LK GRELOT

J*.

Il vient de faire vendre, aux enchères publi­ées, les objets qui ont servi au vertueux Bazaine à séchapper de lile Ste-Marguerite. Et, ma foi,

Cest un habile homme,

Il en a tiré un bon prix,

La jumelle avec laquelle le gueux a guetté la barque a été vendue 48 fr.

, Le crochet en fer qui a servi à fixer la corde, 16 f P .

Et la corde,

, cest épatant,

285 francs f

Vrai 1 celui qui a mis un pareil prix à la c °rde, est un pur g onze, comme disaient entre ®hx certains invités des bals des Tuileries du temps de lempire.

. La corde avec laquelle Bazaine sest sauvé,

25b fr. 11 !

Cest une duperie !

Ah!

Si ceût été la corde avec laquelle on aurait le pendre I

Alors, çà naurait pas eu de prix,

Et le conservateur du mobilier de la feue c °Uronne aurait lacheter pour la placer Parmi les joyaux, à côté du Régent.

Il y a tout de même des gaillards qui ne s °nt jamais contents :

Les calotins, par exemple,

Ainsi, par exemple,

Cette année,

On leur donne, tant pour eux que pour leurs églises, presbytères,ménagères et tout le rata- plan du bataclan,

La bagatelle de 83,973,048 francs.

Dont une toute petite partie suffirait à mon Lénheur, et, sans doute, aussi au vôtre,

Et pour Tannée prochaine,

. Comme ces farceurs, qui ne soublient jamais, excepté à leurs diners du vendredi, Ne sont jamais contents Et réclament toujours, comme les procu- ï éurs de la République,

On leur a promis de leur donner encore 529,000 fr. de plus.

Le diable et sa mère se contenteraient dun tel budget et en danseraient une sarabande à taire oublier Clodoche et la Comète,

Mais les calotins, point 1 Pas seulement la moindre petite révérence 2e remerciement !

Au contraire,

Les pères fessards du Sénat sont partis pour leur pays, en montrant à la Chambre ce que le singe de Dumas montrait aux gendarmes.

Et en jurant quon voulait laisser mourir les jésuites dinanition.

***

Les journaux français,

Et anglais aussi naturellement,

Sont depuis une quinzaine farcis de récits plus ou moins fantastiques, de lamentations plus ou moins lugubres, et de vociférations plus ou moins justifiées,

À propos de iassassinat de lord Leitrim, en Irlande.

Ils ne tarissent point.

Entre nous,

Ce lord était un assez méchant gaillard,

Sans nulle pitié pour le pauvre monde,

Bien quil fut épouvantablement riche.

Pour donner une idée à la fois de sa richesse ét de sa bonté dâme,

Il suffit de dire que, quelques jours avant Celui de sa mort, il avait fait expulser en Une seule fois de quatre-vingts de ses fermes et propriétés les locataires qui navaient pu Payer à cause de létat lamentable se trouve lIrlande, qui ne roule jamais sur lor Comme on sait, et qui, lannée dernière, y a foulé moins que jamais.

Or,

Cest précisément devant la hutte dune Pauvre veuve, dont la conduite était irrépro­chable, et quil avait fait chasser impitoyable­ment de chez elle,

' Que le Seigneur a reçu le coup mortel, par Une sorte de coïncidence fatale.

5f;

Ma foi 1

Je ne suis poin 1 cruel,

Et je ne souhaite le malheur de personne; Maïs, javoue quayant vécu longtemps en Angleterre,. ,,

Et quayant vu passablement d actes de véaitables cruautés judiciaires exercées contre leurs vassaux car mot est encore juste en Angleterre par quelques-uns des 800 ou 1000 propriétaires terriens qui se sont parta­ les trois royaumes à la conquête et qui les ont gardés depuis,

'»Des événements comme le meurtre de lord Leitrim nont pour moi quun côté étonnant : Cest quils ne se renouvellent pas plus sou­La dureté féodale nest pas sans avoir laissé des vestiges nombreux dans la verte, mais non pas libre Albion,

Et le couteau du manant sy fait quelque­fois une justice terrible : , _ ,

Ce sont des exemples, ou plutôt des leçons pour certaines classes,

Et si la tète de Foulon,

Portée au bout dune pique,

Ne guérit pas tous les accapareurs dans les famines publiques,

Elle en fait du moins.réfléchir quelques-uns.

