13 SENTIMES

LE GRELOT

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Deux ' recrues

Une section... n'importe laquelle... ça ne fait rien. Deux personnages se rencontrent à la porte. L'un, au chapeau déformé, à la mous­tache pendante, est le dernier bonapartiste ; l'aube, à la mine pâle et cafarde, le chef orné dune réchauffante poivre et sel, est le dernier légitimiste.

Les deux débris se heurtent à la porte en voulant passer l'un avant lautre.

roussin ( cest le bonapartiste).

Ohl pardon... je vous ai effleuré... castelnoisette {cest le légitimard, se frottant le nez).

Vous appelez ça effleuré, vous...? eh bien, merci!... Quest-ce donc, alors, quand vous cogüezl...

roussin, mélancolique.

Oh! moi!... je ne cogne plus... cest fini de rire!...

CASTELNOISETTE.

Seriez-vous, par hasard?...

roussin, avec un soupir.

Le dernier bonapartiste 1

castelnoisette, lui serrant la main. Croyez, monsieur, que je prends une part bien sincère...

roussin, saluant.

Monsieur...

castelnoisette, souriant.

Mais vous avouerez... entre nous... que vous étiez une fichue canaille.

roussin, réfléchissant.

Oui... je suis allé peut-être... un peu loin... et il men a cuitl En effet... mais au moins, javais une certaine poigüe... tandis que vous,

mon cher, vous êtes toujours resté une vieille lavette.

castelnoisette, avec tristesse.

Gela est incontestable-., et lavette est le mot... ça na pas peu contribué à ratisser mes espérances.

roussin, avecenthousiasme.

Mais, je nai pas renoncé aux miennes!

castelnoisette.

Ni moi non plus, mordieu !

ROUSSIN.

Et sil nen reste quun, comme dit cette canaille de Victor Hugo, je serai celui-. Vive lEmpereur!

castelnoisette, timidement.

Lequel?

ROUSSIN.

Je nen sais rien... mais je men fous!...

castelnoisette.

A la bonne heure. Vive le Roi !

ROUSSIN.

prenez-vous votre monarque?

CASTELNOISETTE.

Ça mest égal... je men contre.fiche !

ROUSSIN.

Dans mes brasl... ainsi, jamais vous ne vous rallierez à ce régime infect?

CASTELNOISETTE.

Jamais!... je vote... mais pour les miens! ROUSSIN.

Cest comme moi!... Voilà un homme!... je le rejète... dans mas brasl

{Les deux ganaches tombent dans les bras l'un de l'autre. Machinalement leurs regards qui se croisent par dessus leur épaule s'arrêtent sur leur bulletin de vote)

ROUSSIN.

Tiens!... tiens!... tiens!...'

CASTELNOISETTE.

Oh! saperlipopette!...

roussin, riant.

Dites donc... vous êtes un bon blagueur, vous!

CASTELNOISETTE.

Gomment cela?

ROUSSIN.

Je lis Clémenceau sur votre bulletin.

CASTELNOISETTE.

Et le vôtre porte Gambetta... Si je suis un bon blagueur, vous me faites leffet dun joli paillasse!

ROUSSIN.

Puisquil ny a plus rien à frire... il faut bien se rallier, pas vrai?

CASTELNOISETTE.

Parbleu!... { A part.) Pour te flanquer par terre, République de malheur!...

ROUSSIN.

Mais, cest de tout cœur, hein ?

CASTELNOISETTE.

Un Castelnoisette na que sa parole, mon­sieur!... Cest même la Seule chose qui me reste.

ROUSSIN.

Alors vous croyez que les élections seront bonnes?

CASTELNOISETTE.

Évidemment. Tous républicains, songez donc!... lavenir est à nous...

ROUSSIN.

Cest ce que je crois. Du reste, si jamais vous revenez au pouvoir, je me promets bien de me rallier à vous.

CASTELNOISETTE.

Jallais vous en prier.

[Ils entrent dans la salle de vote, en riant comme des petites folles.)

Nicolas Flammèche.

BLAGUES ET GNONS

X

Brelay, qui se vante dêtre administrateur de la Banque européenne, institution philan­tropique, selon lui, a été élu à une majorité dautant plus écrasante, quil na même eu à écraser aucun concurrent.

Il est juste de dire quil a été nommé par les gens fanatiques de Varrondissement de la Bourse.

X

Par contre, Léon Renault est retoqué presque à lunanimité.

Preuve que navoir plus sous ses ordres de mouchards peut exposer à être mouché.

X

Bardoux, ce glabre de si peu de cœur, est resté sur le carreau.

