LBGRELOT

On a interdit la représentation de la Grande- Duchesse.

Quel général a pu se reconnaître dans le personnage du général Boum?

Hélas I... Si un seul sest reconnu dans ce ridicule matamore, le public en aurait reconnu lien dautres, défunts (1).

Notez, que lempire autorisa sans difficulté cette opérette que lon interdit aujourdhui.

Décidément nous étions beaucoup plus libres sous ce régime tyrannique que sous le régime libéral actuel.

Sil y avait seulement trois honnêtes gens dans le parti, je me ferais de suite bonapar­tiste.

***

Le Pays, qui annonçait tous les jours la fin prochaine de Thiers, recommence avec Gam­betta ce ragoûtant métier de précurseur des croque-morts :

M. Gambetta, dit-il, a prolongé son séjour à Nice pour soigner sa santé de plus en plus ébranlée. Nous avons dit, il y a quelque temps déjà, que M. Gambetta est atteint dune dégé­nérescence graisseuse du cœur.

Le citoyen Louis Asselire, rédacteur du Rappel, qui a été enfoui civilement avant- hier, a succombé aux suites de la même affec­tion.

La République ne meurt pasavec un homme. Elle a survécu à Thiers, elle survivra à Gam­betta. Le cygne de Cahors peut mourir, elle ne sen portera pas plus mal pour cela.

***

Popaul *e déclare toujours ami des coups de force. Mais il ajoute quil nest pas temps encore, quil faut attendre un peu.

Les coups de force ne nous déplaisent pas, et ce n'est pas daujourdhui que nous savons que l'épée seule peut quelquefois trancher les nœuds (pie Ton ne peut dénouer.

La République se fonde à peine, elle débute, elle essaie ses premiers pas, après avoir quitté le bourrelet et les lisières.

On ne tue pas un enfant, que diable ! même quand il présente les plus mauvaises disposi­tions. On le laisse grandir, accuser ses vices et mériter le châtiment 1

Il est impossible que Popaul parle sérieuse­ment.

Je sais bien quil ne tue pas les enfants, et quil attend que Georges Périn et Clémenceau aient grandi un peu pour trancher le fil de leurs jours,

Mais il nignore pas, de son côté, que beau­coup de gens de son parti nont pas cette louable délicatesse qui repose au fond, du cœur qui bat sous sçn épiderme de mal blanchi.

Napoléon I or et le fils Verhuel ne se sont fait aucun scrupule dassassiner, lun une pauvre fillette de treize ans, l'autre, un bébé de trois ans, sans compter les pauvres êtres, non plus symboliques, mais en chair et en os, que les biscayens français (?) vinrent tuer dans les bras de leurs mères, au Deux Décembre, sur le boulevard Montmartre !

Henry VAUDÉMONT.

SEMAINE THEATRALE

Comédie-Française.

Des trois hautes personnalités théâtrales qui se disputent actuellement la première place : MM. Dumas, E. Augier et Sardou, M. Augier passe pour être celui qui a le mieux compris son époque et trouvé le meilleur moyen de conquérir la vogue. Il semble avoir mieux saisi le tempérament du spectateur, et tout en disséquant avec le même soin que ses concurrents le cœur humain, il sait s'arrêter à teinps et atteindre plus vite et plus sûrement le but de lauteur dramatique, constigat mores râdendo vel lacrymando, en sarrêtant, dans peinture des mœurs quil nous présente, à lendroit irécis ses personnages, si réels qu'ils soient, cesseraient, sur la scène du iiKtius, dêtre intéressants par lexcès même de ieun ignominie et du dégoût quils inspirent. Le bon public est ainsi fait quil lira volon­tiers et avec plaisir les productions les plus malsaines, mais quil jettera les hauts cris au moindre mot au spectacle. Cest un travers, à coup sûr, mais quun bon auteur doit savoir respecter pour se faire applaudir.

