LE GRELOT
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i Les prix qui précèdent sont bien entendu, les prix fixés par les administrations de chacun de ces journaux.
j L’Administration du Grelot se charge également de l’abonnement sacs frais, à tous les autres journaux de Paris.
CHRONIQUE DOMINICALE
DIMANCHE.
— Quel est ce caillou?
— C’est une tombe, monsieur.
— Neuve. Qui donc est mort dernièrement à Bougival ?
— Ce n’est pas dernièrement. Il y a huit ans que François Debergue est mort pour sa patrie et huit jours seulement qu’on lui a élevé ce monument.
— Je connais cette histoire. C’était un homme simple et héroïque. Il déclara aux Prussiens qu’il leur ferait toujours du mal tant qu’il le pourrait, parce qu’ils étaient les ennemis de sa patrie, n’est-ce pas ?
— Oui, monsieur.
— Et c’est ici qu’on l’a fusillé, et que, chose qui eût fait grand plaisir au capitaine Garcin, il est « mort sans phrases? »
— Oui, monsieur. On a mis huit ans à se souvenir de ceia.
— Que voulez-vous, mon brave homme, Debergue n’appartenait à aucun parti. Personne ne pouvait ramasser ce cadavre sanglant pour s’en faire un drapeau : on l’a laissé pourrir dans son trou.
S’il avait été frère ignorantin, comme le jeune Anthelme, et qu’il fut mort aux ambulances, on aurait depuis longtemps exalté sa mémoire et perpétué son héroïsme, grâce à de jolies petites images enluminées que les curés donnent aux petite» filles sages des campagnes qui vont les voir chez eux.
Mais Debergue n’était que Français. On l’a oublié. Aujourd’hui que la mode est aux réceptions, aux discours, aux inaugurations de monuments, on s’est souvenu ae lui. C’était un bon prétexte à cérémonie, on en a profité 1
— Oh ! monsieur.
— Oui, je me souviens parfaitement de cette histoire. Le préfet de Seine-et-Oise n’a pas daigné se déranger. Il a envoyé son secrétaire- général. C’est déjà joli. Il aurait pu se contenter d’envoyer sa carte et d’écrire au dos :
c Impossible d’assister à petite fête. Suis trop occupé à lire journaux pour y relever outrages a empereur d’Allemagne. Regrets. »
Ainsi va le monde 1
— Mais il est donc absolument mauvais, monsieur?
— Eh non I Au besoin, il se trouverait des Debergue par douzaines, pour se faire tuer en héros, alors qu’ils savent que Bazaine est vivant!...
LUNDI
Il y avait longtemps que Saint-Genest ne s’était occupé de la réorganisation de l’armée.
Il comble aujourd’hui cette lacune.
Avec le coup d’œil de l’aigle, il envisage tout d’un bloc, du soldat au général.
Pour l’instant, il se déclare satisfait.
Mais il aperçoit le radicalisme qui va se glisser entre les guêtres des fantassins...
Grave péril, mes enfants I
Et mon Saint-Genest jette de ces cris qui jadis sauvèrent le Capitole 1
—o—
Savez-vous ce que veut faire ce radicalisme? Non. Je vous le donnerais en dix, en cent, en mille, que vous ne le devineriez pas. J’aime mieux vous le dire tout de suite.
Il veut faire changer de résidence, tous les trois ans, les, commandants de corps 1
Oui, monsieur, on arrachera le général de division à sa ville ! Il lui faudra changer le café où il prend l’absinthe, et faire imprimer de nouvelles bandes à l’administration de l’Avenir militaire, qui lui parvient déjà si irrégulièrement 1
N’est-ce pas affreux, cela ?
Un général est habitué à Besançon et vous allez l’envoyer au bord de l’Océan, où il ne connaîtra plus rien ni personne !
Voilà pourtant ce que ces infâmes radicaux ont imaginé !• .
Ne devrait-où pas, au contraire, laisser chaque général éternellement au même endroit? Æl pourràit ainsi connaître admirablement sa frontière. Il est vrai qu’il ignorerait tout aussi admirablement quelle est la frontière voisine, mais l’ihJe.Higence de Saint-Genest n’a pas été jusqu'à prévoir cette conséquence éloignée du système qu’il préconise.
