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Et il y a des gens qui lisent cela ?

Je me le suis laissé dire,

Mais au fond je nen crois rien. Ils se van­tent.

Ils en prennent quelques chiffres au hasard, pour avoir lair sérieux, et glissent cela dans de grands articles en quatre colonnes, ils prouvent dautant mieux tout ce quils veu­lent que, dès la fin de la seconde, le lecteur est complètement endormi.

Pourtant, lautre jour, jai jeté un coup-dœil sérieux sur un de ces articles, fait par un des plus roublards de la partie, qui serait digne de rédiger en chef le Monteur de coups financier.

A travers toutes ses réticences, j*ai pincé un petit truc que je vais mempresser de vous dévoiler.

Dans la comédie que nos bons opportunistes vont nous jouer à la rentrée des Chambres, en discutant le budget de 1879, ils ne vont pas manquer de faire*sonner bien haut ceci :

Nous avons réduit le budget de 18 mil­lions I

"Contribuables, nous sommes vos frères !

Nous dégrevons les taxes sur les savons,

Ce qui permettra aux bonapartistes de se laver les mains à meilleur marché de tout ce qui sest passé sous le 16 mai, auquel ils sont restés complètement étrangers, comme chacun devrait savoir ;

Nous supprimons limpôt sur la petite vi­tesse,

Et sur la chicorée,

Ce qui permettra aux épiciers den mettre le double dans leur café, pour le prix auquel cette falsification leur revient aujourdhui 111

S 9 millions» de plus

Ce à quoi, chers lecteurs, vous pouvez

pondre :

' Brave commission du budget,

Tu as, il est vrai, réalisé une économie de 18 millions,

Mais sur quoi ?

Sur le projet du gouvernement,

Qui augmentait de 47 millions le budget de lannée dernière.

Voilà ce que tu ne dis pas,

Et ce qui, cependant, est si intéressant a sa.voir.

Tu nous fais payer, il est vrai, 18 millions de moins,

Mais, en somme, 29 de plus.

Ce nest, pas que nous regrettions cet argent. Il sera bien employé.

Le projet Freycinet, clu rachat des petites lignes, est juste et utile.

Il permet de plus de faire cette expérience dexploitation directe des chemins de fer par lEtat, qui aura une si grande importance, lorsque les concessions centenaires aux gran­des compagnies auront pris fin.

Cela suffisait pour motiver et au-delà une augmentation même plus forte.

Mais ce que nous blâmons, cest cette ficelle employée, cette comédie jouée pour dorer une pilule quon eût pu avaler sans cela, car elle nest pas amère.

Quand donc suivra-t-on la voie large et droite, au lieu de ne marcher vers le bien que par des sentiers étroits et tortueux, qui nous ramènent à chaque instant vers le mal ?

Pauvre femme!

Isabelle, pas la bouquetière, lex-reine, - vient de vendre ses diamants.

En six vacations, elle en a pour 1.598,290 fr. Cela va lui permettre de se payer quelques douceurs dans sa vieillesse.

A ce sujet, ou pas à ce sujet, car au­jourdhui, je suis aussi accommodant que curieux, je vais encore risquer une peute question :

Le roi Alphonse XII est-il toujours aussi sévère pour lancien compagnon dexil de sa mère ?

Ce pauvre Marfori est-il encore aux Canaries, et se trouve-t-il toujours dans la dêche, mal­heureux comme un poisson dans un tiroir ?

Chut!... Taisons-nous !

Guillemot mapprend quà loccasion de la Trinité, si Malborough nest pas revenu, 276 prêtres ont été ordonnés.

Jallais blaguer ces ordinations.

Mais réflexion faite, jaime mieux imiter de Conrard le silence prudent.

Nous venons davoir 1,000 fr. damende pour avoir blagué des dominicains qui nétaient que 10, heureusement 1 Ça nous servira de leçon.

Parler de 276 prêtres...

Non, jamais, ils sont trop I Nos moyens ne nous permettent pas daffronter plus dune escouade I

Toutes nos félicitations

On annonce qne le duc de Chartres va pas­ser colonel.

