LE GRELOT

Sil neût encore fallu quavaler ce pont-neuf 1 Mais venant me frôler comme des ironies Sans la m'oindre pitié pour mon cœur inquiet, Passaient à chaque instant maintes femmes jolies Que je suivais de lœil non sans quelque regret, Tandis que lagent noir qui ne voit rien en rose, Déjà file un complot dans ma trop longue pose.

O mes trop alléchants parisiens 1

Ils ignorent ces maux les bourgeois très-chrétiens,

Eux chez qui vient deux fois ou trois fois par se-

[rnaine

La déesse Omnibus, quun louis leur amène !

Déjà plus dune fois sous les ombres du soir,

Dans lentrecroisement fiévreux des silhouettes Javais pourlasaisir fait mille pirouettes,

Car le gaz à Paris gêne fort pour y voir,

Et rien néclaire moin que tous ces becs sans nombre Rendant plus incertains encor les coins dans

[lombre.

Or, lheure se passait, jétais au désespoir,

Quand de lautre côté du boulevard, en face, ,

(O doux moment ému, quen mon cœur rienn ef- ' J [face),

Elle, Messieurs, bien.elle, Elise tout en noir Svelte et dun pas pressé caressant le trottoir.

Je mélance, pouvant enfin quitter la porte Sans craindre quuu coup dœil perdu ne me 1 em­porte,

Et me heurte soudain dans un cabriolet.

Ce choc inattendu modéra ma poursuite.

Mille réflexions] jeus peur daller trop vite ;

La rattrapper... très-bien] mais dabord il fallait Calculer de mon mieux le premier mot à dire,

Un début malheureux peut me faire maudire,

Et la foule est du reste un témoin malfaisant.

Un ami saluant, un butor vous poussant Font boiter léloquence-en coupant la parole Et pour une première, il faut tenir son rôle.

Je crus plus sûr d attendre et de guetter de loin ...

Enfin de la vraie ombre, et plus un seul témoin Au tournant dune rue, elle allait disparaître,

Je cours et la dépasse.... Ilorreui !.. cétaitun prêtre.

CabriOL.

fourbra ÎRfnsuigre

Les opportunités continuent à entendre la liberté à leur manière. Leurs journaux annon­cent que :

« Le préfet du Morbihan vient dordonner la fermetumdu cercle catholiquè de Gourin. »

Et-dessus, de triompher. Ah ! ah 1 cest une revanche du Seize-Mai, A labonne heure! On ne les ménage pas plus quils ne nous ont ménagés, ces jésuitards- !

Jolie revanche. Ils ont fait bêtement abus de leur force en fermant nos cercles républi­cains. Pour se veiiger, on ferme les leurs, tout aussi arbitrairement. On est aussi brutal et aussi bète queu:. Comme ils, doivent rager!

Il fallait pun.r leurs abus de, pouvoir, au lieu de les imiter. Ceût été plus juste et plus pro­fitable, et ne leur eût pas permis de rire de vos belles professions de foi libérales avec au­tant de raison quils le font aujourdhui I

Le Sénat naurait pas voulu faire de loi, dites-vous.

Ah 1 point nest besoin den créer une nouvelle. Il existe quelque part par, tout au fond du Code,une centaine darticles des mieux conditionnés, pour punir les abus de pouvoir des agents de lautorité. Employez-les. Ils da.qçjyiRç, répar^jon.. IJs ont si

peu servi 1

.o

Le->àfouverneur de la Nouvelle-Calédonie est un homme à poigne, qui répond de lordre, tout-comme feu Badinguet.

Il annoRçe;qufil a fies approvisionnements en vi v#és * suffi san t s.

Ceci moVstupëfie, en ce que cela indique que la Nouvelle-Calédonie tire ses vivres du dehors. Ainsi uné : colonie agricole, dune surface supé­rieure à,celle dun de nos départements, ne peut pas, nourrir dix à douze mille Français qui y sont établis.

Ibfaut avouer que nous avons bien peu de génie colonisateur ou que le sol est bien mau­vais, et que, comme le disait certain déporté, il est nu comme le drap diun billard... mais moins vert - 1

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Les fonctionnaires russes ont gardé une ai- ma&le désinvolture, qui fait pâlir celle des plus cyniques gredins de la clique du Deux- Décémbre. Lanecdote suivante, que rapporte le Voltaire, en fait foi :

Peu après laffaire Zassoulitch, le général Trépoff fit appeler le directeur de la prison, et lui dit :

«. Quoi ! vous avez relâché la Zassoulitch ? »

Le directeur, grandement étonné, répondit ffue, à son avis, il nétait pas possible dagir autrement, puisquelle avait été acquittée par la cour.

