LE GRELOT

réglé fait dans les mes de Paris.

Gomment cela ?

Suivez bien mon raisonnement.

On installe, huit jours davance, sous pré­texte de sécurité, des postes sur toutes les places de Paris. On y enferme des soldats cou­pables davoir oublié dastiquer un bouton de leur tunique.

Un beau matin, à la même heure, tous ces soldats sévadent et prennent leur course dans la capitale. En vertu du règlement, toute la garnison fait feu sur eux, quand ils sont à 200 mètres. Tant pis pour les civils qui se trouvent dan- les mes.

Si Badinguet avait pensé à cela le 2 Décem­bre, ceût été plus jolz et on ne lui aurait pas reproché davoir violé la loi 1

Mercredi. Les gardiens de la paix chan­gent le pantalon de coutil contre celui de drap.

Que le drap leur soit meilleur par ce temps- , je n'en doute pas.

Mais ce dont je doute encore moins, cest que si on changeait quelques-uns des plus bona partistes de ces messieurs, cela nous mettrait, à notre tour, dans de meilleurs draps 1

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Un industriel, nommé Blanco, se plaint éner­giquement de ce quun commissaire de po­lice, obéissant à des ordres supérieurs, ait em­pêché la foule dapproeher dun buffet quil avait dépensé 40,000 l'r. à établir à Vincennes, à proximité des tribunes.

Le chiffre nous paraît un peu exagéré.

Le fait en lui-même ne nous étonne pas. Jusquici, on a toujours trouvé moyen de faire boire des bouillons aux gens à qui cela déplaisait, et den priver ceux qui les ai­maient.

Cette fois, du même coup on a fait les deux choses.

Cest plus simple. Il faudrait être dune dé­plorable partialité pour nier ce réel pro­grès.

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Le sultan, peut-être averti par télégramme du changement duniforme qui a eu lieu le matin chez nos gardiens de la paix, prend à son tour une grande résolution.

Il permet aux fonctionnaires turcs de quit­ter la » stambouline », redingote bou­tonnée jusquau menton, et fort, incommode, pour un habit civil quils choisiront à leur guise parmi les plus disgracieuses dernières modes européennes.

Et il se trouvera des gens dassez mauvais caractère pour nier lempressement avec lequel la Turquie entre dans la voie du progrès.

En vérité, mes frères, je vous le dis, la Tur­quie adopte la pantalon éléphant et la jaquette- sac à un bouton, la Turquie est sauvée!

Jeudi. Gambetta prononce à Romans un fameux discours, dans lequel il se déclare parti-an de linamovibilité de la magistra­ture.

Cest une idée qui peut se défendre.

Il est certain quun juge qui se sent vissé à son siège dune façon indécrottable,en tire une force pour accomplir sans rien, craindre, sans sinquiéter du quen dira-t-on, de grands actes de justice...

Ou dinjustice.

Ce qui na jamais été, bâtons-nous de le dire, de crainte damende, mais enfin, ce qui pour­rait être.

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Mais le vissage des magistrats sur les sièges , question me semble beaucoup trop incom­plet.

Les magistrats ne peuvent pas être dégom­més, cest vrai.

Mais ils peuvent avancer,

Et comme cet avancement reste absolument dépendant de la sympathie que le gouver­nement éprouve pour eux,

Que de plus, les juges le désirent, étant honnêtement ambitieux tout comme les au­tres hommes,

Il sensuit que ces juges, nominalement in­dépendants du pouvoir central,

En dépendent de fait comme le premier garde-champêtre, venu i

des émules de Loriquet par les précis si clairs et si admirablement écrits du grand histo­rien.

Alors nous serons si contents que nous en­verrons sans doute la fille de Bridaine em­brasser Bardoux.

Et quand la fille de Bridaine embrasse quel- un....

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Samedi. On apprend la mort de Clément Laurier.

Il sest tué, parait-il, en tombant dune attaque dapoplexie.

Ce genre de mort me surprend fort.

Je naurais jamais cru que Laurier, au point il en était arrivé, pût tomber encore !

