LE GRELOT
les calolins. Quant à Montreloul, il mourra d’un calembourg rentré 1... (Carillon.) Ahl tu peux sonner, vieux crampon !
Anatole Zutl
Anatooole 11
UNE VOIX.
anaforge de i,a tôle. LA VOIX.
ANAFORGE DE LA TOLE.
Si lu t’imagines que je vais me déraugor...
LA VOIX.
Anaatooooleül
ANAFORGE DE LA TOLE.
Voilà, monsieur, voilà.
M. repère (entrant).
Mais vous êtes donc plus sourd que la voix de la conscience d’Emile Ollivier! Il y a une heure que je carillonne...
ANAFORGE DE LA TOLE.
Je m’étais endormi... sur un articlede John Lemoine.
M. LEPÈRE.
Quoi de neuf aujourd’hui dans la presse?
ANAFORGE DE LA TOLE.
Ereintement sur toute la ligne.
M. LEPÈRE.
De WaddiDgton ? (à part) Tant mieux.
ANAFORGE DE LA TOLE.
Non, de vous.
M. LEPÈRE.
De moi ! Vertuchoux 1 Nous allons rire !
Et pas le plus petit éloge pour tempérer ma colère ?
ANAFORGE DE LA TOLE.
Si, dans le XIX e Siècle, dans les Débats, dans le Figaro... Mais c’est tellement insigniliant ! Voyez plutôt le Grand-Livre.
M. LEPÈRE.
Vous allez m’envoyer immédiatement des communiqués an Rappel, à la Dévolution, au Pays, à T Univers, à l'Union... au Siècle...
ANAFORGE DE LA TOLE.
Au Siècle 1 jamais.
M. LEPÈRE.
Qu’est-ce à dire ?
ANAFORGE DE LA TOLE.
Le Siècle est mon ancre de salut. Le Siècle et moi nous ne faisons qu’un. Quand j’ai donné ma démission « ma première pensée a été pour la rue Cliauchat... »
M. LEPÈRE
Alors, je pense que c’est vous qui m’avez éreinté.
ANAFORGE DE LA TOLE.
Ça c’est possible.
M. LEPÈRE.
J’aime cette noble franchise. Alors, pour « rétablir l’équilibre * par compensation, vous enverrez deux communiqués au Pays.
ANAFORGE DE LA TOLE.
Très-bien. Ensuite?
M. LEPÈRE.
Et au Moniteur de la cordonnerie... Parce que mon cordonnier m’a fait des bottes trop étroites.
ANAFORGE DE LA TOLE.
Et puis ?
M. LEPÈRE.
Et à l’Indicateur des Chemins de Fer... parce que le train de Versailles était hier en retard de deux minutes.
UN huissier ( annonçant ).
M. 'Waddington, M. Jules Ferry, M. Léon Say, M. Le Royer, etcœtera.
M. LEPÈRE.
Entrez, chers collègues, (à part) Le diable les emporte 1
M. -WADDINGTON.
Nous venons consulter le Grand-Livre.
Quel est le bilan du jour, monsieur Anatole?
ANAFORGE de la TOLE (gracieux).
Le voici, messieurs (il lit ) :
ACTIF.
M. Lepère assistait hier soir à la fête de l’Opéra. La farandole l’a particulièrement enthousiasmé.
(Débats).
Le ministre de l’intérieur ne recevra pas demain, mais il recevra mardi prochain.
(Journal officiel).
Jamais la Presse n’a été plus libre.
(Le Menteur Universel ).
La Prusse est enchantée de ce que M. Waddingtonaitsu résister à la pression radicale qui voulait l’amnistie de Blanqui.
(Figaro).
M. Jules Ferry a dîné hier chez MT Gambetta.
Trompette s’est surpassé.
(Figaro).
Le ministie delà marine avivement conseillé àM... de convertir son immeuble deh4rueTa.it- bout en collège municipal de demoiselles. M... rendra sa réponse à la lin du bail... qui est de neuf années.
PASSIF.
