LK GRELOT

LA SEMAINE

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, chers lecteurs, mais jai eu le cœur fendu en appre­nant que la reine Isabelle allait vendre ses diamants !

Pauvre Débelle 1

Avoir eu lhonneur dhabiter lEscurial, avoir été aimée de cet homme de tant de cœur, qui avait nom Marfori et être tombée dans une pareille dèche !

Cest navrant 1

Heureusement il y en aura, paraît-il, pour quelques millions.

Çà me console un peu.

Mais cest égal, cest dur !

Après çà, vous me direz que çà vaut mieux encore que de faire des ménages.

Nimporte!

Cest à dégoûter des marches du trône 1 Débuter reine dEspagne et finir comme Cora Pearl !...

Çà nest pas fait pour donner goût au mé­tier l

Jai éprouvé beaucoup de chagrin en lisant également dans la Gazette des Tribunaux que les sieurs Ramolini (un tanneur I) et Rouffîe , deux jolis badingredins, avaient été condam­nés à payer la carte dune petite orgie bona- parteuse qu'ils avaient organisée, il y a tantôt un an, à loccasion du 16 mars. (Saluez 1)

Ces messieurs, en compagnie de quelques autres, ejusdem farina , avaient été boire à la santé du jeune Oreillard et navaient, en sor­tant, oublié quune chose :

Cétait de payer la douloureuse.

Le restaurateur la trouvée mauvaise.

Çà se comprend.

Il a réclamé son argent.

Romolini, Rouille et les autres camaros, organisateurs dudit banquet, lui ont répondu quil devait se considérer comme ayant été assez honoré quon ait choisi son établisse­ment pour célébrer un pareil anniversaire, en conséquence de quoi ils lenvoyaient pro­mener avec tous les honneurs dus à son veau froid et à son petit bleu.

Le susdit gargotier sest, en effet, allé prome­ner, mais du côté du tribunal civil qui a con­damné les banqueteux à passer devant la glace.

Avouez quil ny a plus de justice !

Sil faut payer ses dettes, à présent, ce nest plus la peine dêtre bonapartiste.

Gueuse de République, va !

Pas content le général de Geslin !

Mais, pas content du tout !

Etre général, sappeler de Geslin, aller à la messe tous les dimanches et à confesse tous les samedis,

Etre commandant de la place de Paris, Ecrire que les électeurs de ladite cité ne sont que des mufles,

Et se voir, le lendemain de cet ordre pha- ramineux, dégommé comme le dernier des polichinelles,

Gest à en avaler son sabre par la poignée. Ce qui, si grande quon ait la bouche doit être une opération bien pénible !

Cest renversant 1

Ah, mais, doit se dire le bon général, en pliant proprement sa veste dans sa valise, ah çà, mais, par hasard est-ce que ces sacrés républicains seraient devenus des hommes sérieux, par hasard ?

Çà n est pas drôle, alors !

Mais du tout 1 du tout ! 1 du tout !!!...

qèiGlc

Si nous parlions un peu de la question dOrient, hein ?

Dautant quil y a longtemps que nous nen avons rien dit... et que cest dune variété!

Il paraît donc que dans le quadrille qui se prépare, la Russie va exécuter un de ces cava­liers seuls ! !

Ah! mes enfants !...

Lombre de Chicar.l sen trouvera mal.

Mon Dieu, oui !

La sainte Russie est, paraît-il, lâchée par tout le monde,

Et, ce quil y a de particulièrement comique dans cet événement, cest que ces bons cosa­ques sont furieux contre nous I Je vois dici votre tête à lénoncé de cette proposition.

Comment furieux contre nous ? dites- vous !

Absolument.

Et pourquoi cela ?

Parce quils trouvent que nous sommes des .vilains petits ingrats.

Pas possible i

Cest comme cela. Tl paraît quen 1870, après la jolie brûlée que nous avions reçue, le czar aurait dit à Bismark :

Est-ce que vous trouvez quils nen ont pas assez, hein ?

Mais nop... et vous ?

Moi?... jemen fiche pas mal.

Vnrs, je puis continuer ?

Du moment que çà vous fait plaisir !...

Voilà ce que le bon empereur de toutes les

Russies appelle : sêtre intéressé à nous.

Elle est assez bonne, quen dites-vous?

Et vous voudriez, Sire, que nous soyons assez idiots, pour essayer de vous tirer de la mélasse dans laquelle vous me faites leffet denfoncer jusquau menton ?

