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rain vient d’être victime d'un diabolique attentat...
— Oui la machiné, infernale de Pétersbourg, Eh bien ?
— Eh bien 1 un service funèbre va avoir lieu dans une demie-heure à la Chapelle Russe de la rue Daru. Le fidèle courrier du czar ne peut manquer d’y aller assister en grand deuil et en uniforme officiel. « Pour Dieu, pour la patrie, pour le Czar! »
— Et pour le Châtelet, ajoute Rochard. Dans mes bras mon fils ; va Michel, va représenter mon théâtre à l’Église et prêter serment entre les mains du pope. Dis-lui que ce soir et pendant quinze cents représentations consécutives mes trente-cinq mille figurants prendront le deuil. Holàl costumier! vite, vite trente-cinq mille mètres de crêpe de Chine pour faire à la Russie mes compliments de condoléance.
Et voilà comment le théâtre National du Châtelet redevenu théâtre Impérial, nous donne en ce moment le curieux spectacle d’un Michel Strogoff en deuil I
Un moment, M. Rochard avaiteu 1 intention de pousser cette curieuse fumisterie jusqu’à faire encadrer de noir les affiches de son théâtre. Mais les imprimeurs manquaient de triples filets gras depuis que Paul de Cassagnac les a tous usés pendant les deux fois trois cent soixante cinq jours que le Pays a porté le deuil de son empereur et de son Prince impérial.
Le jour de l’enterrement du Czar — si M. Rochard n’a pas la pudeur de faire relâehe — il s’entendra sans doute avec la Compagnie des Pompes funèbres pour faire orner la façade principale du Châtelet de tentures noires incrustées de tètes de mort et de larmes d’argent.
Ce soir là les spectateurs viendront au théâtre en voitures de deuil et les ouvreuses seront remplacées par les plus beaux croque- morts de M. Wafflart.
Enfin, pour couronner la petite fête, M. Marais intercalera dans son rôle une oraison funèbre bien sentie.
Et Madame Marie Laurent chantera de sa voix la plus suave un de Profondis de pre- mièr6 classe
Quel nouvel horizon pour l’art dramatique!
***
Papiers et Parchemins
M. Laroche-Joubert, (un homme qui a toujours su rester bien dans les petits papiers bonapartistes) vient lui aussi d’avoir une ri- ctie idée 1
Se basant sur le mot de Pitt : «Tout Anglais qui possède 23,000 livres de rente devrait être pair d’Angleterre», l’honorable papetier d'An- goulême propose de mettre les titres de noblesse aux enchères. Excellent moyen, du reste, de régénérer notre aristocratie, tout en ventripotisant le budget.
Ainsi donc, tout citoyen français qui paierait au trésor la somme de 20,000 fr. par an, deviendrait duc.
Pour 15,000 fr. par an, on pourrait se payer un petit marquisat.
Un titre de comte coûterait la bagatelle de 10,000 ir., de vicomte 5,000 fr., de baron 2,500 fr.
Pas bête, à tout rendre, l’idée de M. Laroche- Joubert.
L’aristocratie de l’argent ou plutocratie étant la seule qui soit digne des respects de ce marchand de papier qui, par esprit de commerce, veut abolir les parchemins 1
***
I,e Comble de l’Accouchement
Je demande au monde savant la permission de lui soumettre un problème pyramidal que je trouve dans l’inépuisable Figaro sous la signature Jean de Paris ; je cite textuellement :
« M. Clément commissaire aux délégations judiciaires, est allé arrêter, hier, rue de P’ian- dres, une jeune fille nommée Marie X... qui, en l'espace de six mois , est accouchée trois fois.
« Cettè fille, fort experte en pratiques avortives, emportait tranquillement les fœtus dans sa poche et allait les déposer dans les maisons éloignées, certaine que les enquêtes se porteraint, non sur elle, mais sur les habitants de ces maisons.
« Elle a été conduite au dépôt. »
Docteurs, mes amis — si je vous appelle mes amis c’est pour arrondir la phrase ! — expliquez-moi, je vous en conjure, comment,à l’instar des chattes, une fille si féconde qu’elle soit, peut «accoucher trois fois en l’espace de dix mois » alors qu’il faut généralement sept mois pour accoucher une fois 1
Voyez moi, ensuite cette façon d’emporter tranquillement les fœtus dans sa poche !
— Qu’avez vous mis dans voire poche,Mademoiselle?
