LR OKI LOT

Il en serai... il nen sera pas!

Avant de sempoigner à propos de la pièce sérieuse qui va se jouer à Versailles, quel­ques-uns de nos grands confrères se font la main cette semaine en traitant la question suivante :

Monseigneur le comte de Paris sera-t-il de larmée territoriale?

Ou nen sera-t-il pas?

Le Gaulois, qui ne rêve que plaies et bos­ses, se scandalise fortement à cette idée que le prince nest pas inscrit sur les registres de ladite armée; indignation que le Soir trouve du dernier ridicule.

Le Journal de Paris, dun naturel plus émol­lient, se contente de répondre à son grin­cheux ennemi : Eh bien, après?... Quand il nen serait pas, cet homme? Ëst-ce que ses aïeux nont pas fait leurs preuves de courage?

Ce qui serait exactement le raisonnement dun monsieur qui, ayant reçu une giffle, di­rait aux témoins de son adversaire : Il mest absolument impossible de me battre avec vo­tre client pour des causes que je nai point à vous expliquer. Quil vous suffise de savoir que mon honneur demeure sain et sauf, puis­que jai eu un bisaïeul qui sest aligné onze fois sous Louis XIV.

Ceci posé, comme la polémique de nos con­frères renferme certains éléments de gaieté, nous leur laissons la parole.

A vous, messieurs du Gaulois.

Botte n° 1.

« Hier, le Pays demandait à la Presse, qui sait tant de choses excellentes, dans quel ré­giment M. le comte de Chambord et M. le comte de Paris ont satisfait à la loi militaire.

» Notre confrère ignore sans doute que M. le comte de Paris est aîné dorphelins, et quà ce titre, il peut se faire exempter du service militaire.

» Nous croyons savoir que le conseil de ré­vision du VIII e arrondissement de la Seine sera appelé à statuer prochainement sur le cas de ce prince. »

Riposte du journal de paris.

« Il faut avouer que les feuilles bonapar­tistes ont un joli aplomb 1

«Elles oublient que pendant lEmpire, pour faire leur apprentissage militaire, et pour don­ner satisfaction à ce goût des armes qui a passé avec le sang chez tous les descendants de Henri IV, les jeunes princes ont < courir la terre entière pour trouver quelque coin du monde il y eût des dangers à courir. Ceux- ci sont allés servir dans une armée républi­caine, sur les bords du Potomac. Cet autre a fait lexpédition du Maroc, avec lannée espa­gnole. Un autre est allé jusquaux antipodes, aux îles Phillippines. pour avoir une occasion de tirer le canon et de monter à l'assaut. 11 nen est pas un qui nait risqué vingt fois sa vie; pas un qui nait mérité par son courage et par son sang-froid, les éloges des généraux sous lesquels il servait. Mais à quoi bon reve­nir sur tous ces faits. Les feuilles bonapartis­tes les connaissent aussi bien que nous: et si elles affectent de les oublier, cest justement parce qu'elles sen souviennent trop bien. »

Vlan !

Botte n° 2 du gaijlojs, envoyée au soir, quiacru,

linnocentlpouvoir se mettre de la partie.

« Le comte de Chambord et le comte de Paris, ajoute le Soir, empêchés de séjourner en France, ne pouvaient sy présenter : voilà pourquoi ils nont pas servi dans larmée.

» Parfaitement ! Mais aujourdhui M. le comte de Chambord peut se présenter en France librement et M. le comte de Paris y séjourner. Lâge du comte de Chambord ne lui impose que des devoirs militaires dun ordre platonique: quil bénéficiede sa maturité. Mais M. le comte de Paris est de la classa de 1861, si je ne me trompe : il fait partie de larmée territoriale.

> Est-il allé faire queue à la mairie du VIII e arrondissement pour se faire inscrire sur les rôles de larmée territoriale?

» Nous prions le Soir, le Journal de Paris, M. le comte du même nom, de vouloir bien nous répondre. »

Je ne sais pas si les susnommés ont répondu, mais je crois répondre, moi, au vœu des po­pulations anxieuses, en donnant lavis du Grelot sur cette grave question.

Je dois avouer dabord que, contrairement à nos habitudes, je ne serais pas éloigné de partager lavis dudit Gaulois.