—o—
Puisque nous sommes dans l’armée, signalons une excellente mesure qui vient d’y être prise.
C’est un officier uu 5° cuirassier, M. Pistoye deMaillarne, qui vient d’être nommé président de la commission de réception du matériel des hôpitaux militaires.
Il ne reste plus maintenant qu’à nommer un chirurgien président du comité d’artillerie et un infirmier amiral en chef de la flotte cuirassée.
La réorganisation de nos armées de terre et de mer pourra alors être considérée comme complète.
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MARDI.
M. de Freycinet prononce son discours quotidien. .
Il recommande naturellement aux républicains de faire des concessions.
Encore 1 Mais sambleu, depuis huit ans, nous ne faisons que cela 1
Il serait cependant grand temps que les conservateurs en fissent quelques-unes à leur tour.
Sous prétexte que nous sommes les plus forts, on nous conseille de nous laisser toujours battre.
A quoi nous sert d’être forts, alors!
Notrepuissance nous est aussi inutile que les pièces de cent sous du fils de Jocrisse, que son père lui remettait en lui défendant de les dépenser 1
Ges conseils de modération et de patience me rappellent ceux qu’on fait aux grands garçons en les chargeant de garder leur petit frère :
— Si pour s’amuser, il veut te tirer les cheveux, tule laisseras faire. Si tu abuses de ta force pour le priver de distractions, en rentrant je t’apprendrai ce que c’est que des gif- flesl
Bismarck est de plus en plus embêté par ses socialistes.
Il ne peut pas en venir à bout sans l’aide des jésuites, et il redoute autant ce remède que le mal.
Nous ne pousserons pas, comme nos grands confrères, la courtoisie envers nos anciens collectionneurs de pendules jusqu’à les plaindre vivement.
An contraire, nous ne cacherons pas que la piteuse mine qu’ils fout actuellement nous remplit d’une douce allégresse.
Quand on a fait l’apologie de la force, on ne mérite pas d’être plaint quand on est écrasé par elle.
Bismarck a dit : la force prime le droit.
Maintenant qu’il n’a pas la force, nous allons voir comment il s’y prendra pour marcher droit.
Mais qu’il ne compte pas sur nous pour lui crier : casse-cou 1
MERCREDI.
M. de Falloux tombe nerveusement sur le ail à M. de Mun.
C’est un homme bien bizarre, que ce M. de alloux. . , ,
Il est catholique, mais il est libéral.
Il prend au sérieux l’Evangile; et il voudrait u’on vécût d’après ses principes.
Selon lui, la chaire doit être uniquement icupée pour commenter la parole divine et on pour diffamer les républicains de la pa- )isse.
Il voudrait vraiment que la prêtrise soit un icerdoce et non un métier excellent où, jmme disait Louis XIV, si on mange parfois e la merluche, c’es t dans l’espérance d’avoir lus tard cent fois plus de poisson.
Enfin, pour tout dire, en employant une de ïs pittorresques expressions en usage jadis ix petits lundis des Tüilories, M. de Falloux i U pv dans l’apostolat, et se figure vraiment ne c’est arrivé.
Pauvre M. de Falloux, comme il est peu de >n siècle!
Veuillot en est, lui, par example !
Veuilot, que son physiqüe disgracieux empêche d’ailleurs de trop planer dans l’azur et d’aller rêver des. pastorales aux bord des ruisseaux, à l’instar du jeune Adonis,
Veuillot est positif
Le contentement du cœur, la satisiac- tiou du devoir accompli, la noble mission qu’il a ici-bas à remplir, tout cela c’est très-joli, mais infiniment moins nourrissant qu’une bonne tranche de rosbif.
Au fond, je suis sûr que l’ange de la petite vérole donnerait volontiers une bénédiction
du Saint-Père pour attraper tous les abonnés ecclésiastiques que le Figaro lui a si subrepti- esment soulevés.
En attendant, le beau Louis songe aux intérêts de l’église» Il se donne un mal infini pour sauverela caisse.
— On dit ;que nous sommes riches, s’écrie- t-il. Hélas 1 mes frères, nous sommes dans la plus affïèùse des dèches. Le denier de SainUPierre-n'è fournit plus que 500,000 fr. par mois.’C’est dérisoire! Par pitié, messieurs les fidèles, ne croyez pas que nous ayons de l’argent en réserve. Nous avons tout mis au clou, et nous ne saurions trop le dire:
NOUS SOMMES EN DÈCHE !
