LE GRELOT

NOTRE PROCES

Nous avons été condamnés par Jo tribunal de Lille à 500 francs d'amende et à 500 francs de dommages-intérêts,que nous verserons ès mains des pères dominicains.

Nous nous abstiendrons de faiie aucune ré­flexion sur ce jugement, dont le texte sera publié ici et dans trois journaux, d'abord parce quil mérite tous nos respects, et en­suite parce que la loi nous y force.

Nous nous bornerons seulement à faire des vœux pour que les pères dominicains em­ploient ces 500 francs , que nous aurions peut-être dépensés au billard, à des œu­vres saintes et à lachat des discours des Pè­res de lÉglise sur le pardon des injures.

De plus, nous prévenons les journaux clé­ricaux de Lille que, la première fois quils parleront irrévérencieusement dun soldat, nous leur ferons intenter un procès en diffa­mation par toute la garnison de Lille.

Ce sera notre seule, maiscruelle vengeance. Le pantalon garance vaut bien larobe blan­che des disciples de saint Dominique, et nos bons cléricaux verront sils en sont quittes pour 50 francs par homme diffamé!

LE GRELOT.

LA SEMAINE

Décidément, à tout coup lon gagne !... Absolument comme aux macarrons. Dimanche dernier le peuple avait deux députés à nommer,

Il nomme deux républicains :

M. Barberette à la Rochelle,

M. Huon à Guingamp.

Vraiment, cest à en avaler sa langue 1 o

A propos de ce dernier candidat, le jeune Popaul, .se servant, comme toujours, de cette langue si élégamment parlée par les vidan­geurs du quartier Mouffetard et dont il garde précieusement Je secret, avait publié les lignes suivantes, dans le Pays du 2 juillet :

« Les républicains mentent ( aimable en­fant !) quand il annoncent le succès de M. Huon, ce candidat ridicule {toujours poli 1) qui a lair dun magot de foire (est-il assez distingué, heinï) et que les électeurs de Guingamp ne préféreront pas, nous en som­mes convaincus, à la personnalité intelli­gente, distinguée et patriotique de M. le prince de Lucinge. »

Eh bien, mon pauvre Popaul, voilà en quoi tu tes fourré le doigt dans lœil.

La personnalité intelligente, distinguée et patriotique de M. le prince de Lucinge, mal­gré son intelligence, sa distinction et son pa­triotisme, est tombée, comme on dit vulgai­rement, dans la plus complète limonade.

Le prince sest désisté avec un bon goût et un nez bien rares chez les gens de cet acabit, et, comprenant quil rem; orterait une veste fantastique, il a lâché ses électeurs et est allé tout simplement se promener à lExposition.

Ce qui fait que ce galeux, ce pelé, ce mor­veux de M. Huon a passé exactement comme une lettre à la poste.

Et cela, sans douleur.

Au contraire 1 Non !

Ma parole dhonneur,

Popaul, tu nes plus le même : Tu te ramollis.

Et cela me fait de la peine f

Il est vrai que tu as une excuse :

Lorsque le parti que lon représente si bril­lamment, dont on est lexpression la plus sublime, le prétagoniste le plus saillant, lors­que ce parti, dis-je, en est arrivé à se faire commander des fonds de culotte en zinc, pour pouvoir résister aux nombreux coups de pied au derrière qnil reçoit à chaque élec­tion nouvelle, je conviens quil y a de quoi démonter le plus robuste et abrutir le plus spirituel.

Aussi je comprends ta douleur,

Et je la partage, Popaul !

Crois-le bien !

Dans une certaine mesure, du moins.

Il est toujours pénible de voir guillotiner un vieux gredin, si roublard et si canaille quil ait pu être, sa vie durant.

Aussi, contempler lenterrement de plus en plus définitif chaque jour de cette bande de paillasses sinistres, qui nous ont pendant vingt ans, battus, écorchés et ruinés,

Cela fait toujours quelque chose.

On nest pas bien sûr que ce soit des Français.

Mais enün, ce sont des hommes.

Et les voir finir de cette façon.

Ah 1 tiens Popaul, ne parlons plus de cela!...

