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AVIS A NOS LECTEURS
I
L'Administration du Grelot a l'honneur de prévenir ses lecteurs qu'elle se charge d'envoyer à tous ceux qui en feront la demande :
Tous les ouvrages de librairie, publications périodiques, musique, et, en général, tous les articles se rattachant à la librairie, la papeterie et l'imprimerie.
U SEMAINE
— Alors, il faut faire ma malle T
— Ce soir,
— Et partir?
— Demain. Le tout, yous le comprenez, est d’arriver premiers. Si nos estimables clients sont déjà brûlés par un confrère qui se soit levé de meilleure heure, rien à faire.
— Mais sapristi, rabâcher tous les ans la même chose!...
— Est-ce que le soleil' ne se lève pas tous les matins?...
— Votre comparaison est plus que flatteuse. Mais...
— C’est dit. Allez. Et que le guide Joanne vous protège 1
L’élégant rédacteur s’en va, traverse comme la foudre la France du midi au nord et dé l’est à l’ouest, cache sous les fleurs de la rhétorique et les élégances de son style les réclames des naïfs et tout le monde est content : le journal qui palpe, l’industriel qui paye, le reporter qui fait sa petite pelote, et le public qui croit que c’est arrivé.
Trouville, 2 septembre.
Ainsi que les confrères dits sérieux , j’ai voulu me payer mes impressions de voyage.
Vous- savez peut-être, ehers- lecteurs,- comment les choses se passent à certaines époques de l’année.
Si vous ne le savez pas, je suis heureux de vdtas l’apprendre.
te rédacteur en chef de ces feuilles sérieuse» fait venir le rédacteur chargé des questions de high-life et de grande cocotterie, et luii tient à peu près ce petit discours :
— Monsieur, le moment est venu de tenir a® courant nos abonnés des choses éminemment intéressantes qui se passent en ce moment aux eaux et aux bains de mer.
•— Parfaitement, monsieur. Je suis à 1 vos omfres.
— Très-bien. Seulement, je me permettrai de vous faire observer que, depuis quatre ans qjie je leur répète que le petit Machin a été- vu; à Luchon en béret blanc, et la petit» Cheskoff à Vichy, en tunique abricot, je commence à être suffisamment rasé par cette petite scie.
— Croyez-vous, monsieur, que nos lecteurs lésaient mieux par votre prose?
—Je n’ose certainement l’espérer... mais alors pourquoi...
—Parce qu’il faut être dans le mouvement, etcfie nos abonnés, qui sont des gens chic, adorent voir leurs noms imprimés. Maie tenant, il y a un autre point de vue de la question point de vue absolument pratique, que vous semblez oublier. Si, dans la route, il se rencontre quelque honorable industriel, inventeur d’une spécialité, fruit de ses méditation» et gloire de sa sous-préfecture, vous lui faite» adroitement ressortir l’avantage qu’il y aoæaitpour lui à se voir célébrer dans nos colonnes. Vous êtes malin, prestigieux, eu traînant; ce brave homme coupe dans votre boniment, la réclame est enlevée et les abonnés gobent, sans s’en apercevoir, l’éloge abracadabrant que vous faites de l’huile de... ou du sirop de...
Coût : tant, moitié pour vous, naturellement.
U: Enfin, Trouville n’est'plus reconnaissable, 1 heureusement.
H m’a été impossible d’assister froidement à cet admirable spectacle, d’un peuple qui se régénère d’une façon aussi complète, et 1 me sentant incapable de l’endurer plus longtemps, je me suis précipité-dans le premier- train qui se dirigeait sur Paris pour y fondre’ en larmes sur mes péchés.
J’ai fondu jusqu’à Serquigny, après quoi, n’ayant plus un mouchoir de sec, j’ai pris le parti de m’endormir en rêvant des ilammes- de l’enfer et (les délices du paradis.
A peine débarqué, je me suis-informé (Tir moyen le plus prompt d’entrer à la Chartreuse, et j’en ai consommé préalablement quelques verres, afin de m’affermir dans ma pieuse résolution.
C’est égal, Trouville est joliment régénéré !...
NICOLAS FLAMMÈCHE.
