LU GRBLOT
LETTRES
DE
; '. personnes de qualité
A UN HOMME DE RIEN
SUR LES HOMMES ET LES CHOSES DE CE TEMPS
II
Je vous entends bien. Vous m’engagez à écrire encore des Lettres au Censeur. Vous en parlez à votre aise, et vous n’irez pas en prison pour les avoir lues. Mais, moi, je sais bien ce qu’il m’en peut cuire, à présent que les généraux font partout office de procureurs et que les gendarmes mènent le monde. Un pré- fet (c’est comme qui dirait un loup quelque peu clerc) écrirait vite à quelque bon colonel : « Monsieur le colonel, veuillez faire mettre en prison le nommé Courier. » Je serais happé bel et bien, et qui taillerait ma vigne, tandis que la police me dénoncerait comme un homme profondément pervers?... Sans compter qu'on se moquerait de moi. Madame la préfètte en rirait avec madame la colonelle, et le garde champêtre de la commune de Ba- gnoiet dirait dans les cabarets bien pensants : « Voilà encore ce Paul-Louis qui veut faire de la peine aux ministres, - mais, patience, il sera traité comme de raison, s Comme de raison, cela veut dire quelque chose comme amende, prison, frais judiciaires, etc. ; tant pour M. le juge, tant pour M. le greffier, tant pour MM. les gendarmes, car il faut que tout le monde vive. Laissez-moi donc tranquille. Je tourne et retourne mes quelques. arpents de la Chavonnière, et ne me mêle plus de rien depuis que je vois que si patiemment nous souffrons des choses... des gens... tranchons le mot, depuis qu’après dix-huit ans de galères, il nous a fallu subir encore l’humeur des puissances étrangères.
D’ailleurs, le danger n’est pas si près que vous croyez. En vérité, vous ôtes simple si vous pensez que M. Dahirel et M. Cazenovede Pradine ont le pouvoir de ramener, quand il leur plaira, le bon temps, les bonnes mœurs et la cour. Ils ont le clergé pour eux, je le sais bien, et les nymphes de l’Opéra. Mais les gens de peu, c’est-à-dire ceux qui font tout ce qui se fait, se soucient médiocrement de Chambord, et pour cause. Or, par malheur, ils sont le nombre. Tout ce peuple qui travaille n’a nulle envie de voir revenir l’ancien régime, la galanterie, la cagoterie et autres choses dont nos aïeux furent infectés. Il trouve qu’il y a déjà beaucoup trop de couvents, et demande qu’on réduise le nombre des moines. Il se plaint qu’il paie trop et qu’il ne mange pas assez. De quoi lui servirait une nuée de courtisans, cherchant à s’avancer par leurs femmes, corrompant celles des autres et poursuivant la reconstitution de. la grande terre, au détriment des métayers, petits propriétaires , gueux et manants qui n’entendent rien aux belles manières et ne savent que travailler? N’ayez crainte, le peuple sait à quoi s’en tenir, et, s’il voyait accourir du fond de l’Autriche ce prince avec ses comtes et ses jésuites, ce n’est pas : Vive te roi ! qu’on entendrait dans les campagnes. C’en est bien fini, le paysan a tâté de la Révolution, et ne veut plus que vivre, si possible, sans rétablissement de dîmes, péages, redevances et haute et basse justice. Il n’a plus cure d’étre tué pour cinq sols parisis, et de voir tous les ans, par les soins des gens du roi, sa caisse se vider et ses filles faire te contraire de sa caisse. Parlez-lui de l’ancien état de choses, ce n’est pas la poule au pot qu’il en a retenue, mais la gabelle et ses rats de. cave. Jlnese regarde plus comme créé et misau monde pour nourrir àrienfairelesgentilshommes et les oints, trouve que les lapins qui ravagent son champ sont bons à tuer et même à manger, et ne se croit plus damné pour avoir dîné d’une tranche de jambon un vendredi. Ah! le temps est loin où il battait de bon cœur les étangs pour empêcher les grenouilles d’éveiller son seigneur; cette époque a disparu et ne reviendra pas de sitôt, quoi qu’en dise M. de Lorgeril. Barbares nous sommes devenus, et barbares nous resterons, faisant foin de la chevalerie et n’ayant souci que d’élever nos enfants.