Farceur, va !

Nous ne sommes plus au bon temps de lempire, voyez-vous,

Nous ne voulons plus nous mêler des affai­res des autres.

Bigre 1... il nous en a trop cuit 1...

Je sais bien que çà déplaira peut-être à ce bonapartiste de Roulfie 1...

Mais nous nous en soucions comme lui de payer sa carte 1

NICOLAS FLAMMÈCHE.

LÉducation Congréganiste

Lignorance produit de grands maux, mais linstruction faussée engendre des calamités pires encores.

Les jésuites le savent bien. Aussi, ces sombres oiseaux néfastes, ne pouvant nous empêcher de sortir de lombre, tentent-ils de nous éclairer dun faux jour.

Suivant les sacrés principes dEscobar, ils prêchent le faux pour savoir le vrai, sans pudeur, sans vergogne Les naïfs leur confient des enfants pour quils leur donnent les ailes que la science fournit à ses adeptes.

Les bons jésuites font honnêtement leur métier de plumer le monde. Ils donnent à leurs élèves les ailes demandées. Seulement, il y a ailes et ailes. Les bons jésuites, qui font payer pour du bon, ne livrent que de la cameiotte.

Au lieu daigles, ils font des oies.

ZIGZAGS

Ali rlghf.

Mes enfants, tout va bien J

Tout marche comme sur des roulettes ;

Et si Gambetta veut mavancer, sur les 30,000 francs quil touche annuellement à la République française, cent vingt malheureux francs pour payer mon terme, je suis prêt à déclarer que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

11 faudrait être dune de ces mauvaises fois que lon ne tiouve quen province, ou dans les traités russes, pour accuser maintenant nos opportunistes dinactivité.

Eux, inactifs...

Ah 1 ventrebleu 1...

Ah ! sacrebleu !...

La besogne quils ont faite cette semaine ne vous donne-t-elle pas un de ces démentis, comme Villemessant nen reçoit lui-même quune demi-douzaine dans les semaines les plus gifliées de son existence ?...

Le grand aumônier de la flotte,

Le sieur de Trégaro,

A été rayé du budget,

Et lhumain général de Geslin, qui sapitoie peut-être sur les souffrances dune levrette sans peletot, mais non sur eelles dun homme en casquette, a été radié du cadre des défen­seurs de la République, malgré sa qualité danti-républicain.

Une économie.

Ces deux travaux dHercule ont suffi à tein­ter dazur lhorizon politique de tous les répu­blicains, plus ou moins opportunistes, de France.

M. de Geslin est remplacé par le général Filippi, qui na, dit-on, ae plus violent désir, que celui de Voir la France se ruiner en paix, à lombre tutélaire des immenses oreilles de Strumeux III.

Mais M. De Trégaro na pas de successeur.

Les 30,000 francs que touchait annuellement ce gentilhomme restent dans la caisse de lEtat.

Cest le résultat le plus clair de la se­maine.

Le Sénat et la Chambre nous coûtent heb­domadairement 200,000 fr.

Ils nous en économisent 30,000

Nous ne perdons donc cette semaine que 170,000 francs.

Tout va bien !

Ai vu, ni connu... jtembrouiile !

Par le temps de statues qui court, je ne vois pas pourquoi on nen érigerait pas une à Bau­dry-dAsson, ne fût-ce quen pain dépices ?

Baudry-dAsson a rendu un fier service à la cause républicaine.

En sa qualité de légitimiste, il est tant soit peu chacal, et sen est allé lautre soir déterrer une chose importante, qui était tant soit peu oubliée, que les opportunistes ne demandaient quà enterrer, et à laisser reposer en paix à lombre de leurs nombrils ventripotents.

Cette chose importante est lenquête quune ! commission spéciale est chargée de faire sur les faits et gestes du 16 mai.

Baudry-dAsson a violemment reproché à Cette commission de gagner son argent à ne rien faire.

Baudry na peut-être pas tous les torts, et je crois que la commission denquête se bor­nera à publier un gros livre trôs-soporifique que lon vendra dix francs à quatre imbéciles et dix sous à quatre cents chiffonniers...

Mais si jétais de cette commission, linter­pellation saugrenue du Vendéen en question me vexerait., et je lui ficherais sur son cher seize mai des renseignements pour les cin­quante francs par jour quil me reproche de toucher I...

Ainsi soit-il !...

ILe pavé de tonrs.