Il est vrai que les degrés quil a dégringolés sont ceux dun escalier et non de lopinion publique.

GBINGOIRE.

BÊTISES DÉTÊ

Le mot impossible nest pas français, il ny a que le Français qui est impossible.

Il me souvient quà lépoque Michelet était professeur au collège de France, la Seine suivait son cours.

Au point de vue de lart, une douzaine de charcutiers flattent moins les yeux que deux Boucher.

Quoique libre penseur, on peut soffrir comme dessert uu bon chrétien sans faire sa poire.

Le denier de Saint-Pierre ne donne pas du tout en ce moment, mais il attend avec impa­tience quon lui donne.

Ce nest pas pour me donner des gants, disait hier un bohème, mais je nen porte jamais.

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Entre deux ivrognes. .

Yois-tu, mon vieux, quand le vin est tiré il faut le boire.

Oh ! pour ça, je suis de ton avis, mais après ?

Après? faut se dépêcher den tirer dautre.

C. NETTER.

LE DE ROMANS

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D'ailleurs, même en admettant que lina­movibilité protège réellement les magistrats, à' qui diable les réactionnaires espèrent-ils faire croire quils ont besoin de cette protec­tion?

Le président Bastien nest pas inamovible. Il ne semble pas encore à ses bottes 1

Jai une fausse joie.

On mapprend la mort d*un roi I Informations prises, cest dOrélie I° r , un roi çlétrôné, quil sagit.

Ça ne compte pas. Espérons que nous se­rons plus heureux une autre fois !

Vendredi M. Bardoux écrit à Mme Mi­chelet, pour la prévenir que l'Histoire de la Ré­publique romaine et l'Histoire universelle de Mi­chelet sont introduites dans les bibliothèques de lUniversité et dans la catalogue des livres de prix.

Voilà qui est bien. ,

Il ne reste plus maintenant qua remplacer dans toutes, les écoles publiques les bouquins

Passons du grave au doux, du plaisant au sévère.

Lévènement capital de la semaine dernière a été sans contredit le discours de Gambetta à Rôrnans.

Lex-tribun populaire, en dépit de son art oratoire, de sa science de diction, de ses arti- 'fices de rhétorique, a fait encore plusieurs pas en arrière sur son fameux programme de Belleville, qui « tient » maintenant à peu près comme le traité de Berlin.

Il réclame linstruction laïque, cest vrai ; mais il nexige plus quelle soit gratuite et obligatoire. .

Il demande que les séminaristes fassent leur volontariat dun an, cest encore vrai, mais nous, nous voudrions que ce volonlariat fut supprimé, et que le service militaire fut réduit, pour tout le monde, à einq ans.

Il demande que tous les fonctionnaires soient républicains. Cest bien, mais étant donné la nature humaine, qui pousse tout homme à faire abus du pouvoir quon lui confie, à tyranniser ses subordonnés, avec son balai comme avec son sceptre; nous aimerions mieux quon supprimât le plus possible de fonctionnaires, et quon, chargeât plusieurs lois sévères de punir les incartades des autres.

Il promet lamnistie, mais lorsque la Répu­blique sera affermie, tandis que nous croyons, nous quelle doit être votée pour laffermir.

Il dit que Ton doit <-ombattre activement les empiétements du haut clergé. G est quelque chose, mais il faudrait, de plus, surveiller les -K, . intrigues de ceux des plus humbles tonsurés,

nest pas inamovible. | porter un remède infaillible en séparant à la veille de graisser rE *b£ e de rElat .

I xi propose de suspendre linamovibilité de la magistrature, mais pour la rétablir ensuite.

Cest planter un nouveau chardon à côté de celui quon va couper.

Les promesses faites et non encore tenues de Gambetta, sont donc loin de réaliser lidéal des vrais républicains.

Cependant, tandis que ceux-ci se bornent à enregistrer ces déclarations, en disant quelles ne les satisfont que provisoirement, et quils ne cesseront den réclamer 1 accomplissement,. les iournaux réactionnaires se sont tous sentis Xtete dhne véritable hydrophobie,; en entendant résonner à leurs longues oreilles les Daroles de léloquent orateur.

