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GAZETTE DE MONTRETOUT
La Presse et les pots cassés. — Echos du procès Caserio. — Cours d’assassinat politique par un préfet à poigne.
Il y a longtemps que ce vieux brigand de Thiers l'avait dit :
La seule façon d’avoir un ministère stable, c’est de flanquer à la Chambre des vacances interminables.
Le cabinet Fouchtra est aujourd’hui assuré de trois mois de tranquillité.
La façon dont le fidèle Burdeau a brusqué la clôture de la session est absolument typique.
Les députés radicaux et socialistes ont
dû rengainer leurs interpellations au sujet de la conspiration de Mun et des agents provocateurs, etc.
M. Dupuy a muselé l’hydre de l’anarchie. Mais la muselière est-elle solide?
Comme toujours, c’est la Presse qui paie les pots cassés.
Un Italien assassine le président de la République. Il n’en faut pas davantage pour que les pions qui nous gouvernent garrottent la presse française*. Par contre, on a promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur le préfet Rivaud dont les mesures d’ordre ont été si parfaites à Lyon, que je suis tenté de rééditer la vieille histoire de ce maire de Goi- treux-les-Ecrou elles :
— Le choléra nous menace ; avez-vous pris toutes vos mesures ?
— Oui, répondit monsieur le maire. J’ai fait creuser au cimetière autant de tombes qu’il y a d’habitants dans ma commune.
La liberté de la presse a certes ses défauts. Elle permet à un tas de saloupiats de salir les honnêtes gens ; mais le mu- selage est bien pire, car il permet la délation, il encourage les abus de pouvoir, il favorise toutes les iniquités.
La presse était-elle libre quand Lowel, Fieschi, Pépin, Morny, Alibaud, Meunier, Darmès, Lecomte ont commis leurs attentats de 1815 à 1846? Non.
L’était-elle en 1858, lors des attentats d’Orsini et de Pianosi? Non.
Ravaillac et Damiens lisaient-ils les journaux, sous Henri IV et sous Louis XV?
Et en Russie, la presse est-elle libre? Non. Cela a-t-il empêché les crimes des nihilistes?
Aux Etats-Unis, lors des assassinats des présidents Lincoln et Gartield, a-t-on édicté des lois contre la presse? Pas le moins du monde.
Dans un pays comme le nôtre, il serait prudent de ne pas forger de lois qui puissent un jour servir à la réaction contre la République. Il ne laut pas cracher en l’air pour «ue ça vous retombe sur le nez, disaïFSancho.
Né nous emballons pas ; mais constatons avec stupeur que c’est la République qui donne aux monarchies l’exemple de l’intolérance.
Le meurtre d’un chef d’Etat est chose abominable ; mais le meurtre des « simples particuliers » est-il chose insignifiante, quantité négligeable?
Pendant qu’elle y était, la Chambre aurait dû supprimer les romans, feuilletons et autres rocambolades et gaboriau- deries où les criminels trouvent d’excellentes recettes pour déjouer la police et pour cuisiner leurs galettes à la noix vomique.
Il est heureux que les débats du procès Caserio aient pu être publiés — la fameuse loi n’était pas encore promulguée.
Nous y avons gagné de voir dans toute sa splendeur l’incroyable président Breuillac, un bon garçon qui s’est permis d’escompter la tête de l’accusé trois -se- iqaines avant l’ouverture des assises du Rhône. • , „
Le conseiller Breuillac a 'éfè épatant de gâtisme quand il a reproché à Caserio de s’être laissé déguiser en saint Jean et d'avoir porté une peau de mouton dans les processions de la Fête-Dieu, et d’avoir tué M. Carnot le jour de l’anniversaire de Solférino 1
Ce magistrat a atteint les limites du grotesque quand il a recommandé aux jurés « de ne pas abîmer la gaîne, parce qu’on désire naturellement conserver le poignard présidenticide comme une relique. »
Plus tard, il reproche à Caserio « de n’avoir pas été impassible avec le beau sexe ».