Qui nous délivrera de ce ministre à l’eau de guimauve 1
(Rappel).
M. Le Royer et M. Waddington, en interprétant jésuitiquement la loi et en s’opposant à 1’.ministre de Blanqui avant le 5 mai, se sont couverts d’un ridicule que 1a, cataracte du Niagara serait impuissante à laver.
( Marseillaise L
Simple question : aes ministres ne veulent pas que les amnistiés, mem- de la Légion d’honneur, soient réintégrés dans les cadres de cette compagnie.
Èt Bismarck quia été nommé grand-croix en 1862, a-t-il été réintégré? appartient-il toujours à la Légion d’honneur ?
(Grelot).
On affirme que M. Léon Say, qui est protestant, est sur le point de se convertir au catholicisme.
Vive la conversion I (Univers).
TOUS.
O cette presse ! cette presse !
ANAFORGE DE LA TOLE.
Quels sont les ordres de vos Excellences ?
M. LÉON SAT (êcumant).
Conversion 1 ! 1 Correctionnelle ! Cour d’assises, c’est là ce qu’ils méritent. L’échafaud, la potence, le pal, le scalp !
TOUS.
M. Le Royer « faites-nous poursuivre tous ces gueux-là 1 »
M. LE ROYER.
La magistrature est sur les dents. Attendez que les procès actuels soient jugés, ensuite, je vous promets prompte justice.
M. LEPÈRE.
Poursuivez, poursuivez...
M. WADDINGTON.
Les puissances étrangères ont l’œil sur nous. L'Angleterre est rongée par le fénianisfiie, la Prusse par le socialisme, la Russie par le nihilisme...
ANAFORGE DE LA TOLE (spirituel).
Et la France par l’opportunisme!
(Le ministère s’évanouit dans les bras d’Anatole.)
Montretout.
COUPS DE BEC.
Un ministre républicain — ou de la République si vous lepréférez — ayant eu le toupet de donner le nom de crime au coup d’Etat de mosieu Napoléon III, il s’est heureusement trouvé un autre monsieur en pain d’épice pour s’écrier : Retirez le mot !
Et maintenant l’honneur de la Chambre' est sauvé.
Mais je me demande, avec une insistance qui finira par me faire tomber les cheveux, pour qui nous aurions passé en Europe si le pain d’épice n’avait pas sauvé la situation. Qu’auraient pensé de nous les Zoulous qui lisent l’Officiel, s’ils n’avaient pas vu que ce mot de crime était accueilli comme il le méritait.
Crime, le Deux-Décembre 1 Franchement, elle est verte I
Prêter serment à une Constitution et l’étrangler, mais il me semble, au ccntraire, que c’est la chose du monde la plus honnête entre toutes, et la preuve, c’est que ces messieurs prêtres ont accueilli la plaisanterie du père l’empereur avec un de ces enthousiasmes qu’on ne traduit pas autrement que par des Te Deum première, cachet jaune.
Dans le temps, je le sais, des melsus de bourgeois avaient leurs petites idées ; ainsi, voler l’argent qu’on vous confiait, cela passait pour un sans gêne exagéré, jurer fidélité à son mari et le faire cornard, des gens ridicules trouvaient cola répréhensible, assassiner une personne qui ferait des difficultés pour se laisserenlever portefeuille, ou montre— chaîne comprise — on disait que le procédé était vif.
Mais tout cela était bon dans le temps, vieux errements, vieilles idées, qu’il faut envoyer rejoindre les vieilles modes des temps jadis.
Où serait le progrès si l’on ne changeait pas de temps en temps de manière de voir.
Messieurs les républicains en écumeront de colère, c’est certain, mais il faudra bien, si leurs instincts sanguinaires leur laissent encore la faculté de posséder quelque sentiment du vrai, qu'ils reconnaissent que le progrès vient encore, comme toujours, du côté bonapartiste.
Aussi, maintenant, enthousiasmé par les belles paroles du pain d’épice, j’ai résolu de changer ma manière de voir.