Il serait plus quinconvenant de soupçonner que lavancement rapide de ce membre de la famille dOrléans est à son litre et à son rang-

Nous féliciterons vivement, pour notre part, le duc de ses remarquables talents, que nous ne connaissons pas, mais qui ne peuvent manquer déborgner des gens moins ignorants que nous des choses de larmée.

Emblèmes séditieux

La Lanterne a été condamnée à 500 fr. dmende pour avoir mis des bonnets phrygiens tricolores au bout des hampes de ses dra­peaux.

Cette condamnation rentre dans la catégorie des choses auxquelles on sattend sans cesse, mais qui surprennent toujours.

Cette condamnation fixe un point de droit très-important.

On na pas inquiété de nombreuses statues delà République coiffées du bonnet séditieux.

On na pas inquiété davantage plusieurs dessins représentant la République, avec le dit bonnet, autorisés par le ministère,

Il ny a donc quen étoffe que cette coiffure, assez vilaine, pour tout dire, devient un signe de ralliement capable de faire mettre tous les gens qui ont plus de 200 francs à dé­penser par mois à la lanterne !

Voilà qui est entendu.

A la prochaine fête, nous collerons dinnom­brables bonnets phrygiens en papier aux fa­çades de nos maisons, mais au bout des ham­pes de nos drapeaux, le bonnet étant sédi­tieux, nous arborerons des chapeaux...

Et pas mous !

Hauts de forme, sil vous plaît ! J

Le mot de la fin

t Notre ami A. Barbou, du Voltaire, écrivait lautre jour que M. de Marcère possède à un haut degré le respect de la liberté des cultes.

Cela est vrai.

Mais ce qui lui manque, et qui vaudrait mieux pour nous :

Cest le culte du respect de la liberté.

GRINGOIRE.

-

FEUILLES AU VEUT

Laffreuse circulaire de la Préfecture de poliee, sur les chiens, arrive juste au moment la délicieuse allégorie de Dollmann marri­vait de son côté, dans le n° de cette semaine du Graphie,

Une des meilleures illustrations de Londres. Elle porte pour titre :

Quel est notre meilleur ami ?

Le taxé ou

Le non-taxé ?

***

On la deviné :

Il sagit dun chien,

Et dun chat I Le chien est taxé,

Le chat ne lest pas.

Or,

Le chat forme dans la double page du Gra­phie un chapelet de compositions sont re­produits ses méfaits domestiques.

Dun côté, il pèche les poissons rouges dun bocal.

Dunautre,il est à la chasse: iladécouvertun nid de faisans, et à côté, derrière un buisson, Il guette les petits poussins encore douteux. , il renverse un encrier sur le manuscrit dun poète,

, il boit le lait,

, il déterre les oignons de fleurs rares, Enfin, il fait mille tours et mille malices plus nuisibles les unes que les autres.

Tandis quau milieu du dessin, lon voit que lartiste a mis tout son art,

Dollmann a représenté un beau chien, na­geant au milieu dun étang plein dalgues, et ramenant un enfant de cinq à six ans, qui aurait été englouti dans les eaux, assuré­ment,

Si cette brave bête ne sétait trouvée 1 ***

A part le vulgaire service de prendre les souris,

Et davoir fourni lhistoire de la mère Mi­chel et les gibelottes douteuses de la banlieue, Je ne vois pas, en effet, quel rôle les chats ont joué dans le monde, depuis qu'ils exis­tent.

Les chiens, au contraire, ont accompli une foule de travaux ;

Des industries du Nord nont fort longtemps employé queux.

En Belgique :

Les laitiers,

Les vinaigriers,

Les charbonniers et bien dautres, telaient pas' daütres compagnons charrettes : '

Et la chasse ?

Et la garde ?

Et les commissions?

Et nen a-t-on pas fait tourner la broche?

Ils nous ont été et nous sont utiles de cent mille façons :

Mettez donc limpôt sur les chats,

Et laissez courir les chiens ils veulent.

qui nat- à leurs

de Voltaire a si

fort remué

Le centenaire lEurope,

Que le Saint-Siège en a frémi jusque dans ses bases,

Et Léon XIII sest cru obligé de commander un triduum,

Afin déviter le châtiment céleste aux misé­rables qui nont point redouté de se mêler à cette fête diabolique.