Qu’est-ce que toutes ces divagatious-là ont à faire avec un crime avoué, prouvé, constaté ?
L’appareil de la justice est métamorphosé en grotesque foire à la pose. Breuillac sera décoré comme Rivaud.
Car c’est pour revenir à Rivaud que j’ai oavert cette paffenthese.
Sa déposition a été terrifiante et je me
demande à quoi bon donner des 800,000 francs de la poche des contribuables à la police, s’il demeure avéré que cette dernière ne peut empêcher uu assassin résolu de commettre son forfait (sic).
M. Rivaud a dit aux assises.:
Je suis persuadé qu'un homme résolu arrivera toujours à tuer sa victime, quand il l’aura sûrement désignée à ses coups. Mes agents n’auraient pu l’arrêter à temps.
Cette révélation est un vrai cours d’assassinat ad usum anarchistorum.
Ils auront beau jeu quand M. Rivaud sera préfet de police !
Montretotjt.
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ZIGZAGS
Malgré les vacances parlementaires, la politique ne chôme pas.
Les manifestes se succèdent... et, d’ailleurs se ressemblent, sous le rapport de l’attention négative que leur prête le public.
Celui des soixante-dix députés qui viennent de former «l’Association pour les réformes républicaines » ne fait point exception à la règle.
On ne l’a guère lu qu’avec le dos.
Simple geste emblématique: par le temps qui court, les radicaux sont dans le dos !...
X
Le comte de Paris a manifesté aussi.
Simple prétexte pour nous démontrer qu’il ne mange pas encore les pissenlits par la racine.
Et, grâce aux quarante millions que vous savez, il n’en sera pas de sitôt réduit à partager la pitance de sa Gamelle de fils, qui, lui, préfère de beaucoup partager le sommier de l’actrice de l’Opéra et s’assurer, de visu, comment elle met le bas.
X
Hébrard blague tous les manifestes récemment publiés, ridiculise les radicaux-socialistes, esquinte la vieille Gazette de France et trouve grotesques les associés pour les réformes républicaines.
Sans doute il pense que la première chose à faire serait de le réformer lui-même.
Mais c’est là un travail d’Hercale auquel nul, d’ici longtemps, n’osera s’atteler.
X
On vient de passer à tabac trente anarchistes, et aux bureaux de tabac un certain nombre de veuves d’académiciens (Mmes John Lemoinne et Camille Rousset), de députés, de préfets, de magistrats, et enfin, une d’un homme de lettres que nous avons tous connu, fréquenté et aimé : Léon Cladel.
C’est beaucoup plus pratique que la statue qu’on projette d’élever à celui-ci.
Nous demandons que celle-ci ne soit qu’un buste : de cette façon, au moins, l’auteur des Va-nu-pieds ne courra pas risqué de s’enrhumer I
X
Dans la dix-neuvième liste de souscription pour la fondation d’une œuvre philantropique en souvenir du président Carnot, Mme Pognon, à Riom, a souscrit pour 2o francs.
Vingt-cinq francs, c’est peu de pognon; mais, pour une Auvergnate, cela vaut bien les 500 francs versés, sur la môme liste, par M. et Mme Georges Koechlin.
Qu’en pense l’excellence Dupuy? (Charles, pour les Auverpins).
Le sympathique Ortix a trouvé moyen de réclamer contre M. Lepelletier alléguant qu’il lui manquait une dent.
— Ce n’est pas une dent qui me manque, a-t-il dit, c’est quatre.
Le compte est faux : il en a une en plus contre la société; le déficit n’est que de trois.
X
Allons, boni... Voilà les bêtises qui, malgré la loi, vont recommencer.
On trouve, de ci de là, sur les fenêtres des cartouches.
Et l’on ne réussit pas à pincer ceux qui les y ont déposées et qui sont incontestablement des Mandrins !...