Quand je dînerai en ville, j’emporterai mon couvert — s’il est en argent — je ne rendrai non-seulement pas un sou de l’argent que je dois, mais encore je tortillerai le cou du premier scélérat qui refusera de me donner ce qu’il a dans sa poche.
Je vais violer la première petite fille qui me donnera dans l’œil, et si elle fait des façons... je l’étrangle.
René Lebrun.
P. S. C'est curieux, j’émettais mes idées dans une famille hier soir, eh! bien!... c’est à ne pas le croire : on m’a mis à la porte.
R. L.
©ointe % Iffipnsongps
Le Paris-Journal semble avoir fait le pari d'ètre le journal le plus jésuitique qu’on puisse rêver. 11 ne se passe pas un jour qu’il ne fasse l’apologie de la respectable compagnie, dont
Loyola, Escobar, le père Dulac sont les plus beaux ornements.
Vendredi dernier, le rédacteur en chef de cet estimable, mais peu estimé canard, entamait un dithyrambe en faveur de la liberté de l'enseignement. On le sait, nous sommes partisans de celte liberté, non parce qu’elle permet aux jésuites d’ouvrir des universités, mais parce qu’elle donne aux libres-penseurs le droit de créer dans l’avenir des chaires où leurs croyances viendront s'affirmer librement. Mais nous ne pouvons nous empêcher de protester quand on gâte une cause juste et excellente en la défendant avec des arguments aussi emphatiquement ridicules que ceux-ci :
— Aujourd’hui, pères et mères de France, on veut vous enlever vos fils; il s’agit de leur faire revêtir l’uniforme de ce qu’ils nomment la libre-pensée; d’hébêler leur âme eu la nourrissant exclusivement du manuel du parfait républicain, de les emprisonner dans les casernes-usines où l’on se propose de jeter dans un même moule, de tailler sur un même patron les radicaux de l’avenir !
Parler d’hébètement dans le camp des ahuris de sacristie, causer de nourriture morale exclusive dans le parti des monomanes qui ne voient point de salut hors de l’Evangile, de la Bible, et de l’Imitation de Jésus-Christ, blâmer l’emprisonnement des casernes-usines en face des partisans du système monastique cellulaire, il faut vraiment avoir, pour cela, un de ces aplombs phénoménaux qu’on ne trouve qu’à Paris, mais qu’on n’a l’idée de se payer que lorsqu’on écrit uniquement pour la province 1
t
X
Le lendemain, dans le même journal, Albert Duruy trouvait inopportun qu’on voulût rendre l’enseignement laïque et obligatoire au moment où le gouvernement manque d’argent:
— Et c’est le moment que vous choissisez, j dit-il, pour interdire des milliers de volon- j taires hommes et femmes, qui ne vousdeman- j dent pour toute rémunération que de leur lais- j ser suspendu un christ dans leurs salles d’études !
Voilà, n’est-il pas vrai, une phrase délicieuse.
Elle est sentimentale et pathétique à l’infini. De plus, elle revêt un caractère pratique des plus remarquables. Albert Duruy s’adresse en même temps au cœur et à la bourse. Si les bourgeois ne sont pas touchés, il faudra vraiment désespérer de leur sottise et de leur avarice.
Au fond, ce monsieur sait parfaitement que les hommes et les femmes c qui ne demanderont pour toute rémunération que d’être libres de suspendre un christ dans leurs salles d’études » seront toujours libres d’enseigner tout ce qui leur plaira et tout ce qui nous déplaira. Mais la confusion volontaire qu’il établit entre les écoles libres et les écoles primaires, dont les instituteurs sont payés par l’Etat, constitue probablement dans son esprit (?) une de ces pieuses contre-vérités, que les jésuites déclarent si méritoires, et qu’Alexandre Borgia eût primées d’indulgences.
X
Dans le même article, le même Albert Duruy s’inquiète de la manière dont le gouvernement trouvera l’argent nécessaire à la construction des nouvelles écoles laïques.