Voyez ce qui se passe du reste. Un aveugle même ne s’y tromperait guère. On a beau faire etéerire partout sur lesmurailles.momme le père Canaye : Point de raison; l’autorité! Cela ne sert de rien. Vienne un jour d’élection, on met en campagne fonctionnaires, curés, percepteurs, gabelous et sonneurs de cloches. Rien n’y fait. S’il s’agit de nommer quelque honnête homme, aimant son pays et la iiberté, son nom sort de l’urne, au grand émoi de la congrégation, et les maires qui ont le plus fait parade de leur dévouement inaltérable n’y peuvent rien, et sont Gros-Jean comme devant. Les électeurs des champs, ceux qui ont goulée de benace tout les premiers,
! ne veulent plus des nobles droits, de la sainte Féodalité, de la galanterie et du reste. Il m’est même revenu quelque chose de l’entretien de l’un d’eux, ayant biens et chevaux, avec le bedeau de la commune.
« Allons, Cadet, tu voteras demain pour M. de la Bigotière.— Sans doute, si c’est un honnête homme. — Un honnête homme, qui en doute?... II n’a jamais manqué la grand’ messe le dimanche!... — Oh! alors, je comprends !... — C’est un homme bien pensant!... Et puis, vois-tu, Cadet, ce n’est pas un de ces nobles de rencontre comme il y en a tant;
; son père et son grand-père s’appelaient bien, [comme lui, de la Bigotière... — Ça doit lui 'donner bien du talent... — Assurément; du reste, tu as entendu ce que M. le curé en a dit 1 au prône... — Oui, oui, je l’ai entendu! — Alors, c’est une affaire décidée, tu voteras pour lui? — Il y a apparence... Mais dites- moi, M. Fleurant, ce M. rie la Bigotière n’est- ce pas un ami de M. Dahirel? — Si, Cadet, c’en est un!... — Ah!... mais alors, ce M. de la Bigotière, c’est un royaliste?— Tu l'as deviné, Cadet. — C’est un de ceux qui veulent nous ramener les abbayes, la dîme, le droit de cuissage...— Eh! mon ami, ne parlons pas de cela! — C’est que je vais vous dire, M. Fleurant, je dois épouser l’an prochain la petite Margot.. — Que de paroles!... Et qu’a à faire Margot dans tout ceci?— Peu de chose jusqu’à présent 1... Mais, j’ei entendu dire par des gens que leurs parents ont fait instruire, que M. Dahirel et ses amis trouvaient que la Révolution a eu tort id’abolir la Féodalité. — Mais en quoi la Féodalité te gêne-t-elle? — Elle ne me gêne plus, mais elle me gênerait peut-être.— Peuh!... quelle erreurl... Elle n’a rien rie déshonorant. — Soit! nuis le droit de cuissage?... — Eh bien !... du moment que c’est tou seigneur! — Vous en raisonnez à votre aise, étant homme d’église, et ayant fait vœu de chasteté!...— Laissons cela!.,.— Mais sur mon seigneur qui exercera le droit de cuissage?— Personne, certes... C’est un gentilhomme!— Hum!— Allons, Cadet, tu voteras pour M. de la Bigotière?...— Allez voter sans moi, monsieur Fleurant... j’en suis empêché. — Pourquoi?... qu’as-tu donc?... — J’ai la crampe, monsieur Fleurant... — Est-ce que tu ne voudrais pas du droit de cuissage, par hasard?— Peut-être, monsieur Fleurant... — Ah! le mauvais sujet, je me doutais bien que tu étais un révolutionnaire... Mais on t’en fera des misères, va, garnement! »
Remarquez qu’il y a là de quoi se fâcher. Car ce qu’un a dit, tous le pensent. Et ne s’en cachent plus. Le paysan tient à sa tare et tient à ses mœurs. Aussitôt qu’ils croient savoir ce | que c’est qu’une fename, Ions nos garçonnets se marient, font souche, élèvent une famille et s’en estiment davantage. On nesaurait leur en vouloir, et pourtant les politiques peuvent se fâcher. Depuis que le paysan sait lire et écrire et que les petits enfants commencent de compter sur leurs doigts, le rôle des rois devient difficile. On en chasse plus qu’on n’en appelle, et il faudra mettre uns rallonge à la table quand ils voudront souper de nouveau à Venise. Qui l’eût cru?... Ce sont à présenties laboureurs et les vignerons qui tiennent le langage le moins monarchique. Eux si heureux jadis de prodiguer leur argent aux classes nobles et qui eussent payé dîme deux fois plutôt qu’une, regardent à dénouer les cordons de la bourse pour protéger la morale des ; procureurs généraux, et n’ont pas plus tôt deux aulnes de drap fixés sur les épaules qu’ils se croient les plus honnêtes gens de la chré- tienneté. On veut vivre davantage de soi-même et pour soi-même, et les métieis de laquais et de mendiants ne sont plus si prisés qu’au- trefois. La charrue vaut mieux que la livrée I et que la besace. On le comprend, on travaille