— Trois ou quatre fœtus.
— C’est bien, suivez-moi au dépôt.
Figaro , ma vielle branche, faudra plus nous la refaire celle-là ! c’est une vraie fausse-couche littéraire !
***
La réclame dans les Cimetières
Ceci n’est point une blague.
Vous pourrez de vos yeux aller lire l’inscription suivante sur une tombe qui fait le plus bel ornement du cimetière de Versailles :
ci GIT
Artemise Mulardot
ÉPOUSE DE PAUL-ANATOLE-ÉMILE MULARDOT SCULPTEUR EN MARBRE
Monument érigé par lui comme échantillon de son talent
Le PRIX DU PAREIL EST DE DEUX CENTS FRANCS
Qu’on se le dise 1
Montretout.
©ouiîifî % JnBrasongre
Cette fois, c’est le Président de la Chambre lui-même, — celui que les ennemis de tout jésuitisme appellent déjà Léon XIV, — que nous prenons en flagrant délit de contre-vérité pour faire lever la fameuse séance du lundi 14 mars, il n’a pas hésité à dire :
« Nous pouvons bien rendre hommage à la mémoire d’un souverain massacré, puisque le Corps Législatif de l’Empire lui-même a levé la séance à la nouvelle de la mort de Lincoln. »
Or, les procès-verbaux de l’époque attestent que le Corps Législatif s’est borné à exprimer des regrets et qu’il n’a nullement quitté ses bancs.
X
A propos de bottes, la petite église légiti- marde se reprend, de plus belle que jamais, à déblatérer contre la Marseillaise. Ce chant, que nous n’irons pas accuser bêtement l’Europe de nous envier, mais que chacun s’accorde à trouver sublime, a le privilège d’horripilcr les fils des preux. Oyez plutôt comme en parle le Trihoulel :
La Marseillaise, disait Clément Thomas, ce républicain que les républicains ont fusillé, sous prétexte que sa nuance de république n’était pas précisément celle qui distinguait la république du 18 mars de celle des jours précédents, la Marseillaise, c’est Je chant sur lequel j’ai vu décamper le plus de gardes nationaux aux avant-postes ! vérité fâcheuse comme son ordre du jour qui lui valut une promenade, la dernière, rue des Rosiers.
Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, mais peut-être la France ferait-elle bien de ne pas trop compter sur les chanteurs de Marseillaise dont le patriotisme s’exalte en tapissières de la Mi-Carême et dont les foudres vengeresses n’attendent pas la vue de l'ennemi.
Chacun sait bien, au contraire, que le principal grief, articulé par les gardes nationaux contre Clément Thomas, fut justement de ne pas les avoir menés à l’ennemi, en face duquel ils se comportaient avec un indéniable courage à Cliampigny et à Montretout.
Quant aux propriétés entraînantes et héroïques de l’hymne guerrier de Rouget de l’Isle les petits-fils des émigrés sont mal venus à les révoquer en doute. Ils devraient se souvenir de l’enthousiasme avec lequel leurs pères détalaient en 94 quand les triomphantes colonnes des Hoche, des Marceau, des Kléber, des Pi- chegru, des Moreau et des Aubert-Dubayet les poussaient la baïonnette dans les reins en rugissant ces strophes patriotiques I
X
La Tribune catholique éprouve le besoin de nous apprendre que Pierre Duchâlel, grand aumônier de France, qui mourut en 1552, fut un prélat vertueux.
Trop insister sur ce qualificatif me parait maladroit. « Un prélat » suffisait. Qui ne sait que tous les prélats sont la vertu même ? En ajoutant que celui-là était digne d’un quelconque des prix Montyon, il me semble qu’on insinue par cela même que d’autres pourraient être jugés indignes des éloges publics de M. Sardou. Nuire ainsi gratuitement au prestige de celte honorale corporation en douillette il n’y a pas à y contredire : c’est une bourde!
' Henry Yaudémont.
BALIVERNES
Il y avait autrefois dans Paris un vieux bonhomme à longue barbe, dite blanche, mais horriblement sale, et qu’on appelait Vhomme aux rats.
Il montrait en effet des rats blancs et des petites souris apprivoisées.