Le Souverain-Pontife,

Tout frissonnant des abominations, des sortilèges, des invocations qui auront être pratiqués dans cette scène de magie noire, Sest imaginé sans doute que les quelques centaines de mille de Parisiens qui ont pris part à cet hommage respectueux à un de nos plus grands esprits, sont en train de descendre dans les flammes éternelles.

***

Mais,

O Souverain-Père !

Ne lisez-vous donc pas la Gazette des Tribu­naux ?

Ne voyez-vous pas la gale de vos trou­peaux ?

Tous ces curés de village,

Tous ces ignorantins,

Tous ces coureurs de filles en soutane,

Nest-ce pas pour eux quil est besoin de triduum,

Et non pas pour nous,

Gens de bien,

Contents de peu,

Et, comme dit Panurge,

Nous chauffant la râtelle au

soleil I

Il parait quon est disposé à chauffer le four en Allemagne,

Et avec de la braise de haute qualité,

Et quelle ne manquera pas !...

Jusquà présent, il ny a encore que trois cents condamnés écroués dans les prisons pour offenses à lempereur.

Mais, minute !

Que les garde-chiourmes se rassurent :

Les geôles contiennent encore six cents pré­venus,

Pour le même motif : offenses à lempe­reur.

empereur quon se plait bien à quon y trouve une joie singu-

Voilà un offenser 1 Et il faut llère !

Si les 300 condamnés ou à condamner sont réellement des ennemis de leur maître,

Et si tous les matins ils demandent sa mort au Très-Haut,

Il est bien possible que sil y a un Dieu,

Il exaucera leur vœu.

Mais sil ny en a pas,

Lempereur dAllemagne continuera à faire juger et condamner ses prisonniers,

Comme Badinguet fit pour les siens.

Les princes se ressemblent tous quand la peur les prend,

Et lâme du fils de la reine Hortense passé dans celle dun Guillaufne de Prusse, comme une lettre à la poste.

pas

si vous faites

Bismark, dailleurs, ne développait-il ces jours-ci,

Dans ces paroles adressées aux délégués turcs du Congrès,

Toute la politique brutale de lAllemagne, aussi bien à lintérieur quà lextérieur :

Vous ne voulez pas repasser le Bosphore?... Eh bien !...

Vous ne le repasserez pas I On vous jettera dedans... mine de protester.

***

Il y a des acteurs très-aimés du public Et qui en abusent quelquefois,

Pour dire des mots spirituels, mais quils feraient mieux de taire.

Un deux jouait un jour un rôle de prince ; Il parlait, dun son de voix très-bas,

Et, même dun peu près,

On ne lentendait pas.

Quelquun lui cria :

Plus haut !

Lauteur se figurant sans doute quil était le prince quil jouait,

Répondit :

Et vous, plus bas !

Toute la salle réclama :

Des excuses ! des excuses !

Lartiste y consentit,

Mais voici en quels termes il les présenta : Mesdames et Messieurs,

Je nai jamais mieux senti quen ce moment toute la bassesse de mon état.

***

Une curieuse correction littéraire et fort peu connue :

Dans les Femmes savantes, ' m

Molière avait mis dabord :

Quand sur une personne on, prétend sajuster, C'est par les beaux côtés qUfil la faut imiter.

Ce fut Boileau qui lui donna le conseil de mettre :

Quand sur une personne on prétend se régler, C'est par les beaux côtés quil lui faut ressembler !

BRIDAINE.

LES CAQUETS DE PICHENETTE

Ma dernière à Jules Amigues

Dans le Grelot du 2 décembre 1877, je disais que le suffrage universel réparerait un jour lerreur quil avait commise, en nommant député de Cambrai le citoyen Jules Amigues.

Je navais pas beaucoup de mérite en faisant cette prédiction.

Il ne fallait rien moins que les indignes manœuvres des ministres Broglie-Fourtou, pour imposer une pareille candidature à une ville de travail et de commerce et faire pré­férer un caméléon politique à un honorable chef de fabrique, estimé et aimé de tous .