Je commence à croire à la sincérité de ses discours en faveur du scrutin de liste.

Gringoire.

GAZETTE DE MONTRETOUT

Camescasse est élu à la place de [Ms) Gasté.

On ne saurait trop admirer cette beauté lé­gislative qui interdit à un député dêtre préfet de police, mais permet à un préfet do police dêtre député.

La danse obligatoire et laïque

Etes-vous satisfait du résultat des élec­tions ?

Oui, nest-ce pas ?

Alors nen parlons plus.

Laissons aux journaux quotidiens le soin de porter aux nues Gambetta et déreinter les « tas de gueulards » de Belleville.

Laissons Louise Michel écumer, Rochefort sarracher les cheveux, Sigismond Kikikiki prouver quil nest Polonais que six fois par semaine et Français le dimanche.

Et parlons plutôt de la grande nouvelle du jour :

La danse obligatoire et laïque !

Car il est aujourdhui à peu près certain quà louverture des classes, les jeunes élèves seront forcés dapprendre les langues vivantes et les danses mortes, en même temps que les langues mortes et les danses vivantes.

Pour ma part je ny vois pas dinconvénient, car je trouve que nous devenons de jour en jour dune gaucherie des plus ridicules.

Nous ne savons ni marcher, ni glisser, ni courir.

Nous faisons donc au bal la plus triste figure. Ce nest pas parce quils naiment pas la danse que la plupart des jeunes gens cou­rent au fumoir simbiber de nicotine, ou au buffet se culotter le nez dalcool. Cest parce- quils ne savent pas danser.

Je sais bien que ce nest pas toujours amu­sant, une soirée dansante; mais nos mœurs sont encore si étroites, quil faut sempresser de saisir la seule occasion qui nous soit offerte de tailler une petite bavette avec une jouven­celle garantie bon teint.

Sur cent mariages, soixante-quinze au moins ont été mitonnes dans un bal.

Et puis il y a des façons de valser ou de polker, des serrements de taille, des pres­sions de doigts, des « Mon Dieu, quil fait chaud ! » Des « Prendrez-vous une glace ? » qui sont tout un poëme.

Les jeunes gefis daujourdhui ne savent pas ou font semblant de ne pas savoir tout le pro­fit qu'on peut tirer dune danse de caractère.

De Louis XIY à Napoléon I er lart de danser et de bien danser était en honneur chez nous. Les soldats vous avaient une façon de marcher au pas qui supprimait toute fatigue.

Aujourdhui la jeunesse française ne cultive plus que le chahut et le cancan. On se dé­hanche, on se contorsionne, et voilà ! Quelle élégSee ! Quant à nos soldats, ils marchent sur les talons et les pieds en dedans I

Je considère la danse, non comme un art dagrément, mais comme un art utile.

En politique surtout, il faut savoir, sui­vant les circonstances, courber léchine et sor­tir dun pas glissant.

Les voleurs eux-mêmes doivent apprendre la danse,

Afin de faire la chaîne des dames 1

JVo» Romanciers.

Les feuilletonistes me feront toujours rire. Jadis, la Patrie imprimait carrément :

« Arthur prit son courage à deux mains et son revolver de lautre. »

Cette phrase célèbre est éclipsée par cette autre fraîche éclose dans les plates-bandes dun journal à un sou :

« Madame parlait toujours, mais Monsieur continua de manger sans ouvrir la bouche. » Cocasse, hein !

Ue jeu des définitions.

Un pendu. Homme qui occupe une haute position.

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Comble dn républicanisme.

Pour assurer sa réélection, M. Edouard Iiockroy, que ses électeurs avaient accusé de tiédeur, a voulu accentuer sa politique. Aussi ne signe-t-il plus que Lochprésident de la Ré­publique.

Ue Congrès médical.

Dix mille médecins ayant quitté leurs ma­lades pour se réunir à Londres en congrès, quel a été le résultat?

Pendant les huit jours qua duré la confé-

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t

rence, on a constaté en province une diminu-. tion de 10 OjO dans la mortalité!

Mais alors ?

Alors il faudrait faire comme les Chinois, qui ont imaginé de payer leurs médecins tant quils les maintiendraient en bonne santé. Aussitôt quune maladie se déclare, le docteur cesse dêtre payé.

Cest assurément rationel cette chinoiserie- !

*

* *

Réplique campagnarde.

Lautre jour, dans une réunion publique, un bonapartiste quelconque parlait sans cesse du règne de la Terreur.

Le Règne de la Terreur! lui répond un pay­san, tas pas fini. En fait de terreur, nous nen avons qu'une seule, cest la Terreur du Règne!