II parait quen dépit des miracles nouveaux qui sont émis, et des vieux stocks dindulgen­ces que lon vend en liquidation à prix ré­duits, le commerce clérical no va pas trop bien. 1 v

Il faut dix pauvres petits millions pour édifier cette belle église du Sacré-Cœur, à Montmartre, et malgré tous les effets les plus louables, on ne peut les récolter.

La misère est si grande quon paye unique­ment les employés de la régie, sans rien lais­ser pour Dieu, qui se trouve ainsi réduit à un rang inférieur à celui dun brigadier de gabe- lous.

En cette occurence, le Catholique de Dijon a songé à faire argent de tout :

Le Comité de lœuvre, dit-il, a pensé satisfaire la piété des personnes, des familles et des asso­ciations chrétiennes... en leur demandant doffrir, à titre A'csc~voto , use ou plusieurs pierres qui i entreront dans les fondements de lédifice et qui contribueront à en supporter la masse.

Ainsi, pour aller à léglise, chacun apportera sa pierre, comme jadis, dans les écoles de vil­lage, chacun apportait sa bûche.

Rome fournira la plus grosse: le curé.

Il est vrai que cette pierre angulaire ne lui coûte pas grand chose à donner. Gest le Vati­can qui nous lenvoie, mais cest nous qui soldons tous les frais de transport et dentre­tien.

Léon XIII régale, mais Jacques Bonhomme paye.

De profil rulis.

Depuis huit jours, je cherche à rédiger un article qui exprime en termes convenables mes sentiments à légard de M. Beslay fils.

Je lavoue à ma grande honte, je nai pu arriver à aucun résultat satisfaisant.

Il est des haines et des mépris que lon ne peut courber sous les convenances, et dont lexpression brutale jaillit forcément à travers les réticences quimposent à un écrivain les j susceptibilités de ses lecteurs. :

Ne voulant pas être inconvenant, crime im­pardonnable, en lan dopportunisme et de jésuitisme nous vivons, je ne dirai pas un mot du cas de M. Beslay fils.

Si jétais son ami et que je veuille lui rendre service, je nagirais dailleurs pas autrement.

Un vrai Toupet

Ges jésuites ont tous les aplombs!...

Les voici maintenant qui veulent élever un tombeau monumental sur les ossements des Vendéens quon a retrouvés à Savenay.

LEspérance du Peuple appelle ces bandits de glorieux martyrs.

Glorieux martyrs, eux!....

Eux, les alliés des Anglais,

Eux, les alliés des Prussiens !...

Eux, qui ont failli faire de la France une Pologne !

Mais si vous nétiez pas si bêtes et si vous aviez moins de confiance dans la stupidité de vos lecteurs, vous nieriez toute alliance avec ces infâmes gredins !

Sil reste encore une France, cest certaine­ment malgré eux.

Et sils avaient triomphé dans leur crimi­nelle entreprise, au lieu de vous goberger avec les 54 millions que nous vous donnons tous les ans, vous ourleriez les soutanes des pasteurs protestants, ou vous recevriez les giffles des hobereaux allemands, maîtres de notre pau­vre patrie 1

Cest bien fait!

Un père de famille de la commune de Grosse écrit au Réveil du Dauphiné pour se plaindre dun nouveau fait de brutalité cléri­cale.

Sa petite fille, âgée de neuf ans, aurait reçu deux violents soufflets dun curé, pour nâ- voir pas su son catéchisme.

De quoi se plaint ce père de famille?

Cest hien fait pour lui.

Pourquoi envoie-t-il ses enfants au caté­chisme.

Quand on craint les piqûres des guêpes, on ne va pas se fourrer dans un guêpier.

Profite* du bon marché

Depuis quils savent quil leur est permis de fesser et de refesser les petits garçons, et de faire cuire à petit feu les petites filles.

Pour vingt-cinq francs,

Pour viûgt-cinq francs,

Et pour au plus cinquante,

Les bons froeards et « les gentes pucelles embéguinées, » comme dit Brantôme, tannent vigoureusement les épidermes des petits enfants, qui napprennent pas convenable­ment, dans les livres de F. P. B., que Charles IX était un saint homme et lamiral de Coligny un exécrable assassin.

Une bonne sœur dune école voisine dAn­gers a imaginé la flagellation avec des orties ;

Les bons frères rêvent un couronnement dépines ;

Enfin, les plaques de fonte brûlantes com­mencent à être remplacées par des feuilles de tôle glacées, qui ont lavantage de ne pas pro­duire de cloques.

