LE GRELOT
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GAZETTE DE MONTRETOUT
La presse française s’américanise de plus en plus.
Suivons le mouvement.
Nos grands confrères des draps de lits quotidiens' s’amusent à interroger les célébrités politiques, littéraires, médicales, artistiques, double mondaines, cléricales et demi-mondaines.
Je ne vois pas pourquoi, nous aussi, nous n’irions pas, au bénéfice de nos lecteurs, soumettre à un interrogatoire en règle les personnages les plus en vue.
A tout seigneur tout honneur.
Commençons par le Grand Manitou-, et rendons compte de notre
ENTREVUE AVEC LÉON GAMBETTA.
— Cocher 1 au Palais-Bourbon.
L’automédon touche avec enthousiasme son
étique rosse. Nous traversons la place de la Concorde, gagnons le quai d’Orsay, et sonnons à la grille cio l’ancien hôtel du duc de Morny au moment où onze heures tintent au beflroi de l’Hôtel des Invalides.
— Monsieur le Président Gambetta, S. V. P.
— Qui êtes-vous?
— Journaliste républicain.
— Quelle nuance?
— Opportuniste, parbleu!
— Entrez.
Un huissier en grande tenue m’introduit dans l’antichambre du maître do céans.
M. Arnaud (del’Àriège) ctM. Coquelin aine, de la Comédie-Française, s’entretiennent particulièrement en attendant le petit lever de Monsieur le Président. A peine daignent-ils me sourire, mais je m’en moque pas mal !
— Le maître a travaillé toute la nuit., dit M. Arnaud, de l’Ariège. Il a préparé le grand discours plein de toupet qu’il doit prononcer à l’occasiou du banquet des garçons coiffeurs. Cihul ! Silence! Attendons qu’il lui plaise de daigner s’éveiller.
— Il ne dort, jamais que d’un œil ! répond M. Coquelin ainé, savourant, à part lui, cette spirituelle saillie.
Un hum! hum! bien accentué se fait entendre. Aussitôt les deux thuriféraires entament, sur l’air de CMlpéric, d’Hervé, le chœur bien connu :
I! est onze heures, c’est l’instant Où notre ami Léon se lève.
Puisse-t-il avoir fait un rêve Qui le rende heureux et content.
Tant qu’il refus’ra T ministère Il conserv’ra son air serein.
Chantons, rions, dansons, pour plaire A notre cher Grand Mandarin.
Gambetta. — C’est bien! assez! À c’tte niche (les thuriféraires s'éclipsent).
Moi. — Maître [ça fait toujours lien), je désirerais que vous me favorisassiez...
Gambetta. — Rengainez vos imparfaits du subjonctif... ça m’agace! Vous voulez tailler une bavette avec Bibi. Eh bien! allez-y gai- ment. Voulez-vous queje vous parle de la question grecque ?
Moi. — Non.
Gambetta. —De la question américaine?
Moi. — Nenni.
Gambetta. — De la question irlandaise, do la question des délimitations du Danube, de la question du scrutin de liste, de la question...
Moi. — Non.,, non... non... C’est moi qui souhaiterais que vous répondissiez à quelques questions moins solennelles.
Gambetta. — Ah! très bien. Vous voulez savoir si le ministère est homogène, si Barthélemy Saint-Epistolaire va pondre de nouvelles circulaires diplomatiques, si M. Grévy...
Moi. — Non. Je désirerais seulement savoir si vous portez de la flanelle.
Gambetta. — Vous f...-vous du monde. Je parie que vous êtes rédacteur du Figaro.
Moi. —
... Je n’aurais mérité
Ni cet exçès d’honneur, ni cette indignité.
Gambetta. — Alors, qu’est-co que ça peut faire à vos lecteurs, si vous n’êtes pas figa- riste, queje porte ou non de la flanelle?
Moi. — C’est très important. Du reste, aujourd’hui, le public est on ne peut plus friand de détails intimes sur la vie privée, les habitudes domestiques, les tics même, de nos célébrités, et, sans contredit, les abonnés du Grelot...
Gambetta. — Ah! vous êtes du Grelot. Mes compliments, cher Monsieur. C’est un bon journal.On m’yblaguebien detempsen temps, mais sans trop de tiel, et si seulement Le Petit voulait me L ire un peu moins gras, caren- fin (montrant sa bedaine), je ne suis pas si ventripotent qu’on veut bien le dire ! — Cela me ferait plaisir et à la postérité aussi.