Ça me fait trop de mal.

Fallait pas quy ail

-O

tu baisses, mon

Ah ! Popaul, Popaul ! vieux !

Et je ne te reconnais plus

est donc cette prescience politique qui te faisait si bien annoncer en 1871 que ton jeune Oreillard de maître reviendrait faire le bonheur de la France, une fois sa majo­rité accomplie?

Je ne retrouve pas noa plus, en cette occa­sion, ce flair merveilleux qui te portait à prédire, au lendemain du 16 mai, que la République allait disparaître dans cent mille pieds de mélasse et que de Broglie et de Fourtou, ces deux messieurs si vilains, allaient ramener enfin notre malheureux pays aux saines traditions.

Les bons pitres qui déposent leurs petites vilenies dans les colonnes des journaux réac­tionnaires ont inventé une scie qui ne manque pas dun certain cachet.

Ne sachant plus comment sy prendre pour agiter le pays, arrêter les affaires, jeter le trouble dans les esprits, ruiner le commerce et aplatir lExposition,

Ces farceurs ont imaginé, pour les be­soins de leur cause malpropre, la crise mi­nistérielle.

Ça nest pas bien malin,

Ça ne trompe personne,

Mais il y a toujours quelques gâteux qui, à cette nouvelle, vendent leurs rentes et ver­rouillent leurs portes,

Cest toujours ça.

Aujourdhui, M. Dufaure sest précipité sur le général Borel et lui a cassé trois dents ;

Hier, cétait M. de Marcère qui, dans un accès de rage bleue, avait administré à M. Teisserenc de Bort une volée de derrière les fagots ;

Demain, ce sera M. Bardoux, qui a annoncé à ses intimes quau conseil qui se tiendra à neuf heures pour le quart, il mangera le nez à M Freycinet.

Alors, les lecteurs de la Défense, du Fran­çais et de la Patrie, poussent des hurlements désespérés, se couvrent la tête de cendres et sécrient, en levant les bras au ciel :

Encore une crise ! toujours donc 1... mais il ny a donc pas moyen dêtre tran­quilles quinze jours 1... Ah! quelle chienne dexistence!... sacrée République, val... on ne la fichera donc jamais à la porte !...

Et la femme de ménage de M. Henry des Houx court vendre laction turque que son généreux maître lui a donnée pour ses étrennes.

Pauvres gens 1

Si vous saviez comme çà prend peu !

Et combien vous nous faites pitié 1

Nous la connaissons, voyez-vous, mes en­fants !

Il y a trop longtemps que cette manœuvre, renouvelée des Grecs comme le jeu de loie, est reconnue le signe précurseur du dernier soupir dun parti à lagonie.

Cest ce que nous appelons un joli ratage.

Faudrait voir à trouver quelque chose de mieux.

Et rapidement.

Car sans cela !...

Ah! mes enfants!... je ne voudrais pas être dans votre peau 1

NICOLAS FLAMMÈCHE.

Quallait-il faire dans cette galère?

De qui parlez-vous ?

De M. Waddington, parbleu I

De notre bon ministre des affaires étran­gères, qui, en dépit des hosannus entonnés

E ar les optimistes de lopportunisme, a été- as aussi utile quune cinquième roue à une voiture

Ce qui, dailleurs, était à prévoir.

Quelle influence voulez-vous quune parole honnête ait, si elle nest pas soutenue par un solide poignet, armé dun grand sabre ?

Prenez le plus grand, le plus éloquent des logiciens.

Envoyez-le discourir au-milieu dune bande de voleurs, en train de dépouiller une riche proie.

Croyez-vous que tous ses beaux raisonne­ments empêcheront ceux-ci dempocher la bourse et la montre de la victime ?

Et môme, comme on dit chez la princesse, denganter son auberg ?

Si oui, vous ôtes aussi naïf que M. Wad­dington.

En dépit de ses belles paroles, celui-ci a vu la Turquie dépouillée par ses ennemis.

La Russie lui a pris sa culotte,

LAutriche son gilet,

La Serbie sa cravate,

Le Monténégro son fez,

La Bulgarie sa chemise,

Et lAngleterre « amicalement » ses chaus­settes.

