LE GRELOT
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du tramway de Clamart me sollicite d’aller jouir du soleil de printemps loin de tous les discours du père Monsabré.
Je me hâte donc de vous déclarer qu’il n’y a rien de nouveau en politique, et que chacun ne songe qu’à l’Exposiiion et à. acheter des vêtements d’été...
La semaine prochaine, je l’espère, nous causerons plus longtemps; mais celle-ci, je m’évade des bureaux de la rédaction, joyeux comme une Véra Zassoulich qui échappe aux griffes des roussins du tzarl
Gjun’GOirf..
P. S. — Voici tous les journaux réactionnaires qui crient à la misère et font grand bruit d’un ouvrier qni auprès de Montpellier aurait été réduit à manger du son.
Mais, chers anges, cela prouve au moins l’honnète de cet homme. Il n’aurait pas été réduit au son s’il avait voulu toucher à vos glands ! G.
Effet de printemps.
Le printemps, qui fait sortir les escargots de leurs coquilles, vient de faire sortir aussi les opportunistes de leur caractère.
Ils commencent à montrer leurs cornes d’une façon menaçante.
Us parlent de nouveau de mettre les gens du Seize-Mai en accusation.
Il y a longtemps que cela devrait être fait, disent les radicaux,
Mais, enliu, mieux vaut tard que jamais 1 Et là-dessus voilà tous les journaux rouges qui, de joie, se mettent à polker dans leurs colonnes.
O radicaux, nos frères,
Journaux rouges, nos confrères,
Ne vous réjouissez pas tantl Ne vous faites pas des chaussures de ha] avec la peau de l’âne du Seize-Mai avant de l’avoir tannée!
Fausse joie*
Ou je me trompe bien,
Ou tous les beaux projets des opportunistes resteront comme les autres à l’état de rêves.
Tant qu’il ne s’agira que de dire, ils seront forts.
Mais lorsqu’il faudra faire, ils n’oseiont pas. Us sont comme ces roquets qui aboient toujours et montrent sans cesse leurs dents pointues, mais qui ne mordent jamais.
Tous ces roséolards grognaient depuis longtemps,
Us jappent aujourd'hui, ,
Mais, — hélas !... — ils ne mordrdnt pas demain. y
Ce serait trop beau.
Je suis hien jeune, mais j’ai déjà éprouvé tant de déceptions que je me défie instinctivement des choses justes et belles, qui me paraissent irréalisables sur cette terre.
Voir Foui'tou goûter à son tour des cachots où il a mis au frais tant de journalistes républicains,
Voir de Broglie manger pendant quatre ou cinq ans des lentilles et des haricots récalcitrants à la cuisson, ï&bnt l’aspect ne lui ferait pas venir l'eau à la otmche,
Voir Joseph Brunet tresser des chaussons de lisière, et Caillaux sculpter des binettes de calotins sur des noix de coco...
Oh! ce serait trop beau!
Ce serait une trop grande joie pour ma pauvre âme, ulcérée par le paiement du dernier terme...
C’-est un beau rêve...
Mais ce n’est qu’un rêve qui ne se réalisera jamais, quoi qu’en disent les journaux, qui, si Cela continue, adoreront bientôt dans leurs bureaux des moulages en plâtre du nombril du cygne de Cahors.
Soyons brefs!
J e vais faire comme ce cygne, qui pour l’instant se repose de ses fatigues en Tyrol.
Mes moyens- ne me permettent pas d’aller faire un tour au Vorarlberg, mais la trompe
PAQUES!!!...
Pâques ! c’est la résurrection.
Le christ, nous dit la légende, après avoir été mis à mort le vendredi, et enseveli dans un tombeau sous une lourde pierre, souleva cette dalle le dimanche, et apparut radieux aux yeux des gardes terrifiés.
De môme la République, que le Seize-Mai avait voulu ensevelir dans un in-pace, brise aujourd’hui le linceul de pierre dans lequel on voulait l’emprisonner à jamais. Elle culbute les matamores conservateurs qui s’étaient faits forts de l’empêcher de recouvrer sa liberté.
Pauvres conservateurs 1 héros de pacotille, légionnaires de carton, que le doigt d’une enfant renverse 1
Les voyez-vous mesurer la terre et tomber dans la poussière, comme les chauves-souris s’abattent sur le sol, étourdies par le soleil.
Et pendant qu’ils grouillent ainsi, se tordant vainement, sans pouvoir se relever, la République, plus vivante que jamais, promène sur le monde la radieuse lumière du Progrès, que l’Exposition qui va s’ouvrir fera briller encore d'un plus vif éclat !
H. V.
Et mille livres sterlings, 23,000 francs, sont promises à celui qui dénoncera le ou l’un des coupables.
La somme est forte.
