Numéro
TROISIEME SAISON 1924 - 1925
1 er JANVIER 1 92 5
BUREAUX :
B° LÉOPOLD II,
et
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HEBDOMADAIRE D’INFORMATION ET DE
, K. MAES, G. MONIER
P. BOURGEOIS» V. BOURGEOIS, P. FLOUQU
tl Lanterne Sourde
Pourquoi la douleur légitimerait-elle la sottise? La louange monumentale des morts du point de vue d’un ordre moderne
Pour rappel, le Jeudi 8 Janvier à 20 h. 30, à la Salle Nouvelle, 11, rue Ernest Allard, conférence d’Auguste VERMEYLEN sur : « Lettres Flamandes d’Aujourd’hui »
Un droit de participation aux frais de i franc sera perçu
AU « FOYER DES ARTISTES
Une Conférence sur
Rembrandt
par MARC-EEMANS
M. Henri Prunières
Historien de la Musique moderne Belge, soit une 1/2 page sur 1
Dans le numéro du 28 décembre de Y Indépendance Belge, M. Ernest Closson analyse le récent ouvrage « Handbuch der Musikgesckichte», publié sous la direction du Dr. Guide Adler. Cette nouvelle histoire de la Musique, comment répartit- îes valeurs nationales? Citons M. Closson :
« Quoiqu’il en soit, nous constatons ceci dans te nouveau Handbuch, à l’école française sont consacrées i 5 pages; à l’anglaise, 13 pages; à la Belgique ... une demi-page . Aucun pays, Hollande, Danemark, Finlande, Portugal, Pologne, qui ne prenne cinq à dix fois l’importance du nôtre . »
Nos lecteurs se diront : « Sans doute a-t-on confié le chapitre de la Musique Belge à un critique de peinture tchéco-slovaque? »
Erreur. C’est à M. Henri Prunières, directeur de la Revue Musicale de Paris.
Et M. Closson n’a que louange pour lui. *
« Savant; du plus grand talent, etc... Ce n’est pas tant M . Prunières que le système qui est en cause . »
■ Ainsi M. CTossonr selon le précepte évangélique, à M. Prunières qui vient de souffleter sa science, demande l’autorisation de tendre l’autre joue.
Quand nos critiques auront-ils le bon sens de traiter d’égal à égal avec un auteur parisien, fût-il directeur d’une importante revue?
Si nous ne voulons plus que la Belgique soit négligée, nous devons conquérir notre indépendance vis-à-vis des « sommités » étrangères. En effet, si la xénophobie est ridicule, la servilité est odieuse. M. Closson, d’ailleurs, nous avait habitués à autre chose. C’est pourquoi nous regrettons doublement son indulgence à l’égard de M. Prunières. A un certain moment, parlant d’un autre ouvrage, M. Closson dit qu’il y a des chapitres d’une insuffisance presque comique. Ne voilà-t-il pas l’appréciation qui s’applique à l’essai télégraphique de M. Prunières : onze noms, quelques lignes, toute la Belgique Musicale?
Sans doute ne doit-on pas exiger une étude
«
aussi abondante que celle que signèrent Paul Gilson et René Lyr dans l’Encyclopédie dirigée jadis par Albert Lavignac...
M. Prunières est étranger : mais n’a-t-il pas été toujours très cordialement accueilli chez nous? Notre hospitalité lui donnait des devoirs.
Quand, après la guerre, il voulut reconstituer S. /. M. en Revue Musicale, n’a-t-il trouvé aucun appui en notre pays? Je pourrais citer nombre d’organes nationaux qui n’ont jamais rencontré ce dévouement.
D’autre part, je crois qu’à diverses reprises, un auditoire de choix lui a été réservé en notre pays. De plus, notre plus important théâtre d’opéra a créé le ballet « La Mascarade des Princesses captives » dont il écrivit le scénario ...etc,, etc.
Or, à toutes nos amabilités, M. Prunières répond par le sacrifice de la musique belge aux yeux de l’étranger. Au surplus nous disons qu’acceptant de traiter d’un pays quelconque, M. Prunières a pris une responsabilité morale. Il ne s’agit pas de reconnaissance mais de connaissance seulement.
Nous ne lui demandons pas de louer, mais d’étudier la musique d’un peuple. Non point palmarès, mais documentation. La fonction de musicologue l’exige. Et à M. Closson, nous déclarons : « N’employez point de subtils détours pour dire la vérité aux grands de Paris ou d’ailleurs. Et se- moncez quiconque a péché, ne fût-ce même que par orgueil ou par négligence. »
Camille Roy
(Lyon)
Michel Roux-Spitz Architecte
Il serait superflu de signaler lirs hüïïetris que- nous a données la pitié. La nécessité de rédiger un court billet s’oppose d’ailleurs à cette énumération: ne devrions-nous même pas augmenter notre nombre de pages?