Dans cetterâfle générale,M.Waddington na même pas pu aider sérieusement la Grèce à prendre à « lhomme malade » un de ses deux godillots.

'Et quant à lui, il na remporté que sa veste. Mais ne devait-il pas sy attendre ?

En sen allant désarmé au- milieu de cette société damis de la propriété dautrui, ne sa­vait-il pas quil ne pourrait faire quapprou­ver cette spoliation, en apposant au bas sa signature?

Il a eu, il est vrai, la consolation dêtre assis à côté ou en face de la princesse dAlle­magne, ou à droite ou à gauche du prince de Bismarck.

Mais navoir pas été condamné à manger sous la table est une bien médiocre compen­sation pour un rôle aussi peu glorieux.

Est-il digne de la France daller seffacer ainsi ?

Puisquelle na pas, ou quelle ne veut pas avoir maintenant, la force de ce sabre, quelle nai lie pas recevoir des affronts de celui ci.

Quelle reste chez elle, les autres na­tions sauront dailleurs bien venir lai rendre, dons son palais pacifique, des hommages plus sincères que les ironiques prévenances que lon a eues pour elle au Congrès.

H. Y.

ZIGZAGS

Le a Grelot » prophète

Nous navons aucunement la prétention de faire concurrence à Isaïe et à Jérémie,

Et nous espérons quil se passera quelque temps encore avant que nous ne soyons ré­duits à transformer nos bureaux en baraque de somnambule extra-lucide, prédisant parfois lavenir, et au besoin le passé, pour la mo­dique somme de dix centimes, un sou pour les militaires en uniforme.

Cependant nous tenons à prouver que nos appréciations, peu flatteuses, à la vérité, sont justes et inspirées par un sentiment réel de ce que sont la situation et les hommes, et non par une rage systématique de tout criti­quer.

Au lendemain du 14 décembre, nous ne nous sommes montrés que fort peu enthou­siastes de la réapparition au pouvoir de Du­faure, le terre-neuve qui a repêcha la démission du maréchal.

Ce cabinet, avons-nous dit, eut été excellent avant la lettre, la fameuse lettre à Jules Simon.

Mais il est bien fade pour un ministère de revanche.

Et de fait, faisons lui son inventaire de mi­lieu dannée.

Depuis sept mois quil est au pouvoir, qua- t-il fait ?

Qu'a-t-il vengé ?

Il a changé des préfets,

Un peu plus de sous-préfets,

Beaucoup moins de maires,

Et si peu de magistrats que ce nest vraiment pas la peine den parler.

Gouvernement des pies borgnes En revanche, il est vrai, il a beaucoup parlé.

Et accordons-lui cela,

Bien parlé,

Ce qui est rare, mais ce qui ne suffit pas. Programmes,

Circulaires,

Discours,

Allocutions,

Speechs,

Tout cela a été prodigué à oreilles ç veux-tu.

Le bénin M. Bardoux à lui seul a jacassé ainsi assez pour user un quarteron de phono­graphes.

Mais les actes nont aucunement répondu 5 ces paroles.

Non-seulement on na pas puni les fauteur» de coups dEtat, mais on a destitué ceux 1 les ont empêchés.

Limmense majorité des gens à poigne dd Seize-Mai sont encore bien tranquillement c® place, et y resteront.

Pour un marquis dAllen condamné, corO' bien dautres qui ont autant tutoyé les buh letins de vote, ne sont même pas poursuivis' Pour un Durangel mis à la porte du miniS' 1ère de lintérieur, combien de réactionnaire 5 y occupent toujours des sinécures, grasse­ment rétribuées par les deniers des repubfi' eains ?

Le cléricalisme, cet éternel ennemi de no 5 libertés, est-il moins puissant que sous I e Seize-Mai?

Non ' Ses appointements sont augmentés son influence reste la même, et sa bonn e amie la magistrature se charge de le faire reS' pecter et de le venger, même des raillerie 5 les plus anodines.

Lœuvre populaire

A vrai dire, depuis le 14 décembre, il y a ed deux grandes, deux belles manifestations ' celle du 1 er mai et celle du 30 juin.