Mais personne n’a encore parlé,
Et, je connais assez le peuple anglais pour croire que, dans cette affaire, contrairement à ce qui a lieu habituellement, dans un assassinat ordinaire,
Personne ne dénoncera les coupables, — Pour une excellente raison,
C’est que le queen’s evidence (le témoin de la reine, c’est ainsi qu’on appelle le dénonciateur, ce qui n’est guère flatteur pour la reine),
Serait certain.
Ou à peu près,
D’avoir le sort de lord Lietrim, — quelque précaution qu’il prît.
***
Il y a, en ce moment-ci, un homme diablement heureux,
Et qui peut se vanter d’avoir vu quelque chose,
Que personne au monde n’a vu —
Depuis dix huit cents ans du moins —
Car il parait qu’il y a dix huit cents ans, Douze ou quatorze personnes le virent comme ont voit le soleil en plein midi, — quand il n’y a pas de nuages devant, bien entendu.
***
Cet homme,
C’est le cardinal-archevêque de Malines,
Et ce qu’il a vu, que personne n’a vu,
C’est le Saint-Esprit !
Ma parole d’honneur !
Il l’a vu !
Au Conclave, en plein midi, sans éblouissement, sans trouble dans les yeux 1 Ecoutez-le plutôt déclarer dans le mandement qu’il vient d’adresser à ses diocésains :
« Non, jamais je ne cesserai de remercier Dieu d'avoir pu voir, de mes yeux, l’action de l’Esprit-Saint, au conclave, dans une assemblée de plus de soixante cardinaux ! Ce souffle d’en haut inclina les cœurs d'un même côté, et trois scrutins suffirent pour donner un chef à la catholicité 1 »
Ainsi,
Maintenant, on ne dira plus que c’est de la blague !
Un cardinal, et surtout un cardinal belge, ça ne ment jamais.
FEUILLES AU VEUT
Il parait, décidément,
Que notre ministre de la guerre vaètre oblige de faire ses paquets,
Et de dire adieu à notre beau Paris,
Car les plaintes grêlent, —
Il est vrai que nous sommes eu avril,
Et que c’est la saison des gréions, —
Et qu’elles sont justes malheureusement. Avouons aussi que les ministres de la guerre ont de la peine à satisfaire l’opinion,
Et que, sans être des roses, ils vivent,
.Ce que vivent les roses,
L’espace d’un matm.
***
— En attendant que la commission d'enquête demande à la Chambre sa mise en accusation, M. de ...glie .achète des hôtels de 330,000 fr.
Dans le temps, les fermiers généraux qui avaient la perception des deniers publics,
Ne se retiraient pas des affaires sans avoir, Gomme Boulier sous l’empire,
Pensé, un peu à leur vieillesse.
Il paraît que si nous n’avons plus les fermiers généraux qui pressuraient les corvéables soumis à leur puissance avec autant d’énergie que de nos jours ce Lord Leitrim à qui les Irlandais viennent de faire passer l’arme à gauche,
Nos gouvernants ne sont pas moins habiles qu’eux,
Et que,
Gomme Panurge qui avait cent-soixante trois moyens de se procurer de l’argent dont le plus honnête était le vol,
Les ministres et les administrateurs qui défilent depuis trente ans sous«nos yeux, — J’en excepte les hommes actuellement au pouvoir;
La personne présente est toujours exceptée, Ont toujours su prendre les précautions nécessaires pour s’assurer toute leur vie la possibilité de se procurer tout ce qui file entre le nez et le menton.
— J’ai prononcé le nom d A lord Lietrim, Assassiné à la.suite de malversations odieuses qui avaient révolté les populations réduites à la plus atroce misère par suite de la sévérité avec laquelle cet homme sans pitié exerçait ses droits de propriétaire.
Selon la coutume anglaise,
On a fait appel depuis déjà quinze jours à la
trahison,
Ajoutez à cela le jour des Cendres,
Le Vendredi-Saint,
Et quatre autresjours, — séparés, — distribués dans toute Tannée par ordre du gouvernement anglais,
Et c’est tout.
En somme, six jours, — car il y a un dimanche sur les sept, — de vacances tous les quatre mois, et six autresjours dans les douze.
En tout, vingt-quatre jours de fermeture, en dehors des dimanches,
Et distribués de telle façon,
Que jamais l’homme de* lettres n’a à interrompre son travail, — souvent de la dernière importance, puisqu’il en vit, — pour permettre à messieurs tels et tels d’aller se balader à la campagne,
A Citretat,
Ou à Monaco. *
***
Une folie impertinente.
Deux amis passent sur un pont assez étroit, Et non garni de garde-fous.
— Pourquoi, dit l’un, n’a-t-on pas mis ici de garde-fous?
L’autre charitablement :
— Parce qu’on ne savait pas que vous passeriez par ici.
ig**
Dans un magasin de nouveautés, une dame très-élégamment mise glisse une pièce de dentelle sous sa robe.
Un commis l’aperçoit et appelle un sergent de ville qui arrête la coupable.
Etonnement simulé de la dame.
— Vous avez dérobé une pièce de dentelle... lui dit-on.
