LE GRELOT

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Constitutionnel.

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Courrier ob France.

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Estafette.

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Figaro.*

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Français.

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Gazette de France.,

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Gaulois...

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Journal des Débats..

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Illustration

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Moniteur universel.

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Rappel..,

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République ïran ç aise

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Revue des Deux-Mondes

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Siècle....

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Les prix qui précèdent sopt, Men entendu, les prix fixés par les administrations de cha­cun de ces jpurnaux.

LA SEMAINE

LE CENSEUR,

Monsieur lp journalisé!

LE JOURNALISTE.

Monsieur le censeur?

LB CENSEUR.

Approchez, shl vous plaît.

LE JOURNALISTE.

A vos ordres, monsieur.

LE CENSEUR.

Vous serez donc éternellement incorrigible ?

LE JOURNALISTE.

Comment cela, monsieur?...

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le censeur, haussant les épaules.

Jaites donc lélonné! !...

le journaliste.

Je fais létonné... parce que je le suis.

LE CENSEUR.

Il lest!... farceur, va. Mais vous ne vous lasserez donc jamais de provoquer les foudres du pouvoir par vos articles aussi profondément antisociaux que démagogues?

le journaliste, naïvement.

11 me semble pourtant que depuis le 16 mai... jai mis joliment deau dans mon vin ! le censeur, méprisant .

Et de quelle eau vous Êtes-vous servi, sil vous plaît?

LE journaliste.

Mais... deau ordinaire .. deau de chez mon marchand de vin .. deau qui...

le censeur, frappant avec colère sur son bureau.

Voilà 1... deau ordinaire!... quand vous aurhz employer cette merveilleuse eau de la Salette, dont jes vertus sont au-dessus de vos sottes railleries... heureusement.

LE journaliste, baissant les yeux.

Javoue que je navais pas pensé...

LE CENSEUR.

Toujours Jes,mômes, ces républicains! .. incorrigibles!... ah !...

LE JOURNALISTE,

9fais enfin, monsieur le censeur, puis-je savoir pourquoi jai été saisi aujourdhui et conduit devant vptre auguste barre?

LE CENSEUR.

Faites donc linnocent!...

LE JOURNALISTE.

Je fais linnocent, parce que je le suis... de même que tout à lheure je faisais létonné.

LE CENSEUR.

Eh bien, et votre premier-Paris dhier? le journaliste, cherchant.

Mon... premier... Paris ?

LE CENSEUR.

Oui.,, allez... allez... remémorez-vous-en bien les^ermes.

LE JOURNALISTE.

Je mq les remémore... et je ne vois pas...

LE CENSEUR.

El votre.flçcnière phrase sur les flageolets ? le journaliste, de plus en plus épaté.

Sur... les... flageolets?

LE CENSEUR.

Oui, monsieur"Nierez-vous quelle ne con­tienne les plus odieuses excitations au mépris du gouvernement et les pius effroyables inci­tations à la haine des citoyens les uns contre . les autres?

le journaliste, sur le point de devenir fou.

Monsieur Je censeur... il y a assurément... ici... un imbécile...

le censeur, tranquillement,

Cest vous, monsieur... nen doutez pas.

LE JOURNALISTE.

Je nen doute pas non plus... car je sens que ma pauvre cervelle se détraque...

LE CENSEUR.

Ab ! il est heureux que vous en conveniez !..

LE JOURNALISTE.

Mais joserais vous supplier...

le censeur, levant ses beaux yeux au ciel.

Oh!., ces radicaux!., ces démagogues!., ces buveurs de sang!., ces....

le journaliste, suivant sa pensée sans se préoccuper de linterruption du vertueux censeur.

... Vous supplier... de vouloir bien me re­lire... cette malheureuse phrase sur les fla­geolets... laquelle phrase qe me paraît pas pourtant de nature à...

le censeur, majestueux.

Vous allez en juger, monsieur.

(Il déploie un journal se remarque un pas­sage effroyablempsil encadré de rouge.)

le journaliste, écrasé de honte.

Jécoute, monsieur.

LE CENSEUR.

Mais, je lespère bien, corbleu!... Huml... hum!... Ah ! nous y voilà...

(Lisant en appuyant sur les mots.)