Il me paraît de toute évidence que, du mo­ment M. le comte de Paris trouve la France bonne pour y dormir, boire, manger et se pro­mener; du moment il garde son titre de citoyen français, que je ne sache pas quil ait perdu, du reste, -r- il doit supporter les mêmes charges que mus tous. Sil paye ses portes et fenêtres, il doit monter sa garde.

Cela est du simple bon sens.

Maintenant que larmée territoriale le compte

ou ne le compte pas parmi ses fidèles, la terre tournera toujours, les petits pois pousseront et M, de Lorgeril sera toujours aussi gai.

Mais enfin, il y a des principes!

Et comme dit Millier dans la Belle Bourbon­naise : on a des principes ou on nen a pas!

Il est vrai quil ajoute :

« Le plus souvent, par exemple , on n'en a pas. »

Mais je crois que cest de la pure exagé­ration.

Donc, monseigneur, ne craignez pas de faire comme tout le monde; et puisque toute votre famille a les goûts les plus belliqueux et que vous en êtes le chef, allons, voyons, à cette territoriale, hein?

Et plus vite que çàl

Sinon, il pourrait vous arriver de nou­veaux malheurs, ajoutés à tous ceux qui ont accablé votre race :

Vous seriez encore attaqué par le Gaulois,

Et défendu derechef par le Journal de Paris,

Méfiez-vous !

NICOLAS FLAMMÈCHE. --- -

Ruisselant dinouïsme

Positivement, il est difficile, même aux plus clairvoyants, de deviner lon va 1

Et après ce quon raconte, on peut tirer léchelle;

M. de Bourgoing est bonapartiste, et can­didat dans la Nièvre;

Et le chef du pouvoir signe : Président de la République;

M. de Bourgoing avone donc hautement que sil pouvait remplacer par Napoléon IV le président de cette odieuse République, il ne raterait pas son coup.

Voilà qui est certain.

Dun autre côté, M. Gudin, lui, est républi­cain modéré, cest-à-dire quil est tout dis­posé à soutenir le gouvernement actuel.

Eh bien! qui croit-on que ladministra­tion préfère, de celui qui demande son maintien, ou de celui qui désire sa chute?...

Le dernier.

Cest inouï, mais cest comme ça!

M. de Bourgoing, qui saffirme impéria­liste, exclusivement impérialiste et non point seulement champion du parti conservateur, M. de Bourgoing vient de faire dans la Nièvre une tournée électorale, dans laquelle il a été accompagné par des commissaires de police actuellement en fonctions.

On sa refusa à le croire.

Et rien cependant nest plus vrai :

Expliquera qui pourra cette théorie inusitée jusquà présent, qui consiste à désavouer les gens qui vous aiment, et à donneraide et pro­tection à ceux qui ne vous souhaitent que plaies et bosses!...

« *»#«

Trois hommes se trouvent assis dans un appartement.

Lun dit à lautre :

Monsieur, jai fortement envie de vous rosser !

Lautre ne répond rien.

Mais le troisième sécrie :

Vous!... frapper monsieur!... je ne le souffrirai certainement pas !

Lautre, prenant alors la parole, répond à ce troisième individu :

Monsieur, je vous prie de me laisser la paix.

Et allant chercher une canne dans un coin, il vient la donner à celui qui aspire à léven- trer avec une trique, en lui disant :

Tenez, monsieur, ne vous gênez donc pasl Allez-y dur et ferme : vous me ferez plai­sir, parole dhonneur !

ZUT.

LES MYSTÈRES

CHATEAU DE IRI'OMIIETTE

(imité danne raddcliffe.)

SCÈNE I.

[Un château jouissant dune antiquité respecta­ble ; une avenue darbres séculaires y conduit. La nuit est tombée. Ai-je besoin de dire que louragan est déchaîné avec violence et quune pluie aveuglante roule en tourbillons formidables?... Non, cest indiqué. Du bout de lavenue, on voit luire au loin, à travers les arbres , les fenêtres flamboyantes de la grande salle du château... Il est évident quil y à

une fête, une orgie peut-être!... Brrrr! J en frémis dhorreur!... Versera-t-on du sang ce soir sur les dalles ou n en versera-t-on pas?... That is the question!... A un quart de lieue à la ronde, on entend le bruit des verres Q u \ s< ? choquent et des discours qui senvolent : qui donc oserait troubler le festin de ces pala­dins?.., Personne, certes ... Et cependant... me suis-je trompé?... Non!... Cest bien cela : trois hommes, armés jusquaux dents, envelop­pés jusquaux yeux dans des manteaux couleur de muraille, un masque de suie sur le visage, le feutre à larges bords rabattu sur le front, pales, effrayants, viennent de se détacher de trois arbres de lavenue , à gauche, et se font signe du doigt.)

le premier des hommes noirs.

