dimanche pour que
vous n’ayez pas besoin de prendre un petit
congé.
Allons, Lorgeril, Batbie, Gavardie e tutti
quanti, faisons ces bonnes malles, en route et
bon voyage !
Quand on aura besoin de vous, on vous rap¬
pellera.
Mais, entre nous, il ne faudrait pas trop y
compter.
Voici la saison nouvelle; les asperges et les
petits pois poussent dans vos vergers, allez les
cueillir.
Rentrez dans vos terres et rêvez au droit du
seigneur.
Ceia suffira pour vous tenir en joie.
* *
*
Avant de finir, une dernière larme sur l’urne
funéraire où dorment en paix vos bulletins, ô
doux Rémusat, ô farouche Stoffel !
Vous voilà condamnés à avaler, vous, comte,
votre pâte de guimauve, et vous, colonel, vo¬
tre bonne épée de Tolède.
Que la digestion vous en soit facile !
Et consolez-vous en pensant que si vous n’a¬
vez pas pu décrocher la timbale dimanche der¬
nier, il vous reste les pleurs d’Hector Pessard
et l’éloquence d’Edmond Tarbé.
Si vous n’êies pas contents avec cela, avouez
que vous serez difficiles.
NICOLAS FLAMMÈCHE.
LES COMPÈRES
Ce n’est pas sans une douce émotion que
nous avons lu, ces jours derniers, dans un
journal :
« Le bruit courait depuis deux jours que le
maréchal Bazaine était gravement malade :
nous avons envoyé hier un de nos reporters à
Veisailles pour chercher de ses nouvelles.
« Renseignements pris, le maréchal Bazaine
ne s’est jamais mieux porté. »
Cette assurance qui nous est donnée par une
feuille des mieux pensantes n’a pas laissé que
de nous remplir l’âme d’un attendrissement
auquel rien ne peut se comparer.
C’est singulier, tout ce qui touche au monde
impérial nous fait cet effet-là.
Si nous apprenons que le Conseil d’Etat
décide que M. Janvier de la Motte, bona¬
partiste,
Mais du reste honnête homme et payant bien les filles,
doit être rendu responsable de la dilapidation
des fonds de son département, — fonds em¬
ployés à persuader aux habitants d’Evreux que
Badinguet était le Père de tous les pompiers,
et aux actrices des Délassements comiques,
que l’Empire c’était la paie; — si nous appre¬
nons cette nouvelle, nous sommes touchés
jusqu’aux larmes.
Si on nous dit que M. Collet-Maygret, non
i moins bonapartiste que M. Janvier de la
I Motte, vient d’être écroué à la Conciergerie
j pour avoir administré la Compagnie des Docks
; de Cadix, comme Bilboquet administrait les
malles qu'il trouvait sur son chemin, nous
nous trouvons dans un état si remarquable
que les sensitives en seraient jalouses,
j Dame! qu’est-ce que vous voulez?... quand
; on a vécu dix-huit ans sous l’Empire, on n’est
j pas sans en avoir gardé quelque petite souve-
j nance.
j Un des souteneurs de cet aimable régime
s’est empressé, dans une des réunions qui ont
précédé l’élection de dimanche passé, de
i s’écrier :
; « Je tiens à proclamer hautement que je suis
anti-républicain! »
Je crois bien!
Il n’avait pas besoin de le dire !
Le jour où on arrêta Cartouche, ce précur¬
seur du bonapartisme ne crut pas nécessaire
de faire cette déclaration aux gendarmes :
« Je tiens à proclamer hautement que je ne
suis pas le lieutenant de police. »
Cela allait de soi I
Et c’est précisément pour cela qu’il faut
s’intéresser à tous les faits et gestes de ces
gaillards-là : avoir u« œil sur eux et un œil
sur ses poches, ce n’est que de la simple pru¬
dence.
i Aussi avons-nous garde de perdre de vue le
| maréchal Bazaine :
Si l’on nous dit :
« Le maréchal est malade ! »
Aussitôt notre sollicitude est en éveil.
