LE GRELOT

vacances parlementaires pour panser les plaies et bosses de ses membres meurtris.

Son chef massif et retors, le « désillu­sionné » Dupuy qui na rien dartésien avait pourtant opposé aux assaillants une tactique aussi commode que peu fatigante pour son escouade gouvernementale.

Aussitôt acquis le vote des premiers arti­cles de « sa loi » comme la guerre de 1870 était, pour la néfaste Espagnole « sa guerre »,

limpavide Dupuy déclara carrément à lopposition hurlant après ses chausses que le reste du projet soumis aux délibérations de la Chambre pro forma était un « bloc » tellement parfait, intangible et irréprocha­ble, quil nétait susceptible daucune re­touche... et en exigeait le vote ne varietur.

Sur cette déclaration topique dinfaillibi­lité, ses collègues se bouchèrent herméti­quement les oreilles et assistèrent désormais en spectateurs désintéressés à la multiplica­tion des scrutins et à la sarabande effrénée des amendements balayés par les fidèles exécuteurs de la volonté ministérielle.

Cétait écrit-haut ! Casimir est grand et Dupuy est son prophète !

Vainement M. Breuillac président de la cour dassises du Rhône ressuscitait-il, dès le début de la session qui va voir juger le sinistre Caserio, le « résumé » quon croyait supprimé par une loi devenue ainsi prématurément caduque ; vainement M. de Mahy, traitant les journalistes comme des uègres, les faisait-il expulser de la tribune de la presse par mains dhuissiers, sur les injonctions dun députéayant lair Denoix..., pendant quun préfet Henry et en rêve tout haut la reconstruction de la Bastille pour ces misérables folliculaires,

Ces pelés, ces galeux, d provient tout le mal !

puis balbutie des excuses aussi plates que le « de luniforme dont il fait miroiter le paillon à Nice ; vainement nos «honorables» se jettent-ils réciproquement à la tète toute la boue du Panama et le pot de chambre de Cornélius -Krackus : la nouvelle loi destinée à « rassurer les bons et à faire trembler les méchants » - suivant la magistrale citation de M. Louis-Napoléon Breuillac, déjà nommé

est enfin arrachée, non sans douleur, des entrailles de la majorité, qui pousse un cri de délivrance et sévanouit en voyant la dif­formité du petit monstre, tenaillé, torturé Par les forceps et les manœuvres abortives des docteurs ennemis Tant-Mieux et Tant- Pis, simultanément acharnés, lun à ce labo­rieux accouchement, et lautre à provoquer un avortement susceptible de tuer la mère et lenfant.

Chacun se demande maintenant si ce der­nier est viable ? encore quon se soit em­pressé de le confier à une vieille « nourrice sèche », chargée de lallaiter au biberon- Challemel et de lui faire prendre lair du Luxembourg, dont les promeneurs en apercevant le pauvre être disgracié, bouffi et convulsionné ne purent sempêcher de sexclamer :

Cest tout 1 portrait de son père 1

Ah, mon Dieu! quel co...quin denfant!...

U. Maurice Tic.

ESPRIT DE PARTOUT

Ud mari soupçonneux sadresse à une agence spéciale et demande des renseigne­ments sur Madame B... (sa femme). Il donne Un faux nom, il paie davance et se retire.

Deux jours après, allant prendre des nou­velles, on lui remet une note détaillée com­mençant par ces mots :

Madame B... est mariée avec un vieil im­bécile, chauve et idéalement vilain.

Le pauvre homme nest jamais revenu prendre dautres nouvelles.

o

Joies populaires normandes :

« Yeux-tu être heureux un jour? Saoule!

« Yeux-tu être heureux trois jours? Marie !

« Yeux-tu être heureux toute la semaine? Tue ton cochon I

« Veux-tu être heureux toute la vie? Fais- curé ! »

Entre peintres montmartrois :

Et ton tableau, est-il vendu?

Jai reçu ce matin la visite dun mar­chand...

Et vous avez fait affaire?

Non ! Ce sale philistin ne voulait maehe- fer que le cadre !