Nous néprouvons pas ici un amour déme­suré nour M- Gambetta. Nous croyons qu il a sacrifié de ses principes pour se frayer Xs lue un chemin Vers la présidence, sans être* embarrassé par- le leur.ï JjW* accepta la conduite a Belleville, sous 1 Em­

pire. Nous croyons aussi que, satisfait pour sa part, il a trop jugé les autres daprès lui-même. La question sociale serait, eu effet, bien près dêtre résolue, si chaque Français avait 40,000 fr. dappointements comme directeur de la République Française. Malheureusement, nou-i nen sommes pas.

Mais si nous tenions une fois de plus de réveiller M. Gambetta de sa sieste, par quel­ques coups dépingle, nous nous lâcherons tou­jours contre ceux qui viendront lui jeter à la tête dinfâmes médisances, dabsurdes ca­lomnies ou de stupides reproches.

Il va sans dire que reproches, calomnies et médisances ont abondé avec une remarquable profusion dans les organes réactionnaires.

Entre tous, l 'Assemblée nationale, cette intel­ligente feuille, qui a trouvé le moyen de publier jusquà 392 numéro en 31 ans, sest fait remarquer par lâpreté de son langage. En lisant ces colonnes dordures, il y avait de quoi être atteint du mal de mer sur le bateau- mouche.

Henri de Pêne se borne à reprocher à Gam­betta de ne pas savoir parler français. Ce reproche dans la-plume du spirituel journa­liste est une des plus aimables plaisanteries quon ait faites depuis longtemps.

L e Figaro accuse lancien dictateur de nvoir pas conquis les bords du Rhin. Cela tient sans doute à çe.quil ne sut pas faire de Saint- Genest son chef détat-major.

Un autre folliculaire, qui cache son nom. reproche vivement au « tribun » davoir inju­rié et diffamé des généraux. Ceci est tout bonnement une apologie de ce pauvre martyr Bazaine.

Enfin, Léonce Détroyat jette au leader des gauches une terrible injure. Il le traite dem pereur de la République. Le mot est gros dans la bouche dun bonapartiste, qui sait à dix infamies près ce que vaut un empereur 1 Tous prédisent au chef du parti républicain une chûle prochaine :

Ne vous y trompez pas, lui disent-ils, que le fameux fossé dont vous parlez soit plus ou moins large, « au bout du fossé la cul­bute. »

Ceci est possible. M. Gambetta tombera peut- être dans le fossé il aurqït jeter les éternels ennemis de nos libertés. Mais en y roulant avec ses opportunistes, il le comblera, et les vrais républicains le franchiront au pas de course, pour aller donner à tous les lâches sacripants de réaction les coups de pied quils méritent depuis si longtemps, et qui les disperseront, comme la seule apparition dun homme armé dune trique fait fuir les bandes de crapauds qui coassent la nuit dans la fange, au bord des flaques deau malsaine I

Henry VAUDÉMONT.

COUPS DE BEC

On a beau dire : cest beau la civilisation.

Depuis la découverte du Pérou, on mas­sacrait tous les Péruviens inoffensifs, pour leur apprendre à vivre un peu mieux quils nen avaient lhabitude, jusquà nos jours, ce nest que grâce à la civilisatiou quon a fait de si belles clioses en ce monde.

Ainsi voyez les Turcs ! il ny a pas à tor­tiller, les Turcs rendaient tout le monde mal­heureux :

Les chrétiens Grecs, les Arméniens, les Bulgares, les Bosniaques, etc., vivaient tou­jours sous le coup des vexations des musul­mans.

Alors les amis de la civilisation se sont écriés : Ça ne peut pas durer plus longtemps.

Aujourdhui, ces abominations ont cessé, tout le monde est heureux, content, riche et rempli dallégresse.

Mon Dieu, je sais bien ce que vous allez me dire : que les Bosniaques ne sont pas à la noce.

Ils ne sont pas si malheureux quon veut bien le dire.

Tout ça dépend de la manière dont on voit les choses.

LAutriche est on train de mettre enfin un peu dordre dans cette heureuse province de Bosnie.

