LE GRELOT

on voudra vraiment établir le bilan de « la large clémence. »

o

Depuis la dernière exécution, M. Roch est malade. Gela nous fait un nouvel argument én faveur de la suppression de la peine de mort.

Nous en réclamons labolition, dans lintérêt de la santé du bourreau.

o

On parle quelque peu de Hirsch, lécrivain socialiste allemand.

Pendant la guerre de 70 il ne cessa d élever la voix en faveur delà fraternité, et se montra toujours adversaire de leffusion du sang et de la politique de conquête. Depuis il na cesse de protester contre lannexion de lAlsace- Lorraine.

Or, M. Hirsch est en train de goûter dans un cachot les bienfaits de lhospitalité française.

Pendant ce temps-, M. de Saint-vallier dîne-peut-être chez M. de Bismarck.

-o

On parle dune-circulaire prochaine du mi­nistre de la guerre, qui ordonnerait aux com­mandants militaires de refuser les billets de logement dans les séminaires.

Ce serait bien, mais insuffisant.

Il faudrait, par contre, faire évacuer la moitié des casernes, pour en faire des dortoirs réservés à lusage exclusif des frocards de passage dans les villes de garnison.

o

Samedi. Le National annonce que M. de Marcère interdira à lavenir les congrès du genre de celui que tiennent les cléricaux.

En lançant cette nouvelle, le « sympathique » Pessard, qu un autre opportuniste a tout derniè­rement bombardé < éminent, » sest sans doute dit quil nest jamais trop tard pour faire une sottise. .

Annoncer quon prévoit le mal une fois qu il est fait ne me semble pas, en effet, dénoter ces incommensurables qualités gouvernementales, que les opportunistes se vantent davoir « de naissance » comme les éperons de 1 amiral Suisse.

o

Au fond, je crois que le National est enchanté davoir ce congrès à se mettre sous la dent.

Si ce bon journal, atteint dune incurable roséole, ne trouvait pas à donner de temps en temps quelques coups de bêche dans les jar­dins cléricaux ou dans les plates-bandes des réactionnaires par trop endurcis, jamais la plus légère critique ne troublerait lharmonie du chœur laudatif que murmurent toutes ses colonnes rambuteaux à musique dun nou­veau genre. Il ne lui resterait plus alors quà prendre pour titre l'Encensoir et pour devise : Asinus asinumfricat. Ceci, sans comparer aucu­nement les encenseurs à plume ni les encensés à portefeuille aux roussins dArcadie, dont ils ont peut-être lentêtement, mais non lexces­sive modération dappétits.

o

Un aphorisme pour finir :

Les livres de galanterie, les livres de piété, tout sachète et tout se vend avec cette diffé­rence, quil y a plus de gens qui achètent les livres dedévotion quilnyena qui leslisent, et qu*au contraire, il y a plus de gens qui lisent dete livres de galanterie quil ny en a qui les achètent.

GRINGOIRE.

La Semaine Théâtrale

La pièce nouvelle que vient de donner le Vaudeville nest point, à proprement parler, une comédie. On chercherait vainement dans les trois actes de MM. Delacour et Mancel une trace dintrigue, voire même le vulgaire mais obligatoire quiproquo quon rencontre dans tous les vaudevilles. Lintérêt en est-il moins vif? Non, car le Mari d'Ida est une peinture très-exacte, ma foi, dun coin de la société actuelle, une étude très-vraie des amours de Paris, en un mot, et pour nous servir d une expression consacrée, une page de la rie pa­risienne sans calembour, bien entendu.

Quon en juge.

Un jeune parisien, le comte de Saint-Iman, rencontre sur une plage normande, ou autre, Une de ces petites poupées confectionnées dans le goût du jour, quun brave et digne homme, qui a cependant le tort dêtre un imbécile cest peut-être lunique cause de son mariage a épousée. Les hostilités com­mencent, le combat sengage, et Ida Colas, cèst le nom de la poupée, ne tarde guère â tomber vaincue et à senferrer jusquà la garde.

Revenus à Paris, nos amoureux continuent de se voir dans un délicieux petit nid que ie comte a fait Ouater, rue Taitbout. Tout se­rait donc pour le mieux et Ida pourrait jouir ®n paix des bénéfices de sa défaite, si, comme toutes les femmes, elle nétait insatiable.

