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Deux ' recrues
Une section... n'importe laquelle... ça ne fait rien. Deux personnages se rencontrent à la porte. L'un, au chapeau déformé, à la moustache pendante, est le dernier bonapartiste ; l'aube, à la mine pâle et cafarde, le chef orné d’une réchauffante poivre et sel, est le dernier légitimiste.
Les deux débris se heurtent à la porte en voulant passer l'un avant l’autre.
roussin ( c’est le bonapartiste).
Ohl pardon... je vous ai effleuré... castelnoisette {c’est le légitimard, se frottant le nez).
Vous appelez ça effleuré, vous...? eh bien, merci!... Qu’est-ce donc, alors, quand vous cogüezl...
roussin, mélancolique.
Oh! moi!... je ne cogne plus... c’est fini de rire!...
CASTELNOISETTE.
Seriez-vous, par hasard?...
roussin, avec un soupir.
Le dernier bonapartiste 1
castelnoisette, lui serrant la main. Croyez, monsieur, que je prends une part bien sincère...
roussin, saluant.
Monsieur...
castelnoisette, souriant.
Mais vous avouerez... entre nous... que vous étiez une fichue canaille.
roussin, réfléchissant.
Oui... je suis allé peut-être... un peu loin... et il m’en a cuitl En effet... mais au moins, j’avais une certaine poigüe... tandis que vous,
mon cher, vous êtes toujours resté une vieille lavette.
castelnoisette, avec tristesse.
Gela est incontestable-., et lavette est le mot... ça n’a pas peu contribué à ratisser mes espérances.
roussin, avec ■enthousiasme.
Mais, je n’ai pas renoncé aux miennes!
castelnoisette.
Ni moi non plus, mordieu !
ROUSSIN.
Et s’il n’en reste qu’un, — comme dit cette canaille de Victor Hugo, — je serai celui-là. Vive l’Empereur!
castelnoisette, timidement.
Lequel?
ROUSSIN.
Je n’en sais rien... mais je m’en fous!...
castelnoisette.
A la bonne heure. Vive le Roi !
ROUSSIN.
Où prenez-vous votre monarque?
CASTELNOISETTE.
Ça m’est égal... je m’en contre.fiche !
ROUSSIN.
Dans mes brasl... ainsi, jamais vous ne vous rallierez à ce régime infect?
CASTELNOISETTE.
Jamais!... je vote... mais pour les miens! ROUSSIN.
C’est comme moi!... Voilà un homme!... je le rejète... dans mas brasl
{Les deux ganaches tombent dans les bras l'un de l'autre. Machinalement leurs regards qui se croisent par dessus leur épaule s'arrêtent sur leur bulletin de vote)
ROUSSIN.
Tiens!... tiens!... tiens!...'
CASTELNOISETTE.
Oh! saperlipopette!...
roussin, riant.
Dites donc... vous êtes un bon blagueur, vous!
CASTELNOISETTE.
Gomment cela?
ROUSSIN.
Je lis Clémenceau sur votre bulletin.
CASTELNOISETTE.
Et le vôtre porte Gambetta... Si je suis un bon blagueur, vous me faites l’effet d’un joli paillasse!
ROUSSIN.
Puisqu’il n’y a plus rien à frire... il faut bien se rallier, pas vrai?
CASTELNOISETTE.
Parbleu!... { A part.) Pour te flanquer par terre, République de malheur!...
ROUSSIN.
Mais, c’est de tout cœur, hein ?
CASTELNOISETTE.
Un Castelnoisette n’a que sa parole, monsieur!... C’est même la Seule chose qui me reste.
ROUSSIN.
Alors vous croyez que les élections seront bonnes?
CASTELNOISETTE.
Évidemment. Tous républicains, songez donc!... l’avenir est à nous...
ROUSSIN.
C’est ce que je crois. Du reste, si jamais vous revenez au pouvoir, je me promets bien de me rallier à vous.
CASTELNOISETTE.
J’allais vous en prier.
[Ils entrent dans la salle de vote, en riant comme des petites folles.)
Nicolas Flammèche.
BLAGUES ET GNONS
X
Brelay, qui se vante d’être administrateur de la Banque européenne, institution philantropique, selon lui, a été élu à une majorité d’autant plus écrasante, qu’il n’a même eu à écraser aucun concurrent.
Il est juste de dire qu’il a été nommé par les gens fanatiques de Varrondissement de la Bourse.
X
Par contre, Léon Renault est retoqué presque à l’unanimité.
Preuve que n’avoir plus sous ses ordres de mouchards peut exposer à être mouché.
X
Bardoux, ce glabre de si peu de cœur, est resté sur le carreau.