« On en dira ce quon voudra... nous ve­nons dt.ntrer dans une tichue saison!.., si cela continue, les flageolets seront hors de prix... et alors que dira le pauvre peuple?... Non... cette chaleur nest pas naturelle, et ce nest pas comme lannée dernière le thermo­mètre était beaupoup plus clément... »

(.Posant le journal.

Eh bien?

LE JOURNALISTE.

Eb bien ?

LE CENSEUR.

Quen dites-vous?

LE JOURNALISTE.

Moi ?

LE CENSJtUR>

Oui.

LE JOURNALISTE.

Je nçn dis rien... si ce nest que je ne vois' absolument rien dedans qui puisse faire frissonner une mouche.

le censeur, ricanant.

Ah! vraiment?... pour vous, peut-être, ré­publicains endurcis et faits à lhabitude du meUiOnge... mais pour nous, hommes dordre et conservateurs, qui avons lhabitude de lire entre les lignes...'je vais vous dire ce quihy a dans cette phrase qui vous semble si inno­cente !...

LE JOURNALISTE,

Ça me fera un sensible plaisir, je vous lvoue sans vergogne.

LE CENSEUR.

Assez, monsieur!.,, pas dinjures!.., et naggravez pas votre situation... assez com­promise déjà!... Nous venons dentrer dans une fichue saison... cela veut dire tout bonne­ment : depuis le 16 mai, fa saison est pitoya­ble, et il devient impossible de vivre sous un .semblable ministère, qui...

DIB DISPARITION tTSTÉRIHUSE

(suite)

IV

Tes parents, mon cher Isilore, npnt pqs été sans te .raconter hia vie : ils to t dit avec quel bonheur je débutai à Saint*Fol ; que|s succès jnuuïsi s'attachè­rent a mes premières opérations, et avec quelle per­sistance la fortune sourit dabord à tout ce que jen­trepris.

Cest vrai : il semblait quil ny eût point de mau­vaises pilaires pour moi ; et, au milieu de ce concours singulier de prospérités matérielle?, les joies profonde et pures de la famille vinrent à leur tour soffrir â moi, comme pour menivrer tout à fait.

Tu es assez âgé pour avoir connu ta tante, et te la rappeler; et tu sais l'adorable femme, lpnge de douceur et de grâce quelle était î... Comment, après toutes mes auüvs félicités, eus-je encore ce.lederen- coutrer celte compagne élue, et, tayant rencontrée, de meu faire aimer et de lobtenir, cest Ce quau- joutd'hui ;e utc demande encore!... Si au-dessus de moi par 1 esprit, par 1 éducation, par fe cœur, par toutes les venus qui font la noblesse de lâme, com­ment sabaissa-t elle jusqu'à moi, je ne puis comprendre quen en cherchant te secret dans ta bonté ineffable; et dans cette rare et précieuse humi­lité qui la faisuit sestimer si peu, elle qui neût eu cependant à redouter aucune comparaison 1

Cette union était le rêve de nafa vié, le plus ca­ressé, Ci lui que javais longtemps cru le moins réalisable!...

Elle s'accomplit pourtantl et il me semble quelle eût mettre à jamais tavenir à labri de tout orage, toute tempête, de toute pensée malsaine et cou­pable!... Quel piojet criminel eût osé se montrer à ja lumière de ce soleil de pureté!... Quel dessein

Voir le Grelot à partir du numéro îtO.

Pour la reproduction, sadresser à la direction «o journal.

pervers aurait pu éclore et grandir sous les yeux de cette gardunue rie mon bonheur!

De quel vertig* ai-je é é pris!.. Et quelle sanglante, et farouche vision sempara de mon esprit?.. Je ne sais!.. Pput-être, un sombre et iuvbible génie séta­blit-il dans mon âme, et en exila-t-il â jamais tous les bons instincts 1..

Il y avait déjà longtemps que jétais marié; jétais père de depx peliies filles que j adorais; jattendais la venue prochaine d'un troisième entant ; javais comblé par un travail assidu et obstiné les lacunes laissées dans ma première éducation ; jétais heu­reux!.. Rien ne pouvait me faire prévoir la catapiro- plie qui, par une sorte de fatalité physiologique, allait bitmôt fondre sur moi.