Voir son amant, cest bien, mais le voir chez soi, cest mieux. Elle veut donc en faire lami de son mari, lui donner, en un mot, ses grandes et petites entrées. Cest, en effet, ûne manœuvre habile de la part dune femme, ®t la. meilleure manière dégarer les soupçons dun mari jaloux et de retenir un amant. f Tout dabord, le comte refuse, mais la Ie mme aimée a à son service, on le sait, des Arguments que lesprit le mieux trempé ne saurait réfuter.

Aussi, Saint-Iman se laisse-t-il convaincre

traîner au domicile conjugal.

Cest une lourde faute que vient de com­

mettre ïda. La vue de son mari, son air com­mun, son langage trivial, ses manières ridi­cules, commencent à refroidir singulièrement le beau Saint-Iman. Un baiser, récompense dun travail opéré avec soin au pantalon ma­rital, octroyé en sa présence par son rival à celle quil croyait aimer, le ramène à plu­sieurs degrés au-dessous de zéro. Il séloigne, désillusionné et décidé à ne plus revoir la compagne dun pareil homme. Le mari a rendu la femme impossible.

Furieuse dêtre ainsi abandonnée, Ida vient demander des explications à son amant. Ne layant pas trompé, si ce nest avec son sei­gneur et maître, ce qui nest pas tromper, elle ne sexplique pas cette rupture. Est-ce donc quil est jaloux? Non, ce serait grotesque. A quel sentiment obéit-il donc? Saint-Iman ne sait que répondre, et se sert dun argument un peu banal : il annonce son mariage.

Rien nest cependant plus facile à compren­dre et à expliquer ; mais il est à craindre que beaucoup de femmes ne puissent jamais dissé­quer ce repli du-cœur humain, et continuent à ne pas discerner chez celui quelles ont choisi lamour vrai, qui a pour base laffection, du caprice qui ne repose que sur la vanité.

Nen déplaise donc aux Prudhommes de la critique qui trouvent le sujet du Mari dIda faux et immoral, nous persistons à déclarer cette pièce une étude psychologique très- vraie.

Les deux premiers actes sont charmants et pleins despiit. Le troisième est moins bon de beaucoup.

Linterprétation est excellente. Nous cite­rons notamment Mlle Réjane, MM. Parade et Dieudonné, qui ont su se faire beaucoup applaudir.

Folies-Bergère. Une foule plus considé­rable que jamais se dispute chaque soir lentrée de la bombonnière de la rue Richer.

Loges, jardins, promenoirs, fauteuils, tout en craque absolument.

Rien détonnant du reste à ce succès con­tinu, car chacun veut voirie Duel des Hanlon Lees, pantomime aussi inouïe que possible; on sen tord de rire, tout en admirant le talent incomparable de cette troupe sans rivale.

Augmentées des ballets de 0. Métra dont la musique nest égalée par personne, des exercices plus incroyables les uns que les au­tres, et dattractions sans cesse renouvelées, les Folies-Bergère verraient au moins autant de spectateurs que lExposition voit de visi­teurs, si la place pouvait le permettre.

HIPPODROME (au pont de lAlma). Tous les jours, deux représentations : à 3 heures de laprès-midi, à 8 heures 1/2 du soir.

Le Grelot rend compte de toutes les publications nouvelles dont deux exem­plaires sont remis dans ses bureaux. Il signale en outre, dune façon som­maire, toutes les ventes de tableaux, de livres, dautographes, etc., dont les cata­logues lui sont envoyés.

PLUMES DE J. ALEXANDRE

LES MEILLEURES PLUMES MÉTALLIQUES

ROSSINI tranformée)

PHOENIX ( 3* 50

HUMBOLT 1

KALAM o f _

No 4, -N J 5, -N» «r *

Chez les Libraires et les Papetiers.

A n TirVSirr véritabls CANET-GIRARD, guérison prompte Il iItI It 1 I des Plaies, Panaris,Blessures de toutes sor­ti 11 U LUI 11 tes. p r ix ; l fr. 50. {Envoi par la Poste atïr. 20 cent.) Dépôts 4. rue des Orfèvres. Pharmacie VÉRITÉ.

pour lextraction des dents

pose: dentier garantie:

ROUGET, rue Saint-Anne, 40 (au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs)

PARIS

Ponr&is % fHQmongfs

Si lidiotisme humain avait besoin de rallon­ges, il pourrait les demander aux catholiques, qui en ont un stock que je persiste de plus en plus à croire infini. Ces bons bigots sont déjà fort ridicules avec les miracles quils font, mais grâce à la manière dont ils les racontent, ils atteignent le comble de la stupidité.