Moi. — Alors vous portez de la flanelle ?
Gambetta. — C’est une scie. Je la ferai à Coquelin en déjeunant, celle-là.
Moi. — Vous ne répondez pas... donc vous en portez.
Gambetta. — Quoi?
Moi. — De la flanelle.
Gambetta.— Etes-vous assez spirituel. Quand je serai président dn la République opportuniste française, je vous nommerai ministre de l'instruction publique. Vous introduirez dans l’enseignement le calembourg gratuit, obligatoire et laïque.
Moi. — Merci d’avance. Maintenant, permet- tez-moi de vous demander si vous êtes constipé...
Gambetta. —Permettez...
Moi. — Si vous remplissez bien vos fonctions...
Gambetta. —De président?
Moi. — Non. Vos fonctions naturelles.
Gambetta. — C’est selon. Mais...
Moi. — Si votre maîtresse vous est fidèle?
Gambetta, — Ah ça mais...
Moi. — S’il y a des punaises au Palais-Bourbon?
Gambetta. — Ah, pour ça, il n’en manque pas.
Moi. — Le duc de Morny on a laissé.
Gambetta. —Non... Je parle des punaises politiques et littéraires qui m’assassinent jour et nuit, et qui viennent mendier mes faveurs.
Moi. — Combien avez-vous de paires de chaussettes?
Gambetta. —Ma foi, je ne les ai pas comptées.
Moi. — Avez-vous des cors aux pieds? Etes-vous sujet aux rhumatismes? Avez-vous un faux râtelier?
Gambetta. — C’est bien assoz de mon œil de verre! Mais voici l’heure de mon déjeuner. Trompette n’aime pas qu’on le fasse attendre, et si vous voulez me faire l’honneur...
Moi. — De m’asseoir à votre auguste table... Trop flatté !
Gambetta. Non... de repasser un autre jour ; nous pourrons continuer celle intéressante conversation qui, je n’en doute pas, intéressera la France tout entière.
Je prends congé du Maître qui me serre vigoureusement les mains, et je cours au bureau du Grelot mettre en ordre les notes précieuses que j’ai recueillies durant mon entrevue avec le seul, l’unique, l’incomparable, l’incommensurable Léon Gambetta.
MONTRETOUT.
Un de ces jours, nous irons voir Mlle Louise Michel, M. Margue et M. Baudry d’Asson.
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nière mode.
75
Les membres du cercle Gaulois ayant chargé notre ami M. Irlande de composer des vers de circonstance pour être dits au lever du rideau dans la soirée que doit donner ce cercle artistique pour célébrer le premier anniversaire de sa fondation, nous sommes heureux d’en offrir la primeur a nos lecteurs.
Devant le rideau, un grand bébé s'avance, tenant à la main une immense tartine de confitures.
Cercle Gaulois ? Présent ! Bonjour àtous C’est moi. Que vous êtes gentils d’ètre venus! Ma foi,
J'en suis charmé — Monsieur, comment va votre
[femme ;
— Monsieur votre mari se porte bien, Madame?...
— Et le petit bébé ? fort bien ? allons tant mieux ! C’est mon anniversaire. Il faut être joyeux.
On doit, pour s’amuser s’y prendre de’ bonne heure Et pour moi, Jean qui rit, vaut mieux que Jean qui
[pleure.
Aujourd’hui, j’ai sept ans (Hélas)! Déjà sept ans? Comme on vieillit! (Il mord à la tartine)
Allons! Il faut mettre le temps A profit (Il remord) — Vous savez? Pendant que je
[babilla
On pose les décors, on se coiffe, on s'habille ( Confidentiellement )
Des Dames, des Messieurs—et jolis — Il faut voir! Tes invités, sont là, va-t-en les recevoir,
M’a-t-on dft — j’osais pas (il mord à la tartine) Car je suis très timide.
Pour un rien, je me sens le cœur gros, l’œil humide. Oui, la timidité, voyez-vous, c’est mon fort !
(Il mord'sa tartine avec rage )
Pour venir devant vous, j’ai fait un grand effort, On m’a recommandé de faire une tartine Au public — et voilà — vous voyez, je festine En causant. Attendez, j’aurai Bientôt fini Et tartine et discours, car je suis l’ennemi De tout ce qui m’ennuie. Un speech trop longm’af-
[flige.