Les dernières œuvres des trois maîtres delà scène : Balsamo à lOdéon, les Bourgeois de Pont-Arcy au Vaudeville, les Fourchambault à la Comédie-Française, viennent à lappui de lopinion que nous émettons, et il puéril din­sister davantage pour démontrer combien, à ce point de vue et à beaucoup dautres du reste, les cinq actes de M. Augier sont supé-

(i) Mot ajouté par lauteur sur lobservation du gérant peu soucieux davoir des démêlés avec la i orreclionnellc.

rieurs comme justesse didées et beautés de développements, aux deux autres pièces que nous venons de citer.

Lidée générale des Fourchambault est celle- ci : lentant naturel, labandonné, le paria, sauvant lhonneur de la famille, de son père qui a refusé de le reconnaître, et ce, à linsti­gation de sa mère séduite et abandonnée.

M. Fourchambaut, riche banquier, a eu, il y a nombre dannées, pour maîtresse, une jeune institutrice qui lui a donné un fils ; puis, à linstigation de son père, il a délaissé la mère sans fortune et lenfant, pour épouser une jeune poupée, frivole, sans cœur, égoïste, mais ayant un million de dot. De cette union sont nés deux enfants, un fils et une fille, élevés dans le goût du jour, ne voyant quun but à la vie, la réalisation de leurs désirs, la satis­faction de leurs plaisirs, nadorant quun Dieu, Sa Majesté lArgent. La jeune fille ne songe quà devenir baronne en épousant un vidé, fils uu préfet de lendroit, et le jeune homme, en vrai fils de famille, quà assouvir ses pas­sions et notamment à déshonorer une jeune fille recueillie par son père.

Aux oppositions à cette famille, peinture exacte des mœurs de lépoque, lauteuç nous en présente une autre; celle de l'institutrice abandonnée par le riéhe banquier, laquelle grâce à ses soins ot aux privations quelle sest imposées, a su élever son fils Bernard, en a fait un honnête homme aujourd'hui posses­seur dune fortune immense quj 1 ne doit quà son intelligence et à son travail.

£ Bernard connaît sa situation : cent fois il a demandé à sa mère le nom de son lâche sé­ducteur, mais celle-ci, par abnégation ut qeut-ètre par amour, sest toujours refusée à le lui faire connaître. Elle ne tarde guère ce­pendant à le dévoiler ce nom quelle cachait avec tant de soin, car la faillite vient dat­teindre la maison Fourchambault, et à cette nouvelle la pauvre abandonnée ordonne à son fils de venir au te ouïs du banquier. Bernard, devant celte insistance, comprend que Four- ehambault est son père. Il le sauve du déshon» neur sans se faire reconnaître de lui, en sas­sociant réforme le train de sa maison, rétablit sa fortune et force le jeune Fourchambault à offrir sa main à lenfant quil a compromise, après lui avoir déclaré dans une scène magni­fique, quil était son frèie. La jeune créole, refuse la main quon lui offre, et épouse Ber­nard qu'elle aime et dont elle est aimée.

Cette trop rapide analyse ne saurait donner quune idée bien vague de la nouvelle pièce que la Comédie vient de donner; elle aura du moins le mérite de faire comprendre combien le succès qu'elle a obtenu était juste et mé­rité.

Tout y est noble, grand, profondément hu­main et vrai, les Fourchambault constituent- ils une œuvre solide et durable qui fait.le plus grand honneur au maître qui Ta conçue et aussi aux artistes qui lont accueillie et in­terprété avec un si remarquable talent.

***

Le théâtre de T Ambigu a remplacé la Fille des Chiffonniers par la Brésilienne, drame en cinq actes de M. Paul Meurice, tiré dun ro­man du môme auteur publié récemment dans le Rappel.

Laction traversée par un trop grand nombre d(empoisonnements et d'assassinats, a paru bien noire, dautant plus que lauteur navait pas cru devoir introduire dans sa pièce le moindre petit rôle comique pour l'égayer.

On se fatigue vite de pleurer, même au théâtre, et nous craignons fort que lauteur ne se soit pas suffisamment souvenu du vers bien comm :

Lennnî Uaquit un jour de Tnniformité.

Ursule, le nouveau drame de M. Louis Da- vyl, ne tardera donc guère à voir le jour.

JULES DE LA VERDR1E.

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