« Vous auriez savoir, continua Trépoff, que ce verdict ne plairait pas au gouverne­ment et quil nen serait pas tenu compte. De Plus, vous avez vu dans les rues les railleries e t les-huées de la foule quand le verdict a, été fendu ; vous avez vu les officiers poussés et

bousculés, tandis quon leur lançaient toute es­pèce dépithètes (sic). >

« Mais je nai pas violé la loi, répliqua tran­quillement le directeur, puisque Zassoulitch a été acquittée. >

« Vous auriez le faire, dit Trépoff avec colère. »

Je ne fais aucun mystère davouer que jai­merais mieux passer une heure dans la cage à Bidel quun quart dheure entre les mains (?) de ce bonhomme-!

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Dans le procès Matillon, dont lissue a sur­pris bien des gens, le président dit à laccusé, qui sexcusait de sa vivacité de lagage :

En effet, hier, vous avez montré une très-grande vivacité. Vous savez que les juges militaires sont toujours heureux de trouver les accusés innocents.

Pourquoi juges militaires ? Les juges ordi­naires sont-ils donc dune autre trempe ? Cher­chent-ils donc des coupables avec bonheur, eux?

Ah ! Monsieur le colonel président, voilà une vilaine supposition que vous laissez faire! Heu­reusement vos confrères du palais de Justice ne lont pas entendu, sans quoi ils la relevaient vertement.

Outrage à la magistrature. Fichtre! cela va loin, cela, mon colonel. Je ne donnerais pas deux ronflements de puce de votre avenir!

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M. Besson, évêque de Marseille, ne prend pas les intérêts des marchands de savon de son diocèse.

Voici ce quil prêche aux petits enfants quon laisse aller à lui :

La jeunesse, dit-il, est toujours la même. Nespérons rien, même avec les apparences de la piété, dun adole cent qui cache dans son pupitre un peigne et un miroir, qui regarde croître sa barbe et qui prend quelque souci de sa chevelure et de sa toilette. Ce sont les petitesses auxquelles on sabandonne quand, tout écolier que lon est, on veut être du monde. Jespérerais tout, au contraire, dun fils de famille qui se lèverait tôt, se couche­rait tard, shabillerait en courant, et qui, nayant ni peigne ni miroir, ne soccupe­rait...

Cest la morale de saint Labre.

Il est vrai, ce qui flattera moins M. Besson, sans doute, que cest aussi un rai­sonnement conforme en tout aux préceptes de Mes Bottes.

Si la jeunesse française adopte ces maximes, moitié épiscopales et moitié voyoucratiales , on entendra bientôt, dans linspection des classes chrétiennes, des dialogues analogues à celui que tenaient deux matelots contemplant une demi-douzaine de fakirs :

Dis donc, Lagarcelte, lequel questlc plus fakir ?

Cest celui qu'est le plus saint.

Et lequel quest le plus saint ?

Cest celui qui a le plus de poux !

La Semaine Théâtrale

Bouffes-Parisiens. La réouverture des Bouffes-Parisiens, fermés depuis bientôt deux mois pour cause de réparations à effectuer dans la salle était-ce bien le véritable motif? a eu lieu cette semaine avec le lont d'Avignon , opérette en trois actes, paroles de M. Liorat, musique dtj M. Grisart.

La pièce, inspirée aux auteurs par la célèbre ronde que nous avons tous dansé, quand nous nétions « pas plus haut quça », est suffisam­ment amusante quoique un peu trop déve­loppée. Lesprit, et le trait se trouvent dans presque tous les couplets de M. Liorat. Cette fois-ci, lauteur a su éviter lécueil ont échoué tant de ses devanciers en opérette, et écrire un livret, sans renoncer aux grivoi­series, aux gauloiseries souvent même trop épicées, mais qui ont de droit leurs entrées sur la scène des Bouffes, il laisse de côté ces pi­toyables effets épileptiques, ces grimaces, ces parodies, disons le mot, ces inepties qui sem­blent avoir décidément fait leur temps et dont- le publichë veut heureusement plus.