J’ai donc voulu aussi me livrer à quelques instants de villégiature et pour me rendre bien compta de l’élat de régénération où nous en sommes, je suis allé à Trouville, endroit renommé autrefois comme ou sait par le décolleté ée ses mœurs.
Seulement comme te Grelot m'est pas un journal de puffs ni d» réclames, je me suis abstenu de déclarer ma qualité et m’affublant d’un nez aussi faux que possible, je me suis fait passer pour un amateur chargé de savoir si l’on ne pourrait pas fonder une université catholique à l’embouchure de la Seine,
Cela m’a admirablement réussit.
Personne ne s’est occupé de’ moi.
J’ai donc pu étudier à mon aise les progrès de notre régénération.
Ah! mes enfant, le sommes-nous assez... régénérés !
Figurez-vous que je n’ai rencontré sur cette plage que des baigneuses qui se régénèrent en se trempant dans l'Océan, recouvertes d’un sac qui les dérobe à la vue depuis la nuque jusqu’à la plante des pieds.
Les aubergistes, qui se régénèrent aussi, exigent non-seulement le nom et- la profession des voyageurs, mais encore leur contrat de mariage.
De plus, chose bien bizarre, quand vous quittez l’hôtel et que vous soldez ce que nous appelons la douloureuse, c’est-à-dire l’addition, ces messieurs vous font un rabais de cinq pour cent sur le total, et vous prient, en outre, d’accepter un paquet de bougies.
Quant au Casino, on n’y joue plus qu’à la bataille; et, trois fois par semaine, le révérend père Benoiton y fait une conférence sur l’instabilité des choses humaines et le néant de la vie. C’est à la sortie d’une de ces séances que Caroline Hassé a pris le veile.
L’excellent Pasdeloup ne conduit son orchestre qu’avec une discipline et revêtu d’un cilice.
On se réunit, le soir, dans le salon des hôtels pour faire quelques lectures pieuses et prendre une tasse de tbé arrosée d’eau de Lourdes.
Chemin faisant, il rencontre une connais- « sance qui lui dit : *U
— Eh bien;! mon bon, quoi de neuf en Marseille !
— Ce qu’il y a de neuf? répondit-il,—mais, mon cer, une pose extraordinaire !... 11 est venu oune sardiné qui aboucé tout lé port!..-
— Pas possible !... Oune sardiné?... p,
— Que les vaisseaux ils né peuvent plus? q, entrer dans-lé port.
— Oh I oh ! Il faut que zè voie ça ! p]
Un peu plus loin, mou Marseillais rencontre d’autres individus à qui il raconte la q ( môme histoire. >j
Et tous, aussitôt, de courir à Marseille pour a voir le prodige. se
A la fin, ayant débité son mensonge à une foule de gens : t e
— Troun de l’air ! s’écrie-t-il... c’est peut- N être vrai tout de mêmel... Il faut que ze re- pi tourne à Marseille pour voir comment est faite cette sardine !
* *
FEUILLES AU VENT
Des gens bien humbles, bien patients et bien; doux tout de même,
Ce sent ces messieurs de la Commission de permanence !
Se priver d’allier en vacances,
Et se condamner, par fa; chaleur qu’il fait, à aller tous les quinze: jours à Versailles pour s’entendre dire par un ministre :
«Qu’est-ce que vous me contez là!... Je n’ai jamais entendu garder de ce que vous me dites,— je suis absolbment sans renseignements ! »
C’est du dévouement à la patrie, — ou je n’y connais rien 1
*
* *
Moi, j’y perdrais patience,
Et comme Panurge, dans le Pantagruel, je donnerais bien mon bonnet à quelqu’un pour aller jouer à ma place un petit quart d’heure dans la cour, —à charge de revanche.
El dire que, depuis que nous jouissons du bienheureux état de siège, c’est toujours la même chose.
*
* *
Au fait,
Le ministre a tellement l’habitude de dire qu’il ne sait rien, et qu’il prendra des informations,
Que peut-être, au fond, est-il sincère,
Et qu’il croit réellement qu’il ne sait rien...
Le baron de Crac finit ainsi parfois à se persuader à lui-même ses gasconnades.
*
* *
C’était dans le département des Bouche- du-Rhône.