— Pour qui me prenez-vous! s’écria-t-elle indignée.
— Je vous prends... pour une voleuse, dit le sergent, de ville, — et joignant le geste à l’action, il la prit en effet par le bras et remmena au poste.
BRIDAINE.
Sourîtes %* SEJpnsongps
***
— Paris est vraiment la ville de Pantagruel, Et je ne lis jamais la description de là foire aux jambons, sans avoir une douce émotion... à Testomac et sans m’écrier,
Adorable Cochon, animal-roi, cher ange!
Adorable Cochon, animal-roi, cher ange !
Un million de kilogrammes de charcuterie, Voilà, d’après les" statistiques, ce qui file chaque année des boutiques de la foire aux jambons dans les maisons des gens de Lutèce.
O jambon de Mayence Aux éclatantes couleurs Sur l’assiette de faïence Peinte d’oiseaux et de fleurs !
Comme dit encore le même Monselct inépuisable quand il s’agit de chanter le Plaisir et l'Amour.
Quoi d’étormant, d’ailleurs, qu’un million de kilogs de charcuterie passe dans les estomacs des Parisiens, comme une dépêche par le téléphone,
Alors qu’un journal annonçait ces jours derniers qu’en 1877,
Paris avait mangé par jour 7233 maniveaux de champignons, — soit environ soixante-dix mille individus 1
***
— Beaucoup de gens qui aiment travailler, Se plaignent beaucoup des gens qui, de tous les gens de la terre, aiment le plus se reposer, et à rester les bras croisés :
J’ai nommé les bibliothécaires, grands et petits, de la bibliothèque nationale.
A côté de ces messieurs, les lazzaroni napolitains, pour le far niente, ne sont que de la Saint-Jean !
Commo le curé de la fable du Savetier et du Financier,
Ces aimables fainéants,
/■
De quelque nouveau saint chargent toujours leur prône.
Vacances de Pâques qui durent trois semaines,
Vacances des écoliers qui en durent quatre, Vacances de la nouvelle année qui en dure une,
Vacances pour réparations, pour démolitions,
Cela n’en finit pas,
Et il est impossible à une bibliothèque publique de se moquer autant des travailleurs qui la fréquentent.
A Londres,
Au British Muséum, supérieur en tout à la Bibiotbèque de Paris pour la commodité des lecteurs,
Il y a pour les employés, depuis le premier jusqu’au derniej, trois semaines de vacances pour toute l’année,
Et.pas trois semaines consécutives!
Trois semaines distribuées ainsi :
Les sept premiers jours de février,
Les sept premiers (jours de mai,
Et les sept premiers jours de septembre,
Si Veuillot était un chien, il faudrait l’abattre. Il est décidément bel et bien enragé. Un jésuite l’aura sans doute mordu, et il aura oublié de cautériser la plaie avec de l’eau de Lourdes.
L’autre jour, il a eu un formidable accès, et il a bavé deux longues colonnes contre l’Exposition.
Les ouvriers qui construisent ce palais démoniaque n’ont-ils pas eu l’audace de travail-* 1er le saint jour de Pâques 1 Veuillot en déduit que Dieu va se mettre en colère, et abattre sa puissante main sur le « grand bazar » du Champ-de Mars, qui sera instantanément transformé en un four aussi colossal que l’idiotisme de M. de Lagrenée.
***
Entre nous Veuillot a raison. _
Il est certain que l’ouvrage, fait un jour aussi saint que celui de Pâques, ne peut pas être profitable.
L’Exposition ne sera jamais prête pour le i or mai.
U n’y avait qu’un seul moyen à employer pour que tout fût en ordre pour ce jour-là.
C’était de ne pas travailler du tout, et, d’adresser à Dieu des prières ferventes.
On ne so fait pas la moindre idée de l’influence des prières ferventes sur le remplissage des vitrines. Du moins Veuillot l'affirme.
Certes le procédé est fort commode et peu fatigant. Aussi je ne doute pas qu’avant peu il soit partout adopté.
Il faut savoir prendre les gens par leur faible. Maintenant que je sais que Diêu, bien qu’il ne s’appelle pas Arthur, aime à se sentir passer la main dans les cheveux, au lieu de travailler comme un imbécile douze ou quatorze heures par jour, pour arriver à faire des dettes chez mon marchand de soupe, je m’agenouillerai confortablement sur un coussin, et réciterai pendant une demi-journée de jolies oraisons.
Quand je me relèverai, je trouverai ma copi 0 toute faite par l’ange Gabriel, ou par quelque autre volatile céleste, spirituel en diable.
Comme il n’y a pas besoin du tout de co®' prendre le premier mot des prières latines que Ton récite ainsi, le procédé est à la portée de tout le monde, et il faudrait que mes lecteurs soient aussi crétins que M- de Lagrenée, déjà nommé, — pour n’en pas profiter.
***
Les jésuites sont gens fort industrieux, q ni font argent de tout.