X
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Auguste Caïn vient de mourir.
Il sut se faire une réputation de grand sculpteur en exposant des groupes d’animaux.
Mais cela lui demanda beaucoup plus de
temps que s’il avait confectionné des bustes d’hommes politiques.
Ne nous demandez pas pourquoi : la nouvelle loi, si nous vous répondions, pourrait par trop nous en faire repentir,
x
Un crocodile, évadé de Rennes, est çn train, paralt-il, de prendre ses ébats dans les eaux de la Vilaine.
Le jardin d’Acclimatation, de son côté, vient de recevoir 72 de ces sauriens, non moins sympathiques qu’Ortiz.
Drôle d’idée, d’acclimater cela!... (Cela peut être pris, à votre goût, pour les crocodiles ou pour Ortiz.) -
X
On annonce gravement que les recherches faites jusqu’ici pour retrouver le cuirassé russe Roussalk a, qui a sombré l’année dernière dans le golfe de Finlande, n’ont pas abouti au moindre résultat et seront donc sans doute abandonnées.
Je comprends qu’on abandonne les recherches, mais je saisis moins qu’on ait cru devoir les commencer.
Quand un bateau va aussi facilement à fond en temps de paix, il irait encore bien mieux en temps de guerre, c’est indubitable.
Alors, pourquoi le rechercher ?
X
« On estime à'110 grammes le minimum de pression du<jloigt pour enfoncer complètement une touche dans le pianissimo et à 3 kilogs dans le fortissimo.
« La dernière étude de Chopin, que nombre d’élèves jouent au concours,renferme un passage qui dure deux minutes et ne nécessite pas moins de 313 kilogs de pression.
« Dans la célèbre marche funèbre du même compositeur se trouvent un pianissimo et un fortissimo qui demandent un effort de 384 kilogs dans l’espace de une minute et demi.»
Quant à la puissance de transpiration développée chez lgs auditeurs, elle atteint un nombre de milliers de kilogrammètres que nous n’hésiterous pas uu seul instant à qualifier de pharamiueux !...
X
Voici, à titre purement documentaire, les prix des costumes de nos agents diplomatiques :
Ambassadeurs et Miaistres plénipotentiaires, 900 francs. -
Conseillers d’ambassade et Consuls généraux, 700 francs.
Secrétaires d’ambassade et Consuls de l rs et 2 e classe, 460 francs.
Secrétaire d’ambassade de 2* classe et Consuls suppléants, 290 francs.
Vice-Consuls, Chanceliers, Drogmans, Interprètes del re et 2 e classe, 230 francs.
Chanceliers, Drogmans, Interprètes de 3 e classe, 170 francs.
Les chapeaux et l’épée se paient à part.
N’importe quel imbécile ainsi accoutré jouira d’un prestige incontestable près de tous ceux qui sont aussi bêtes que lui.
Mais cela ne l’empêchera nullement de se faire rouler comme une simple cigarette par un consul anglais véEu d’uu complet à carreaux de 39 francs et d’un chapeau mou!...
Gringoirb
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ÉCHOS
Une dépêche de Berlin dit :
« La nouvelle publiée par un journal parisien, annonçant la prochaine retraite de M. Herbette, ambassadeur de France à Berlin, n’est pas fondée.
» M. Herbette ne songe pas à donner sa démission ; il jouit de la confiance de son gouvernement et est tenu en grande estime par l’empereur : la réception que Guillaume lui a faite à Kiel en est une preuve. »
Elle est bien mal placée l’estime de l’empereur allemand.
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On ne s’ennuie pas en province, du moins à Lyon.
Une affiche tricolore, apposée sur les murs de cette ville, annonçait, eu effet, pour le dimanche 29 juillet, « l’inauguration des cimetières et eaux de la commune de Longes, canton de Condrieu, sous la présidence de M. Genet, député du Rhône, avec la présence de M. le préfet Rivaud et de plusieurs sénateurs et députés. »