Un habitant de la Gannebière se rendait de Marseille au Martigue.
Ce Marseillais,
C’est peut-être le ministre de l’intérieur.
*
* *
P
U
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O humilité humaine 1 Jusau’où peux-tw donc: aller !
Ce n’est pas de Mi. Dupa-nloup qufrll s'agît,
— rassurez-vous, lecteurs! 1
Mais- d’un nommé Parsiguy, sabotier de son état.
Eh bien, savez-vous dé quoi- 1 s’est mvsê, ce Parsigny !
Il a voulu se faire passer pourfe «omiescFe Persigny !
Être sabotier de son métier, et vouloir être comte du second empire!
Vraiment, bonhomme,, c’était
. . . Aspirer à descendre !
La Cour d’assise , pourtant, n’en a poüffit jugé ainsi : g
Elle l’a envoyé en prison.
Sentence, selon moi, éminemment ïn- \ juste. t
li y a eu, en effet, jadis, sous le secsffld a empire, un individu nommé Fialin, aracîefl c maréchal de logis au 4* hussards, bd beau jour, prit le titre de comte de Persigaiy, | s — tout comme le sabotier en questsott.
Le poursuivit-on? i
Pas du tout! j
On le décora, au contraire-,
On le fit ministre,
On le fit sénateur, (
On lui donna la magnifique propriété dN Chamarande,
Et on lui dit :
« Tu t’es fait comte, — sans trop de modestie ! — tu es duc ! »
Comme dans la Grande-Duchesse !
Pourquoi veut-on qu’après cela, un individu nommé Parsigny ne fasse pas de son nom Persigny , en y changeant une seule lettre, — alors qu’on a laissé faire la chose à ®n nommé FialinI
0 injustice des hommes !...
Mais, dira-t-on, ce sabotier s’est servi ée
Revue de l’Exposition internationale
DES INDUSTRIES
MARITIMES ET FLUVIALES
ET
De la section française des principaux articles d'exportation.
(scue.)
ûf Nous avons laissé Chaumontel en proie à la félicité la plus vive lorsqu’il eut acheté les appareils à champagne de M. Courtois. A ce moment, on entendait des coups de sifflet répétés qui déchiraient les échos d’une manière stridente. C’était le signal de la fermeture de l’exposition. Chaumontel se souvint alors qu’il avait une famille. Il faut vous dire qu’en effet mon ami Chaumontel possède, ou plutôt est possédé par une femme qui est la meilleure de son sexe, mère d’une belle jeune personne de quinze ans, et d’un jeune potache qui bûche rondement sa quatrième. Chaumontel rentra donc dans sa famille, avec le projet définitivement arrêté de l’apporter le lendemain à l’exposition des Champs-Elysées. Et n’y manqua pas. Lundi dernier, Chaumontel descendait de voiture avec madame Chaumontel, mademoiselle Eto- die, sa fille, et M. Théophile, son héritier présomptif.
Je reçus la famille Chaumontel à la porte du palais. L’enthousiasme primitif de notre ami avait fait place à un recueillement concentré qui se manifestait dans les moindres paroles, dans les moindres gestes. Il foula d’un pied ferme le sol de la nef. Radieux et calme à la lois; il avait su faire gagner sa confiance à madame Chaumontel, ainsi qu’à sa gracieuse fille, et même au jeune potache.
— Voulez-vous, mon ami, me dit-il d’une voix douce, nous faire voir l’aquarium que nous n’avons pas pu voir dimanche dernier.
Nous sommes à gauche, et, au travers du dédale de i. machines qui fonctionnent dans la travée du Sud, nous nous dirigeons vers l’immense rocher qui recèle dans ses flancs en plâtre la plus splendide caverne qu’il soit possible de rêver.
— Mais c’est la roche des Mèdes, s’écria mademoiselle Chaumontel, que son père avait menée dans le Midi l’année dernière.
