LE CrRELOT
L’amiral anglais cessera de commander à des gens qui ont l’ordre formel de ne pas lui obéir ;
Le cuirassé autrichien Custozza saluera fraternellement les vaisseaux italiens auxquels il rappelle de si doux souvenirs ;
La flotte allemande et la française s’enverront des sourires comme en échangent les cliiens de faïence...
El chacun rentrera chez soi, sauf les Albanais, qui, eux, continuent à se prélasser tranquillement chez les autres.
l'rrnro hiimanum est
Tout ce bruit, fait pour rien, autour d’une misérable bourgade, auprès de laquelle Le- Vallois-Perret est une grande ville, n’est-ilpas profondément grotesque?
A propos de la cession de ce gros village au Monténégro, à qui- n’a-t-on pas' été demander avis. .
-Au grand Turc,
Aux Albanais, •
Aux Monténégrins,
Aux Eusses,
Aux Anglais,
Aùx Autrichiens,
Aux -Français,
Aux Allemands»
Aux Italiens,
Aux Serbes,
Aux Bulgares,
Aux Grecs...
Etc., etc...
Bref, à tout le monde,
Sauf à ceux que cela regarde le plus :
Sauf aux habitants de Dulcigno.
O logique !
Bæ'I Passc-Broits de la Guillotine.
Si jamais je suis condamné, à mort, — c’est Une hypothèse, ce n’est, pas un souhait, —je désire vivement que ce soit à Paris.
Ici os est traité avec fous les égards en Usage dans le monde soi-disant civilisé...
On est entretenu dans un état de toilette perpétuel.
Logé à deux pas de l’échafaud, ■
Et réveillé un quart-d’heure à peine avant l’exécution.
De plus, — sans compter la notoriété, ce qui est toujours flatteur,et les articles des philanthropes sur sa tombe, ce qui est consolant, — le condamné parisien est exécuté devant ün public rare, ruais absolument d’élite.
L’exécution du parricide Huart, faite récemment à Angoulôme, a démontré qu’il en est toùt-à-fait autrement en province.
Pour les condamnés de cette catégorie inférieure,
La toilette existe toujours, avec ses cruels et méticuleux raffinements,
Le réveil précède de plusieurs demi-heures le moment fatal,
Une peu poétique promenade en voiture « dans un petit omnibus de famille, » comme ‘lit agréablement la France, s*ert de trait 'd’u- bion obligatoire entre la prisotn et la place de l’exécution.
La notoriété est aussi restreinte que possible.
Qu’une crise ministérielle survienne au moment de l’operation finale, rt c’est tout au plus si les journaux parisiens lui consacrent quatre lignes dans leurs échos.
Enfin, le nombre infiniment supérieur des assistants ne peut racheter leur qualité, d’une navrante infériorité.
Aussi, comme sujet de croquis digne d’un folur ttavarni, vois-je un Jean Iliroux provincial de l’avenir lisant la condamnation capitale d’un de ses émules parisiens, et murmurant :
— Fauché à Paris. Veinard, va 1
Mais on ne saurait le nier, le premier Jean Iliroux, celui de la légende, avait parfaitement raison :
— Les Français ne sont pas égales devant la loi 1
Gringoire.
—■■ - ..-<£►-
GAZETTE DE MONTRETOUT
Cuisine ministérielle.
Que le diable emporte la politique qui vient empoisonner nos dernières semaines de vacances 1
La chasse et les vendanges — voire même les articles de Zola— sont autrement intéressants que les récits de crises ministérielles et de duels politiques entre M. de Freycinet qui est resté sur le carreau et M. Constans qui, lui aussi, sera trouvé trop modéré avant qu’il soit longtemps.
Quel sacré pays que le nôtre. Ce que nous avons consommé de ministres en dix ans est chose fabuleuse. Nous en avons eu, à nous seuls, autant'et peut-être plus que le reste de l’Europe (sans compter la Turquie, bien entendu) dans le même laps de temps !
Que durera le replâtrage ou ressemelage que M. Grévy vient de confier à M. Jules Ferry ? J’en donne ma langue à Madame Thiers.
Il est de fait que nous marchons à toute vapeur vers le radicalisme à outrance et qu’avant cinq an s Roche fort et Pyat, qui seront ministres alors, seront traités eux aussi, d’infâmes réactionnaires.
Hélas ! que j’en ai vu tomber de ministères !
