LE GRELOT

VESTAPAN.

Çesl un jeune homme de vingt-trois ans, à fJUi lon confie la solution des affaires les plus importantes, il y apporte la fougue et l'inex­périence de son âge, la seule chose habile fipil ait faite, cest de sapproprier la croix d honneur quon réi Iama-il pour un bon nom­bre de personnages éminents.

ZANZIBAR.

Mais navez-vous pas lOpinion publique Pour faire justice de ces choses-.

l'opinion publique, /ous les traits de Mlle Elvire Gilbert.

LOpinion publique, voilà mon bon, visible tous les soirs à la Gaîté, dans Orpnée aux En­fers. Je suis encore ce quil y a de plus sérieux dans le genre. Quant à lautre à la vraie, on 1 écoute, on en rit quand elle sexprime dune Çon amusante, et puis on pense à autre chose, ce qui est fait reste fait. Jai dit.

ZANZIBAR.

,Croyez, Mademoiselle, que bien que je 11 ai pas eu le plaisùr de vous être présenté, si rpieiqueg huîtres et un perdreau trufi'é pou­vaient...

lopinion. Des pruneaux

ZANZIBAR.

P e D e jeune personne me paraît dune fru- 16 excessive, mais, puisquelle se sauve,

allons sur U théâtre.

SCÈNE IV.

LA SCÈNE DE LOPÉRA.

ZANZIBAR.

Oh ! les jolies petites demoiselles, pourrait- on acheter le lot.

VESTAPAN.

AT

*> n ln °n vieux, ici les affaires ne se font " n détail, demande plutôt à ces messieurs.

ZANZIBAR.

Je vois, en effet, une foule dhabits noirs t tîl 11115 sem hlent dune distinction incontes- anle, H faut q u ' une administration soit bien eue pour soffrir des employés de cette

espèce. *

VESTAPAN.

Le ne sont pas des employés.

ZANZIBAR.

9 e sont alors des artistes qui ont besoin de : lr choses de près, ou bien encore des J r jn^'isies que leurs fonctions obligent à

VESTAPAN.

nriP * un n ' 1autre, ce sont des abonnés. Je te cédem 16 ! fut sous le-règne pré-

ment e V^Mème personnage du gouverne- fiuili 9 ai 'is_ nonbliera jamais les bienfaits SO an t 11 a présentement, près de

un m' S ' duc . de Z ! I e marquis de Y, voici eiers 1 j lslre vingt députés, des grands finan- "ro^ i Kota ires, des écrivains, qui font de de sur . ^ a mora l e - Tout cela occupe

a hurPi s li ua H° ns dansée monde, tout cela moral q f Cle S rou P e de Carpeaux était irn- bre de *J U * P asse demandera à la cham­an SHjV 0n - lmencer ses s éances par un hymne mille nt » tout cela est marié, père de fa- vieiiiè/] ce * a vient user ce qui lui reste de tu vois p nts sur les pommes vertes que tu tour , s demoiselles, filles de concierges, liaritz 1 ^! 1 u P art l es ~ traitent avec une farni- révoltante et bien méritée.

ZANZIRAR.

Mais leurs femmes pendant ce temps- l

VESTAPAN.

t ideaîi S ^^mes ! Regarde par le trou d hoinmp y° ls "l u >, à droite, un petit jeur

P rieune Un hn b0n 5 et P ais à * auc * e u I eut jeune homme blond ! eh bien, i

te fn !JaS ^ es01n de ten dire plus long poi

le S v9 e ' COni Ç rendre j US( l u à fiuei point sexeri

san? ^ dCSsensations. Le plus anu

quand C ii e s soïï.!. CGS messieurs se P Iai B

ZANZIBAR.

Et à quelles conditions les éirer près de ces demoiselles

laisse-t-on

?

-

enH° e dans un oertain n adroits, pour de fargent. Ce e prétexte dabonnements, m Vlent absolument au même.

ZANZIBAR.

Et les parents de ces jeunes filles ne sop­posent pas à ce quelles se rencontrent avec ces messieurs ?

VE&TAPAN.

On leur en évite la peine en leur interdisant sévèrement Laccès du théâtre. Tu conçois quils gêneraient messieurs les abonnés et quon tient à leur laisser toutes leurs aises. Dailleurs, pour la plupart de ces intéressantes mères de famille, une fille est une propriété, une valeur, un capital...

UN MONSIEUR FRISÉ.

Qui parle ici de capital?

LE RÉGISSEUR.

Mon cher monsieur Dumas, vous avez tou­jours le tort dintervenir quand personne ne vous demande rien ; veuillez rentrer dans la coulisse en attendant votre entrée, et souf­frez que Yeslapan cominue à développer ses théories aussi honnêtes que déplacées.

VESTAPAN.

Un capital, dis je, dont elles cherchent à tirer le meilleur parti possible.

ZANZIBAR.

Cest immoral, jen conviens, mais sitôt de retour dans mes Etats, je fais construire un Opéra, pour le bâtiment, je demanderai des plans à M. Garnier, mais qui faut-il voir pour minstaller un petit foyer de la danse, bien gai, et bien...