Il y : a des scènes fort' drôles dans la Pont dAvignon, e ten sacrifiant quelques'détails qui font longueur, dans les deux derniers actes surtout,"la pièce sera parfaite.

La musique de M. Grisart, parfois un peu trop solennelle pour ce genre de partition, est élégante et facile.

On a surtout applaudi la ballade du Pont- dAvignon, un très-joli duo entre Maguelonnc et Roger (Mmes Luce et Lody), une délicieuse valse^ le quatuor du duel et la fameuse mar­che des Pompiers, dun effet très-comique.

Linterprétation est bonne : Mlle Lody, la jolie transfuge de lOdéon et du Gymnase, a été parfaitement accueillie.

Quant à la salle, qui a été restaurée, de fond en comble, elle forme aujourdhui un théâtre defe plus élégants de Paris.

C'est une ravissante bonbonnière, lon est toujours certain de trouver quelques succu­lents bonbons... à croquer.

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LAlcazar dhiver a fait samedi sa réouver­ture avec un spectacle des mieux choisis, qui a été accueilli par les bravos de la foule.

Vendredi ont eu lieu, au concert de lOran­gerie, les débutsde la Société des Moncrabeau. Ce nom seul plonge dans létonnement les per­sonnes nombreuses qui nont jamais entendu parler de cette originale création namuroise.

Les quarante Moncrabeaux sont des musi­ciens fantastiques qui ont une vessie ave* une corde tendue pour violoncelle, un sabot pour violon, une bouteille pour trompette, et pour flûte une poêle à frire! Habillez-les de cos­tumes qui eussent fait pâlir ceux des plus bril­lants seigneurs du xvii» siècle, et vous voyez dici un ensemble dhommes et dinstruments dont vous nauriez pas rêvé le contraste.

Le concert de lOrangerie ne pouvait trouver une attraction plus amusante et plus tou­chante à la fois. Salut et honneur aux Mon- crabeautiens !

De la Verdrie.

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FOLIES-BERGÈRES. Tous les soirs, à 8 heures : Gymnases,ballets, divertissements, Pantomimes, Les Hanlow Lees. Orchestre de 40 musiciens, dirigé par Hubans.

Or, dans ce moment-ci, si les Pierre qui sont créanciers de la Turquie sont plus nombreux que les étoiles du ciel et les sables de la mer, par une triste mais juste compensation, les Paul dans les poches desquels on voudrait mettre ia main pour donner quelque chose aux Pierre sont â peu près introuvables.

Les porteurs de Fonds égyptiens sont peut- être un peu moins mal partagés que ceux des Fonds turs. Cependant nous croyons quaux cours actuels il vaut mieux vendre quache­ter.

LEgpte narrivera à être sérieusement un pays sérieusement solvable quautant quon laura débarrassée de ses gouvernants indi­gènes.

La chose se fera, mais quand ! Les gens qui y poussent sont les premiers à déclarer que cela prendra du temps.

Or, dans un mois, on aura à payer un cou­pon de 14 millions sur la Dette privilégiée, et dans six semaines un coupon de 47 millions sur la dette unifiée.

Or, pour payer ses 02 millions, on na encore quenviron 11 millions. trouvera-t-on le reste ?

Si ces coupons sont payés comme les pré­cédents, ce tera encore à laide dexpédients qui ne peuvent indéfiniment se répéter.

Des combinaisons sont du reste à létude. Le Crédit Foncier, scs anciens gouverneurs, et son gouverneur actuel ny sont point étran­gers.

Ariel.

- --wwaa tat.. . .. '

PENSÉES D'ÉTÉ

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Il faut croire que les porteurs do titres turcs ne : sont guère digues dintérêt, puisquils nen touchent, pas.

Une fois la quarantaine, la femme peut se passer déventail, car se sont alors les années qui prennent soin de léventer.

Parions que sur dix individus qui se disent bonapartistes, on en trouverait au moins neuf qui à Napoléon IV préféreraient quatre napo­léons.

Bien mal acquis ne profite jamais.à celui

à qui on le dérobe.

Il faut être fin connaisseur pour distinguer une goutte deau bénite de celle qui ne lest pas.

Si les cléricaux aiment tant à déguiser la vérité, cest peut-être par pudeur. Dam, on la dit toute nue.

Lorsquon vous soupçonne de donner asile à un proscrit, ne dites ni oui ni nom.

Je déteste les gens qui, sous prétexte quils ne sont pas dans leur assiette, viennent man­ger ce quil y a dans la vôtre.