Il les appelait par leurs noms et voici comment il opérait :
« Montez, mademoiselle Célina ! » il mettait alors une souris sur une grande règle de bois, il l’élevait en l’air aux yeux des badauds, et quand il l’avait ainsi élevée, il s’écriait :
« Voyez comme elle monte ! »
Ensuite, il lui disait : « descendez Mlle
Célina! » Alors il la jetait par terre, et s’écriait d’un air triomphant: « Voyez comme elle descend ! »
On trouvait ça très drôle. L’homme aux rats est mort, mais il y en a une doublure en Allemagne, et cette doublure, c’est tout bonnement l’empereur Guillaume.
En effet; à propos de la mort de son neveu Alexandre II, le bonhomme qui tient pour cent mille motifs plus intéressés les uns que les autres à flatter la Russie, vient d'ordonner un deuil de quatre semaines à l’armée prussienne, en ajoutant ces mots étonnants :
« De cette façon, l'armée prouvera qu’elle parti. tage ma douleur sur la mort de son plus fidèle « ami, et quelle tient à prouver sa reconnais- « sance au czar. »
Ayez du chagrin mademoiselle Célina 1
Alors on dit aux demoiselles Célina de l’armée, fourrez-vous du crêpe ou sans ça je vous fourre dedans.
Les Célina qui sc f.... pas mal d’avoir un machin noir quelque part, plutôt que d’aller au clou, se fourrent le machin noir en question
et l'homme aux rats , l’empereur d'Allemagne du moins, s’écrie :
Voyez Alexandre III, comme Célina a de la peine ! C’est à se tordre :
C’est comme un monsieurriche qui viendrait dire :
J’ai perdu mon oncle, seulement comme il reste ma tante qui pourrait me jouer une sale farce en me déshéritant, passons la main sur le dos de la bonne femme, et ordonnons un deuil pommé dans la maison.
De cette façon, ma femme, mes enfants et les larbins — qui s’en f.... comme d’une guigne — prouveront qu’ils partagent ma douleur, et ça chatouillera le gras des jambes à ma tante. Mais il y a des tantes qui pouraient fort bien se dire :
Tout ça c’est beau, mon tendre ami, mais que tu fasses habiller tes « Célina » en écossais ou en noir, comme tu leur imposes une chose devant laquelle ils ne peuvent se rebiffer, sous peine de le payer cher, ça ne me prouve rien du tout.
Ce que j’y vois de plus clair, c’est que tu n’es qu’un vulgaire farceur qui cherche à me fourrer dedans, tu n’auras pas ma rose.
Parce que Guillaume aura mis ses soldats en noir, je vous demande comme ça indique un grand chagrin de la part de l’armée.
S’il lui prenait fantaisie de mettre des roses dans les cheveux de ses soldats, comme ça serait aussi une preuve qu’ils sont d’une joie à s’en faire crever le ventre !
Si j’étais Alexaudre III, je me dirais tout simplement :
Le vieux a le trac que je le lâche, il me glisse trop de beurre dans le dos ; pour lui prouver que je ne coupe pas dans sa pommade, je vais d’abord nettoyer la Russie des Allemands que maman y a amenés, et auquels papa a donné de trop hautes fonctions, afin de faire comme rAllemagne qui ne prend pas d’étrangers pour
faire ses affaires, et puis après ça. nous
verrons.
Sulpige.
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GRELOTS-FINANCE
Les rentes ont été un peu délaissées cette semaine, la spéculation montre que ses prédilections sont ailleurs.
Rien faibles sont les variations de nos rentes; c’est encore de VAmortissable nouveau, qu’on s’occupe le plus, il ne peut cependant pas se résoudre à reprendre le cours rond de 83 fr.
On sait que M. Magnier a déclaré du haut de la tribune que toutes les souscriptions unitaires (de 15 fr. de rente) seraient intégralement servies. Voilà bien des heureux parmi les bons souscripteurs de l’emprunt 1881 ; il est tout juste que les petites bourses soient un peu favorisées.
Le Crédit foncier est en baisse et le Crédit foncier d’Algérie, malgré toutes les réclames que les stipendiés font pour lui, ne prend pas facilement son vol.
Le pauvre Nord d'Espagne et la malheureuse Beïra-Alta ont beau battre la grosse caisse, personne n’en veut, et qu’on a bien raison de ne pas en vouloir!
La fermeté des cours de la Banque de prêts à l'Industrie ne s’est pas démentie un seul jour cette semaine. L’action ancienne a coté 620 fr. L’action nouvelle a été très recherchée à 600 fr. On sait qu’aprës l’assemblée du 9 avril, tous les titres seront mis au porteur.