Depuis quelque temps déjà nous habitions cette maison de la grandpkce/d' je t'écris, et je sens que je ne tarderai pas à mouib... Tu y es venu sou­vent autrefois; tu connais cette énorme bâtisse à deux étages, avec ses écuries, ses remises, ses cavés, sa grande cour, ses vastes cuisines, ses longues enfilades de chambres !... Cétait presque une vilie pour le peu de monde que nous étions,- ta tante et moi, les deux eufants, eWes trois domestiques de notre service.

Quelques mois avant lépoque ss passent les faits dont je te dois le récit, nous adjoignîmes à nos deux bonnes qui commençaient à vieillir, une fille de quinze ans, orpheline de père et de mère, etqui se nommait Julie Burdier. Sa tante, cuisinière chez un de mes vieux amis, mavait supplié de la prendre chez moi,

et jy ava s consenii à cause desenfants qui avaient besoin auprès dVux dune personne qui se rapprochât de leur âge, et pût se mêler à leurs jeux.

Julie Rordier entra donc chez nous, et plusieurs mois sécoulèrent sans qu'on eût à se plaindre delle en quoi que ce lût.

Ede était encore elle-même presque une enfant," bien quelle eût subitement grandi beaucoup, et quelle eût déjà à peu près la taille dunejeune lille. Elle né­tait ni belle, ni jolie. Cétait une de ces blondes un peu fades, dune constitution bêle, quasi maladive,

au torse élancé et menu, rien de la femme napparaissait encore. Il ny avait pas à craindre que celle- fit tourner la tète à quelquun, et on pouvait

fui prédire presque à coup sûr quelle vieillirait et mourrait tille.

La destinée a parfois de ces bizarreries et de ces contradictions 1

Mais nous ne lavions point prise pour sa beauté : elle était douce pour Jes entants, en était aimée et, les aimait; cétait tout ce que nous lui demandions. Du reste, très-sage, par ignorance, à la fois, et par devoir. Jamais elle ne sortait, et, pendant tout le temps quelle resta chez nous, on ne lui connut ja­mais que deux rubes : une d indienne pour la se­maine, une de lame brune pour le dimanche.

Jmsisle à dessein, mon cher Isidore, sur ces détails futiles en apparence, pour le faire bien comprendre quaucun homme au monde neût pu séprendre de cette enfant, et nen eût eu loccasion; elle était plu­tôt laide que « passable, » comme on dit vulgaire­ment, et jamais la plus légère idée de coquetterie navait logé dans sa tête.

Elle eûi, dailleurs, bien perdu son temps à être coquette; les deux seuls hommes avec lesquels elle se trouvât habituellement en rapports étaient Pierre, notre cocher, qui, depuis longtemps, avait passé la cinquantaine, et moi, qui, depuis mon mariage, navait jamais songé à une autre femme quà la mienne.

Nous étions donc tous bien éloignés de penser que Julie pourrait prendre placé un jour dans la collection des causes criminelles célèbres.

Tu sais pourtant que cela arriva.

Tu sais aussi que, devant k Cour dassises, Julie refusa constamment de dire le nom de lhornme qui lavait séduite, et que durant su captivité, qui fut longue, elle persista clans ce silence obstiné!... De­puis, ce mystère ne s'e>t pas éclairci, et le publÿ ignore encore quel a été le misérable dont linfluence peüide détermina peut-être Julie Rordier à faire dk- parahre son enfant.

Hélas 1 la pauvre fille navait point agi sans de graves motifs !

Mais, avant daller plus loin, quelques mots sur moi-même sont nécessaires.

Je suis.avec un tempérament énergique et vio­lent, auquel je ne suis parvenu à mettre uu frein

LE JOURNALISTE.

Mais, monsieur, je vous assure que je nai jamais eu lidée...

LE CENSEUR.

Assez!... Si cela continue, les flageolets seront hors de, prix... Je suppose, monsieur, que vous voulez parler de flageolets légume,atmn de flageolets instrument, nest-ce pas?

LE JOURNALISTE.

Évidemment. Je ne sache pas que ce petit sifflet que je ne puis pas souffrir, du reste...

- LE CENSEUR,

Très-bien!..- Vous avouez !...

LE JOURNALISTE.

Quoi?

LE CENSEUR.