O

Le Sphinx nous donne ce savoureux ex- frait dun discours dun député belge : 11 Lagriculture et lindustrie, ces deux ma­

melles de la nature qui nous tendent les bras... »

Cruel, notre confrère 1 o

Le feu prend dans un village; aussitôt on court réveiller Calino, qui est maire de len­droit :

Vite! vite! monsieur le maire, la pompe, lui crie-t-on.

La pompe ! la pompe ! comme vous y allez, une pompe toute neuve, pour lérein­ter, nest-ce pas.

Allez-vous coucher, je vous la prêterai quand elle sera vieille.

Et Calino referme sa fenêtre.

Job.

Pauvres Martyrs obscurs!

Le duel à lépée entre MM. Clemenceau et Deschanel a eu lieu à 10 heures 18 du matin dans une propriété privée au bois de Bou­logne.

A la deuxième reprise, M. Deschanel a été blessé à la joue droite ; il a reçu une esta­filade au-dessous de lœil droit. La blessure nétait pas grave, mais le sang a coulé abon­damment, et le combat a été arrêté dun commun accord.

Le docteur Clemenceau sest absolument refusé à toucher les mo ndres honoraires pour cette délicate opération c à lœil ».

Ajoutons que cette petite saignée semble avoir procuré un certain soulagement à son client, confrère et ami, le moribond deBour- nemouth, dont le diabète alimente depuis si longtemps les fabricants de bonbons anglais.

En voici les dernières nouvelles :

La 8° chambre du tribunal correctionnel de la Seine, présidée par le président Flandrin, soccupe du procès en escroquerie intenté par le Parquet à Cornélius Herz,

Son avocat, M e Clunet y a produit un cer­tificat notarié attestant lauthenticité dune consultation de cinq grands médecins an­glais qui, ayant visité Cornélius Herz le 21 juillet 1894, déclarent limpossibilité absolue pour le patient de se présenter de­vant la justice française.

Il est de fait que le malheureux nest réellement pas présentable.

Jugez-en plutôt :

Les célébrités médicales anglaises décla­rent avoir ausculté Cornélius Herz ; celui-ci est atteint, disent les médecins, dune ma­ladie grave des valves aortiques ; létat du cœur provoque des accès dangine pectorale, il souffre encore du diabète et, concluent les médecins, toute tentative de déplacement serait du plus grand péril pour son exis­tence.

Comme on le voit cest-à-dire comme les « cinq grands médecns britanniques » lont vu ce pauvre Cornélius nest plus quune collection de maladies toutes plus mortelles les unes que les autres..,, et on a même le ressusciter plusieurs fois authentique­ment, pendant cette consultation notariée, car il « claquait » à chaque instant.

Mais, dût-il échapper, par miracle, aux multiples cas pathologiques dont il est la victime agonisante, quil crèvera sû­rement de rire en lisant cette ré­ponse de sou défenseur, M e Clunet, pro­testant contre les doutes émis sur l'état de santé de son client et parlant delà demande dextradition à lAngleterre ; « Nous avons trop de respect les uns pour les autres poür ne pas estimer quun grand peuple comme le peuple anglais ne se prêterait pas à une semblable comédie ».

Nous ne pouvons que regretter pour lart dramatique que ce maître de la pa­role ait choisi, pour exercer son talent, le Palais-de-Justice plutôt que le Palais-Royal, car cette déclaration le classe, incontesta­blement, parmi les comiques les plus tor­dants de notre époque.

i _ _

Puisque nous effleurons la question théâ­trale, nous ne pouvons nous dispenser de Lui présenter nos sincères condoléances ; car, décidément, Il est mûr pour lAcadémie et le fauteuil de Leconte de Lisle lui tend les bras.

Ce nest pas dEmile que je parle, mais de ce vieux Francisque des familles.

Sarcey émettait dernièrement lidée de supprimer les « services » de premières représentations aux chroniqueurs de jour­naux.

« Que les directeurs nous fichent à la porte et quils laissent le public payant, le grand public, apprécier à sa façon les pièces nouvelles », écrivait-il.