Le plus cocasse, là dedans, c’est que ces ministères ne se disloquent presque jamais parlemenlairement, comme dans les autres pays. Non, chez nous, les dislocations sont motivées par des crises intesiines. Les dix membres du cabinet ne peuvent jamais s’entendre. Mais sacré Dieu! comment font donc les Anglais qui, eux, ont 48 ministres respon- ■ 8 ibles ! Les uns sont cléricaux enragés, les autres libres-penseurs et pourtant jamais de Ces querelles qui nous font passer, et bien à tort, pour le peuple le plus ingouvernable de l’univers.
Et maintenant tous les ennemis intimes de Gambetta voudraient bien le voir cesser de se
dérober plus longtemps à la tâche de former lui-même un cabinet fortifié, cuirassé, blindé, un ministère durable, eu un mot.
Ouais! Gambetta est trop fiu pour se laisser prendre au piège.
Il aime bien mieux régner sans gouverner !
Pour l’instant, il peut s’écrier comme Louis XIV : L’Etat c’est moi.
— Ça m’est bien égal, disait-il l’autre jour à Arnaud (de l’Ariègë) que le ministre de la guerre ait supprimé les tambours, moi je n’aime que les Trompettes !
"Un amusement comique.
Les cérémonies de l’accouchement de la reine d’Espagne ont provoqué chez moi un accès de dpuce gaîté.
D’abord on a doublé les sentinelles à qui l’on a ordonné de réciter leur chapelet.
Ensuite on a trimballé dans la chambre à coucher de la reine tout ce que l’Espagne compte de reliques : La crosse de Saint-Dominique de Guzman, la mitre de Saint-Pierre d’Àlcantara et la ceinture miraculeuse de Nuestra Senora de la Gracia. Enfin, le Saint- Sacïement est resté en permanence pendant tout le temps qu’ont duré les douleurs de l’enfantement, car il est bon d’ajouter que, malgré tous les charmes, amulettes et talismans, la reine Christine a souffert comme la première blanchisseuse venue.
Et puis voyez-vous ce roi présentant aux * courtisans sa fille sür un plat d’argent. Si c’eût été un garçon le plat eût été en or !
A ce propos le vieux maréchal de Caramba, aussi myope que Sarcey, a eu un mot superbe. Eu voyant le roi s’amener vers lui un plat à la I main, il s’est écrié.
— Merci, Sire, je ne prends jamais rien entre mes repas !
Le comble du théâtre.
dévorés par des fauves, ne trouvait de larmes que pour « un pauvre tigre qui n’avait pas de ’ cbréüen. »
X
Non-content de tarabuster lapins et poules à propos des odeurs de Paris, Andrieux, dit la Providence des Parfumeurs, songe, affirme- t-on à contraindre les cafés à clôturer leurs portes à une heure.
Nous avons déjà dit tout ce que nous pensions de cette mesure, absolument stupide. Fermerles débits de boissonàn’imporîequelle heure n’a jamais empêché les ivrognes deboire. Ils se grisent chez-eux, où peuvent les contempler plus à leur aise" leurs enfants et leur femme, voilà tout.
Je puis me tromper, mais il ne me semble pas que ce résultat soit fort désireux à obtenir.
X
La Civilisation demande carrément le rétablissement’ du droit d’pinesse.
Il est possible que le Monsieur qui entreprend cette campagne s’appelle Roussel, mais je consens à avoir le cou coupé jusqu’à ce que mort s’ensuive s’il est Cadet.
X
Un de nos confrères a saisi l’occasion d’un tragique duel dans lequel un officier allemand a trouvé la mort à Fulda, pour tonner contré les combats singuliers.
On n’est pas niais à ce point 1 Au contraire, morbleu, engagez donc ces braves Teutons ! à se dévorer le plus possible les uns les autres. C’est autant de moins à faire pour nous.
Dédié à M. Paul Ferrier :
;1 Intituler une pièce L’heure du pâtissier... et | faire un petit fourl
S Recette infaillible contre le courage.
| Ce n’est pas malin et je m’étonne qu’on n’y J ait pas songé depuis des siècles.
S Voulez-vous savoir pourquoi je ne suis pas encore cocu ?
Chut! ne divulguez pas mon secret.
Eh bien! j’ai tout bonnement fait courir partout le bruit que ma femme a une maladie de peau 1
Enfants terribles.
— Pourquoi êtes-vous si menteur, mon petit | ami.
S — Pas ma faute, m’sieu, mon père est avocat.
Montretout.