Je commence à croire à la sincérité de ses discours en faveur du scrutin de liste.
Gringoire.
GAZETTE DE MONTRETOUT
Camescasse est élu à la place de [Ms) Gasté.
On ne saurait trop admirer cette beauté législative qui interdit à un député d’être préfet de police, mais permet à un préfet do police d’être député.
La danse obligatoire et laïque
Etes-vous satisfait du résultat des élections ?
Oui, n’est-ce pas ?
Alors n’en parlons plus.
Laissons aux journaux quotidiens le soin de porter aux nues Gambetta et d’éreinter les « tas de gueulards » de Belleville.
Laissons Louise Michel écumer, Rochefort s’arracher les cheveux, Sigismond Kikikiki prouver qu’il n’est Polonais que six fois par semaine et Français le dimanche.
Et parlons plutôt de la grande nouvelle du jour :
La danse obligatoire et laïque !
Car il est aujourd’hui à peu près certain qu’à l’ouverture des classes, les jeunes élèves seront forcés d’apprendre les langues vivantes et les danses mortes, en même temps que les langues mortes et les danses vivantes.
Pour ma part je n’y vois pas d’inconvénient, car je trouve que nous devenons de jour en jour d’une gaucherie des plus ridicules.
Nous ne savons ni marcher, ni glisser, ni courir.
Nous faisons donc au bal la plus triste figure. Ce n’est pas parce qu’ils n’aiment pas la danse que la plupart des jeunes gens courent au fumoir s’imbiber de nicotine, ou au buffet se culotter le nez d’alcool.— C’est parce- qu’ils ne savent pas danser.
Je sais bien que ce n’est pas toujours amusant, une soirée dansante; mais nos mœurs sont encore si étroites, qu’il faut s’empresser de saisir la seule occasion qui nous soit offerte de tailler une petite bavette avec une jouvencelle garantie bon teint.
Sur cent mariages, soixante-quinze au moins ont été mitonnes dans un bal.
Et puis il y a des façons de valser ou de polker, des serrements de taille, des pressions de doigts, des « Mon Dieu, qu’il fait chaud ! » Des « Prendrez-vous une glace ? » qui sont tout un poëme.
Les jeunes gefis d’aujourd’hui ne savent pas ou font semblant de ne pas savoir tout le profit qu'on peut tirer d’une danse de caractère.
De Louis XIY à Napoléon I er l’art de danser et de bien danser était en honneur chez nous. Les soldats vous avaient une façon de marcher au pas qui supprimait toute fatigue.
Aujourd’hui la jeunesse française ne cultive plus que le chahut et le cancan. On se déhanche, on se contorsionne, et voilà ! Quelle élégSee ! Quant à nos soldats, ils marchent sur les talons et les pieds en dedans I
Je considère la danse, non comme un art d’agrément, mais comme un art utile.
En politique surtout, où il faut savoir, suivant les circonstances, courber l’échine et sortir d’un pas glissant.
Les voleurs eux-mêmes doivent apprendre la danse,
Afin de faire la chaîne des dames 1
JVo» Romanciers.
Les feuilletonistes me feront toujours rire. Jadis, la Patrie imprimait carrément :
« Arthur prit son courage à deux mains et son revolver de l’autre. »
Cette phrase célèbre est éclipsée par cette autre fraîche éclose dans les plates-bandes d’un journal à un sou :
« Madame parlait toujours, mais Monsieur continua de manger sans ouvrir la bouche. » Cocasse, hein !
Ue jeu des définitions.
Un pendu. Homme qui occupe une haute position.
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Comble dn républicanisme.
Pour assurer sa réélection, M. Edouard Iiockroy, que ses électeurs avaient accusé de tiédeur, a voulu accentuer sa politique. Aussi ne signe-t-il plus que Lochprésident de la République.
Ue Congrès médical.
Dix mille médecins ayant quitté leurs malades pour se réunir à Londres en congrès, quel a été le résultat?
Pendant les huit jours qu’a duré la confé-
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t
rence, on a constaté en province une diminu-. tion de 10 OjO dans la mortalité!
Mais alors ?
Alors il faudrait faire comme les Chinois, qui ont imaginé de payer leurs médecins tant qu’ils les maintiendraient en bonne santé. Aussitôt qu’une maladie se déclare, le docteur cesse d’être payé.
C’est assurément rationel cette chinoiserie- là!
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Réplique campagnarde.
L’autre jour, dans une réunion publique, un bonapartiste quelconque parlait sans cesse du règne de la Terreur.
Le Règne de la Terreur! lui répond un paysan, t’as pas fini. En fait de terreur, nous n’en avons qu'une seule, c’est la Terreur du Règne!