VESTAPAN.

Adressez-vous à Markowski.

« La toile tombe ».

ACTE II

LE BOULEVARD UN DIMANCHE.

Promeneurs de toutes espèces. Des nour­rices causent avec des militaires qui offrent aux moucherons de trinquer avec eux chez le troquet à condition que les mioches leur ren­dront leurs politesses. Tout le monde se bous­cule, on enlen'd des bruits de cors quon écrase, on sétouffe ; quelques chapeaux .se convertissent en gibus, u.t monsieur distrait regarde lheure à sa montre et la traîne der­rière lui tandis que'par inadvertance il fourre son chien dans son gousset. Un pâtissier ren­verse un godiveau sur le châle beurre frais dune dame a qui il demande une indemnité, pour la perte de sa pâtisserie. Un philan­thrope ayant pris le parti du pâtissier, une lutte acharnée sengage. Rassemblement, tu­multe, les sergents de ville emmènent £j poste un sourd-muet qui attendait lomnibns en sortant dune conférence deM. Sarcey. On sexplique devant le commissaire de police, bien que le sourd-muetrefuse de faire aucune concession!

UN CAMELOT.

Demandez des cigares et du feu.

M. DUFLANCIIARD.

Avez-vous des allumettes de la régie ?

le camelot.

Farçeur ! cest donc pour votre belle-mère?

M. DUFLANCIIARD.

Non, cest pour faire des cure-dents.

UN INVENTEUR.

Si je mentendais avec la compagnie pour faire enduire de phosphore tous les théâtres de Paris, évidemment il ny aurait plus din- cend.e possible, oui mais voilà... Pourtant si Les allumettes ne prennent pas, comment se fait-il que Mlle S. B. de la Comédie-Française ait allumé tant uincendies. Le feuamême pris chez elle, cest évidemment un jour quelle se frictionnait.

ZANZIBAR.

Est-ce que lon ne parle pas encore des al­lumettes, celà devient assommant, on ne peut ouvrir un journal sans voir une plaisanterie sur la compagnie fermière. A quoi celà tient-il?

VESTAPAN..

Les avis sont partagés, daucuns préten­dent que si les journaux blaguent les allu­mettes, cest que réellement les allumettes ,ne sont pas bonnes, d'autres affirment au con­trait e .que les allumettes ne sont pas plus mauvaises que les anciennes, mais que les directeurs des allumelles ont négligé daller faire un petit tour chez le fermier des an­nonces des journaux, ce qui a indisposé les journalistes.

ZANZIBAR.

Selon toi, les journaux ne plaisanteraient la

compagnie que dans le but de lui arracher un peu dargent.

VESTAPAN.

Ce nsst pas moi qui le dis, cest un autre journaliste qui na eu ni assez dargent pour dire du bien des allumettes, ni assez desprit pour en rire, il sest wngé en jetant de la boue sur ses confrères. Toujours la solidarité. La vérité est quun journal insulté en chemin de fer par un monsieur qui prétendait savoir quil avait demandé 20,000 francs de prime à la compagnie, mit le calomniateur au défit de faire la preuve de ce quil disait et quil at­tend encore sa réponse.

ZANZIBAR.

D je conclurais, moi, que cest au con­traire le journaliste qui a accusé les autres, qui peut-être a reçu de largent. Mais ce qui ressort de tout ceci, cest que les chemins de fer occupent dans votre vie une vaste place; cc-st en chemin de fer que lon trouve les preuves de la conspiration bonapartiste, en chemin de fer que se dit le dernier mot de la conspiration des allumettes, au chemin de fer que miss...

VESTAPAN.

Tiens, précisément, voilà celte intéressante jeune personne qui passe à cheval.

ZANZIBAR.

Elle nest pas bien jolie, et jai peine à com­prendre le colonel. Mais quel drôle de pays que celui lon peut voir des choses pa­reilles!

VESTAPAN.

Cest au contraire une chose excellente, et lon peut arriver ainsi à des résultats surpre­nants; suppose un industriel assez ingénieux pour exploiter en grand les lignes de chemins de fer de la Grande-Bretagne, en peu de temps sa foitune est faite.

ZANZIBAR.

Explique-toi?

VESTAPAN.

Cest bien simple. Il suffit, en Angleterre, quune jeune fille se prétende assaulted, com­me ils disent, insultée, comme on dit chez nous quand on veut gazer, pour que le juge la croie, les dénégations de Tinsulteur nont pas de valeur, et il est toujours condamné à payer une amende. Si donc vous avez une troupe de jeunes filles assez habiles pour se faire insulter pendant la route, ou tout au moins assez menteuses pour faire croire quelles lont été, vous réalisez promptement des bénéfices considérables, grâce aux amen­des que votre troupe vous rapporte. Cela vaut cent fois mieux quun théâtre.

ZANZIBAR.

Mais la jeune miss dent nous parlons était dune excellente famille, on ne peut donc pas croire quelle eût fait du scandale pour le plaisir de sc faire donner une compensation en argent; dautre part, elle était assez re­cherchée en mariage pour navoir point be­soin de se faire épouser par. les moyens

violents. Pourquoi donc tout ce bruit autour de son nom?