Montretoüt.

LES CAQUETS DE

Lassigny.

IV.

La veille de la noce, jallai voir le berceau de la famille des Pichenette.

Sur la lisière gauche du village se trouve une rue, je devrais dire une ruelle, enserrée de chaque côté de haies touffues.

Au milieu de cette rue, trois habitations. Celle du milieu se distingue par une porte co­chère ; les autres se clôturent par de grands arbres, et des grillages en bois.

Il y a un puits, dans la rue, commun aux trois habitations.

Je parie, dis-jeun jour à mon ami Evariste, que je tire un seau deau plein dune seule main.

Javais dix ans et pas solide.

Parie qunon, dit Evariste.

Je me mets à lœuvre, mais quand le seau arrive à lorifice, la force me manque, je lâche le manche du tourniquet qui vient me frapper en plein front et menvoie tember à quinze pas.

Tchiou Louis (petit Louis) est tuél crie Evariste.

Je reêtai, ma-t-on dit, longtemps sans con­naissance. Tous les parents étaient consternés. On me croyait perdu.

Le soir, je faisais ma partie dans le pré Du- race avec les gamins et les gamines.

La cour est assez vaste. Sous la porte cochère

constellée de nids dhirondellesse trouve | les greniers à loin, trèfle, luzerne, etc. Jy ai ; fait de bonnes parties.

j Dan côté de cette cour létable dos brebis,

: celles des vaches et du cochon, le poulailler, une remise pour le menu bois, les fagots, les ' souches, etc.

I De Lautre, la grange, le pressoir, les instru­ments de culture.

Au fond lhabitation, composée de deux chambres, séparées par un vestibule qui con­duit au jardin.

La chambre de gauche sert de salle à manger et de chambre à coucher à loncle et à la tante Titaine.

La chambre de droite est notre chambre à coucher, à ma cousine et à moi. On y pétrit et on y cuit le pain ; on y coule la lefesive.

Javais pour lit une espèce de coffre et un matelas de paille davoine. Selon la science, cest très hygiénique. Ce qUe je sais, cest que jy dormais dun sommeil à faire envie à un loir.

Devant la haute cheminée, il y avait du feu été comme hiver, était assis sur une chaise de paille un homme au visage austère. Cest mon oncle Antoine, dit Titaine.

Sa vie fut un martyre et une gloire... igno­rée. En voici une esquisse.

Il était laîné de sept garçons; la mère mou­rut en donnant le jour au septième.

Enl792,il avait dix-neuf ans,il sengagea dans les volontaires de lOise (plus tard, 28« de ligne).

La patrie avait besoin de tous ses enfants.

Après un mois de séjour au dépôt pour ap­prendre le maniement des armes, on envoie ces paysans picards, qui sont dévoués à leur pays, se battre contre les paysans vendéens, t qui aiment mieux le roi que la France.

| M. Baudry dAsson a appelé les chouans des j « géants ». Les paysans picards devaient être des pygmées selon lui.

! Voici comment ces pygmées servaient Jeur I pays; ie copie lacte du ministère de la , guerre

Campagnes : Ans II et III à larmée du Nord, an IV à larmée de lintérieur; ans VII, VIII et IX à larmée de réserve et dItalie, ans XII et XIII au camp de Boulogne, ans XIV,

, 1806 et 1807 à la Grande Armée.

Il est criblé de blessures, mais toujours 1 valide.

Le 7 février 1807, à Eylau, il reçut une balle , qui lui fracassa la jambe. On fut obligé de le : renvoyer dans ses foyers : il boitait.

A trente-quatre ans, Titaine, par ses cam­pagnes, avait trente-deux ans de service.

Il était sergent. On lui accorda une retraite de 267 fr., que la Restauration lui supprima parce que, pendant les Cent Jours, il avait re­joint son régiment et se trouvait à Waterloo. Deux ans après, elle lui fut rendu.

Je demande à voir les états de service des « géants », de Baudry dAsson.

Quand je revois en souvenir cet homme aus­tère comme un puritain, qui ne ma donné que des exemples de sagesse et dhonnêteté, j'ai un sentiment dadmiration pour sa mé­moire.

Malgré ses souffrances, à ses blessures sétaient jointes daffreuses douleurs rhuma-

- Usinâtes contractées dans tes glaciers de la Suisse et dans les marais de la Hollande, il avait un genre de gaieté à lui.

Oncle, lui dis-je un jour, les poules de la cousine Tantaine sont dans le jardin den haut elles font grand ravage.