Or, la laideur des tombeaux et des monuments commémoratifs constitue pour le goût de l’époque une navrante sollicitation. De justes chagrins lient leur existence à de vilaines visions : coalition des plus respectables sentimentalités et du plus odieux mauvais goût. Pour l’art nouveau, cette alliance est funeste, car elle éloigne des forces intenses et pures en leur naïveté. C’est pourquoi il nous paraît nécessaire de consacrer quelques lignes à l’esthétique des tombeaux et des cimetières. Quelques exemples existent chez nous de vastes cimetières militaires dont la beauté svelte et sobre émeut le visiteur sans le bouleverser. Je songe notamment à certaines nécropoles de l’armée britannique. Un unique thème décoratif discipline avec élégance le foisonnement des tombeaux : c’est la solidarité des victimes dans la mort. Signalons en passant que l’administration de ces cimetières est confiée à un technicien du jardinage. Qui sait entretenir une pelouse peut aussi dresser des fiches. Mais fausse est la réciproque. Au contraire de cette sage conception de simplicité et de grandeur dans l’unité géométrique, de nombreux compatriotes ont préconisé l’anarchie, rapprochement du luxe et de la misère. Afin, sans doute, que ceux qui furent confondus sur le champ de bataille comme au lit d’hôpital, soient classifiés dans la mort. A cet argument moral s’ajoutent de multiples considérations. Les unes, financières : la crise permet-elle de ne pas rechercher la plus économique solution? D’autres, formelles : les tombeaux, étant petits de dimension, ne peuvent atteindre la grandeur que par la répétition, c’est-à-dire une collaboration intelligente des formes.
Au demeurant, que l’image soit perpétuée ou non par une sculpture, la valeur mystique et artistique du tombeau réside dans le rapport abstrait des volumes qu’il organise. L’émotion doit-elle naître du rappel charnel, quand le geste provocateur est empli de mystère : mourir?
L’histoire pourrait nous donner, à cet égard, de curieux enseignements : ne citons que les tumu- lus, amas de pierre ou de terre, donc confiance absolue de l’homme en la matière et la forme pure pour couronner un deuil.
Un des trois .
Résolument, les modernistes veulent démontrer qu’ils ne sont: pas des iconoclastes tapageurs, (ici dans notre gazette ne publions-nous pas un plaidoyer pour Géricault?). Marc. Eemans a également voulu nous montrer par sa causerie que les modernistes se relient à certains arts suprêmes. Cette causerie situa de façon curieuse la place que Rembrandt occuperait dans l’évolution plastique : poteau indicateur qui conduirait l’art de la Renais- -sance - déeadente - vers la plastique pure. Analyse technique, minutieuse et cependant lyrique.
Après nous avoir montré le mode de composition de Rembrandt, Eemans chercha en « Les Pèlerins d’Emmaus » la révélation du mysticisme moderne qui aboutit en notre siècle au dadaïsme.
L’orateur insista ensuite sur un petit dessin représentant également les « Pèlerins d’Emmaüs ». Ici, le Christ disparu, est remplacé par une simple tache lumineuse : première apparition d’une forme abstraite dans la plastique. La dernière œuvre analysée fut la « Fiancée Juive ». Cette toile ne donne-t-elle pas l’équilibre parfait des éléments qui synthétisent la peinture avant l'ère moderne? Ce sont : 1. la réalité naturaliste: 2. la réalité spirituelle; 3. la lumière; 4. la couleur Par un bref raisonnement, l’orateur déduit que l’unique élément qui nous donne la jouissance esthétique est la couleur. Ce qui l’amène à définir la peinture selon la plastique pure
« Peindre, c’est trouver le juste équilibre entre l’émotion (état d’esprit), la couleur et la forme . » Cependant, le doute subsiste. Il s’agit maintenant de vivre ce théorème. Pour cela, il ne nous manque plus qu’une seule chose ; des peintres de génie.
Aussi, est-ce par cette conclusion que le conférencier termine son exposé en faisant l’annonce suivante ;
« Avis aux amateurs .
» Le peintre Marc. Eemans demande un homme de génie dans le domaine plastique. »
TROIS LIVRES Le Reportage apitoyé ?
« Fer et Acier », poèmes de Joséphin Milbauer . (Chez Picart, 5 g, boulevard Saint-Michel, à Paris. )
« Clins d’œil », poèmes d’Albert Lepage.
(Editions de la Vache Rose, rue Thomas Vin- çotte, 11, Bruxelles.)
« Bercement des Villes et, des Mers », de Paul Husson.
(Editions de Montparnasse, 129, boulevard du Montparnasse, Paris.)
Dans les brasseries littéraires comme dans les séances académiques, quelle procession de regrets! « La jeunesse, délaissant le goût universel de l’é-
