15 CENTIMES
LE GRELOT
15 CENTIMES
UN PEU DE BON SENS!
Il est dit que la vieille galté française ne perdra jamais ses droits.
Et heureusement 1
J’ai passé un bon moment, je j’avoue, à lire la pétition que certains socialistes ont perpétré à l’intention, — bien louable chez les locataires! — de voir diminuer le taux des loyers.
Il est évident que le terme à payer constitue un des impôt les plus désagréables qui se puisse pércevoir; et j’avoue pour ma part, que le jour néfaste où je vois monter chez moimon pipelet, orné de sa quittance,me trouve plongé dans un marasme profond.
Je comprendrais bien davantage le même estimable fonctionnaire me montant, sur un plat d’argent ou même de simple ruolz, la même quittance préalablement acquittée.
Mais hélas !...
Ce jour béni du ciel ne viendra que lorsque M. Freppel aura de l’indulgence et M. Gavardie de l’esprit.
Tous voyez que j’ai le temps d’attendre !
Donc, agréables rêveurs que vous êtes, raisonnons avec la réalité.
Je ne suis peut-être que médiocrement spirituel, mais je me pique d’avoir du bon sens.
Eh bien, savez-vous, ô doux aliénés, ce que vous demandez?
Le retour au maximum !
Et savez-vous par dessus le marché ce que c’est que le maximum ?
Totre ruine à tous, mes garsl
A tous, vous entendez bien,
A vous, à moi, à tout le monde!
Tous voulez qu’une loi fixe une diminution dans le prix des loyers.
Bon.
Vous réduisez donc d’un cinquième, d’un quart, d’un tiers ou même de la moitié la fortune de ces canailles de propriétaires.
Voilà qui est entendu.
Mon Dieu, cette variété duGobseketde l’Harpagon ne m’inspire qu’un intérêt fort médiocre, j’en conviens.
Mais enfin, il faut raisonner, n’est-ce pas?
Voilà donc M. Vautour à moitié ruiné.
Qu’est-ce qu’il va faire?
II va nécessairement restreindre ses dépenses dans la même proportion qu’ont subie ses recettes.
Alors que se passera-t-il?
Naturellement, le bâtiment s’arrêtera.
Inutile, n’est-il pas vrai, de placer son argent dans une spéculation qui vous rapportera un tiers ou un quart de moins que certaines valeurs.
Or, quand le bâtiment ne va pas, rien ne va, vous ne l’ignorez pas.
Voilà donc un assez joli nombre de corps d’état qui verront diminuer leur salaire, hein?
De plus, M. Vautour ira à pied,
Et les carrossiers se fouilleront, comme a dit si poétiquement Mme Sarab Bernhardt à son ex-directeur, M. Perrin.
Il ne renouvellera pas son abonnement au Grelot, et me voilà dans la mélasse.
En fait de théâtre, il se contentera d’aller voir la lune se lever,
Et pan... du coup voilà les auteurs, directeurs, acteurs et machinistes dans le vingt- cinquième dessous.
Il supprimera les cigares,
Et ce sera une soixantaine de millions qui manqueront au Trésor, ce qui forcera le susdit Trésor à diminuer les appointements de tous les fonctionnaires publics.
Enfin il cessera de combler de ses faveurs dorées mesdemoiselles Bruseambille ou Nini Crevette, ce qui forcera ces petits anges à repiquer les rares bottines que les cordonniers vendront.
Résultat déplorable, à coup sûr.
Sans compter les modistes, couturières, lin- gères, tailleurs et bijoutiers de ces dames qui se trouveront ratissés du même coup.
Ce sera du joli, n’est-ce pas?
J’ajouterai que Paris, devenu la ville rasante par excellence, les bons étrangers qui nous apportent leur braise retourneront la manger dans leurs foyers, ce qui mettra le comble à la limonade générale dont se désaltérera le commerce parisien et, par suite, celui de la France entière.
Et vous aurez bien travaillél
Au lieu de cela, grâce à l’attrait du fruit défendu, l’Alphonsisme de lettres a encore quelques beaux jours de plus à vivre.
Tous porCnqgraphes
Ceci nous est déjà fort désagréable.
Mais ce qui l’est plus encore, c’est la façon pleine de désinvolture avec laquelle la loi nouvelle place tous les journalistes sous le pouvoir discrétionnaire de ces magistrats qu’on n’estime pas comme la fine fleur des qoi, puisqu’on songe à les changer.