La Banque de France, si tranquille d’ordinaire, possède un. marché des plus mouvementés, on a coté jusqu’à 1700 fr. pour fin courant ; en quarante-huit heures la hausse a été de 130 fr.
Le Gaz Parisien baisse toujours, on a beau ouvrir le compteur il ne peut arriver à donner de la clarté sur le marché, on attend les discussions du Conseil municipal.
Job.
Bourse Parisienne. — Dentellière.
La Bourse Parisienne, qui avait réalisé le beau chiffre de 291.000 fr. de bénéfices nets [pour un million de capital seulement), atteint, cette année, 361.000 francs pour l’exercice de 1880. C’est une augmentation de près de 23 0/0.
Les actions du Comptoir de la Bourse Parisienne n’ont pas progressé dans cette proportion et cependant le dividende de 1881 est déjà acquis; cela indique qu’une forte hausse doit incessament se produire sur les actions de la Bourse Parisienne.
La Dentellière est en excellente voie et ne tardera pas à étonner le monde. Heureux ceux qui pourront en avoir des actions !
General iinancial Bank ( limited)
Constatons à nouveau l’excellente tenue des actions de cette importante Société; on cote aujourd’hui 147.30 et 150 francs.
La presse financière et déjà un certain nombre de journaux politiques s’occupent de cette institution de crédit, et il faut avouer que tous sont unanimes à reconnaître l’excellence du placement qu’offre cette valeur.
Malheureusement, il est presque impossible de se procurer des actions en bourse ; nous avons vu s’y produire bien des demandes, mais pas une seule offre-
Caisse des Valeurs mobilières
Les actions de cette Société se sont établies, coupon do 10 francs détaché, au prix de 542 fr. 50. Les titres non libérés, sur lesquels il vient d’être payé un coupon de 2 fr. 50, ont coté, dès le détachement du coupon, 533 et 537.75. Il règne toujours une grande animation sur le marché de cette valeur, en raison des prévisions relatives au deuxième acompte de dividende qui doit être mis en paiement au mois de juillet, et qui assure une notable élévation des prix actuels.
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SEMAINE THÉÂTRALE
O iléon.
Le théâtre de l’Odéon nous a donné, cette semaine, deux pièces nouvelles : Mon Député, trois actes de MM. Jules Guillemot et Fontaine et le Klephte, comédie en un acte de M. Abraham Dreyfus.
De la première nous n’avons hélas ! plus rien à dire. Elle n’a fait que paraître et n’est déjà plus! Mon Député, aussi prodigieusement ennuyeux que le plus loquace des honorables qui se chamaillent actuellement au Palais- Bourbon, a été invalidé avec tous les honneurs dus à son rang.
Dès la seconde séance il a été honteusement expulsé... de l’affiche : que la poussière des cartons de M. de la Rounat lui sont légère!
Le Klephte au contraire a obtenu un plein succès. Ce petit acte pétillant d’esprit, spirituellement écrit, a vivement intéressé et a procuré aux spectateur sun véritable plaisir.
Deux jeunes époux, encore en pleine lune de miel, préludent le soir, au coin du feu, à leurs ébats amoureux par la lecture des Orientales de Victor Hugo. On ne saurait rêver un meilleur la, en effet, pour mettre les instruments d’accord, comme dit Murger, que ces harmonieux vers du grand poète.
Monsieur vient de lire le 21° ode :
Comme elle court 1 voyez: par les poudreux sentiers, Par les gazons tout pleins de touffes d’églantiers,
Par les blés où le pavot brille,
Par les chemins perdus, par les chemins frayés,
Par les ponts, par les bois, par les bois, voyez Comme elle court, la jeuue fille.
Elle est grande, elle est svelte et quand d'un pas jojeux La corbeille de fleurs sur la tête, à nos yeux Elle apparaît vive et folâtre A voir sur son beau front s’arrondir ses bras blancs On croirait voir de loin, dans nos temples croulants Une amphore aux anses d’albâtre.
« Ce n’est point un pacha, c’est un Klephte à l'œil noir (( Qui l’a prise et qui n’a rien donné pour l’avoir « Car la pauvreté l'accompagne ;
« Un Klephte a pour tous biens l’air du ciel, l’eau des puits, (( Un bon fusil bronzé par la fumée, et puis (t La liberté sur la montagne, »