Cest ainsi que le Catholique dijonnais nous apprend que :

« Quand les pèlerins (pour Lourdes) passè­rent par Poitiers, un soldat vint assister à leur passage. Voyant Mlle Chédal si malade et à peu près morte, il lavait insultée. »

Un seul soldat pour faire la haie sur le pas­sage des pélerinards, cest maigre. L'Ordre moral était plus généreux autrefois, et il nétait pas avare du temps de nos pioupious.

Mais notre République, qui est loin dêtre la plus belle fille du monde, se garde bien

aussi de donner tout ce quelle a. Nous ne nous en plaignons pas. Au contraire. Mais que ce soldat insulte une femme même bigote parce quelle est à moitié morte, voilà ce que nous ne pouvons croire. Les Français sont plus généreux que cela. Il ny a que les sa­cristains qui injurient les mourants et insul­tent les morts.

X

Cette demoiselle Chédal a dailleurs fait un certain bruit dans le Landernau de la Rodi- naille. Un révérend père quelconque a chanté son odyssée dans une église non moins quel­conque, mais qui présente cette remarquable particularité dêtre fréquentée par des libres- penseurs :

« Ces intelligents citoyens et ces aimables citoyennes, dit le révérend père en question,

se sont écriés : « Ous quelle est, cte ch.? »

et ont asséné à la ressuscitée un violent coup de poing entre les épaules. »

Je ne fais pas la moindre difficulté pour con- ; venir que cette cruauté est épouvantable. Il y a dans ce fait dune foule qui condense en un seul tous ses poings pour en frapper une pauvre fille, protégée uniquement par Dieu, un châle noir et son ange gardien, un raffine­ment de barbarie qui me paraît de beaucoup dépasser celui dont firent preuve les catholi­ques à la Saint-Barthélemy.

j X

On télégraphie de Rome, en date du 9 sep­tembre :

i

i «t On assure que le gouvernement autrichien ;a adressé ici des observations au sujet du lan­gage de certains journaux et des discours itenus dans les réunions des partisans de lItalia irredenta. »

Quel nez aurait fait le comte Andrassy, si le gouvernement italien, pour toute réponse, lui avait télégraphié :

Allez donc voir en Bosnie si jy suis 1

X

M. Louis Liévin analysant un discours du cuirassier évangélique, dit :

; Ce langage, quon se rassure, na rien dexci­tant ; nous le trouvons, au contraire, singuliè­rement débilitant ; et il faudra attendre que Iles « huit cents » ouvriers qui écoutaient M. !de Mun aient autre chose dans lestomac, si lon veut prendre dassaut avec leur petite troupe la société, les institutions, les électeurs et le libéralisme. Le bon La Fontaine, dail­leurs, avait prévu ce cas dun corbeau voulant enlever un mouton, le corbeau fut pris.

Que les gens déglise soient comparés à des corbeaux, cela ne nous déplaît pas, mais que la République soit assimilée à un mouton, ceci nous convient moins.

Nous ne nous sentons aucune vocation pour le rôle de gigot ou de côtelette, et nous croyons que' pousser la douceur jusque- frise quelque peu le comble de lopportu­nisme.

X

( Parlant du soldat Decaux, condamné à mort Te 14 août dernier, un de nos confrères dit :

« De hautes influences sont mises en jeu au­près de la duchesse de Magenta, pour faire commuer la peine capitale en celle des travaux forcés. »

Je croyais que cétait le duc de Magenta qui était investi du droit de grâce.

X

On télégraphie de Berlin au Daily News :

« LAngleterre hésite à participer à une ac­tion commune des puissances pour lexécution du traité de Berlin par la Porte, en ce qui con­cerne la Grèce ; il nest guère probable que les autres puissances fassent des démarches dans ce but sans la participation de la Grande-Bre­tagne. »

Ainsi, à cette époque bénie, on exécute les gens et non les traités.

On nous permettra de penser que tout irait mieux si on faisait le contraire.

Le voici :

« Quon se figure Une journée doctobre, froide et pluvieuse; impossible de songer aux promenades ordinaires Comment tuer le temps? On se mit à jouer à la cour damour, et le tribunal fut immédiatement constitué, ainsi quil suit : présidente, la comtesse Eisa Predzieska ; vice-présidente, limpératrice Eu­génie ; secrétaire, Mérimée. Etaient présents à ce divertissement : M. Nigra, ministre dItalie; Mmes de Lourmel, de la Poëze et Rayneval. »

Voici maintenant lordre du jour :

« Le souverain n'ayant ou ne pouvant avoir denfant ., est-il permis à la souveraine de prendre des mesures pour sauvegarder l'avenir de la dy­nastie ?