S’il nous est permis de donner notre avis sur une question aussi importante, nous enga- ' geons vivement le gouvernement à se procurer cet argent d’une manière fort simple : en prenant simplement ad hoc les 54 millions affectés
chaque année au budget des cultes.
Le Petit Caporal prend à parti le Petit Journal :
Le Petit Journal, dit-il, publie un article intitulé « l’Académie et M. Thiers », au sujet de l’incident Henri Martin-Emile Ollivier.
Cet article se termine par une conclusion
u’il serait bon, je crois, de renvoyer à la mé-
itation de son auteur, car il est la démonstration la plus éclatante de la vérité en ce qui concerne les articles pleins d’injures et d’invectives lancées contre l’Empire par la presse républicaine.
c En effet fici je copie M. Thomas Grimm),
« n’est pas haï qui veut, et la haine est une « des manifestations les plus éclatantes de « l’immortalité, quand, infime par le talent de « celui qui l’entonne, infime par le nombre de « ceux qui applaudissent, elle est écrasée par & l’immense acclamation de l’enthousiasme,
« de la vénération et de l’amour. »
Il y a dans cette observation quelque chose de juste. Il est bizarre, en effet, que l’Empire ait réussi à inspirer à la fois tant de haine et tant de mépris.
D'ordinaire ces deux sentiments s’excluent mutuellement! Il fallait un être comme Louis- Napoléon Bonaparte, c’est-à-dire un pitre gâteux doublé d’un cynique et lâche foireux,
pour les faire cohabiter en bonne intelligence dans les mêmes cœurs.
Mais nous ne voyons pas ce que le Petit C«- poral a gagné à le faire remarquer.
Henry Vaudémont.
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B3
GRELOTS-FINANCE
Le monde boursier est en vérité un monde bien amusant.
Les sages s’évertuent à dire que le mouvement de hausse marche d’une façon extravagante.
Les fous continuent à aller de Pavant, à les entendre, il n’y a pas plus à se soucier du dehors que du dedans, et il faut agir, comme si le 3 0/0 devait faire 85, l’amortissable 90 et le 4 0/0 120.
La conséquence de tsut ceci, c’est que, jusqu’à présent, la fortune donne raison aux fous.
Ils touchent des différences, et se sont les sages qui les leur paient.
A dire vrai, la situation tend un peu à se modifier, si la hausse est toujours à l’ordre du jour pour les rentes françaises, il n’en est pas de même pour les fonds étrangers.
A-t-on quelque iutuition que, s’il arrive du grabuge, c’est de ces côtés-là que l’on commencera à en ressentir les effets?
Je ne sais. Toujours est-il que nombre de malins ont jugé prudent de réaliser tout ou partie de leurs bénéfices.
Les acheteurs de florin or australien et de florin or hongrois, en savent déjà quelque chose.
La Russie ne doute de rien. Elle, à peine sortie d’une guerre désastreuse, dont la carte à payer est encore loin d’être réglée, elle n’en décrète pas moins un nouvel emprunt de un milliard, comme si de rien n’était.
Ce qu’il y a beau, c’est que cet emprunt, bien qu’offert à l’intérieur, est, si les grandes puissances frontières disent la vérité, presque couvert par des souscriptions venues du dehors, souscriptions non de croquants comme vous et moi, chers lecteurs, mais souscriptions de gros banquiers et de non moins grosses banques.
Ces banquiers et ces banques tireront leur épingle du jeu. Puisse leur clientèle faire aussi bonne pêche dans ces eaux troubles.
Le trouble, le brouillard, les ténèbres, l’inconnu, ne gênent maintenant aucunement la hausse.
Exemple : Y a-t-il quelque chose de plus embrouillé, de plus enchevêtré, de plus compliqué que les finanees Egyptiennes.
Une querelle d’allemand vient de s’y aj ou
1er.
Et bien, c’est juste ce moment-là que les malins choisissent pour faire monter les fonds Egyptiens et tout ce qui s’y rattache.
Tubal Caïn.