Montretoüt.
LES CAQUETS DE
Lassigny.
IV.
La veille de la noce, j’allai voir le berceau de la famille des Pichenette.
Sur la lisière gauche du village se trouve une rue, je devrais dire une ruelle, enserrée de chaque côté de haies touffues.
Au milieu de cette rue, trois habitations. Celle du milieu se distingue par une porte cochère ; les autres se clôturent par de grands arbres, et des grillages en bois.
Il y a là un puits, dans la rue, commun aux trois habitations.
—Je parie, dis-jeun jour à mon ami Evariste, que je tire un seau d’eau plein d’une seule main.
J’avais dix ans et pas solide.
— Parie qu’non, dit Evariste.
Je me mets à l’œuvre, mais quand le seau arrive à l’orifice, la force me manque, je lâche le manche du tourniquet qui vient me frapper en plein front et m’envoie tember à quinze pas.
— Tchiou Louis (petit Louis) est tuél crie Evariste.
Je reêtai, m’a-t-on dit, longtemps sans connaissance. Tous les parents étaient consternés. On me croyait perdu.
Le soir, je faisais ma partie dans le pré Du- race avec les gamins et les gamines.
La cour est assez vaste. Sous la porte cochère
— constellée de nids d’hirondelles—se trouve | les greniers à loin, trèfle, luzerne, etc. J’y ai ; fait de bonnes parties.
j D’an côté de cette cour l’étable dos brebis,
: celles des vaches et du cochon, le poulailler, une remise pour le menu bois, les fagots, les ' souches, etc.
I De L’autre, la grange, le pressoir, les instruments de culture.
Au fond l’habitation, composée de deux chambres, séparées par un vestibule qui conduit au jardin.
La chambre de gauche sert de salle à manger et de chambre à coucher à l’oncle et à la tante Titaine.
La chambre de droite est notre chambre à coucher, à ma cousine et à moi. On y pétrit et on y cuit le pain ; on y coule la lefesive.
J’avais pour lit une espèce de coffre et un matelas de paille d’avoine. Selon la science, c’est très hygiénique. Ce qUe je sais, c’est que j’y dormais d’un sommeil à faire envie à un loir.
Devant la haute cheminée, où il y avait du feu été comme hiver, était assis sur une chaise de paille un homme au visage austère. C’est mon oncle Antoine, dit Titaine.
Sa vie fut un martyre et une gloire... ignorée. En voici une esquisse.
Il était l’aîné de sept garçons; la mère mourut en donnant le jour au septième.
Enl792,—il avait dix-neuf ans,—il s’engagea dans les volontaires de l’Oise (plus tard, 28« de ligne).
La patrie avait besoin de tous ses enfants.
Après un mois de séjour au dépôt pour apprendre le maniement des armes, on envoie ces paysans picards, qui sont dévoués à leur pays, se battre contre les paysans vendéens, t qui aiment mieux le roi que la France.
| M. Baudry d’Asson a appelé les chouans des j « géants ». Les paysans picards devaient être des pygmées selon lui.
! Voici comment ces pygmées servaient Jeur I pays; ie copie l’acte du ministère de la , guerre
Campagnes : Ans II et III à l’armée du Nord, an IV à l’armée de l’intérieur; ans VII, VIII et IX à l’armée de réserve et d’Italie, ans XII et XIII au camp de Boulogne, ans XIV,
, 1806 et 1807 à la Grande Armée.
Il est criblé de blessures, mais toujours 1 valide.
Le 7 février 1807, à Eylau, il reçut une balle , qui lui fracassa la jambe. On fut obligé de le : renvoyer dans ses foyers : il boitait.
A trente-quatre ans, Titaine, par ses campagnes, avait trente-deux ans de service.
Il était sergent. On lui accorda une retraite de 267 fr., que la Restauration lui supprima parce que, pendant les Cent Jours, il avait rejoint son régiment et se trouvait à Waterloo. Deux ans après, elle lui fut rendu.
Je demande à voir les états de service des « géants », de Baudry d’Asson.
Quand je revois en souvenir cet homme austère comme un puritain, qui ne m’a donné que des exemples de sagesse et d’honnêteté, j'ai un sentiment d’admiration pour sa mémoire.
Malgré ses souffrances, — à ses blessures s’étaient jointes d’affreuses douleurs rhuma-
- Usinâtes contractées dans tes glaciers de la Suisse et dans les marais de la Hollande, — il avait un genre de gaieté à lui.
— Oncle, lui dis-je un jour, les poules de la cousine Tantaine sont dans le jardin d’en haut où elles font grand ravage.