Pensez donc :
Si la mort allait lui fournir un alibi le jour
de son jugement!...
Nous ne nous en consolerions pas!
Homo.
LES!
HONNÊTES CONSERVATEURS
La scène représente l’intérieur d’un bureau de jour¬
nal : une grande table chargée de beaucoup plus de
journaux qu’il n’en faut pour écrire, se dresse au
milieu de la salle. Autour de cette table une demi-
douzaine de garçonnets plus ou mo#is cols-cassés,
sont en train de tremper des soupes à l’opinion pu¬
blique.
SCÈNE I.
JOLI-GOMME ÜX.
De quoi retourne-t-il aujourd’hui ?
BILLE-DE-PLATRE.
Du rouge, comme toujours!
JOLI-GOMMEUX.
Ah! oui, en politique!... Mais je m’en
moque comme d’une Erynnie, moi, de la po¬
litique!... Je te demande comment ça a mar¬
ché hier aux Bouffes aux débuts de la petite
Fouillemiel.
GORGERIN,
Oh! pâfait! délicieux! Z’y étais, moâ!...
Mais elle est adoâble, cette petite!... De l’œil,
de la dent...
JOLI-GOMMEUX.
Et de la croupe?
GORGERIN.
Impossible à mon cœû de dîe, chêl... Z’é-
tais pas dedans!
BILLE-DE-PLATRE.
Oui, il paraît que c’est une fille qui a ce
qu’on appelle du zinc !
GORGERIN.
Oh! pâfait! délicieux!... tês-toucé, le mot!
JOLI GOMMEUX.
11 faudra que j’aille rôder par là, ce soir 1
FLEUR-DE-LIT.
Dis donc, Bille-de-Plâtre, pour qui paries-
tu?
BIjjLE-DE-PLATRË.
Eh! parbleu! pour Barodet, donc!... Il est
pris 34 contre 1.
GORGERIN.
Moâ aussi!... Z’ai pômis un diamant à Bê-
the si ze gagne !
FLEUR-DE-LIT.
Gomment, Gorgerin, et tes opinions!
GORGERIN.
Ze m’en fice pas mal de mes opinions,
moâ!... Comme disait Mathusalem, après moi,
le déluze !
mouche-dans-l’ceil.
Dites donc, il paraît qu’ils vont bien, les
collabos, en Espagne!
fleur-de-lit.
Qu’est-ce qu’il y a?
mouche-dans-l’ûeil.
Le Times dit qu’ils ont fusillé une femme
enceinte et deux enfants au-dessous de sept
ans dans une ferme des environs de Barce¬
lone, parce que le fermie" s’était sauvé dans
la ville plutôt que de servir don Carlos!
GORGERIN.
Oh ! pâfait! adorable 1 tés toucé, paôled’hon¬
neur, tés toucé I
fleur-de-lit.
Qu’est-ce que ça nous fait?
mouche-dans-l’ûeil.
Mais avec tout ça ils ne sont pas encore à
Madrid !
fleur-de-lit.
Je te demande un peu ce que ça peut nous
faire!
GORGERIN.
Ah! ben oui! par esemplel... C’est moi qui
m’en fice !
mouche-dans-l’ceil.
Bô oui! moi aussi 1... mais on peut bien
causer !
FLEUR-DE-LIT.
C’est pas intéressant!
JOLI-GOMMEUX.
Qu’est-r qui va au bal de la marquise de
Mondomo;i< œur, ce soir?
GORGERIN.
Moâ, pableu, moâ!... c’est moâ qui conduis
le cotillon!...
JOLI-GOMMEUX.
Veux-tu me présenter?
GORGERIN.
' Cétainementl... elle seâ âvie, mon chél...
Çà c’est une femme adoâble, et elle te lit tous
les joûs dans la Punaise blanche.
JODI-GOMMEUX.
Pas possible !
GORGERIN.