Nos lecteursnous rendront cette justice ; nous n’aimons pas ici les histoires graveleuses.
En revanche, celles simplement gauloises ne nous déplaisent nullement.
Or, qui nous garantis qu’un beau jour il ne se rencontrera pas, parmi les toquards du débit de justice de Paris un enragé de pruderie, incapable d’établir une différence entre Rabelais et Brantôme, qui nous poursuivra et nous fera condamner pour une pauvre historiette un tantinet décolletée, surtout si dans celle-ci figure quelque sœur converse et quelque carme?
Où commence et où finit la porCnographie, voilà le diable à définir.
Nos députés, il est vrai, ont cherché à le faire.
Franchement ils auraient plus sagement agi en restant tranquilles qu’en accouchant de cette belle formule :
La porCnographie commence au dessin, s’étend à l’atfiche, a la gravure, à la peinture, à l'emblème et à l’usage obscène et fiait au livre.
Que la sculpture ne figure pas dans cette nomenclature, je comprends cela.
Il aurait fallu poursuivre les auteurs des trois quarts des statues qui ornent nos parcs publics, et c’était là, à la fois trop de travail et trop de frais.
Mais ce qui me passe, c’est l’exception faite en faveur du livre.
Le livre ne diffère du journal qu’en ce qu’il est plus cher.
A-t-on donc voulu simplement ne plus laisser la porCnographie à la portée des pauvres et la conserver légalement à la disposition des riches?
Ce serait stupide, mais parfaitement à l’altitude moyenne de l’intellecte de nos classe-dirigeants.
Tous s’indignent à l’envi contre la meurt de faim qui.se prostitue pour quarante sous. C’est un toile général :
— On devrait Saint-Lazarder cela !
S’agit-il, au contraire, d’une grue à la mode qui ne passe pas des planches des Insanités Lyriques dans le lit d’un intrus sans exiger pour cela 800 louis?
Ces messieurs lui jetteront-ils la pierre?
Allons donc !
Ils l’épouseront 1
Gkingoire.
L’Honneur et la Conscience des jurés la brune balançoire 1 Cela me rappelle cette jolie définition du mot prison par un Présidentd’as- sises du dernier Empire.
« Les prisons, disait ce philosophe méconnus, des établissements d’utilité publique, pour faire croire à l’innocence de ceux qui sont dehors sont! »
*
* *
IL et LUI
La presse est en révolution, pareequ’un député à eu l’audace, en plein Reichstadt, de désigner M. de Bismarck par le pronom il au lieu de lui octroyer le titre d’Altesse Sérénis- sime auquel ses fonctions de chancelier de 1 Empire et sa qualité princière l’autorisent a prétendre.
Un blâme a été vote a l’unanimité, par un groupe de représentants bien pensants, contre celui qui a osé parler de Bismarck à la troisième personne.
Et dire que Cassagnac n’est pas encore chargé de tomber sur Victor Hugo pour avoir désigné avec admiration Napoléon I par le prénom lui, titre d’une de ses plus belles pensées.
Mais Bismarck n’est pas Napoléon I — heureusement !
L’académicien Perrault
L’Académie française vient d’éprouver le besoin d’élire un évêque qui n’a d’autres titres littéraires à l’admiration de ses contemporains que quelques mandements idiots.
Mais il est de règle qu’il faut un évêque au palais Mazarin.
Pourquoi ? Un fabricant d’épigramme s’est chargé d’y répondre à l’époquejde l’élection de Mgr. Dupanloup :
L’Académie, assurément Choisit un prince de l’Eglise Pour l'absoudre de la sottise Que l’on a faite en le nommant.
*
* *
A la, Bourse
— X... de la Société des Saucissonniers à l’ail de la Forêt de Bondy, vient de filer en Belgique.
— Il a bien fait.
— Mais son associé a été arrêté.
— L’imbécile.
— Le moins bête des deux n’est pas celui qu’on pince !
*
* *
A la Correctionnelle
— Prévenu vous avez déjà été condamné pour vol a cinq ans de prison.
— Oui mon Président, mais c’était en province.
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* *
Allons, mes braves camarades, soyons plus sérieux.
Cherchons de compagnie un remède à nos maux.
Gava!
Et lp.plus prompt... et le meilleur...
Mais ne ruinons pas tout le monda pour n’enrichir personne.
Ce serait trop bête 1
Nicolas Flammèche.