davantage et on s’en porte mieux, car l’un suit l’autre.Le nombre des solliciteurs effrontés a bien diminué; cela tient à ce qu’il n’y a plus de cour depuis longtemps : les vilains ne voyant plus les hautes classes solliciter sans cesse la faveur royale, faire valoir leur fidélité inviolable et protester de leur dévouement absolu, ont p u à peu désappris la servilité et c’est l’égalité qui les attire. On ne dit plus : Monsieur, je suis bâtard de votre apothicaire, et on se tient moins dans les antichambres. Cela, du grand au petit. Les arrêtés des préfets et des maires sur la mendicité y font peu; les bureaux de bienfaisance, pas davantage ; la véritable extinction du paupérisme, c’est le travail, le noble travail des mains. Il revient en honneur. Aussi l’artisan est-il fier de son produit, de contribuer pour sa part à la vie de l’Humanité. Il n’est besoin pour cela ni de rois, ni de courtisans, mangeant le peuple en grains, en herbe et en gerbe, i U y a trop de lumière aujourd’hui, voyez- i vous. Depuis que tout le monde lit son journal et distingue nettement que deux et deux font, quatre, on comprend qu’il n’est pas nécessaire de payer à un prince une liste civile de vingt- cinq millions, des pensions à M. le duc, à M. le vicomte, à Madame la marquise, pour être heureux et voir pousser le blé. C’est en vain que M. Dahirel et les siens s’efforcent. La xCimne Montespan, la fille La Val! 1ère ne reviendront pas; ni Stint-Mégrki, ni les Me- nins. Nous ne voulons plus de dragonnadns,
ni de révocation de l’édit de Nantes, ni d’inquisition, ni de Jacquerie. De Jansénius point ne nous chault, non plus que des jésuites, et des carmes peu ou point déchaussés. Le sain- \ foin sera-t-il beau cette année, compère?.. Et : le avoines, quelles?... Et le trèfle, et la lu- ; zerne?.. Les ceps donneront-ils?.. Y aura-t-il I cent vingt grains à l’épi?.. A la bonne heure ! | voilà notre affaire, et vous parlez d’or. Quant à j la Cour, autant que possible, nous n’en souf- ’ fions mot, estimant que pareil sujet de conver- ; sation sent le libertinage ,—et si, de hasard, nous en causons entre hommes, toutes les portes j fermées, ce n’est que pour en entretenir l’hor- j reur en nous, et lorsque les enfants sont cou- ; chés.
Paul-Louis Courier.
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LE TOUPET
Pour du toupet, voilà du toupet.
Ou je ne m’y connais pas !... '
Vous voyez tout de suite de quoi il s’agit, n’est-ce pas?
Eh! de qui, grands dieux! pourrait-il être question, si ce n’est, de l’inénarrable Jules Simon, qui, ayant peur qu’on l’oublie, se rappelle (humblement!) à l’a'tention publique, et qui déverse dans un journal quotidien le flux et le reflux de ses souvenirs.
Souvenirs du 4 septembre, dit-il :
Seulement, comme l’avocat des Plaideurs, il le prend au déluge,
Et avant d’arriver au 4 septembre, il remonte au 2 décembre, — histoire de faire durer le plaisir.
Notez qu’il se plaint en son patois,
Et qn’il trouve à redire sur pas mal de gens et de choses.
En vérité, on a peine à concevoir tant d’audace :
S’il est, en effet, un homme en France capable de rivaliser avec Jules Favre dans le mépris public, c'est celui-là!
S’il eu est un qu’on puisse, sans crainte d’être démenti, accuser de toutes les trahisons, c’est celui-là encore!
S’il en est un à qui on soit en droit de re- | procher toutes les platitudes et toutes les vanités, c’est celui-là toujours!
Et cela veut parler,
Et cela monte sur ses ergots,
Et cela se rengorge !
Là, c’esttrop drôleI
Un autre, à sa place, se fût fait petit, se fût blotti dans son coin, évitant le regard des gens avec autant de sjin qu’une souris l’œil du chat, se fût caché, eût mis un masque. Celui-là, point!
Il se met à la fenêtre, attroupe le monde et fait sa confession générale.
On lui dit :
« Allons, voyons, n’avez-vous pas honîe?
» Cachez donc ça, vieux polisson !
» Nous voulons bien ne plus nous rien rappeler,
» Mais, pour Dieu, taisez-vous! »
Vaines paroles!
Tentatives inutiles!
Ce Georges Oandin bat du tambour et veut qu’on n’ignore rien !
Pour un peu, il ferait constater la chose par les médecins !
St.
L'AMOUR DE LA PATRIE
Quand on ouvre les journaux, on ne peut pas se défendre d’un profond étonnement en lisant les correspondances d’Espagne.
Voici trois ans tantôt que dure cette guerre,
Et après tant de sang versé, l’homme qui est entré sur le sol de sa patrie, les armes à la main, ne s’est point lassé encore.