11 faut rire avant tout. Mon joli nom oblige !
Mon parrain m’appela ■ Petit Cercle Gaulois ! » Lorsque je vis le jour pour la première fois, C’était par une nuit pleine de fariboles (Car mon soleil, à moi, ce sont les girandoles :
Je m’endors seulement quand le gaz clôt son bec) Donc, en naissant, j’ai fait un grand serment avec Le maintien solennel qu’on affecte à cet âge.
J ai juré — pour de bon — de jamais n'être sage : De me moquer des gens qui marchent de travers, Des journaux qu'on devraittoujours lireà l’envers, De ne jamais parler Bourse ni politique,
D’ignorer les pantins de la place publique,
Et si le ridicule osait, dans son orgueil Quêter ma bonne grâce et me cligner de l’œil,
De lui tourner le dos, de hausser les épaules,
Et de faire éclater le franc rire des Gaules.
J’ai pris pour m’assister dans ces ébats mignons Des collaborateurs, tous charmants compagnons. Vous les connaissez bien : Certes, l’on n’est pas
[chiche
De fleurs et de bravos quand on nomme Labiche, Scribe, tous les Dumas, Legouvé, Pailleron !
Ce n’est pas tout : venez et nous vous donnerons Daudet, la force unie avec la grâce exquise,
Qui sait tailler un bloc d’une main de marquise,
Et Meilhac-Halévy, ces deux esprits égaux,
Et du Lambert Tbiboust de dessous les fagots ! Erckmann et Chatrian. Théodore Barrière,
(Nom orné d’un talent qui rime avec Molière). Nous aurons tout cela — Pas tout ce soir. Il faut N’ètrepastrop gourmand, car c’est uu grand défaut.
(Il donne sa tartine au souffleur)
Là, j’ai fini. La troupe au grand complet s’apprête Chacun garde en son cœur, dans cette nuit ae fête Grâce au puissant concours de ces esprits char-
[mants,
L’espoir de mériter vos applaudissements.
M. Irlande.
GODCHAU
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Elbeuf extra-solide.
LES CAQUETS DE PICHENETTE
Déceptions* Qambcttistc.s.
Si le citoyen Gambetta a cru conquérir les sympathies de la population ouvrière parisienne en festivalant. avec les mastroquets, il s’est rudement fourré le doigt dans l’oeil, ~ le bon.
Si la plupart des ouvriers vont au cabaret, c’est moins par goût que par nécessité.
Quant à l’opinion des travailleurs sur ces estimables commerçants, elle peut se résumer dans cette phrase humoristique:
« Pour être un bon mastroquet, il suffit de deux choses : être fort et bête »
Je ne dis pas que ce soit la vérité.
L’idée qu’a M. Gambetta de ne pas priver de leurs droits de citoyen les marchands de vin qui ne font que voler le public en lui vendant de l’eau pour du vin vient d’un noble cœur.
La privation de ces droits ne sera plus infligée qu’à ceux qui l’empoisonnent. Consolation 1
Le citoyen Gambetta voulant mettre le comble à sa popularité — s’est fait inviter à un banquet donné soi-disant par la corporation des typographes, « la plus intellectuelle des professions manuelles, » a dit Lamartine.
Cette corporation est divisée en deux camps:
Dans le premier sont les pionniers du devoir, ceux qui mettent l’intérêt général au- dessusde leur intérêt particulier.
Depuis 1839, ces vaillants luttent pour équilibrer ies dépenses de leurs ménages avec l’élévation du prix de chaque chose, — en commençant parles loyers, qui vont sans cesse en augmentant, jusqu’à la nourriture, dont le prix s’accroît toujours.
Ceux-là sont lés vrais sociétaire?, .ceux qui forment la grande famille de la typographie.
Sous Louis-Philippe, sous Napoléon, ils ont souvent payé do leur liberté l’audace d’avoir réclamé pour que l’élévation de leur salaire leur permit défaire vivre leurs femmes et leurs enfants.
Dans le second camp se trouvent les dissidents, ceux qui ne veulent faire aucun sacrifice à l’intérêt corporatif; ils viennent après lesgrèves—comme les oiseaux de proie quand la bataille est finie — s’emparer des places d’hommes de cœur qui se sont dévoués à l’intérêt de tous.
Ils jouissent alors d’une partie des avantages qui ont été refusés à leurs prédécesseurs, et cela sans avoir fait aucun sacrifice.