-dessus, Henri Becque croyant que « cest arrivé » le prend au mot... et par

fes épaules pour lexpulser de son pontificat; mais, comme le disait une coquille célèbre dans les fastes de la typographie : « Le vieux persiste » et moins heureux que les Frères de St Jean-de-Dieu Henri Becque naura pas la satisfaction de lui « lever la cataracte ».

Tout de même, pour que lauteur des Cor­beaux sacharne ainsi du Becque et des ongles contre ce vénérable critique respecté par le Temps, on serait tenté de croire quil le sent déjà aussi « avancé » que la finale de lavant- dernier vers de la Curée dAuguste Barbier.

Pauvre vieux Francisque ! Se voir ainsi « clouer le Becque » et finir empalé sur lbélisque 1 II ny avait quun « neveu de let­tres » pressé dhériter de « son oncle » pour lui jeter ainsi la pierre !

Guillery.

LACTUALITÉ FANTAISISTE

LE GRAND AMANT

Par centaines, les petites femmes de Paris, les reines du monde et du demi- monde prennent le chemin du littoral Depuis le quatorze juillet, Paris les dé­goûte, le grand prix était en leur hon­neur, mais la fête nationale... fi donc !

Paris les oublie ce jour- et les oublie pour sa plèbe bruyante et commune : une fête égayée par les drapeaux et non par elles, une fêle le sexe fort senthou­siasme pour autre chose que pour elles, cest impardonnable I Aussi, depuis ce jour, elles boudent la grand ville et dans une dédaigneuse moue, elles pestent contre sa lourde at­mosphère. Le diable ne les empêcherait pas de quitter cet étouffoir ; quelques vi­sites chez Doucet, chez Worth, dans les grands magasins, puis elles endosseront la toilette de voyage et prendront place derrière la locomotive !

.Alors, vous les rencontrez sur le

sable des plages, les petits minois chif­fonnés ; le grand air et la marée ont co­loré leur teint pâle ; mais, dans leur pru­nelle captivante, pourquoi cette langueur, cette tristesse, quelles ne peuvent dissi­muler ?

Que leur manque-t-il donc? Gontran, Octave, le vieil adorateur? Alphonse, laimé pour lui-même ? Ah bien oui, elles se fichent pas mal de ces gens- !

Ce quelles regrettent, tout en contem­plant la mer bleue et lhorizon lointain, ce quelles essaient doublier devant la scène ou dans la salle de bal du Casino, cest leur amant le plus cher, celui près duquel et pour lequel elles voudraient toujours vivre, celui que tout lor du monde ne les empêcherait pas de revoir, quelles nabandonneraient pas long­temps à létranger pour lamour dun na­bab, ce qui leur manque, cest ce grand amant dont elles font la gloire, avec le­quel elles gaspillent largent des autres 1 Sous le gai soieil qui brille-haut dans le ciel dazur et se reflète dans les flots écumants, ce qui manque à la Parisienne, cest Paris !

Trebla.

THÉÂTRES

Châtelet. Le Juif-Errant, le grand succès du moment continue sa fructueuse carrière au théâtre du Châtelet et cela grâce non seulement à lintérêt de la pièce, mais encore de sa luxueuse mise en scène et de son interprétation hors ligne. Paulin Ménier est merveilleux dans le rôle de Rodin et il est admirablement secondé par MM. Jou- mard, Bouyer, Pougaud, Gardel, Rebel, E. Albert, Ossart, Mmes Angèle, Héa, G. Mo­reau, Schmidt, Lucerna, Dumont, tous ex­cellents.

La salle ne désemplit pas, dautant plus que le tarifréduit permet laccès du théâtre à toutes les bourses.

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Gluny. Au théâtre Cluny, on vient de reprendre avec un très vif succès Une Corneille qui abat des noix, la joyeuse co­médie-vaudeville en trois actes de Théodore Barrière et Lambert Thiboust dont le succès lut si grand au Palais-Royal, et Boubouroche, la joyeuse comédie en deux actes de M. G. Courteline,

Ces deux pièces fort amusantes et fort bien interprétées constituent un spectacle des

plus attrayants quon ne saurait trop recom­mander aux gens moroses.