VESTAPAN.

En Angleterre cest fort bien vu, et la reine a immédiatement fait un échange de portraits- cartes avec la jeune fille, victime intéressante, quelle faisait en même temps féliciter.

ZANZIBAR.

Féliciterde quoi? Davoir été.insultée ou

davoir résisté 1 Je sais bien des femmes qui

auraient félieilé. le colonel. En tout cas,

navait-elle pas un frère qui aurait pu deman­der une réparation par les armes de loutrage fait à sa sœur, n est officier, on ne peut dou­ter de son courage, il eût évité ainsi beaucoup de biTÛttrèspréjudiciabieàrhoimeurdesasœur et léclat dun procès qui ne laidera probable­ment pas bea&aoup à se marier.

VESTAPAN.

Quelle erreur est la tienne, le frère ne sest pas battu parce que le duel est interdit en An­gleterre et quil nest pas dans les mœurs, il sest contenté dapporter bien tranquillement son témoignage, quant à la dame ne va pas croire que la publicité donnée â son malheur va lempêcher de trouver un mari. Tu con­nais bien mal les anglais qui sont les hommes les plus sérieux de la terre, au lieu dun mari elle en trouvera dix et elle naura vraiment que lembarras du choix.

ZANZIBAR.

Bizarre! bizarre! bizarre idée! Mais voici un monsieur qui passe avec le bras en écharpe, pauvre jeune homme que vous est-il arrivé,

DE COURSENÇAC

Ma foi ! cher monsieur je me suis battu ce

matin a-vec mon meilleur ami, et il ma campé dans le bras Je joli coup dépée que vous voyez.

ZANZIBAR.

Et est-il indiscret de vous demander pour­quoi vous vous battiez.

DE COURSENÇAC.

Pour u.ne femme pardieu I

ZANZIBAR.

Est ce qu on avait aussi assaulted Mademoi­selle votre sœur, en wagon.

DE COURSENÇAC.

Nullement I

ZANZIBAR.

On avait alors parlé mal de Mme votre mère.

DE COURSENÇAC.

Pas davantage.

ZANZIBAR.

Vous vous êtes cependant battu jespère pour une femme de votre monde.

l-E COURSENÇAC.

De mon monde, ab ! ça mon très bon, vous voulez rire, les Coursençac descendent des Croisades, mon père est président en pro­vince, mon oncle est général, moi je me suis battu pour Nina Tape-à-lœil, vous savez bien la petite qui jouait la Fée aux Flageolets dans la dernière féerie.

ZANZIBAR.

Je ne sais pas, mais continuez.

DE COURSENÇAC.

Nina est le produit des amours coupables d'un ouvreur de portières et dune figurante de lancien Lazari, dans sa tendre enfance elle vendait, des bouquets de violettes dans les rues, et à force de vendre des fleurs elle a fini par se vendre elle-même.

VESTAPAN.

Oh ! gracieux, gracieux, au possible !

DE COURSENÇAC.

Donc, avant-hier, Beauplumé a embrassé Nina sur lépaule, jai flanqué une paire de calottes à Beauplumé et ce matin nous nous sommes battus, après quoi nous avons solide­ment déjeuné et nous voila amis comme...

VESTAPAN.

... précisément, que vous ôtes.

ZANZIBAR.

Mais comment cela va-t-il finir ?

DE COURSENÇAC.

Mon Dieu on nous donnera un peu de pri­son que nous ce ferons pas et tout sera dit. Si, par bonheur, lun de nous deux avait tué lautre, ceût été bien plus agréable, le survi­vant aurait passé en cour dassises et icfaiile- ment le jury laurait acquitté.

ZANZIBAR.

Le jury acquitte donc toujours en matière de duel.

DE COURSENÇAC.

A peu près, ce qui fait quun journaliste qui avait bfessé son adversaire, demande un jour à passer en cour dassises sous le prétexte quil avait eu lintention de le tuer.

ZANZIBAR.

Eh bienl mon bon ami, si moi javais quel- quautorité daus votre pays, voici ce que je ferais. Comme vous navez malheureusement aucune loi qui vous venge suffisamment de certaines insultes graves, dans des cas quua tribun* 1 dhonneur déterminerait, je vous au­toriserais à vous battre. Mais, quand vous auriez croisé le fer pour des drôlesses, je vous enverrais, vous, la diôlesse et les témoins en Algérie, vous auriez tout le loisir de vous battre. Sur ce, je ne vous retiens plus.

DE COURSENÇAC.

Oh ! malhesr, en voilà un qui nest pas dans le mouvement.

ZANZIBAR.

Quels sont ces deux messieurs qui viennent de ce côté?

VESTAPAN.

Un Américakr, le capitaine Boyton, qui a traversé la Manche avec un appareil de sau­vetage en fumant tranquillement son cigare, et lautre, un Anglais, qui a passé également le détroit, mais à la nage et sans le secours daucune mai bine,