Ce sont ceux là que l’onnomme les sarrazins, — les infidèles, —ceux qui n’ont pas la cou- scienceque le devoir de l’ouvrier est de marcher avec ensemble à l’amélioration de son sort.
Donc, les sarrazins ont invité M. Gambetta à un banquet donné en son honneur.
C’était leur droit.
Mais ce qui n’était pas leur droit, c’était de se donner comme les représentants d’une corporation qui les répudie à juste titre.
Et c’est cette invitation, faite en son nom, que la Chambre syndicale de la Typographie parisienne repousse avec la plus vive indignation.
***
(7nc réclamation i HI. Uérold.
Il y a environ deux ou trois ans une maison de la rue Montmartre menaçait ruine.
On fit déguerpirles locataires; on etançonna la maison et les maisons voisines, ce qui intercepta la circulation des voitures dans la rue Saint-Mare.
Cela ne dura pas plus de trois ou quatre mois.
Puis on démolit la maison.
Cela fut un peu plus long: un an au moins.
Maintenant, — je veux dire depuis les cinq ou six derniers mois, — on reconstruit, ou plutôt on se prépare à reconstruire sur ce terrain.
Du train dont ces travaux marchent, le siècle sera bien près de finir quand ils seront achevés.
Je ne conteste pas la légalité de tous ces délais.
Mais ce queje n’admets pas comme licite, c’est que, depuis trois ans, le propriétaire se soit emparé du trottoir qui est devant son terrain et entrave la circulation des piétons dans la rue la plus passante de Paris.
L’année dernière, pendant la période des neiges, les accidents ont dû y être nombreux
Cette année, j’ai faillideux fois y être écrasé.
Ceci est intolérable pour les milliers de personnes qui chaque soir sont obligées d’y patauger dans la boue et dans une obscurité complète.
Les voitures vous arrivent dans le dos ou sur la poitrine. Impossible de se réfugier sur le trottoir: il est envahi par un échafaudage grand comme une toile de fond du grand Opéra.
Sur cette immense machine, on va peindre des Annonces-Affiches colossales, ce qui me prouve qu’il y a un traité à long terme passé avec une Compagnie d’Âffichage.
Voyons, monsieur Hérold, est-ce qu’il n’est pas temps de rendre la rue au public, à qui elle appartient, et de prier ee propriétaire d’établir ses spéculations sur son terrain et non sur celui des passants ???
Une prière ù SI. Vnitrieux.
N’étant ni communaliste, ni collectiviste, ni positiviste, je ne suis pas ennemi du préfet de police.
Je crois les gardiens de la paix très utiles dans la bonne ville de Paris, — ce « cerveau du monde » — où il y a tant de coquins.
La circulation dans Paris devient très-difficile, vu l’énorme augmentation de voitures.
Les « refuges » rendent de grands services. Il y aurait une mesure à prendre qui n’en rendrait pas moins : ce serait de forcer les cochers, de quelque véhicule que ce soit, à marcher au pas, à chaque carrefour, à chaque croisement de rue. On éviterait ainsi bien des accidents,
Nombre des cochers se figurent que la chaussée n’a été absolument faite que pour eux, et quand ils ont crié: Garel ils croient qu’il leur est permis de passer sur le corps des passants impunément.
Il est vrai qu’ils assaisonnent un écrasement incomplet de quelques variations sur le mode badin.
Traversant dernièrement la rue Grange-Batelière, du passage Verdeau au passage Jouffroy, par le temps de neige que nous venons de subir, je fis un faux pas.
La voiture d’un laitier arrive sur moi au grand trot; je reçois un coup de timon dans l’épaule qui me fait faire une pirouette qui
ressemblait peu à celle d’une danseuse de ballets.
Cet aimable charretier — cédant sans doute a un mouvement naturel —m’envoie un-coùp de fouet qui heureusement ne m’atteint pas.
Cet homme doit avoir un remords: il ne m’a ni estropié, ni écrasé.
Pichenette.
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MM. les actionnaires sont prévenus que le dividende pour le deuxième semestre, du 1 er juillet au 31 décembre 1880, a été fixé à 27 fr. par action, et sera payé à la caisse du Comptoir d’Escompte, à partir du 1 er février 1881.
Déduction faite des impôts qui résultent des lois do finance, chaque action nominative recevra la somme nette de 26 fr. 19, chaque action au porteur la somme de 26 fr. 37.
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