Tout cela est fort ingénieux, mais les in­venteurs feront bien de se hâter dans lexécu­tion de leurs petites opérations, car les prix de la correctionnelle pourraient bien, sous peu, augmenter notablement,

Humilité chrétienne

Lorsquon entre dans le jésuitisme, on nen sort plus.

On y reste comme dans les marais et les sables mouvants ou lon senlise.

Nous croyions avoir terminé, le chapitre des bonnes sœurs, quand nous trouvons cet inté­ressant post-sriptum dans le Bien public ;

LAvenir de la Vienne nous raconte un nouveau mode de punition moins féroce que les précédents, mais infiniment plus drôle. Cest à une sœur de Chàtellerault que l'invention en est due. Cette bonne sœur a fait soulever délicatement la queue dun âne et a condamné l'élève coupable à em­brasser la partie ainsi mise à découvert. Voilà une leçon de propreté et de morale tout à fait ingé­nieuse.

Nous ne sommes pas absolument de lavis de l 'Avenir de la Vienne.

La. punition nest pas féroce, elle est drôle, cela est vrai,

Mais elle nest pas nouvelle.

Si notre confrère veut bien faire appel à sa mémoire, il se souviendra que plus dun frère ignorantin a déjà été accusé davoir fait em­brasser par ses élèves le dessous de la queue dun âne.

GRINGOIRE.

FEUILLES AU VEUT

Cette Espagnole,

Qui reçut de Pie IX la Rose dOr Que son fils fut obligé de chasser de son royaume,

De ce royaume, grand Dieu, cette mère avait aussi régné 1

Cette Espagnole fait annoncer, à grand ren­fort de réclames,

La vente de ses bijoux, de ses diamants,

Il y en a pour :

Deux millions l O peuple 1 O moutons !

O pauvres fumeurs de cigarillos I O infortunés buveurs de tchocolate !

Couverts de loques,

Couverts de vermines,

Nourris par le soleil pour nourrir les poux, Votre ex-reine va faire vendre pour deux millions de diamants 1 Que de maravédis l Que de réaux même !

Ah 1 républicains,

Mes frères,

Quelle leçon! ..malheureusement inutile!... La fortune des peuples emportée à létran­ger dans des écrins par des femmes balayées du trône par la tourmente révolutionnaire.

Ce nest pas depuis Sedan et le 4 septembre que nous lavons vu.

Il y a des milliers dannées que la dépouille des nations sert à parer la. gorge et les bras nus des concubines impériales et royales.

Ecoutez ce récit de Pline lancien, témoin oculaire de la chose, et qui se trouve au neu­vième livre de son Histoire naturelle :

***

« Jai vu, non pas dans une cérémonie publique, dans une de ces fêtes se déploient lopulence et le faste, non 1 cétait à un festin, à un simple et ordinaire dîner de fian­çailles, jai vu LolliaPoliia.qui plus tard devint lépouse de Caligula, tellement couverte de perles et démeraudes, qui tiraient de leur confusion même une nouvelle splendeur, que sa tête, les tresses et les boucles de ses che­veux, ses oreilles, son cou, ses bras, ses doigts en étaient surchargés.

« Il y en avait pour quarante millions de sesterces, comme elle eût pu le prouver par des certificats ; et ces somptuosités, ce nétait point la prodigalité de lEmpereur qui len avait comblée ; ces biens lui avaient été trans­mis par son aïeul : cétait la dépouille des provinces ! »

***

Et,

Pris soudain dune colère patriotique, et presque lyrique,

Pline sécrie :

« Voila le fruit des concussions t « Et cest pour cela que Loüius, honni dans tout lOrient à cause de ces présents extorqués à ses administrés, environ huit millions de francs de nos jours, et même un peu plus.

« Cétait afin que sa petite-fille se fit voir aux flambleaux avec une parure de quarante millions de sesterces !

« Allons,

« Faites-le compte :

* Calculez dun côté ce que Curius et Fabri' cius étalèrent dans leurs triomphes et repré' sentez-vous les brancards tout chargés des dépouilles, fruits de leurs exploits,

« Et, de lautre côté, voyez à table une seul 0 femme,

«UneLollia!

« Ah! ne préféreriez-vous pas quon les eu; alors arrachés de leur char triomphal, et quib neussent point, par leurs victoires, prépar 0 de tels scandales ! »

Le directeur des domaines est vraimeh 6 \ un homme qui fait argent de tout :