Que le peuple est affamé... que le prix des denrées alimentaires augmente, et vous faites un appel à la révolution en vous écriant en­suite : Que dira le pauvre peuple ?

LE JOURNALISTE.

Mais, monsieur, prenez garde!... vous allez me rendre absolu nentidiotl...

le censeur, avec intérêt.'

Ce serait un grand bonheur pour vous et pour votre malheureuse famille!... Enfin, vous terminez par un appel à l'amnistie dans ces quelques mots... ce nest pas comme lannée dernière, le thermomètre était beaucoup plus clément.

le JOURNALISTE, effaré .

Mais, monsieur...

LE CENSEUR.

Comparer le chef de lÉtat à un thermomèr fret... et inviter ce thermoœètie à se mon­trer clément!... si ce nest pas joindre lou­trage à la raillerie et faire appel aux plus détestables passions!...

LE JOURNALISTE.

Oh! mon Dieu!... ma cervelle éelate!..; je deviens foui...

LE CENSEUR.

Pour eetle fois, e'est moi qui le serai, non pas thermomètre, mais clément;je vous condamne, monsieur, à quinze ans de travaux forcés et à trois cent soixante-dix- sept mille francs damende.

le journaliste, d< vinaut tout à fait gâteux.

Pourquoi ce chiffre bizarre de dix-sept mille, monsieur?' '

le censeur, sèchement.

Parce que cela wrê plaît. Maintenant, sor -' tez!,.. et quon en amène un autre!,..

J NICOLAS FLAMMÈCHE.

ZIGZAGS

Ça, par exemple, cest par trop cocasse!...'

Décidément, liiisloire des faits et gestes dOrdre- MoraL (deuxième édition,' revue, considérablement augmentée, mais nullement corrigée) fera une sérieuse concurrence ai>x compta? rendus des pièces du Palais- Royal.

iNannonce-t-on pas que M. Bardy de Four tou va

quap.îès de longs efforts, et ceux qui ne mont connu quaprès mon mariage se feraient difficilement une idee de l homme qu- j étais pendant mou adoles­cence. Javais alors des emportements subits, des co­lère, furieuses, des enthousiasmes et des transports imxpt cables; un rien mexaspérait; une l iée, un objet quelconque aperçus au hasard suffisaient parlais pour me mettre hors de moi, pour faire naître dans mun âme des désirs indomptables, pour y év.-ilUr des naines terribles, -*- »ai(a que je pusse me racsonn* r ces antipathies férocts et ces aspirations forcenées. Tout mon sang me moulait alors aux yeux et aux lèvres ; ma poitrine sa gonflait à éclater, je sentais battre sur mes tempes mes artères distendue» et fiévremes, et jeusse bravé dan? cet instant les plus épouvantables dangers pour arriver à satisfaire ces senlmieuis implacables, tout à coup et spontané­ment surgis dans mon cœur;

Pius tard, les fatigues et Iss péripéties sans nombre dune vie daventures, souvent traversée par la foudre et les orages, lexpérience dps hommes, les pensées plus graves (le 1 âge mûr, viurent peu à peu re­froidir et maîtriser ées brusques mouvements : mais, à de certains jours, je ma gerLe vais bien que si le volcan semblait éteinf à la surface, le» prolondeurs neu éta.ieut p is muins travaillées encore et troublées par d'invisibles et puissantes tempêtes.

Certaines époques étaient plus que dautres favora­bles à ces tumultueuses émotions : comme' quelques especes danimaux électriques, jétais soumis à l'in­fluence de latmosphère et des sa.sons. Il topérait alors en moi des révolutions et des métamorptiuses : je ne me sentais plus le même. Il semblait quun autre nomme séveij ât dans ma chair, et me parlât et me commandât iuipérieusenjent, et je navais pas trop de toute ma volonté pour réduite cet intrus et le chasser.

_ Je cachais avec soin à tous les yeux ces luttes inté­rieures; et si quelques emportements qui éton­naient, méchappaient patf.iis, on éiuit loin dose dou­ter de lintensite des combats intimes dont ils nétaient que lexplosion lointaine et affaiblie.

Un dimanche du mois de juin, je me trouvais dans ces dispositions. MARlUS.BAR,,

(La suite au prochain numéro).