Les batailles rangées sont venues après les escarmouches,
Les engagements en corps, après les duels d’homme à homme,
Et implacablement, avec un courage qu’on ne lui supposait même pas, Don Carlos continue cette guerre infâme d’où il lie rapportera môme pas Ce qu’un historien appelait énergiquement « les lauriers rouges de la guerre civile. »
Car il sera vaincu assurément,
Et ce sera justice.
Certes, l’issue n’est pas douteuse.
Mais on ne peut pas, quand on y réfléchit, ne pas se demander de quelle race d’hommes sont donc ces Bourbons que rien ne trouble et que rien n’émeut,
Et qui poursuivent tranquillement leur but , au milieu des monceaux de cadavres qui jonchent leur roule.
On est saisi d’horreur et de dégoût,
Et on n’a qu’un vœu pour ce peuple espagnol qui a bien mérité de ne pas avoir un semhhble berger!
Mais, en vérité, nos indignations sont bien de saison !
II y a si longtemps que les bons journaux nous prêchent, que nous devrions être convertis !
Si Don Carlos est entré en Espagne, selon eux,
S’il y a provoqué une insurrection formidable;
S’il fait attendre par ses hommes les diligences sur les grands chemins;
S’il prend des maires comme ôtages et s’il en fait fusiller quand on ne lui cède pas dans ses ordres de réquisition;
S’il incendie les villages:
Ne croyez pas que ce soit par ambition.
Pas le moins du monde !
C’est par amour de la patrie !
Ce prétendant n’est pas un prétendant, c’es un sauveur!
Cet Attila n’est qu’un saint Vincent de Paul !
Il ne veut que retirer l’Espagne de l’abîme.
11 ne veut que terrasser l’hydre de l’anarchie!
Il incendie par dévouement,
Et assassine par humanité!
Voilà la thèse que soutiennent les bons journaux!
Il attaqua les diligences par amour de la propriété;
Il fait exécuter ses ôtages par amour de la justice;
Il bombarde les villes et les villages par amour de l’ordre.
Il perpétue son deux Décembre à lui pendant trois ans par amour du droit.
C’est comme ça que ça se passe!
Qu’un autre essaye le quart de ces horreurs,
Il aura beau jeu t
Mais celui-ci est un petit saint.
S’il est pris par les troupes républicaines et fusillé selon son mérite,
11 se trouvera des gens qui crieront au martyr.
Et plus tard on lui dressera des chapelles expiatoires !...
Mon Dieu !... si nous avons péché, envoyez- nous les sept plaies d’Egypte,
Mais détournez de nous le fléau des pré- lendants et des sauveurs !
R.
QDIQUENGROdXE-GAZETTE
Les lanceurs de poissons d’avril s’en sont-ils assez donné à cœur joie depuis mercredi!
C’est le Figaro qui a commencé; —à tout blagueur, tout honneur!..
« Un jeune prince, — dit le Grand Rasoir » de la rue Drouot,— pris d’un désir irrésis- » tible de revoir la France, aurait échappé à » la surveillance de sa famille et de ses amis, » et n’aurait été rejoint qu’à Douvres au mo- » ment où il allait s’embarquer. »
Le Gaulois furieux, réplique :
« A moins qu’il ne s’agisse de M. le duc » d’Aumale, qui a l’habitude de commander » son corps d’armée da fond de Charing-Cross, » le jeune prince dont il est question ne sau- » rait être que le prince impérial. »
Eh bien! quand cela serait?
Chambord a bien le droit de venir en France quand bon lui semble. Je ne vois pas pourquoi le pâle et anémique rejeton du « César de contrebande » ne se paierait pas sa petite traversée de la Manche.
Les Parisiens n’en dormiront ni moins bien ni plus mal.
On a beaucoup ri de l’article à toutes crêtes du Gaulois; et sur les boulevards les gavroches chantaient sur l’air de Marlborough :
11 reviendra-z-à Pâques,
Mironton, ton, tou, mirontaine... ûu-z-à la Trinité.
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Le deuxième poisson d’avril, ça été l’évasion de Rochefort.
Les journaux nous donnent force détails sur cette prétendue évasion.
On a été jusqu’à soutenir que M. Thiers n’avait pas été étranger à cette fugue problématique.
Ai
Troisième poisson.
La résurrection de Flourens 1
Voici, telle quelle, la lettre que l’ex-comman- dant du bataiiion de Belleville aurait écrite à ses amis les communards.
« Aux amis de Belleville,
» Mes amis voici 9 mois que je suis ici et » pas encore jugé donc si un de vous sor- » tait dits que Gustave Fioureas n’est pas