Paôle d’honneu !
joli-gomme ux (rêveur).
Ce doit être une femme de beaucoup d’es¬
prit 1
GORGERIN.
C’est-à-dire, mon ché, qu’elle en est pouïe,
littéâlement pouïe I... Çut! .. le patônl
SCÈNE II.
LES MÊMES, plus GATEREURRE, directeur
de la Punaise blanche.
GATEBEURRE.
Eh bien ! mes enfants, je m’en vais vous en
raconter une bien bonne.
tous {respectueusement).
Écoutons ! écoutons !
GATEBEURRE.
Nous allons faire un numéro spécial sur
l’Espagne.
TOUS.
Certainement! certainement.
GATEBEURRE.
Nous allons raconter que les républicains
ont proclamé la Commune à Madrid, et que
Vermersch et Félix Pya t, accourus en toutehâte,
se sont installés à l’Escurial, où ils dressent
des listes de proscription, et où ils se pré¬
parent à déclarer la guerre à la France, si elle
ne cède pas ia Nouvelle-Calédonie à l’Espagne.
TOUS.
Excellent !
GORGERIN.
Oh! pâfait 1 pâfait!
GATEBEURRE.
Toi, Joli-Gommeux, tu es militaire, tu dres¬
seras le plan stratégique de l’insurrection!...
Toi, Gorgerin, tu développeras les consé¬
quences politiques de cette abominable révo¬
lution!... Toi, Mouche-dans-l’OEil, tu rédige¬
ras les proclamations de Vermersch!. . Toi,
F)eur-de-Lit, tu raconteras comment Félix
Pyat est arrivé à Madrid caché dans un clyso-
pompe à musique !
BILLE-DE-PLATRE.
Et moi 1
GATEBEURRE.
Toi, tu feras le service télégraphique spé¬
cial de la Punaise Blanche.
MOUCHE-DANS L’OEIL.
Mais est-ce que c’est vrai, patron, qu’il y a
une révolution à Madrid?
GATEBEURRE.
Pas du tout I... Sans ça, quel mérite y au¬
rait-il à en donner les premières nouvelles !
TOUS.
Ahl charmant, charmant!
GATEBEURRE.
Allons, mes enfants, et du cœur à l’ouvrage j
Ce soir, nous tirons trente mille, cinquante
mille, cent mille numéros de plus!... Il n’y
en aura pas pour tout le monde !... on se jet¬
tera dessus, on se les arrachera!... Et, enfon¬
cés les jobards !
P. P. C.
CE BON VILLE HESSANT
Qu’on me passe le vocabulaire de l’épate-
ment eu usage chez les tragiques, afin que je
puisse m’écrier, moi aussi :
Odieux!... Ciel!... oh!... Seigneur!... Est-
il possible ?... le faut-il croire?...
Je l’ai lue, lue de mes propres yeux, cette
admirable déclaration de Villemessant, qui
jure que s’il suffisait, pour faire monter Henri V
sur le trône, que lui, Villemessant, se brûlât
la cervelle, il courrait aussitôt acheter un re¬
volver et des cartouches !
Juste Saint-Genestl... Tu m’en diras tant!
On n’a pas d’idée de dévouement sem¬
blable.
Non, c’est trop, Villemessant, parole d’hon¬
neur, c’est trop 1
C’est antique 1
Et il faut que je me lâche d’un cran !...
Mais se figure-t-on l’entrée d’Henri V dans
Paris assombrie par un pareil malheur?...
Qu’est-ce que l’on deviendrait?
Sur le passage du roi, toutes les maisons
tendues de deuil; sur le pas des portes tous
les chevaux de corbillards versant des pleurs;
les jeunes filles vêtuesde crêpe, coupant impi¬
toyablement leurs chevelures en signe de dé¬
solation; Joinville soutenu par Magniard et
déchirant ses vêtements devant le n° 3 de la
rue Rossini;... non, on se représente diffici¬
lement l’effet d’une semblable calamité 1...