Je nénumérerai pas toutes les manœuvres bonapartistes et toutes les calomnies cléricales et jésuitiques mises en œuvre pour faire réus­sir lélection Amigues, dont rougissent encore les Cambraisiens.

En voici une qui mérite de nètre pas ou­bliée :

A la dernière élection, le citoyen J ules Amigues sest fait haranguer par un groupe de jeunes filles ; lune delles lui a dit :

« Vous êtes comme le soleil levant ; vous réchauffez nos membres de vos rayons ! »

Et ces jeunes filles, aux membres réchauffés par les rayons du soleil Amigues, lont ap­pelé « Jésus-Christ ! » «Arc-en-ciel », etc.

Si ces jeunes « réchauffées » ont voulu dire que le citoyen Amigues a eu autant dopi­

nions politiques que larc-en-ciel a de cou­leurs, la métaphore ne manque pas desprit. Vous connaissez la suite.

Quand léchec du candidat bonapartiste fut dûment constaté, la ville sillumina comme Paris au 30juin, la joie des habitants ne con­nut plus de bornes, et des chants patriotiques retentirent sur tous les points de la ville.

La dignité du citoyen Amigues succomba sous tant de marques de sj-mpathie, et, pour y échapper, cet « arc-en-ciel » se sauva de Cambrai à cinq heures et demie du matin, et alla prendre à Marcoing le chemin de fer de Pi cardie-e t-Flandre.

Mais un « soleil levant » ne peut voyager incognito ; sa présence dans le train fut si-

f nalée, et à toutes les stations, jusquà Saint- ust, il reprit la ligne du Nord, tous les voyageurs lui donnèrent des marques ac­centuées du sentiment que leur inspirait son I estimable personne.

Et Chislehurt a dépensé de fortes sommes pour se procurer ce triomphe ; on conviendra quil a bien mal placé son argent.

Ce blakboulage devait avoir son épilogue.

Les Cambraisiens aiment à rire.

Le lendemain, un char orné de drapeaux et surmonté dun trophée de manches de fouets nommés perpignans, ornés tous dun crêpe, parcourait la ville.

Cétait une allusion à la ville de Perpignan qui a eu lhonneur de donner naissance à ce bonapartiste, dernière édition de ses opi­nions.

Puis, ce char était suivi dune voiture de vieux meubles, cassés et pourris.

Le tout était surmonté dune pancarte sur laquelle on lisait :

Déménagement pour Perpignan.

Je ne crois pas que cet ex-communard re­vienne se faire élire député à Cambrai.

Petites nouvelles.

Le conseil de salubrité vient de faire droit aux réclamations de tous les gens censés qui veulent que tous les chiens errant dans les rues soient muselés, pour éviter les malheurs que causent généralement ces animaux, qui aiment tant lhomme que quelquefois ils en mangent.

Je nai encore vu cette ordonnance que dans les journaux ; les possesseurs de chiens sem­blent lignorer complètement.

Dans mon quartier, ces charmants animaux continuent leurs joyeux ébats le matin, en se donnant des coups de crocs et surtout en al­lant « lever la patte » sur les paniers à claires- voies des porteurs de pain.

Je ne crois pas que cet arrosement ajoute quelque chose a la saveur du pain viennois

On annonce quun album photographique des plus belles femmes de lEurope va figurer à lExposition du Trocadéro.

Cest le directeur du Musée d'antiquités de Saint-Germain qui est chargé de faire appel aux jolies dames.

Le hasard est quelquefois bien singulier, nest-ce pas ?

Mesdames les clientes, de la petite corres­pondance, voilà une bonne affaire ponr vous... si vous êtes jolies.

Avec ladresse au bas, ça peut devenir pro­ductif.

Pichenette.

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p 50

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Certain flatteur disait jadis à un de ces em­pereurs romains qui ne valaient pas mieux que les français que son urine attirait les abeilles.

Cétait bas, vil, plat, rampant et bête. En un mot, cétait lœuvre dun sot.

Mais un sot trouve toujours un plus sot qui ladmire et qui limite.

Cest ce qui est arrivé au flatteur en ques­tion. Albert Millaud, le poète (?) aimé des petites dames à chiens havanais, quittant la langue des dieux pour celle de M, Jourdain,