***

Ces réflexions sonffun peu sévères,

Mais elles sont justes, je crois,

Et puisque je viens de parier de 1 Angle terre, en termes assez tristes, quil me soit permis de terminer par un mot bien gai de Lady Montagne, cette anglaise spirituelle, (O le rare oiseau 1) qui paya si cher sa curiosité davoir voulu visiter le séraild Achmet lu.

Visitant le musée de Florence, elle sarrêta naturellement devant la statue de la Vénus de Médicis.

Et, après lavoir admirée pendant quelques instants, elle sécria avec un éclat de rire :

Je suis étonnée quelle ne tombe pas dans les bras de lApollon du Belvéder 1

BRIDAINE.

ÎBourbps % ©ensongts

Que Veuillot jette feu et flammes, bave et venin, quand on lui parle du centenaire de Voltaire, rien de plus naturel.

Dès quon prend le parti de la libre discus­sion contre la croyance aveugle, lobéissance passive, perinde ac cadaver, lécumoire écume : cest son rôle.

Mais ce qui nous surprend davantage, cest quun chroniqueur dun journal voltairien soppose à la grandiose fête par laquelle on veut honorer la mémoire de Voltaire.

Ce chroniqueur se nomme Henry Fouquier.

Il écrit quotidiennement de jolies phrases bien pommadées à la suite du furieux entrefilet dans lequel Sarcey mange le prêtre, qui lui est aussi indispensable quun verre diodure de potassium à certain prince de ma connais­sance.

Henry Fouquier blâme toutes les démons­trations bruyantes de la rue. Ce puriste aca­démique vit dans le plus profond silence. Il a toujours du coton dans les oreilles et de la paille sous ses fenêtres, dans la rue. Alors seulement il est en appétit de littérature, et peut tracer sur papier satiné de jolies petites phrases, qui, comme leur auteur, ont lair de ne sortir quavec un gibus, une cravate blan­che et des gants.

Henry Fouquier, amant passionné de la retraite et du silence, est ladversaire déclaré de toutes les mesures franches et énergiques.

Il se figure obtenir un délicieux breuvage en versant leau de rose de son républicanisme ! dans leau de boudin du Seize-Mai.

Donc, il se retirera dans son jardin, comme jadis Agamemnon sous sa tente, et il lira tranquillement une ou deux pages du maitre. Cest ainsi quil fêtera le centenaire de Vol­taire.

Chacun a sa manière de célébrer les fêtes. On sait que le capitaine Rastouil, scrrrbleu, monsieur 1 fêtait le jour des Morts, lui par un déjeuner dinatoire au Palais-Royal.

Pour limiter, il faudrait avoir plusieurs louis en poche. De même, pour imiter M. Fouquier, il faudrait posséder un jardin et les oeuvres du maitre.

Je suppose pour un instant que je partage son opinion. Il ne mest guère possible de métaler dans la caisse verte qui orne le de­vant de ma fenêtre, et dy lire, à lombre dune bouture de lierre, haute de onze centimètres,

| une ou deux pages du Dictionnaire philosophi­que, dont une femme de ménage peu scrupu­leuse ma chipé le dernier volume il y, a huit jours. M. Henry Fouquier moffrira-t-il son jar­din et sa bibliothèque ?

Ou mavancera-t-il cinquante ou soixante mille francs pour acheter à Auteuil ou à Passy une petite maison, un jardin moyen ef une grande bibliothèque ?

Sil pousse jusque- le dévouement à ses idées, je len félicite, et je mempresse dac­cepter ses présents.

Mais, à moins quil nait hérité de la fortune de Monte-Christo, il se ruinera vite à ce jeu, et je lui conseillerai de chercher un autre moyen de se faire des prosélytes.

Maitre Lenglé est plus habile à attaquer le foncier suisse qua défendre Godelle.

Dans Sa plaidoirie en faveur de ce magistrat réactionnaire, plaidoirie qui aboutit au résul­tat que Ton sait, lavocat-député laissa échap­per cettre phrase :

« Nayant trouvé nulle part les motifs de la « révocation, je les ai cherchés aillleurs. »

Cela me semble calqué sur cette tirade dun Galino dopérette :

Oh madame 1 fuyons, quittons la France, et si cela ne suffit pas, nous partirons aussi de létranger !...