ZIG-ZAGS
LAIS SONS-LA NOTRE ENCENSOIR ET REPRENONS NOTRE BÊCHE
Depuis trois semaines, nous n’avions guère eu à adresser à la chambre que des compliments.
Nous le savions bien, c’était là une situation absolument hybride et anormale.
Aussi ne sommes-nous pas le moins du monde étonnés de nous voir aujourd’hui contraints de laver la tête à nos honorables, pour la façon pleine, de charme avec laquelle ils approuvent les réponses de M. de Freycinet aux interpellations sursa politique extérieure.
Quand je dis «réponse », c’est par euphémisme, car M. de Freycinet n’ouvre la bouche que pour dire qu’il va la fermer,
Ne parle que pour adjurer ses auditeurs de l’autoriser à se taire.
Pensez donc! livrer à la publicité tous les secrets d’Etat !
Mais ce serait un véritable crime de lèse- nation.
Les étrangers profiteraient de ces révélations.
En feraient leurs choux gras,
Et manœuvreraient ensuite de manière à nous rouler à plate couture.
Qu’en sort-il souvent ? du Vent.
Tous les crânes chauves et lés bedons proéminents des ministériels s’empressent d’applaudir:
— Bravo ! C’est cela! Ne répondez pas I
On passe à l’ordre du jour :
Et le tour est joué 1
On la trouverait bien bonne, n’est-ce pas, si cette comédie ne pouvait pas être le prologue des plus lugubres tragédies :
Telles les farces de Morny et les fantaisistes bons Jeeker précédèrent l’expédition du Mexique.
Telles aussi les hâbleries du « Cœur léger », et les sottes phrases :
— Nous sommes s. pt fois prêts. Il ne manque pas un bouton de guêtre.
Et :
— Si Paris savait les nouvelles que je connais, il illuminerait.
Servirent de prolégomènes à Sedan et à toutes les catastrophes qui suivirent.
En réalité donc, elle est mauvaise et bien mauvaise, même !
A qui persuadera-t-on que Bismarck ne sait pas aussi bien et même mieux que nos diplomate» ce que ceux-ci disent et pensent?
Le vieux renard de Varzin, soyez-en persuadé, est fixé depuis longtemps sur le plan de nos hommes d’Etat, plan qui consiste à « s’inspirer sagement des circonstances » c’est- à-dire, en bon français, prendre des demi- mesures contradictoires à chaque nouvelle dépêche télégrarhique.
Voila pourquoi M. de Freycinet se tait avec tant de rage : c’est parce qu’il n’a rien à dire, ne pensant et ne prévoyant rien 1
Tous nos diplomates sont d’ailleurs bâtis sur ce modèle.
Ce sont des baudruehes d’une belle prestance.
Essayez d’en tirer un son, vous n’y parviendrez point.
Mais donnez un coup d’épingle dedans et, le vent dont ils sont gonflés s’échappant du colosse de tout-à-l’heure, il ne restera rien !
La pornographie Est un cas (bis) pendable !
Autre sottise : la Chambre vient de voter la loi qui permet d’envoyer pourrir, sur une paille plus humide que celle des cachots du Vatican, les fauteurs de porCnographie.
Nous avons déjà plusieurs fois exprimé ici nos sentiments à l’égard des êtres qui font métier d’écrire en un style d’hystérique en rut toutes les histoires graveleuses que, depuis un temps immémorial, on se raconte entre hommes, après boire.
Nous ne sommes donc pas suspects d’avoir la moindre symphatie pour ces poissons à plume.
Mais nous trouvons que c’est faire à ces cochons de lettres beaucoup trop d’honneur que créer une loi spéciale dans l’unique but de reprimer les saletés qu’ils se complaisent à mettre en circulation, pour gagner quelques gros sous.
Le mépris publie avait fait promptement justice de cette malsaine pourriture et, dans peu de temps, écœurés par les répétitions hètes de ces feuilles de joie, les lecteurs de l'Evénement Parisien et du Piron auraient fait grève.
Dès lors, ces deux journaux et leurs semblables seraient morts de leur laide mort, et les .poissons qui les perpètrent, auraient été con- "traients pour vivre, d’enfiler le pantalon à carreaux, la blouse bleue et de se coiffer de la « bâche à six ponts » de l’Alphoqse de barrière.