Elle y brûle les villages, bombarde les villes, fusille les femmes et pend les hommes.

Très-bien. Tous ceux qui sont morts nont plus à subir le joug vexatoirede la Turquie, et equant à ceux qui restent, ils pourront enfin goûter tranquillement tous les bienfaits de la civilisation, dont les Autrichiens sempres­seront de les faire jouir.

Les principaux seront dabord des impôts tout aussi accablants que ceux imposés par les Turcs, mais plus régulièrement perçus, puis létat de siO-ge et le caporal schlague, qui fera réguer lordre, les arrestations arbi­traires et les coups de triques.

Je sais bien que la civilisation procure d'au­tres avantages, mais on ne saurait tout avoir du premier coup. Pius tard, les Bosniaques auront sans doute uue magistrature, une ad­ministration et un clergé, aussi remarquables que ceux dont nous jouissons en France.

Si cette douce perspective future ne leur fait pas prendre patience pour le présent, il faut avouer quils sont vraiment intraitables 1

René LEBRUN.

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PARIS

Les porteurs de rente 5 0/0 dont le nom est Légions, très au pluriel ce mot, doivent un beau cierge à M. Gambetta.

Cette renie se ressentait des maux communs à tous les fonds dEtats, cest-à-dire du resser­rement des affaires et des inquiétudes très légimes causées par limbroglio austro-turc.

Elle allait peu à peu à la dérive, lorsque M. Gambetta, en sc déclarant nettement contre la conversion, Ta ramenée dun bond à 114, cest-à-dire à des cours que lon ne connais­sait plus depuis deux mois.

La conversion se fera, mais plus tard. M. Gambetta Ta dit, et avant de sêtre prononcé comme il Ta fait, il avait probablement ses pe­tites raisons pour croire quil y a dans la Chambre des députés une majorité qui est tout à fait de son avis.

Cette hausse a redonné du ton à presque tous les fonds dEtats, même à ceux de ces fonds sur lesquels lavenir tienit en réserve les moins agréables surprises.

Aussi nous conseillons plus que jamais aux braves gens qui sont dans les fonds russes, les fonds autrichiens, les fonds turcs den sor­tir coûte que coûte.

Nous les conseillons même de nacbeter que très-modérément de la rente italienne.

Les pauvres diables de porteurs de -titres qui ne sont pas dans de beaux draps, ce sont les actionnaires de la compagnie générale des tramways.

Les trente ou quarante conducteurs et or­ganisateurs de cette belle affaire leur ont fait prendre en 1876, à des cours variant de 543 a 546, sont à 620 fr. en moyenne, les 20,400 ac­tions composent le capital social.

Il est vrai qualors la presse, largement éclairée par les fondateurs, promettait un re­venu de 30 et même de 53 fr. aux 245 fr. versés.

Rien donc détonnant que cette perspective ait provoqué une prime, qui, ayant eu une moyenne de plus de 300 fr., a mis dans les poches des fondateurs et actionnaires de la première heure quelque chose comme 6 mil­lions de bénéfices.

Malheureusement, les dividendes annoncés par les journaux, à lorigine des affaires, ne se réalisent pas toujours.

Il en été ainsi pour les tramways généraux. Non-seulement pendant les exercices 1876 et 1877, lexploitation na pas laissé un centime à distribuer aux actionnaires, mais ces exer­cices se sont soldés en perte. Il en sera de même de lexercice de 1878.

Ceci nexplique que trop comment les actions sont successivement tombées à 300 fr., soit à 50 fr.» puisque 230 restent à verser.

Or, ces250 fr., on les demandera aux pau­vres diables qui ont déjà perdu, en moyenne, plus de 300 sur le prix réellement déboursé pour lacquisition de leurs titres.

Cet appel de fonds a fait naturellement en­core baisser les cours de 300 à 265, soit à 15 fr.

Cela n'indique pas grand empressement de la part des actionnaires contraints à verser les 230 fr. quon leur demande.

Il y a même gros à parier que la chose ne se fera quaprès des procès fort peu édifiants, si