Le Soir déclare hautement quil naime pas les baïonnettes intelligentes.

Cest curieux comme ces gens ont de la sympathie pour les brutes !

Nota-Bene. Ils saccordent fort bien entre eux,

***

Le curé des Blancs Manteaux est mort à * 84 ans.

En dépit des souffrances et des privations extraordinaires quils supportent, les curés vivent maintenant plus vieux que les anciens apôtres.

Cest probablement un effet de lemploi de Beau de Lourdes à lusage externe.

Comme sottise finale, je ne puis mieux faire que rapporter cette anecdote du Siècle, sur M. Lezaud :

Cétait en 1863 ; M. Albert Lezaud, député invalidé de Bellac (Haute-Vienne), était alors sous-préfet de Pont-Audemer.

Un jour délection, le sous-préfet dit à son barbier, qui lui savonnait la figure :

Il faut, mon cher B..., que vous nous aidiez à faire triompher cette candidature. Reerutez-nous donc des électeurs.

Le barbier refusa de faire de la propagande en faveur du candidat officiel.

Mais pourquoi ?

Parce que je suis de lopposition !,

Or, le lendemain, le barbier reçut la lettre suivante :

cabinet

de lauditeur au conseil d'Etat

en service extraordinaire

Sous-Préfet Pont-Audemer (Eure),

1 er juin 1863.

Je ne puis laisser ma gorge entre les mains dun ennemi.

Remettez la note au porteur de ce que je vous dois.

A. Lezauu.

Lezaud paya cette note.

Tout ce que nous souhaitons, cest que les gens du Seize-Mai paient aussi celles quils doivent à la France,

Henry VAUDÉMONT.

LES CAiETS DE MEUTE

1/Académie française son Dictionnaire et autres choses

Vous savez que lAcadémie francise a été fondée par Richelieu pour y réunir les lettrés les plus éminents de notre nation.

Cest une clause qui na jamais été tenue.

Si quelques écrivains de mérite ont fait partie de ce docte sénacle, beaucoup de nos grands esprits ny ont pas été admis.

Je cite, en courant, Pascal, Molière, Laro- chefoucauld pas Bisacciacelui des Maxi­mes, Reynard, J.-B. Rousseau, Vauvenargues, Le Sage, labbé Prévost, Piron, J.-J. Rousseau, Diderot, André Chénier.

Et de nos jours, on na pas admis P. L. Cou­rier, Balzac, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Baudilaire, Soulié, Gozlan, Sue et dautres dont nous navons plus même la menue monnaie.

Béranger ne fut pas non plus de lAcadémie, mais cest lui qui refusa.

Piron fut élu par lAcadémie, le vertueux Louis NV qui prit pour sa dernière maî­tresse une fille de joie quil affubla du titre de comtesse du Barry ne voulut pas sanc­tionner sa nomination, parce que Piron était lauteur de lOde à Priape.

Ce nétait pas lavis de Fontenelle.

Le jour cette élection fut discutée, son grand âge lavait rendu sourd comme un pot il demandait à son voisin de quoi il sagissait.

De Piron, qui voudrait être de T Académie, Eh bien ?

Mais on croit quil a fait la fameuse Ode que vous savez.

Eh ! eh ! dit le malin vieillard en souriant, sil Ta faite, il faut le sermoner ; mais sil ne Ta pas faite, il ne faut pas le recevoir.

Ce qui nempêcha pas Piron de cribler lAca­démie de ses épigrammes, dont la dernière fut celle quil fit pour lui servir dépitaphe :

Ci-git Piron qui ne lut rien,

Pas même académicien.

De nos jours nous voyons siéger dans lau- uste enceinte déminents écrivains comme le uc de Broglie, le duc dAumale, Emile Ollivier, etc.

Si le célèbre Fourtou était resté ministre, il aurait eu un siège dimmortel, ainsi que son collègue le duc Decazes.

A propos de ce duc, je vais mettre un sinet à ma mémoire pour vous raconter en son temps une bonne boutade de Louis XVIII sur la noblesse de cette famille.

Ce nest pas seulement de nos jours que les grands personnages ont eu le droit dentrer à lAcadémie sans posséder aucun titre litté­raire.