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Théâtre Déjazet. La Direction, du théâtre Déjazet vient de prendre une déci­sion qui ne saurait manquer dêtre bien accueillie.

gTous les soirs, pendant la durée des repré- sentationsde la Villa Beaumignard, lejoyeux vaudeville qui tient actuellement laffiche et pour longtemps cent places sont mises gratuitement à la disposition des pre­mières personnes qui se présenteront.

De plus, le nouveau tarif réduit les fau­teuils dorchestre et de balcon à 1 fr. 50, les autres places à... 15 sous !!!

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Cirque-dÉté. Le Cirque-dÉté tient un grand succès avec sa nouvelle pantomime- parodie : Falsbaff' Les quatre tableaux de Falsbaff, très habilement coupés, sont dune bouffonnerie inénarrable. Par.mi les scènes les plus amusantes, citons, au premier ta­bleau, lentrée de Miss Reverence (rôle de Mlle Delna) ; la dispute de Falsbaff avec les soudards ; au deuxième tableau, lentrée de Falsbaff, un pot de fleurs sous un bras, un paravent sous lautre ; la chanson mimée : Quand jétais page, et enfin le cheval allant dénicher Falsbaff enfoui dans le panier à linge ; au troisième tableau, le regonflement de Falsbaff et les apparitions réitérées de Miss Reverence ; au dernier tableau, les ter­reurs de Falsbaff dans la forêt, et sa stupé­faction en sapercevant quil vient de faire une déclaration damour à Reverence, la pre­nant pour M me Alice.

Tout cela très rapide, mouvementé, faisant se succéder sans interruption les éclats de rire.

Le Cirque donnait, en même temps que Falsbaff', les débuts de léquilibriste japo­nais Little-Allright, un numéro sensationnel qui, à lui seul, constitue une attraction ca­pable dattirer la foule. Joignez encore le ravissant ballet anglais, les Wallons, et il sera facile dexpliquer la vogue du Cirque dEté ; il est difficile, pour ne pas dire im­possible, de passer une plus agréable soirée que dans ce coquet établissement.

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Concert de lHorloge. La presse a été unanime à constater le succès sans précé­dent aux Champs-Elysées de Ptitt- Villette. Champs-Elysées , la revue dété de MM. Maxime Guy et A. Verneuil. Ces apprécia­tions enthousiastes ont eu pour résultat de faire affluer le Tout-Paris qui samuse au Concert de lHorloge. Loges, fauteuils, avant- scènes y font prime et, dimanche soir, il était impossible de trouver une seule place après neuf heures. On a fermer les portes.

Nos prévisions se trouvent ainsi ample­ment réalisées, ce dont nous félicitons sin­cèrement M. Debasta, le sympathique direc­teur de lHorloge.

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Cirque-Hippodrome du Champ-de- Mars. Les représentations du Cirque- Hippodrome continuent à être de plus en plus un véritable succès, aussi bien le soir quaux matinées du jeudi et du dimanche.

M. Culeen, dans le Jockey du Grand-Prix ; le clown Kerten, dans ses excentricités, avec Auguste lIdiot, et le singe et son âne, présentés par le capitaine Trogow, obtien­nent à chaque représentation le plus grand succès, ainsi que les autres numéros du pro­gramme.

A partir de la semaine prochaine, courses à pied et pantomime nouvelle, dont on nous dit des merveilles.

Jules de la Yrrdrib.

BIBLIOGRAPHIE

Nous venons de recevoir la Revue anec­dotique des Deux Mondes (Reme de poche), qui comble une véritable lacune par son contenu, aussi honnête quamusant, obtenu principalement par des emprunts faits aux meilleures publications humoristi­ques et satiriques de tous les pays. La Revue Anecdotique donne dans chaque numéro un aperçu aussi complet que varié de tout ce qui se dit sur la France à létranger.

Cette petite Revue, sans grandes préten­tions littéraires, mais rédigée avec beaucoup dhumour, vient dêtre fondée par M. A. B. de Liptay, très avantageusement connu par ses ouvrages philologiques publiés en diffé­rentes langues. Pour recevoir un spécimen du premier numéro, sadresser au directeur, 110, boulevard Saint-Germain, Paris. Labon­nement est dun franc par trimestre.