En affichant ces quatre mots en lettres colossales au-dessus des troncs de chaque église, cela mettrait peut-être du beurre danê les épinards. mais il est vrai que cela sentirait quelque peu le saltimbanque et le fameux :
— Enfin, nous avons fait faillite.
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JEUDI.
Les Autrichiens télégraphient qu’ils ont «emporté une nouvelle victoire décisive à Vi- cliegrad.
Cela fait à peu près la quarantième qu’ils remportent.
Quand ils en seront à cent, nous ferons une croix.
Il va sans dire qu’à chaque bande qu’ils rossent, ils crient par-dessus le peu de toits qui subsistent encore dans le pays, que l’insurrection est absolument écrasée.
Seulement, le lendemain e’est à recommencer.
Le capitaine des carabiniers de Grenade en usait ainsi avec Falsacappa.
Il le taillait en pièces en long, puis, quand il avait bien fini, il recommençait à le tailler en pièces en travers.
Et ce bandit de Falsacappa ne s’en portait pas plus mal pour celai
—o—
Des gens qui me semblent tenir beaucoup à faire parler d’eux, pour l’instant, ce sont les Albanais.
Tant qu’on s’est battu en grand, ils se sont bien gardés de bouger.
Mais maintenant que la paix est signée, ii u’y a plus moyen de les tenir.
Ils veulent absolument se battre seuls contre tout le monde.
A les entendre, ils vont manger le Monténégro. dévorer la Grèce et rosser l’Autriche.
Leur voilà bien de l’ouvrage sur la planche. S’ils font tout cela d’ici six mois, ils n’auront pas froid cet hiver, car il leur faudra se donner un rude mouvement !
Quant aux diplomates qui ont mis toute la Péninsule des Balkans dans la jolie situation qu’on sait, ils se reposent tranquillement sur leurs lauriers.
Ils engraisseraient sûrement moins si on les payait à la tâche et non au mois. Je doute fort que dans ce ce cas ils gagnent de quoi manger à leur faim des pelures de pommes de terre 1
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VENDREDI.
Le Congrès international des sociétés de la paix se réunit.
On discute beaucoup et on ne décide rien.
Ce résultat était prévu.
Il est môme extraordinaire que les membres du Congrès se soient séparés sans se flanquer une tripotée colossale.
Il est vrai qu’il doit y avoir encore plusieurs séances, et qu’on garde sans doute cette tré- pignée pour le bouquet.
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Le budget de la préfecture de police est augmenté pour 1879 de 2,154,520 fr. 47.
La politesse, l’urbanité, l’amabilité de tous les agents de cette préfecture et leur respect pour la liberté individuelle restent toujours les mêmes.
C’est ce qui fait que nous trouvons l’augmentation un peu forte.
Les 47 centimes tous seuls, jusqu’à nouvel ordre, auraient parfaitement suffi.
Il paraît que, jadis, celui que Troplongappelait Napoléon IÜ et Marguerite Bellauger < son cher seigneur », engagea des négociations avec l’Angleterre, lui offrant l’Egypte et lui demandant en échange le Maroc.
Je trouve charmante cette manière de s’offrir ainsi des contrées qu’on ne possède en aucune espèce de façon.
Si deux particuliers se donnaient ainsi mutuellement les denrées des boutiquiers voisins, il est plus que probable qu’au moment où ils prendraient livraison de ces Cadeaux, on les arrêterait et qu’on les collerait au poste avec tous les honneurs dûs à d’ordinaires filous.
Mais diplomatiquement c’est très-bien reçu!
SAMEDI.
Décidément la paix de Berlin aura vécu moins longtemps, que les roses.
Voici maintenant la guerre qui va se rallumer en Asie.
Ces bons Anglais vont être obligés de se colleter sérieusement avec des gens qui, pour n’être qu’à moitié civilisés, n’en savent pas moins occire très-proprement leurs adversaires.
Se battre dans ces contrées, presque aussi
désertes qu’un bureau d’abonnement de journal badingouin, n’a rien de trop agréable.