Le marquis de Sainte-Aulaire y fut admis pour un madrigal, spirituel, il est vrai ; mais sans être exigeant, on peut dire que cest bien peu.

Voici comment la chose eut lieu ;

M. de Sainte-Aulaire se trouvait à Sceaux, chez la duchesse du Maine.

Le voyant songeur, ce qui nétait pas dans ses habitudes, la duchesse lui dit en plaisan­tant :

Voyons, mon cher Apollon, à quoi pen­sez-vous ? Dites-moi votre secret.

Et le marquis, après avoir réfléchi quelques instants, lui répond :

La divinité qui s'amuse ,

A me demander mon secret,

Si jétais Apollon, ne serait point ma muse j Elle serait Thétis, et le jour finirait.

Et voilà avec quoi on entrait à lAcadémie, quand on possédait le gracieux nom de Beau- poil de Sainte-Aulaire.

LAcadémie sollicitait le maréchal de Saxe daccepter un fauteuil.

Le maréchal répondit en disant quil ne savait seulement par lorthographe.

On peut juger quil ne mentait pas par ce passage dune lettre quil écrivait au duc de Noailles :

« Sela malet comme une bage à un chat.

Pour coy nen aites vous pas? Je crains les ridigules, et se si men paret un. »

On lui objectait que le duc de Villars ne savait pas plus écrire que lui, et que quand il avait écrit, il ne pouvait pas se lire, ce qui ne lempêchait pas dêtre de lAcadémie.

Ces arguments ne convainquirent pas le héros, il refusa, donnant ainsi une leçon aux académiciens.

LAcadémie vient de publier la septième édition de son Dictionnaire ; on ne peut laccu­ser davoir fait ce travail légèrement : elle lavait commencé il y a quarante-trois ans.

La docte assemblée na pas plus celte fois que les autres révolutionné la langue ; tous les mots admis dans le langage usuel depuis quarante ans, et qui ont trouvé place dans les Dictionnaires de Larousse, de Littré et autres, ny figurent pas.

La réforme la plus radicale quelle ait osé, cest de permettre de mettre un è grave dans de certaines terminaisons en ège et de sup­primer un h dans le mot phthisie.

Le mot actualité na pas reçu ses lettres de naturalisation ; ça se comprend, H ny a quune quarantaine dannées que tous les écrivains lemploient.

Quoi quil en soit, le Dictionnaire de lAca­démie est le Code de lorthographe. Sa posses­sion est nécessaire à un grand nombre de per­sonnes qui ne peuvent acheter les deux volu­mes à la fois.

MM. Didot feraient une bonne action et une bonne affaire en le publiant par petits fasci­cules.

Une plaisanterie de Louis XVIII sur

la noblesse de son favori le comte

Decazes.

Je vous ai promis tout à lheure de vous « en raconter une bonne, » comme dit mon ami Hippolyte, sur la famille Decazes ; je tiens ma promesse :

Louis XVIII, obligé, par son entourage, de se séparer de son favori, confiait son chagrin au duc de La Châtre.

Mais, Sire, dit le confident, ne pouvez- vous. donner à M. Decazes, pour le conserver près de vous, la charge de premier gen­tilhomme de la Chambre, qui est vacante?

Brrrr, fit le roi. Dis-moi La Châtre, as-tu lu la Cuisinière bourgeoise ?

Oui, Sire, cest un livre il y a dexcel­lentes choses.

Hors, tu connais la manière de faire un civet de lièvre ?

Ma foi, Sire, javoue que.... je nen sais rien.

Eh bien, mon ami, la Cuisinière bour­geoise dit que pour faire un civet de lièvre, il faut un lièvre... Tu comprends, La Châtre?

Je comprends que pour faire un gen­tilhomme de la Chambre, il faut un gentil­homme.

Eh bien, que ten semble ?

Que le roi connaît mieux que moi la Cuisi­nière bourgeoise.... et le reste.

Et voilà, ajouta Louis XVIII finement, pourquoi je mourrai roi. Je crains que dautres naient pas le même bonheur....

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Escarmouches

Dans une longue épître que sadresse le boueux en chef du Petit Caporal, sous la rubri­que : Les employés persécutés par la R. F., je cueille cette phrase :

« Les employés municipaux, généralement