Elles ont affirmé dune façon éclatante 1® République, sa richesse et sa vitalité.

Mais à qui doit-on surtout en attribuer léclab si ce nest au peuple lui-même?

Est-ce le gouvernement qui a eu lidée d e pavoiser Paris et de jeter comme des ponté j lumineux, au-dessus de ses rues, ces giran- ) doles multicolores dun effet si féerique ?

Non, cest Paris lui-même qui a été ains' inspiré, et le ministère sest contenté de o e rien défendre, de laisser faire, de laisser pas- ser.

Hélas! pourquoi na-t-il pas toujours été aussi intelligent ?

Pourquoi a-t-il interdit la célébration dd centenaire de Voltaire, dans des termes tel 5 que bien des gens ont même cru quil leUf était défendu aallumer des lampions à leur 5 fenêtres ?

Pourquoi, non content de forcer le peuple à se réjouir le 30 juin, sans aucun motif, lenx- pèche-t-il de faire des fêtes, quand il en a» comme à ee 14 juillet, anniversaire du premier jour lon vit vraiment luire à lhorizon lau­rore de la liberté?

A qui cet anniversaire peut-il déplaire?

Y a-t-il donc en France, à lheure quil esb des gens qui approuvent ce régime monstrueu* des lettres de cachet, de lemprisonnement abusif et interminable ?

Faut-il craindre doffenser des imbéciles sans cœur, qui crient bravo lorsquon empri­sonne Latude pendant 32 ans, parce quil a ed laudace criminelle daimer Mlle Poisson, de­venue maltresse de Louis XV, sous le nom de Mme de Pompadour?

Faut-il écouter aussi ces autres, naguère» entichés danniversaires de glorieuses victoi­res, et qui, maintenant, ne veulent pas de fête qui rappelle le souvenir de sang versé ? Parler de sang parait une cruelle épigramnl® à ces gens, qui nen ont pas dans les veines !

Simple question

Il est défendu dacclamer la prise de la Bas­tille.

Doit-on prendre le contre-pied de ce décret pour rentrer dans la légalité ?

En dautres termes, est-il permis daffichef des pancartes portant des inscriptions comme celle-ci :

VIVE LA BASTILLE !1

VIVENT LES LETTRES DE CACHET!!

VIVE LE SYSTÈME DE GOUVERNEMENT ABSOLU : LES GREDINS ET LES LACHES AU POUVOIR.

Dubois cardinal.

Latude a la Bastille et Lally-Tollendal a i.kchapaud!

Nous avions écrit dans cette liste vivent LES arrestations ARBITRAIRES ! Mais, vu les affai­res de Marseille, cela eût eu trop lair dune attaque ironique contre le ministère, et nous nous sommes empressés deffacer cette ligne.

Autre question

Hœdel vient dêtre condamné à mort.

Certes, nous n'approuvons pas son crime. Nous ne serions pas fâchés de voir les rois mis dans limpossibilité de nuire,

Mais nous demandons à ce quon emploie pour cela dautres moyens plus doux et plus efficaces que le poignard, le pistolet ou la guillotine.

Cependant, à propos du procès de ce régici­de, nous nous permettons une petite ques­tion :

Si Hœdel avait tiré sur un maçon ou sur un chiffonnier les deux coups de revolver quil a déchargés sur Guillaume, aurait-il été con­damné à une peine aussi forte ?

En France, cest sûr, vu légalité des Fran­çais devant la loi, qui na jamais reçu la moin­dre atteinte, comme chacun sait.

Mais en Allemagne ?

18 millions de moins

Savez-vous ce que cest que le budget?

Dame, oui... Cest ce que nous payons pour.... pour...

Pour toute sorte de gens qui nous en­nuient plus ou moins pour notre argent. Cest bien cela. Cest une tenue de livres en partie double :

Dun côté, on nous montre ce que 37 mil­lions de contribuables paient,

Et de lautre, ce quun million de fonction­naires, employés, soldats et curés dépensent.

Le tout forme un livre dun volume à peu près égal à celui du Bot Un, quon publie tous les ans.