Aussi, les Anglais, en gens pratiques, ont-ils prié les Russes de leur dire si véritablement ils avaient l’intention de leur chercher des poux dans la barbe.
—- Eu.ce cas-là, disent-il, on se boxera. Mais au lieu de s’en aller à tous les diables, dans des chiens de pays, qui ne sent même pas des pays de chiens, ou pourra se flanquer une tripotée dans un endroit plus rapproché et plus commode pour nous. Cela vous va-t-il ?
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Je ne sais ce que répondront les Russes. Il est probable qu’ils riront au nez de John Bull, et qu’ils lui diront être fort satisfaits de le voir dépenser son argent en transports ruineux à Laptre bout du monde.
' Ce "SCuF dommage, car l’idée anglaise me ■ souriait fort.
Cependant, s’il m’était permis d’émettre mon avis sur cette, grave questionne l’aurais résolue d’une façon qui, saas me vanter, est assez folichonne.
— Au lieu de choisir un terrain commode pour vous y éventrer mutuellement, aurais-je dit aux adversaires, faites encore mieux.
Il est entendu que ce sont les rois qui forcent les peuples â s’entretuer. Que le czar et la reine Victoria combattent donc seuls dans un cirque, soit à main plate, soit au chausson,, au bâton, à l’épée, au revolver, à la hache, d'abordage ou au vilbrequin. Cela sera tout-à-i fait commode, économique et original. Qu’en pensez-vous ?
GRINGOIRE.
MESSIEURS LES ANGLAIS
Tire* les premiers... votre chapeau.
Un journal qui compte parmi ses rédacteurs un Allemand panaché de plusieurs Belges, insinuait l’autre jour que les Français, quand ils allaient en Angleterre, commettaient la lèse- courtoisie de se gausser des fils de la perfide Albion.
A peine nos compatriotes, disait-il, ont-ils passé la Manche qu’ils s’empressent de se débarrasser, comme d’un colis gênant, de cette politesse avenante, de cette exquise urbanité inhérente aux mœurs françaises.
X
Le journal en question aurait exprimé l’exacte vérité à ce sujet, s’il avait dit tout le contraire.
En fait de politesse et de sentiment des convenances, un seul Français en possède suffisamment pour en octroyer à tous les gentle- mans plus ou moins ridés de la Grande-Bretagne.
Et il en resterait encore assez audit Français pour pouvoir donner des leçons de savoir-vivre à toute l’Angleterre réunie.
A oh y es 1
X
Les Anglais, chez eux, sont, parail-il, d’une politesse raide, guindée, glaciale comme une carafe frappée.
Mais chez nous, c’est différent.
Voyez-les à table d’hôte.
Ils se précipitent sur les plats avec une voracité de badingoinfre.
Et quand un voisin de gauche lui passe le rôti, Yenglishman en fait déménager une partie dans son assiette et garde le reste à côté de lui, sans s’inquiéter du voisin de droite.
La devise anglaise est celle-ci :
Frères, il faut se nourrir !
X
Les Anglaises même — ces petites miss qu’on asi poétisées, sans douteàcause de leurs grands pieds — ne daignent, la plupart du temps, pas répondre aux politesses dont elles sont l’objet dans notre chère patrie.
Et ce qu’elles mangent 1
Quatre forts de la halle ne parviendraient pas à ingurgiter le déjeuner ordinaire d’une Anglaise.
X
En chemin de fer, nos voisins d’outre-Man- che s’entendent admirablement à prendre leurs aises...
Casez-vous comme vous pourrez, cela ne les regarde pas.
Dans les bals publics, ils se plantent comme des piquets, en extase devant des cascadeuses, filles de cinq louis, et ouvrent des bouches à dégoter les fours du Vaudeville. Ils interceptent la circulation, vous enfoncent leurs coudes dans l’abdomen, vous marchent sur les pieds, — mais ça leur est égal 1..
X
Aussi quand je vois les Anglais blagués dans nos chansons et sur nos théâtres ;
Quand je vois un englishman roulé par une cocotte qui lui mange jusqu’à sa dernière hotte ;
Quand j’en vois un autre plus cornifié que SganarelK-,
Je m’écrie :
For everl..
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Et si les Anglais se plaignent de ce que nous ne sommes pas toujours prévenants à leur endroit, je leur réponds :
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