Veuillot naime pas faire le diable à quatre, il prétend quil est assez laid pour le faire seul.

Faire des misères aux pauvres, cest mal, car ils ont bien assez de la leur.

:On vient daccorder des pensions de retraite à,quatre anciens fonctionnaires du 16 mai.

Cest ainsi quon satisfait à nos réclama­tions contre ces gens-, à lenvers.

Au lieu de pensions de retraite, nous avions en effet demandé pour eux des retraites de pensions.

GRINGOIRE.

Le Grelot rend compte de toutes les publications nouvelles dont deux exem­plaires sont remis dans ses bureaux. Il signale en outre, dune façon som­maire, toutes les ventes de tableaux, de livres, dautographes, etc., dont les cata­logues lui sont envoyés.

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isRELOT SFINANÇI-

La première semaine do septembre aura élé bonne.

Comme on a à peu près cessé davoir peur de la conversion, les rentes françaises ont con­tinué leur mouvement de hausse.

Les cours de clôture de 77.50 sur le 3 0/o, de 80.90 sur lamortissable et de 113.53 sur le îi 0/o, représentant 70, 80 et 10a de hausse.

Il dépend de M. Léon Say quon en fasse de plus hauts. Il na qua promettre de ne rien faire.

Aura-t-il cette sagesse ? hélas ! la chose me parait un tantinet doutable.

On ne soccupe pas beaucoup de lItalien. Cest fort beau pour cette valeur quon puisse la tenir à 74.40, avec laugmentation des irridenli.

Des fonds qui sont particulièrement lourds et dangereux, ce sont les fonds Autrichiens et les fonds Russes. Avant dy toucher, nous ne cesserons do le répéter, on fera bien d'at­tendre que Ton soit à ia fin de la nouvelle insurrection de lIIerzégovine et de la Bosnie.

Par exemple, je ne sais pas pourquoi jap­pelle ces braves Ilerzégoviens et Bosniens des insurgés.

On Veut eu faire des Autrichiens, ils ne sen soucient pas.

Comme ils ne se soucient pas davantage de faire des Bosniens et des Herzégoviniens avec des Autrichiens, ils accueillent ceux-ci avec des coups de fusil.

Les banquiers samusent avec les fonds Turcs. Le public ferait bien de leur passer tous les petits papiers turcs quil a encore.

Le turc, en tant que débiteur sera ce quii a été depuis vingt-quatre ans : largent quil pourra rendre à Pierre, sera pris sur largent quil aura pu emprunter à Paul.

Un joueur dorgue a beau vouloir faire val­ser les autres, ça nen est pas moius lui qui tourne.

C. NETTER.

Bibliothèque des Curieux

PAR LOUIS LOIRE

Le 1 er volume est intitulé : .Anecdotes, Bons mots, Contes, Facéties, Épigrammes, recueillis par Louis Loire. Cest une lec- tuie amusante, on trouve lesprit français et quelquefois gaulois sous ses aspects les plus variés ; il sert de sujet de distraction dans ics réunions Ton aime à rire, et les voyageurs prévoyants lemportent pour ou­blier les ennuis du trajet.

Le 2° volume est intitulé : Anecdotes des Théâtres. Comédiens, Comédiennes, Bons mots des Coulisses et du parterre. Indépendamment des anecdotes particulières sur chacun de nos grands artistes, on trouve ça et les bons mots des coulisses et du par­terre, des épigrammes finement aiguisées, de joyeux propos, des réparties spirituelles et surtout de curieux détails sur les actrices, qui ont tenu une si largo place dans la haute société du dix-huitième siècle.

Le 3° volume est intitulé : Anecdotes de la Vie littéraire. Ce volume fourmille de mots étincelants desprit, de traits acérés, et surtout dune multitude de faits inconnus sur Balzac, Chateaubriand, Alexandre Dumas, Lamartine, Méry, Nodier, Eugène Sue, etc.

Le 4° volume, qui vient de paraître, est inti- uié : Anecdotes sur les femmes, les amou- eux et les maris ; Aventures, bons mots, historiettes, Epigrammes. Faire le som­maire de tout co quil y a damusant et de curieux dans ce délicieux volume serait impos­sible : chacun le voudra lire.

Prix de chaque voiume : 2 fr. ; franco 2 fr. 2». Chez Madré, libraire, 77, rue Neuve-des-Petits- Gliamps.