GAZETTE DE MONTRETOUT
Sur mon Honneur et Conscience
A la bonne heure, on ne s’est pas trop embêté cette semaine a la Chambre 1 La question de serment a ressuscité la vieille gaité gauloise. Frédéric Thomas l’homme des oraisons funèbres de la Société des Cens de Lettres; Frédéric Thomas qui a versé tant de pleurs,, sur les tombes entr'puyertes” de ses confrères, Frédéric Thomas, l’auteur des Vieilles Lunes d'un avocat, devenu député sur ses vieux jours, a entrepris de rendre un peu de gaité aux locataires du Palais Bourbon. Il faut avouer qu’il n’a pas trop mal réussi Son discours sur le serment demeurera comme un chef-d’œuvre du genre.
Pourquoi prêter serment de la main droite quand le cœur est à gauche ? Pourquoi invoquer le bon Dieu qui nous défend positivement 4 e jurer? Tous ces aimables points d’interrogation ont fait sortir une fois de plus le mitré Freppel de son affreux caractère.
ifoigs amusant mais tout aussi édifiant a étélespeeb dq jeune Qerrière-Théo d’Ornano qui s’est amusé à reprocher à ftfM. Gréyy et Gambetta d’avoir prêté serment à l’Empire, L’arcbi-radical Jules Roche a répliqué que Napoléon III avait bien prêté serment à la République... et, dans les couloirs, l’ami Lockroy récitait à mi-voix les vers célèbres de son immortel beau-père sur
Celui qui, souriant guetta la République fto# gertifent sur le front, son poignard à U main*
Toujours les grèves
Quand cela finira-t-il ?
Après les cordonniers, les chemisiers, après les chemisiers les ouvriers chaisiers.
Si ces derniers ont besoin d’avocats M. Grévy (patron des Grévystes 1) se chargera de leur défense.
— Pourquoi?
— Les ouvriers chaisiers sont ses confrères puisqu’il a été membre du barreau !
Balançoire
— Sais-tu disait Saint-Genest à Albert Wolf, quel est le nom de famille de Télémaque.
— Je m’en moque pas mal !
— Cherche un peu pour voir.
— Allons vas-y
— Eh bien le nom de famille de Télémaque c’est onviction.
— Onviction 1
— Mais oui puisqu’on dit toujours telle est ma conviction 1
Montretout
Une femme de chambre fait la conversation chez la fruitière.
— Eh bien 1 demande celle-ci, vous habituez-vous dans votre nouvelle place?
— Les maîtres sont très doux ; mais je crois madame un peu toquée. Elle m’a dit de parler toujours à la troisième personne.... et ils ne sont que deux !...
Bref la Chambre a décidé que désormais pu ne jurerait plus ni par le bon dieu ni par le diable; que l’on se contenterait de dire ” Sur mon Honneur et Conscience „.
En dépit de M. Varambon qui veut que. les juges aient fe droit de mener leurs tribunaux a leur guise, Jes emblèmes religieux vont disparaître de nos cours de jqstjce.
C’est bien fâcheux pour les élèves du peintre Bonnat. qui s’étaient fait une spécialité de fournir au plus juste prix des Christs en croix au ministre de la justice,
La mise en scène y perdra sans doute, mais ce sera une fière consolation pour Messieurs les assasins de n’ètre plus condamnés * devant dieu et devant les hommes » mais seulement « sur l’honneur et la conscience » de Messieurs les jurés.
Pendant qu’on y était je ne vois pas pourquoi on n’a pas réduit à sa plus simple expression. Cette formule de la prestation du Serment. « Sur mon honneur » était plus que suffisant. A supposer, un effet, qu’un membre du Jury, n’ait pas éühonneur, comment voulez-vous qu’il ait de la Conscience ?
Verba et voces atque prœterea nihil
—o—
tt. Ou ayez-vous attrapé cette bronchite mon cher Guibollard?
— L’autre matin, à la Sorbonne, où la curiosité m’avait attiré.
— Quelle imprudence !... C’est dans ces endroits-là qu’on rencontre des maladies..,, qui suivent leurs cours..,,
Deux provinciaux — le mari et la femme — entrent en duo dans un des nouveaux chalets de nécessité.
Comme il ne sont pas au courant du prix :
— Combien devons-nous, madame ? demandent-ils à la buraliste.
— Quinze centimes par tête, répond celle-ci avec un gracieux sourire.
—o—
Rue Breda.
— Mademoiselle Amanday est-elle?
— Oui, monsieur, mais.., elle... est occu* pée.