1 ’ '» ■■■ ■ ‘*‘ * ■3 ^ 1» —— — -—- ■ ■■■■
JîonrliB %• pîmongn
Partout où on leur montre les dents, les ca- lolins courbent la tête et se font bien petits, bien humbles. Mais partout où ils sont les plus forts, ils se montrent d’une arrogance et d’une brutalité à nulle autres pareilles. On le voit journellement en France, et mieux encore en Belgique. A Liège ils sont tout miel, mais dans la province d’Anvers, ils sont tout fiel. Jugez- en par l’histoire suivante, advenue dans un village peu éloigné du grand port :
« Un viellard de cette localité était si gravement malade que son médecin, .redoutant une mort prochaine, croit devoir engager la famille à prendre les dernières disporsitions en vue de son salut. En conséquence on mande le curé. Mais savez-vous quelle fut sa première question en entrant dans la maison mortuaire? Nous vous le donnerions en cent s’il s’agissait d’un sujet moins grave. Eb bien, il s’informa du nom du médecin 1... Puis, en apprenant que c’était le libéral de l’endroit, il tourna brusquement les talons en s'écrian t avec cynisme : « En ce cas, le malade peut at tendre!.. »
La Gazette s’écrie :
— En présence de pareils faits, comment taire... t>
Suit une longue tarline respirant la plus vive indignation. Tartine superflue, selon nous. De pareils faits se passent de «comment taire. »
X
Empruntons au même journal les lignes humoristiques suivantes :
Comment peut-on prétendre que le métier de Roi soit un métier plein d’ennuis? Il ne se» passe pas de jours qu’on ne lise dans les jeur- ;! naux que le Roi a visité l’une ou l’autre chose ” et qu’il a pris à cette visite le plus vif plaisir.
Si c’était une simple affirm ation des reporters, on pourrait douter de l’exactitude du fait, car dans le nombre des choses qu’il va voir et qu’il examine pendant de longues heures, il en est qui sont, pour le commun des Belges, mortellement ennuyeùses : mais, il paraît que ce « vïf plaisir » est chaque fois constaté par les paroles qu’il adresse en sortant aux personnes qui l’ont reçu...
Dèpuis lundi, le Roi a, en visitant des expositions où en causant avec des inventeurs,- éprouvé quatorze fois « le plus vif plaisir, » d’après le relevé que nous- avons fait dans le» journàùx. On ne dira pas que ce n’ést pas là une existence absolument joyeuse !
Fort bien dit. Quand nous voyons des gens plaiïïdrè ce'S infortunés monarques, ennuyés de commander à leurs sujets nous ne pouvons- 'nous empêcher denoüsrémémorê'rcè bébé qui,, en face d’un tableau représentant des ebirétiens f
X
Les journaux monarchico-cléricaux nous donnent chaque jour une nouvelle édition de la fable du pavé de l’ours. Voici la dernière :
« Thermutis lavait son linge sur les bords du Nil, la reine Berthe filait, Marie-Antoinette se plaisait à traire son lait elle-même.
Au lieu de nous attacher à faire remarquer ce que cette passion de la reiDe pouvait avoir de scholdng, constatons que Marie-Antoiuette fut de cœur l’émule de la reine Berthe.
Un moment au moins : à Varennes. Elle eût donné gros pour pouvoir filer, je vous jure 1
X
Je découpe le fait-divers suivant dans un journal de Bordeaux :
« Les fiancés X... et quelques joyeux invités de leur noce s’étaient rendus à l’église, vers minuit, pour la célébration du mariage. Il paraît qu’on avait bien mangé et bu encore mieux.
Une fois dans l’église, le cortège fut tellement bruyant que le bedeau se vit forcé d’expulser un invité. De là, interpellations, rires, désordres dans l’église, et, finalement, M- Z-.», honorablement connu à Bordeaux, s’est jeté sur le sacristain et lui a coupé le nez en deux d’un coup de dents. »
Mon Dieu, je vous ai gravement offensé, mais on dit votre miséricorde infinie. Du fond du cœur, je vous adresse donc aujourd’hui cette ultime prière : Je ne suis pas difficile sur la nourriture, mais de grâce, ne me forcez jamais, comme dessert, après un bon repas, à manger du nez de sacristain !
Henry Vaudémont.
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Autre chinoiserie administrative.
J’ai lu cette semaine, dans les feuiiles publiques, un document administratif qui m'a semblé (rop cocasse pour que je n’en égaie pas mes lectenrs.
Il émane du directeur général des douanes,
Cette circulaire constate que certaines boite de conserves, — soudées à l’intérieur avec un alliage contenant du plomb, — peuvent être la cause d’empoisonnement plus ou moins graves.