» Laffaire fut très éloquemment discutée, il y eut plaidoirie et répliques. Quand vint le scrutin, les voix se partagèrent et le prononcé du jugement fut renvoyé à une autre session qui neut jamais lieu. »

Nest-ce pascharmant ? Quelque chose man­que cependant à ce délicieux récit, cest lex­posé des mesures en question. Nous donne- îions volontiers cinq ans de la vie de Dupan- ioup pour savoir ce que limpératrice Eugénie entendait par ces mesures, et quelle était son opinion à leur égard.

Il va sans dire que cette opinion, quelle - quelle soit, a toujours rester théorique. Nous navons ni lenvie, ni les moyens, pé­cuniaires surtout, déclairer nous-mêmes et le public sur le côté pratique.

X

Un révérend père, autre que celui dont nous pallions plus haut, sécriait lautre jour dans un accès de lyrisme, quil croit sans doute su­blime :

Oui mes frères, admirons ensemble celle qui a eu la grâce unique de réunir dans son sein les lys de la virginité et les roses de la maternité !

Vite une souscription pour la Vierge à la Serre !

X

Le Voltaire publie cet entrefilet :

Un négociant qui fait beaucoup daffaires avec la Belgique nous demande pourquoi une lettre chargée, de Bruxelles à Paris, ne coûte que 45 cent, daffranchissement, tandis que de Paris à Bruxelles elle en coûte 7S ?

Joffre de parier cent sous contre un auto- * graphe de St-Genest que si cette question était posée à M. Cochery, il nhésiterait pas à répondre quil y a beaucoup plus de chemin de Paris à Bruxelles que de Bruxelles à Paris. Et dire que si cette idiotie était dûment expédiée sous forme de circulaire, toute ladministration postale et télégraphique devrait laccepter comme article dEvangile.

X

On pose à Lyon la candidature dHenri Ro- chefort, lauteur des Lanternes qui jetèrent une lumière si vive sur les faits et gestes- de lévadé de Ham. Sa candidature nous semble une sottise.

Henri Rochefort est inéligible. La loi est for­melle. Si elle parait mauvaise, quon la batte en brèche par tous les arguments et tous les moyens imaginables, rien de plus juste. Mais sen aller de gaîté de cœur se faire écraser par elle, cest imiter Don Quichotte dans son mé­morable combat contre les moulins à vent. Ceci, comme bourde, est voisin de lénorme. Après celle-, nous tirons léchelle. Espérons que le parti radical fera comme nous et nen commettra plus de semblable.

_ HENRY VAUDÉMONT.

mamrn m w iii rv un ni» m i t .1 M . u

Erratum

Dans notre dernier numéro, deux erreurs typographiques ont donné un certain tour co­casse à la pièce intitulée: Ombre chinoise.

Ainsi, on lisait : La cigarette est un (on de patience, au lieu de un jalon, etc.

Puis:

0 mes trop alléchants parisiens l au lieu de :

X

Plusieurs journaux publient la note sui­vante :

« Le bruit court que les Russes auraient en­tamé des négociations avec la Porte, relative­ment aux mesures à prendre pour comprimer ^insurrection des monts Rhodope.

Les Turcs se chargeraient de. pacifier la contrée, et quand les insurgés seraient dis­persés, les Turcs restitueraient aux Russes ces régions.

Cette nouvelle demande confirmation. »

Elle nous paraît à nous, tellement sotte que nous n'hésitons pas à déclarer que (son auteur mérite, lui, dètre vigoureusement confirmé.

X

On a remis à jour dernièrement un passage de Mérimée sur la cour damour qui se tenait aux Tuileries.

O mes alliciants profils parisiens 1 Lauteur Cabriol, a réclamé, mais il a ajouté comme on le fait en pareil cas: « Nous sommes assurés que les lecteurs auront eux-mêmes' rectifié ces deux coquilles, car leur intelli­gence... etc. »

GRELOTS-FINANCE

Le marché des rentes françaises reste tou­jours dans les mêmes dispositions.

Entend-on parler de conversion ? Cest de la baisse.

, plus question ? Ce nest pas tout

a fait de la hausse, mais cest au moins de la bonne tenue. Le comptant retient ses ventes.

En somme, avec une situation aussi chargée de points noirs du côté de lextérieur, on doit se tenir pour satisfait des cours actuels, savoir - 2 ° sur le 3 0/0, 80.33 sur lamortissable, et 113.20 sur le 5 0/0.