Est-ce toi, Dahirel?

LF. SECOND.

Ça me fait cet effet-, Du Temple!

LE PREMIER TROISIÈME.

Et toi, qui es-tu?... As-tu le mot de passe?

LF, TROISIÈME.

Froshdorff et cervelas 1

LE PREMIER.

Touche-, Chesnelong !

DAHIREt.

Sommes-nous bien armés tous les trois ?... Les poignards, les pistolets, les couteaux de chasse !

CHESNELONG.

Jai tout cela,plus mon tranche-lard af­fûté de ce matin !

DD TEMPLE.

Et moi, ma bonne lame de Tolède!

DAHIREL.

Alors, marchons ! Il est temps de faire jus­tice de ce traître I

TEMPLE.

U faut un exemple éclatant 1 CHESNELONG.

Je le réduirai en chair à saucisse !

DAHIREL.

En avant donc !

DD TEMPLE.

Et, surtout, silence et mystère f {Ils avancent à pas de loup dans la direction du château, ils pénètrent par un escalier dé­robé que leur a livré un domestique corrompu à. prix dor.)

SCENE IL

La grande salle du château.

(Une table couverte de plus de mets quil nen faut pour se rassasier et déplus de flacons quil nen faut pour se désaltérer. Autour de la table, nombre de gens qui nont pas lair de sortir du carême et sur les joues desquels sal­lume la pourpre dune digestion laborieuse. Le propriétaire du château de Bapon-Bapette est debout ; il vient de sessuyer proprement la bouche, et il tousse deux ou trois fois, ce qui annonce clairement quun speech va se faire four à travers son gosier.)

lamphitrton.

Mes petits amis, si vous croyez que je vous ai rassemblés à Rapon-Rapette uniquement dans le but de vous regarder dans le blanc des yeux, vous vous êtes rudement trompés... QUELQUES VOIX.

Ah!ah!

[On entend des gens qui se frottent les mains en signe de joie; ils croient peut-être quon va leur raconter des histoires de revenant.)

lamphitrton.

Non, messieurs et chers collègues; si nous avons grignoté quelques truffes ensemble, ce nest pas une raison pour croire que tout sera fini demain matin, et que vous pourrez tous retourner chez vous, les mâins dans les po­ches et sans plus de soucis quauparavant I... Point 1... Je vous ai invités à dîner pour vous parler politique, et je vais vous en parler... m. malappris, qui semble dailleurs entre deux vins.

Non, non; ça jette un froid!

(Mouvement de réprobation dans lassistance.) DES voix.

Écoutez, écoutez I

LE MALAPPRIS.

Eh î je vous dis, moi, que ça trouble la di­gestion!

lamphitryon, avec indulgence.

Je vous permets de dormir, mon ami... le malappris.

Alors, très-bien ! je nai plus rien à dire.

(Il sinstalle sur la table; il est visible que le mi­sérable est gris comme la bourrique à Bobes- pierre, qui devait être une rude noceuse, si lon en croit la légende. )

lamphitryon.

Messieurs, vous devez bien comprendre, nest-ce pas, que la façon dont nous vivons

actuellement ne mérite pas les honneurs d u bts, et que voilà trop longtemps déjà que Ç a dure pour que nous puissions continuer à marcher comme ça!.,. Nous ne savons sur quel pied danser, et il nest pas naturel quoB dise aux gens ce quon ne cesse de nous dire quand nous parlons de ce que nous ferons demain : « Pourquoi parlez-vous de demain Savez-vous seulement si demain vous ser et encore! »

{On rit.)

quelques voix.

G est vrai!... Il a raison.

lamphitryon.