Chaumontel affirma, et, avant d’entrer, il nous fit cette petite description géographico-philosophique :
— En effet, dans la rade d’Hyères, par le travers de la petite lie de Porquerolles, s’élève un rocher identiquement semblable à celui-ci. Le granit, tourmenté par la vague incessante, s’élève au sein des flots en présentant une double entrée qu’on peut lranchir en canot. Les algues et les fleurs s’accrochent aux anfractuosités de la roche et lui donnent cet aspect antique admirablement reproduit ici. Vois, mon (ils, continua le bon Chaumontel, comme ce granit résiste aux assauts répétés des flots amers. Ainsi l’homme, au cours de son existence, doit savoir lutter contre l’adversité.
La tirade de Chaumontel n’ ivait pas produit grand effet sur le jeune homme, qui examinait curieusement les huîtres des aquiculteurs d’Auray, tandis que madame et mademoiselle Chaumontel s’étaient retournées du côté de la taillerie de diamants de M. Rau- lina, et restaient en extase devant les monceaux de pierres précieuses qui y sont entassées»
Nous entrons dans l’aquariutn en franchissant les passerelles jetées sur la rivière qui entoure le rocher. Dans les profondeurs mystérieuses de la grotie, on voit des bacs où se prélassent des carpes monstrueuses, des brèmes rondes comme des lunes, des an- anguilles frétillantes, des goujons coquets, des perches bariolées, des tanches dorées, enfin toute ta collection ieluhyologique dont on se sert pour la confection de la friture ou de la matelote.
Chaumontel croyait voir des poissons de mer; je dus lui expliquer, en termes aussi brefs que choisis, que le premier envoi d’eau de mer n’avait pas produit l’effet qu’on en attendait, mais que, prochainement, ] un nouvel envoi allait être fait, et qu’au lieu de con- | templer des brochets et des carpes, des ablettes et
des gardons, il pourrait se délecter à la vue des monstres marins les plus variés.
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Puis Chaumontel expliqua à son intéressante famille comment les grands aquariums contribuent à la vulgarisation des connaissances utiles, trop peu répandues àParis el en France, eteombien, dans un pays qui possède plus de six cents lieues de côtes maritimes, douze fleuves, dont six de premier ordre, des rivières, des lacs d'eau salée et d’eau douce, des étangs, etc.jdevraitêtre préconisée lascienceichthyolo- gique.
Je me souvins alors que M. Courtois nous avait conviés à ta dégustation d’un potage à la margarine. J’en fais part à la famille Chaumontel; nous quittons
l’aquarium et nous nous dirigeons vers les profondeurs de la section alimentaire.
Nous côtoyons l’immense exposition de l’ingénieur Bazin, nous laissons à droite les superbes presses de M. Alauzet dont nous parlerons dimanche prochain, à gauche les appareils d’exploration sous-marine de Toselli, etc., etc., et nous arrivons chez M. Courtois, qui remplit ses fonctions de commissaire de section avec un tact et une dignité des mieux caractérisés.
Le potage était une julienne. Préparée avec la margarine Mouriès, il était onctueux et succulent. Mme Chaumontel eu prit deux fois, Mlle Chaumontel, en personne bien élevée, n’en prit ou’une seule assiette, mais la convoitise brillait encore: dans son regard, sou frère n’en finissait plus, moi-même je trouvai des qualités particulières à cette cuisine» La margarine remplace avantageusement le beurra, Goûte moins cher et rend les mêmes services. La composition est des p’ns naturelles : on la tire de la graisse des bêtes à cornes, et, par une série d’opérations-assez longues et assez compliquées, on livre à la consommation un beurre aussi doré et aussi parfumé que les meilleurs beurres de Bretagne ou de Normandie.
Chaumontel parla longtemps sur ce sujet,.» longtemps que je pris pitié de lui et que j’invitai toute la famille à venir prendre un bock da bière d’Alsace.
Près de la porte de l’Est est la succursale de la fameuse brasserie de la Hache de Strasbourg.. M. Muthis, qui la dirige à Paris, nous fit goûter 1 cette bière que fabrique M. Arisen. Légère et rafraîchissante, elle plut à Chaumontel et à sa famille qui considérèrent comme un devoir patriotique de prendre un second bock et de commander un fort tût da Mère à M. Malins.
Puis nous revenons au centre de l’exposition, où nous trouvons de nouvelles merveilles dont je vous entretiendrai dimanche prochain.
(La suite à dimanche prochain.)
Réné LEBRUN.