Le directeur général des douanes ordonne que ces boîtes soient dorénavant soudées à l’extérieur, ou, si les fabricants veulent continuer à mettre en pratique la soudure intérieure, il faut qu’elle soit faite avec de l’étain pure.
Jusque là tout estrationel.
Mais, attendez.
Vous avez cru qu’on allait immétiatement la vente de ces boîtes à consérves qui peuvent être la cause d’emprisonnement plus ou moins graves ?
Et bien, mes bons,. vous étiez rudement fourré le doigt dans l’œil.
La santé publique, c’est quelque chose; mais est-ce que ça petit se comparer avac'I'm- • térêt-ûes commerçants 1 ?
Est-ce que ces braves gens qui empoisonnent depuis longtemps le public, inconsciemment, je l’admets, peuvent être lésés dans leurs intérêts ?
Non, non, cela ne se peut, ne se doit pas.
M. le directeur général des douanes accorde à ces braves négociants jusqu’au mois d’août 1881 la faculté de vendre ces boîtes mortifères.
C’est-à-dire que pendant une année encore, ils pourront empoisonner légalement leurs clients,
Et dire que nous avons dos administrateurs de cette force là à remuer à la pelle 1
Question du jour.
Septembre est le mois de l’ouverture de la chasse, les plantureux festins ont commencé.
Pour ceux qui meurent de faim, ne nous en occupons pas ; le moment de leur donner à manger n’est pas encore venu : l 'opportunisme qui à bien de la peine à digérer ses succulents repas, ne s’en occupera plus tard, au moment opportun.
En attendant, nous allons faire une excursion dans le curieux volume de notre ami Louis Loire, les Joyeuv Propos de Table ; (1) ceux qui ne l’ont pas lu s’en lécheront les doigts, comme dit Zola.
Les Huîtres
viennent de faire leur entrée sur la table de ceux qui ont le sac parlons-en.
Elles sont d’une digestion facile, par ce qu’elles" sont peu nutritives ; on en peut donc manger beaucoup sans nuire au repas qui les suit.
Brillat-Savarin a raconté qu’ayant résolu de faire manger des huîtres « tout son saoûl p à un de ses' amis, qui n’avait jamais pu se procurer ce plaisir, il fut obligé de l’arrêter à la trente-deuxième douzaine, parce que le diner refroidissait, et Brillât avait faim.
Le général Junot en mangeait tous les jours trois cents avant son déjeuner, et cela tant que la saison durait
Mais qu’est-cela auprès de Vilellius, le plus goinfre de tous les empereurs romains ? il en mangeait chaque jour douze cents 1
Lapereau à la sauce de garde.
Braves chasseurs, qui tuez autre chose que des moineaux dans la pleine Saint-Denis, voici une recette que je vous conseille de mettre en pratique :
Quand le lapereau est dépouillé, désarticulez
— ne coupez pas — les cuisses, les épaules, faites plusieurs morceaux du râble et mettez sur le gril.
Faites fondre au bain-marie un bon morceau de beurre bien frais; retirez de temps à autre vos morceaux de lapereau; roulez-les, pendant qu’ils sont brûlants, dans le beurre du plat, remettez-les sur le gril.
Quand ils ont bien cuits, remuez avec une cuillère votre beurre, auquel vous ajoutez des fines herbes, des échalottes hachées très menu, une pointe de vinaigre, et mettez dans cette sauce vos morceaux de lapereau bien cuits, ayant même pris un peu de couleur par un léger coup de feu, et mettez vous à table, et vous m’en direz merveille.
Si l’on peut arroser ce délicieux mets d’un bon vin blanc d’Alsace, tout ce que le célèbre Trompette sert sur la table de M. Gambetta ne sera plus en comparaison que de la ratatoui le*
Un amateur de perdreaux.
Chez madame Honesta, femme de qualité,
Un moini(, homme d’esprit, à diner invité,
S’offrit à découper deux perdreaux... L’étiquette ▼oulait que sur le plat cette autopsie eût lieu ; Mais, sans façon, l’homme de Dieu Les mit tous deux sur son assiette :
« A qui destinez-vous vos restes, par hasard l Dit sèchement la douairière.
— Madame, répliqua vivement le frocard,
Je coihpte bien ne pas en faire. »
Pichenette.
(1) Un fort joli volume, chez Madré, rue Neuve- des-Petits-Champs, 81. — 2 fr. franco, 2 fr. 25.