Ah! voilà qui va bien!... Vous concevez! en ce moment, nous sommes suspendus en' tre deux abîmes, et, si on ne nous tend pa s une main secourable, il faudra nécessairement que nous piquions une tête dans lun ou dans i autre.

{Ici, on entend un bruit singulier ; cela ressembla au hurlement dun chien enragé; la peur sern- pare des convives ; on regarde sous ta table pour voir si, par hasard, un dogue ne se serait pas introduit dans la salle,; mais on ne trouvé rien... Du reste, le bruit cesse au bout de quel' ques instants... On se remet, et Iamphitryon, I qui était devenu pâle, reprend son sang-froid peu à peu.)

lamphitryon.

Voilà un événement singulier!... Mais rte nous en occupons pas davantage. Je disais donc quil nous faut constituer quelque cho' sel... Quoi?... Ça, cest à voir!... Mais il faut constituer quelque chose,ce que vous vou* drez, comme vous le voudrez, et pour I e ! temps que vous voudrez. !

{Le rugissement se fait entendre de nouveau.. Cette fois, la panique est générale. Tout I e 1 monde monte sur les chaises et pousse des crû lamentables. Puis, un morne silence succède a ces gémissements Iout a coup, on sapet" çoit que lhomme qui dort sur la table , et qu^ avait pris jusque- pour le jeune vicomte zohn de Plumaubec, na pas bougé, et quel' quun remarque que, sous sa perruque blonde, passe une mèche de cheveux blancs. Cet ob­servateur désigne cette mèche de cheveux blancf à son voisin, qui la montre à son voisin, q u \ l indique à un autre, et ainsi de suite, jusqu'à ce que cette précieuse remarque ait faite ^ tour de la table. La curiosité des convive s i est vivement piquée, et quelques hommes dune valeur héroïque sétant rapprochés de ce misé- \ rahle qui ne peut être qu un espion déguisé, H* constatent que cest lui qui fait ce bruit épou­vantable!... et quil ronfle! Alors, un jeune marquis, dont je regrette de ne pas savoir le nom pour pouvoir le léguer à la postérité lu plus reculée, s'élance sur le brigand et lui ar­rache sa perruque... Horreur et trahison! Cé tait Barthélemy-Saint-Hilaire qui , sur l eS injonctions du sinistre vieillard, avait été pren­dre chez le costumier de lOpéra des vêtement s de circonstance, et qui, grimé et méconnaiss*' ble, sétait mêlé aux invités. Vingt persob' nés sautent sur lui, le ficellent de cordes comme un saucisson et le suspendent à lun des lustres comme un trophée, après lavoir menacé de mort sil ouvre la bouche.)

lamphitryon.

Messieurs, cet incident me la coupe, et I e pense que vous partagez mon émotion... Je ne puis pas vous en dire plus long aujour­dhui, mais quil vous suffise de savoir que nous allons constituer... Allons nous coucher. {Chacun prend son chapeau et son parapluie et file rapidement vers son lit. Lamphitryon, resté seul, réfléchit profondément pendant (quel­ques minutes; puis, soudain , il lève les yeux et aperçoit Barthélemy-Saint-Hilaire qui oscille mollement dans les airs, et il linterpelle en ce s termes) :

Dites donc, vous, quest-ce que vous vente 2 faire ici ?

BARTHÉLEMY-SAINT-HILAIRE.

Mamuser, tiens, cette farce 1... Elle est bien bonne celle- !

lamphitryon, sardonique.

Vous amuser?... Blagueur !... Vous venez moucharder, hein?

barthélemy-saint-hilaire, se trémoussant.

Vos injures narrivent pas jusquà la hau- teur de mon dédain !

{tin ce moment, une porte secrète souvre, et Da- hirel, Du Temple et Chesnelong, avec leurs manteaux sur le nez, masqués et le poignard à la. main, se précipitent dans la salle et disent d'une seule voix à lamphitryon : Rends-toi, oU tu es mort!)

lamphitryon, leur faisant voir quil a une coite de maille sous ses vêlements.

Moi, me rendre, jamais de la vie!... Pour­quoi ça que je me rendrais ?

DAHIREE.

Ne nous avais-tu pas promis de rendre sa couronne au roi de France?

lamphitryon.

Moi !

DU TEMPLE.

Oui, toi, traître 1